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Full text of "Bulletin d'archéologie et de statistique de la Drôme"

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SOCIETE DEPARTEMENTALE 



D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE 



<DE Lc4 V^OrnE. 



TOME XI. — 1877. 



VALENCE, IMPRIMERIE DE CHENEVIER. 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ (vÉPoA'liTEtMEîKT&iLEj 

D'ARCHÉOLOGIE 



ET 



DE STATISTIQUE 



DE LA DROME. 



Colligite ne pereant. 



TOME ONZIÈME 




VoALEV^CE 

AU SECRÉTARIAT DE LA SOCIÉTÉ. 



M.DCCC.LXXVII. 




r- M- 2.7 

LA VIE DE PROVINCE AU XVIII e SIECLE. . 5 



LA VIE DE PROVINCE 

AU XVIII e SIÈCLE 
d'après les papiers des Franquières 



et d'autres documents inédits. 



(Suite. — Voir les 35% 36% 37 e 38* et 3ç>« livr.) 



Deux questions, plus que toutes les autres, divisent alors 
les esprits et marquent les premières étapes de l'esprit révolu- 
tionnaire : l'abolition des Jésuites et les querelles des parle- 
ments avec la cour. Ces deux puissances s'étaient unies pour 
la spoliation des Jésuites, coupables, comme les Templiers, 
de posséder des biens considérables et de représenter la résis- 
tance la plus courageuse, sinon toujours la plus adroite, aux 
attaques se multipliant contre l'Église. Il est incontestable que 
les formes les plus élémentaires de la justice ne furent pas 
observées vis-à-vis de ces hommes 

Trop estimés pour n'être pas haïs 1 , 

qu'on organisa contre eux un véritable coup d'État, les con- 
damnant sans consentir à entendre leur défense. On vit « des 
parlements se dressant tout à coup contre des religieux in- 

(1) Gresset, Adieux aux Jésuites. 



6 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATlSTiaUE. 

• 

offensifs, que pendant longtemps ils avaient protégés, et 
dépouillant sans pitié une compagnie célèbre, que quatre- 
vingts ans auparavant ils avaient aidée à s'enrichir des dé- 
pouilles des protestants Les Jésuites ne furent 

pas poursuivis sur tous les points de la France avec la même 
énergie. Le parlement de Douai prit leur défense. Dans la 
Lorraine , déjà devenue française , mais cependant encore 
sous le gouvernement du roi Stanislas, les Jésuites furent 
épargnés '. » A Grenoble la lutte fut assez vive De Vaulx, 
président à mortier, les conseillers de Barrai, de Beaumont, 
du Mas de Charconne prirent tour à tour la parole en leur 
faveur; on citait aussi MM. de La Tour (Vidaud), oncle et 
neveu, et M. de Chabons; mais ils n'entraînèrent pas la ma- 
jorité, qui se rangea aux mesures adoptées par le parlement 
de Paris et eut pour chefs le premier président de Bérulle, 
MM. d'Ornacieu, de Murât et de Meyrieu, de Sauzin, Bru- 
nier de Larnage, de Chaléon, de Moydieu, fils du procureur 
général, de La Rie, Duchélas, Colaud de La Salcette \ Les 
religieux avaient été soutenus par Mgr. de Caulet, mais atta- 
qués par quelques-uns. des curés de la ville. A Lyon ils eurent 
contre eux à la fois l'archevêque Montazet, prélat janséniste, 
le consulat et la sénéchaussée, autrement dit la cour des mon- 
naies. « L'on a donné, dit M. lle de La Rouillière, l'hospitalité v 
à Grenoble aux pauvres Jésuites que nous avons eu l'impoli- 
tesse de chasser de Lyon. Plusieurs de nos dévotes ont retiré 
chez elles leurs RR. PP. confesseurs; M. me Ollivier étoit de 
ce nombre. Mais, entre nous, comme elle n'est pas bien stable 
dans ses résolutions, après que le feu de son enthousiasme a 
été un peu amorti, nous venons d'apprendre, mais sans sçavoir 



(i) Emu. Michel, Histoire du parlement de Metf, p. 453. 
(2) Létourneau, t. 11, p. n 24. 



LA VIE DE PROVINCE AU XVIII e SIECLE. 7 

comment, qu'elle a trouvé le secret de se débarrasser du R. 
P. confesseur et du compagnon qu'elle y avoit joint, ayant 
fait les choses plus généreusement que les autres. Une autre 
dévote les a recueillis et va sans doute profiter des bénédic- 
tions dont M. mc Ollivier nous prônoit que sa maison alloit être 
comblée. Au surplus , . je m'imagine que plusieurs raisons 
différentes mettent MM. du parlement de Grenoble dans un 
grand .embarras sur la décision de l'affaire des Jésuites. En 
vérité, il y en a parmi eux qui font pitié, ne sachant que 
devenir, sans biens et sans famille \ » — « Tout le monde, 
dit à son tour M. lle Cholier, plaint les particuliers. Cepen- 
dant, malgré toutes ces tristes aventures, ils confessent et 
prêchent en toute sécurité. Je voudrais qu'on les sécularisât 
tous et qu'ils exerçassent leurs talents, dont on sera sûrement 
content, séparés de leur société (10 avril 1762.) 2 . » « Ma 
tante Cholier est dans la grande désolation; elle' croit maman 
au comble de la joie, pensant toute sa famille janséniste. Elle 
gémit de l'éducation que l'on nous donne et prie Dieu , tant 
qu'elle peut, que cela ne nous fasse aucune impression. » On 
le voit, les familles étaient divisées, et il se rencontrait un 
grand nombre de gens honnêtes , éclairés qui , acceptant avec 
une singulière crédulité les calomnies répandues contre les 
Jésuites, croyaient faire une œuvre pie en s' associant à la ré- 
probation qu'il était de mode d'afficher 3 . 



(1) M. lu dc f La Rouillière à M. llt de Franquières, s. d. — D'autres témoi- 
gnages, d'ailleurs également hostiles aux Jésuites, constatent le manque de 
ressources pour le plus grand nombre. {Journal de Barbier, t. vin, p. 61.) 

(2) Le P. Carayon (Notes historiques sur les parlements et les Jésuites au 
XVIII* siècle, p, civ) répond victorieusement à cette façon de raisonner, 
très-générale à cette époque. 

(3) L'arrêt du parlement de Grenoble a été donné par M. Ennemond 
Périer dans le Procès des Jésuites devant le parlement de Dauphiné. (Se- 
maine religieuse de Grenoble, 1872.) 



8 société d'archéologie et de statistique. 

On l'a remarqué depuis longtemps, tandis qu'à Lyon les 
familles s'élevaient par le commerce, en Dauphiné la profession 
dé jurisconsulte menait à tout. L'entraînement vers les procès, 
sous les prétextes les plus frivoles , était universel , et les fem- 
mes ne s'en trouvaient pas plus exemptes que les hommes. 
Au XVII e siècle nos poètes provinciaux, voués aujourd'hui à 
un oubli mérité, mais qui jouissaient alors d'une certaine célé- 
brité, l'avocat Thomas de Lorme et René Le Pays, 

Illustre concurrent de l'illustre Voiture *, 

retenu plusieurs années à Grenoble et à Valence par ses fonc- 
tions de directeur général des gabelles de Dauphiné et de Pro- 
vence, exercèrent leur verve satirique contre les plaideuses a . 
Cent ans après, la race ne s'en était point perdue. « Ne con- 
noisses-vous point, écrit M. me de La Rollière, une plaideuse 
nommée M. mc de Limaye 3 , que j'ai vue un moment à La 
Rollière, vêtue en homme, allant à cheval à Grenoble. Elle 
me parut d'un courage intrépide, et de plus elle portoit une 
barbe longue comme le doigt, qui paroissoit sortir de son 
menton. Je ne comprends pas par quel art elle pouvoit l'y 
avoir fixée. Enfin elle m'étonna autant qu'elle m'embarrassa, 
n'ayant sceu son nom qu'après son départ; aussi m'a-t-elle 
trouvée très-froide. Elle venoit chercher chez moi M. me de 
Rostaing-Vérone. » 

A tous les rangs de la société , on regardait du côté du par- 
lement comme l'autorité la plus populaire dans la province, 
la juridiction suprême dont on relevait, la sauvegarde des liber- 



(i) F. de Lorme, La Muse nouvelle. Lyon , i665, p. 194. 

(2) Le Pays, Amitié;, amours et amourettes. Grenoble, 1664, p. 365. — 
De Lorme, La Muse nouvelle, p. 223 , 258. 

(3) Limaye, baronnie en Provence appartenant à une branche cadette de 
la maison de Corîolis. 



LA VIE Db PROVINCE AU XVIII e SIÈCLE. 9 

tés encore subsistantes. C'était enfin une espèce de pont et 
d'intermédiaire entre le tiers et la noblesse. « Rien ne fut de 
tout temps plus facile à franchir, dit Sénac de Meilhan, que 

la ligne qui séparoit la noblesse d'avec le tiers- état Il 

falloit, à la vérité, que le tiers-ordre passât lentement par di- 
vers degrés, que les nobles anciens franchissoient d'un seul 
pas; mais il avoh enfin la faculté de s'élever, avec le temps, 
aux mêmes emplois. Il n'existoit pas de barrière insurmon- 
table qui lui en fermât l'accès , et de génération en génération 
la vitesse en étoit pour lui accélérée \ » D'ordinaire, les fa- 
milles nouvelles ne pouvaient pénétrer au parlement que par 
les charges inférieures, et il fallait être fils ou mieux encore 
petit-fils d'anobli pour avoir chance d'être admis au rang très- 
envié de conseiller. Cependant il y avait des exceptions, com- 
me pour le fameux Angles, dont le mérite éminent força en 
quelque sorte les portes*. On était loin sans doute déjà des 
vieilles mœurs patriarcales, « où les magistrats vivoient chez 
eux en si grande simplicité , à ce que nous apprend Dscormis , 
avocat au parlement d'Aix, qu'au feu de la cuisine, quand le 
mouton tournoit à la broche, le mari se préparoit pour le rap- 
port d'un procès et la femme avoit la quenouille ». Au même 
parlement, à la nouvelle crue (création) d'offices de juillet 



(1) Du Gouvernement, des mœurs et des conditions en France avant la 
Révolution. Hambourg, 1795, p. 58, 59. 

(2) «Je viens, écrivait le 28 janvier 17S0 le président de Barrai au garde 
des sceaux Miroménil , vous rendre compte de l'agrément unanime que le 
parlement adonné à M. Angles, avocat consistorial, pour entrer dans la 
compagnie. Les tristes et malheureuses circonstances où nous nous trou- 
vons, le grand mérite du sujet, ses talents généralement reconnus, accom- 
pagnés d'une fortune considérable, et plus encore le bien de la justice nous 
y ont déterminés. Nous n'avons point détruit notre arrêté pour la noblesse; 
mais nous avons cru d'une nécessité absolue d'y déroger toutes les fois que 
d'aussi fortes circonstances que celles où nous nous trouvons pourront 
l'exiger. » (Minute autographe en notre possession.) 



10 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

1693 , k finance de la charge de conseiller s'élevait au chiffre 
de vingt mille écus. Les émoluments sous diverses formes ren- 
daient à peine le un pour cent de la somme engagée '. U était 
donc besoin d'une certaine fortune pour pouvoir ainsi consa- 
crer son temps à la chose publique d'une façon onéreuse pour 
ses intérêts et soutenir son 'rang dans le monde. « Mais, dit 
encore Sénac de Meilhan, la plus grande richesse ne déter- 
minoit aucune préférence. Il n'en falloit pas moins réunir les 
qualités convenables, avoir fait les études nécessaires, être 
parvenu à certains grades antécédents et avoir une naissance 
honnête. » Après l'information sur les vie et mœurs, le réci- 
piendaire, d'après l'ordonnance de François I er de 1535 , avait 
à subir un examen en latin et en français pour montrer qu'il 
était ydoint et suffisant pour l'office a . Les formalités détaillées 
de la réception au parlement de Metz nous ont été conservées 
çt témoignent des garanties sérieuses que l'on exigeait. Le 



(1) Plus de trois quarts de siècle après, les choses avaient peu changé, 
o M. Necker, en 1778, voulut connoître le nombre des offices, les gages qui 
y étoient attribués, les droits et impositions dont ils étoient grevés, et il 
ordonna les recherches et la confection des états qui pouvoient conduire à 
avoir tous ces éclaircissements. Il résulta des travaux qui furent faits pour 
chacune des généralités du royaume que le nombre des offices de justice, 
police, chancellerie et finances parut être de cinquante-un mille, leur finance 
de 600 millions, et qu'en déduisant sur le montant général des gages le 
produit des vingtièmes, du centième denier et des droits de mutation, 
l'intérêt payé pour les capitaux reçus étoit d'environ un pour cent • 

» Il faut considérer aussi qu'indépendamment des gages presque tous 
les offices avoient des attributions et émoluments casuels, qui, sans leur 
assurer un traitement avantageux, compensoient au moins jusqu'à un cer- 
tain point leurs sacrifices et l'intérêt de leurs capitaux. » (Note justificative 
sur le premier rapport du comité de judicature, concernant la liquidation et 
le remboursement des offices, imprimé par ordre de l'Assemblée nationale. 
Paris, Imprimerie nationale, 1790, p. 4.) 

(2) Ch. de Ribbe, L'ancien barreau du parlement de Provence, p. 5i, 
68, 72, 84. 



LA VIE DE PROVINCE AU XVIII e SIÈCLE. 1 1 

postulant devait commencer par adresser sa demande , avec les 
documents à l'appui , à la commission d'enquête, composée des 
plus anciens magistrats , qui ne se prononçait qu'à l'expiration 
d'un certain délai. L'agrément du parlement obtenu , il fallait 
solliciter auprès du roi les lettres de provisions, ne ressor- 
tant leur effet qu'après une réunion nouvelle de la cour, qui , 
toutes chambres assemblées et à la suite d'une information 
sur la vie de l'impétrant, l'admettait, si le résultat était favo- 
rable , à passer l'examen sur des questions de jurisprudence. 
Plusieurs furent écartés pour l'insuffisance de leurs réponses. 
A chaque degré de" cette longue épreuve le candidat pouvait 
rencontrer un échec, et dans les délibérations relatives à sa 
réception il était nécessaire qu'il réunît au moins les deux 
tiers des suffrages \ On le voit, la vénalité des offices, mons- 
trueuse à distance, et que le Gouvernement cependant, se 
brisant aux résistances de l'opinion , essaya en vain de détruire 
lorsqu'il institua le parlement Maupeou , ne présentait pas tous 
les inconvénients que des observateurs superficiels seraient 
tentés de lui attribuer. Son tort principal était de former une 
magistrature trop complètement indépendante de l'adminis- 
tration. 

Une suite de guerres , souvent malheureuses et inconsi- 
dérées, de mauvaises récoltes et d'autres causes trop longues 
à énumérer avaient été la cause d'une augmentation considé- 
rable dans les impôts. Ainsi un édit de février 1760 établis- 



(1) Emu. Michel, Histoire du parlement de Metf, p. 269-274. — Dans le 
second volume de cette consciencieuse publication , consacré à la biographie 
du parlement de Metz, on trouve un certain nombre de notices relatives à 
des Dauphinois, cette compagnie ayant reçu à sa suppression, en 1661, la 
cour souveraine de Bourg en Bresse, dans laquelle avaient été précédem- 
ment versés les membres de la cour des aides de Vienne, qui n'eut qu'une 
existence éphémère. 



12 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

sait le doublement de la taille. Indépendants du Gouvernement 
par l'origine de leurs charges, n'ayant aucun avancement à 
attendre de lui , les membres du parlement 'cherchaient une 
popularité facile dans leur peu d'empressement à enregistrer 
les édits fiscaux. Leur langage atteint d'ordinaire le plus ex- 
trême degré de la violence. On lit dans les remontrances du 
parlement de Dauphiné du 24 juillet 1760 : « Ces droits (les 
douanes de Lyon et de Valence , les quatre sols par livre , le 
contrôle, etc.), variés suivant les temps, les lieux et les cir- 
constances, exposent les peuples à devenir tous les jours la 
victime (sic) de l'impéritie ou de la mauvaise foi des commis , 
rebutent les marchands, découragent les talents et l'industrie, 
effrayent l'étranger et détruisent le commerce, qui pourroit 
être si florissant dans le royaume 

» Ces droits, dont l'établissement, les règles et les tarifs 
sont consignés dans une collection immense d'édits, de décla- 
rations, de règlements et de décisions, et qui exigeroient de 
la part des préposés non -seulement la plus entière probité, 
mais encore quelque connoissance de la nature, de la forme 
et de l'étendue des actes , de la signification des clauses qu'ils 
contiennent, des maximes de droit et de jurisprudence qui 
peuvent y être appliquées, sont livrés à l'avidité insatiable d'un 
partisan, et sous ses ordres un tas d'insectes dévorants, qui cou- 
vrent des dépouilles des peuples la fange de leur origine, sont pré- 
posés pour en faire le recouvrement. 

» Les injustices et les vexations de ces nouveaux traitants 
ne sauroient se concevoir. Les dépôts de la confiance publique, 
le secret des familles, respectés par la justice même, sont 
exposés à des recherches insidieuses. Les conventions les plus 
sérieuses de la société n'ont plus rien de déterminé dans la 
dénomination, la forme et la substance. Les actes de dernière 
volonté sont soumis à l'interprétation, qui donnera lieu à 
exiger le plus fort droit. Un acte en rappelle un autre, dont 



LA VIE DE PROVINCE AU XVIII e SIÈCLE. 13 

on ne veut s'aider ni servir, qui sera même absolument inutile; 
il faut le représenter et en payer les droits. Ce n'est plus de 
gré à gré ou par experts qu'on vérifie si une déclaration de la 
valeur d'immeubles sujets au centième denier est sincère. Est- 
elle au-dessous du prix porté par les anciens titres d'acquisi- 
tion ? Elle est attaquée d'infidélité, sans avoir égard aux dé- 
gradations qui en ont diminué la valeur *. '» 

Ainsi, dans un langage factieux, empreint de l'exagération 
déclamatoire de l'époque et témoignant de la liberté abusive 
laissée par un Gouvernement faible, on faisait le procès à l'en- 
registrement, qui n'a pas diminué, que je sache, depuis, aux 
droits de succession, alors dans l'enfance et que les révolutions 
successives ont l'une après l'autre amplifiés. On se trouvait 
sur un terrain plus solide quand on critiquait le système des 
gabelles et l'inégalité dans l'assiette de l'impôt. Qiioi qu'il en 
soit, le comte de Marcieu, commandant de la province, reçut 
l'ordre de faire enregistrer l'édit; mais le parlement ne céda 
qu'après avoir obtenu le changement du commandant. En 
décembre 1763, le roi voulut établir un cadastre général des 
biens de tous ses sujets, parmi lesquels ceux appartenant aux 
privilégiés avaient été traités absolument comme les autres a . 
Mais les difficultés renaissaient sans cesse : la pour apportait 
autant de maladresse à les soulever que de faiblesse en cédant 
de temps en temps dçvant les résistances. De son côté, le 
parlement semblait prêt à saisir toutes les occasions d'entre- 
tenir l'esprit de sédition. Aux moments décisifs, toujours un 
peu effrayé de sa propre audace, il n'eût pas mieux demandé 



(1) Remontrances du parlement de Dauphiné au roi au sujet de l'édit de 
février dernier, de la déclaration du 3 du même mois, de l'édit de 1758, 
de celui de 17*59 et lettres patentes en conséquence de ce dernier édit, s. 
1., 1760, in-8 Q , p. 3o et suiv. 

(2) Journal de Barbier, t. vm, p. n 5. 



14 SOCIÉTÉ D' ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

que de trouver une retraite honorable et prudente , ses inten- 
tions, pas plus que ses intérêts, ne pouvant s'accommoder 
du bouleversement que si peu de gens prévoyaient alors. 

Ces conflits, poussés jusqu'au scandale, entre l'administra- 
tion et le pouvoir judiciaire, ces prises de corps décrétées par 
les parlements contre les agents les plus élevés du roi présen- 
taient le grave inconvénient de discréditer tout principe d'au- 
torité , ce à quoi les écrits des philosophes ne disposaient que 
trop les esprits. Le commandement militaire du marquis de 
Chastelier-Dumesnil, qui avait succédé à M. de Marcieu, fut 
autrement laborieux que celui de son prédécesseur. Le parle- 
ment fut suspendu et les Grenoblois craignirent de voir passer 
à Valence l'artillerie, l'intendance et le bureau des finances. 
Aussi cette dernière ville fit-elle un accueil brillant (juin 1762) 
à cet officier général, dont le dépit de n'avoir pu réussir dans 
son entreprise avança, dit -on, la mort, arrivée en 1764 \ 



(1) Dumesnil avait volontiers recours aux mesures violentes. 11 fut évi- 
demment l'instigateur de la décision qui enleva à son parent le marquis de 
Chastellard une pension de trois mille livres, pour le punir d'avoir con- 
senti à prêter au parlement une somme de 5co louis, nécessaire au voyage 
des douze conseillers mandés à Paris; mais la pension fut rendue bientôt 
après. (Arch. de la Drôme, E. 356.) Dumesnil fut enterré le 2 mars 1764 
à Saint -Sulpice. On prétendit qu'il était mort de trois coups d'épée reçus 
en duel de M. de Chastellard, qu'il aurait eu le mauvais goût de plaisanter 
sur sa disgrâce; mais il est plus probable qu'il fut emporté par une fluxion 
de poitrine. (Létourneau , t. ni, p. 53, 3oo.) — Irrité de l'opposition qu'il 
rencontrait partout, il éclatait volontiers en paroles amères. Raby, gendre 
du conseiller d'Agoult, étant venu à Paris à l'occasion de quelques difficultés 
que l'on faisait à l'acquéreur de sa charge de receveur des domaines et bois 
du Dauphiné, fut recommandé au lieutenant général, qui lui promit d'ap- 
puyer ses réclamations; mais" ayant eu la maladresse de lui exprimer 6es 
regrets sur ce que les circonstances ne lui avaient pas permis de lui faire 
sa cour à Grenoble, ..comme il l'aurait désiré : <* Monsieur, lui répondit 
Dumesnil , si vous êtes attaché au parlement , vous ne pouvez faire autre- 
ment; si vous êtes gentilhomme , vous avez tort de ne parvenir chez moi; 



LA VIE DE PROVINCE AU XVIII e SIÈCLE. 15 

Le parlement fut rétabli en mars de la même année 1764 par 
l'influence de M. de Bourcet, directeur des fortifications de 
Grenoble , que le duc de Choiseul honorait de son amitié , et 
les magistrats eurent le bon esprit de chercher à modérer les 
manifestations de la joie publique. Les Cordeliers de Sainte- 
Claire et le couvent de Sainte-Marie-d'en-Haut se firent remar- 
quer par le luxe de leurs illuminations \ Au sujet du rappel 
du parlement, M. Fantin des Odoards, fils du subdélégué 
d'Embrun , fit paraître une petite comédie , intitulée Ix retour de 
Thimis, dédiée à M. mc de Bérulle et attribuée d'abord à Vallet, 
lieutenant de police 2 . Du reste, les jeunes filles elles-mêmes 
s'intéressaient aux affaires du parlement. M. Ue Cholier avoue 
que cela lui donne un air d'importance 3 . 

En 177 1, le parlement de Grenoble, entraîné par les con- 
séquences de la lutte du parlement de Paris contre le ministre 
Maupeou, lutte à laquelle toutes les cours souveraines du 
royaume prirent part, fut remplacé par une commission, ainsi 
que cela arriva partout. « Je compte d'apprendre demain le 
• sort de votre parlement, écrivait la présidente Cholier à sa 
nièce, le 9 novembre 1771. Je crois qu'il n'a pas été bien 
rigoureux. J'ignore celui de Dijon; la. suppression se fit mardi 
dernier. Le vôtre a été la clôture. On m'a assuré qu'il seroit 



si vous êtes officier, vous êtes inexcusable; mais si vous n'êtes ni l'un ni 
l'autre, vous n'êtes pas fait pour voir M." Dumesnil, ni pour venir chez 
moi. (Létourneau, t. m, p. 12.) — M. me Dumesnil, déjà séparée de biens, 
allait plaider en séparation de corps lorsque son mari mourut. (Id., p. 53.) 

(1) Létourneau, t. m, p. 65, 73, 84, 88. — De Rochas- Aiglun, Négo- 
ciations relatives au rappel du parlement de Dauphinè en 1764, dans le 
Bulletin de l'Académie delphinale de 1873, p. 78. 

(2) Létourneau, t. m, p. 280. — Cette comédie n'est point indiquée 
dans l'article consacré par Ad. Rochas à Fantin des Odoards. 

(3) i5 novembre 1760. 



i6 société d'archéologie et de statistique. 

rétabli à Grenoble, le chancelier comptant qu'il seroit com- 
posé des membres de l'ancien. M. de Monteynard vous a 
rendu beaucoup de services dans cette occasion. Le premier 
projet, étoit d'établir un conseil supérieur à Valence. Je sais 
que M. de Clermont a été très-touché de sa commission; mais 
il faut obéir. C'est M. de Flesselles ', qui avoit reçu son paquet, 
qui a distribué toutes les lettres de cachet pour ceux qui étoient 
dans les environs de Lyon. M. de Briandas a reçu une lettre 
de son fils , de Metz. On est - dans cette ville dans la plus 
grande consternation; on a ôté le parlement, cour des aides, 
chambre des comptes. On a tout réuni au conseil souverain 
de Nancy, qu'on a aussi supprimé pour en faire un conseil 
supérieur. M. d'Armentières 2 les assura qu'il avoit fait son 
possible, de même que M. de Broglie 3 , pour y rétablir un 
conseil supérieur; qu'il n'avoit rien pu obtenir qu'une aug- 
mentation de quatre bataillons de troupes. C'est M. mc la Dau- 
phine, pour l'intérêt de l'ancien patrimoine de ses pères, qui 
a obtenu toutes ces réunions à Nancy. Notre petit parlement 
(de Dombes) a eu son tour. M. de Garnerans 4 est touché 
avec raison, quoique son ressort fût peu étendu. U est tou- 



(i) Jacques de Flesselles, intendant de Lyon. Au début de la Révolution 
il était prévôt des marchands à Paris et fut massacré par la populace le 
jour de la prise de la Bastille. 

(2) Louis de Conflans, marquis d'Armentières, maréchal de France, com- 
mandant dans les Trois -Évêchés. « 

(3) François-Marie de Broglie, maréchal de camp, gouverneur du pays 
Messin. 

(4) Jean-Baptiste Cachet, comte de Garnerans, premier président et in- 
tendant de la province de Dombes. Voy. sur lui Dugas de Bois-Saint-Just, 
Paris, Versailles et les provinces, x. I er , p. 283. Dans le même ouvrage 
(t. 11, p. 117 et m, p. 146) on trouve des détails curieux sur Bâillon, 
intendant de Lyon , dont nous avons parlé dans le second chapitre de cette 
étude. 



LA VIE DE PROVINCE AU XVIII e SIÈCLE. 17 

jours agréable d'être le premier du pays qu'on habite, encore 
plus mortifiant de ne l'être plus, surtout lorsqu'on aimé à 
dominer. M. de Sève m'a dit qu'on lui avoit mandé de Fon- 
tainebleau , lorsqu'on fut faire compliment à M. le chancelier 
du régiment de cavalerie que le roi avoit donné à son fils, 
il témoigna combien il étoit sensible à la bonté du roi; qu'il 
sentoit qu'il ne pou voit plus convenir à un homme de con- 
dition d'entrer dans la magistrature. On doute qu'il ait tenu 
ce propos indécent, excepté qu'on désire que ce ne soient que 
des gens nouveaux qui occupent les places. On a conservé aux 
membres du parlement de Dombes leurs privilèges; ce qui n'a 
pas été conservé à tous, entre autres celui de Besançon; le 
vôtre n'étoit pas dans le cas d'en avoir besoin. On mande de 
Bordeaux qu'on a toutes les peines du monde à faire parler 
les avocats et taire les femmes. Il est temps que je me taise 
aussi. » La fin de la lettre est curieuse : « J'ai eu ces deux 
jours l'officier de Chambéry qui a servi quinze ans chez le roi 
de Prusse , avec qui mon fils l a voyagé depuis Francfort. On 
a bien parlé du roi de Prusse. J'eus hier M. de Montezan, 
qui s'en amusa beaucoup. Le despotique dur qui règne dans 
ce royaume lui faisoit dire souvent : Nous sommes encore 
plus heureux en France, malgré le mal que nous fait M. le 
chancelier. » 

Louis XVI rappela tous les parlements, comme don de 
joyeux avènement. En Dauphiné, les villes et même les villa- 
ges , Vienne , Romans , Chorges , Le Buis , se mirent en fête , 
et les communautés religieuses, comme les Bénédictins de 
Saint-Robert et les Ursulines de Briançon, trahissant leur 



(1) Laurent- Gabriel-Hector Cholicr; comte de Cibeins, colonel et che- 
valier de Saint-Louis, avait étudié, selon l'usage du temps, la tactique 
militaire sous le grand Frédéric, qui l'admit à ses manœuvres de Silésie 
en 1774. (Dufay, Galerie militaire de VA in.) 

Tome XL — 1877. 2 



l8 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

penchant pour les idées nouvelles , s'associèrent à l'allégresse 
générale \ Mais, devant l'inexorable nécessité de rendre au 
budget un équilibre depuis trop longtemps perdu, les excel- 
lentes intentions du plus faible et du meilleur des rois vinrent 
échouer contre le refus d'enregistrement de nouveaux impôts. 
Grenoble eut en 1788 sa Journée des tuiles, émeute qui fut le 
prélude de scènes plus terribles, où le parlement disparut avec 
toutes les autres institutions de l'ancien régime. Au moment 
de succomber, les plus intéressés se gardaient de soupçonner 
encore d'où venait le danger. « On n'attend et on ne voit que 
révolution, écrit le 2 mai 1788 M. mc de La Rollière à M. llc 
de Franquières ; l'on en craint ici une grande pour le parle- 
ment; l'on pense que l'arrivée du duc de Tonnerre est pour 
frapper quelque grand coup. C'est ce que le temps nous ap- 
prendra peut-être trop tôt. Cependant vous m'obligeriez de 
vouloir bien m'instruire de ce qui se passera. Je ne puis cesser 
de m'intéresser au sort d'un corps où j'ai une partie précieuse 
de ma famille. M. votre frère est fort heureux de s'en être tiré 
comme il l'a fait. » La même écrivait encore le 25 juin : « Je 
pense bien que vous avez été sensible à la scène populaire du 
7. Pour moi, j'en ai été accablée et pour les maux que j'ai 
craint qu'elle attire à Grenoble. Les esprits sont-ils calmés et 
s'accoutument- ils à l'absence du parlement ? Je le regarde 
comme dissous par les privilèges dont on les a dépouillés, 
et peut-être leur fera-t-on encore l'injustice de les priver de la 
finance de leur charge, si ce nouveau régime ne leur conve- 
rioit pas et qu'ils voulussent se tirer d'un état qui cesse d'en 
être un. » 

Avant de dire un adieu définitif au parlement, qui a occupé 
tant de place dans l'histoire de notre province, qu'on nous 



(1) Affiches de Dauphinè , 1775, p. 6, 10, 23, 26. 



LA VIB DE PROVINCE AU XVIII e SIÈCLE. 19 

permette de citer ici un passage de la correspondance de Lau- 
rent de Franquières, relatif à la réception comme conseiller 
d'un homme de bien que plusieurs d'entre nous ont connu , 
dernier survivant d'une illustre compagnie, dont il avait porté 
les nobles traditions dans la magistrature moderne, laissant 
après lui un nom encore dignement porté en Dauphiné et nous 
devons ajouter dans le monde des lettres '. « Je serois très- 
enchanté que le projet du frère de notre voisin de Franquières 
pût réussir. Il me semble que le parlement feroit une excel- 
lente acquisition, parce que c'est un parfait honnête homme, 
qui ne manque ni d'esprit, ni de talent et qui remplira très- 
bien les fonctions de sa charge, pour peu qu'il veuille sérieu- 
sement s'en donner la peine; et cela doit lui être plus aisé 
qu'à un autre, parce qu'il trouvera des ressources infinies dans 
les conseils et les instructions de plusieurs de ses parents et 
amis, tels que M. d'Orbanne*, .qui sont les aigles du barreau 
et de la jurisprudence. Aussi je ne doute point que s'il par- 
vient à réunir en sa faveur l'agrément de tous les membres du 
parlement, aidé de ces puissants secours, il ne devienne en 
peu de temps un magistrat très-éclairé 3 . » 

A côté et au-dessus des parlements se trouvaient les inten- 
dants, et des conflits éclataient souvent entre ces deux pou- 
voirs rivaux. Déjà, Richelieu et Louis XIV aidant, était tissu 
ce système compliqué, la tunique de Nessus de la bureau- 
cratie moderne, avec son fanatisme du point sur l'i, ses chi- 
noiseries savantes, son habileté de sauvage indien à brouiller 



(1) Gaspard-Marie du Boys, conseiller au parlement, président de cham- 
bre à la cour royale de Grenoble, mort le 3o mars 1860, à l'âge de 98 ans. 

(2) Jean -Baptiste -Joseph -Barthélémy d'Orbanne, savant jurisconsulte 
grenoblois, mort en 1798. 

(3) Laurent de Franquières à sa soeur, Paris, 1783. 



20 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

les pistes et retarder au delà de toute espérance la solution 
des affaires, qui, selon l'invariable cliché en honneur dans 
nos rapports officiels jusqu'à nos désastres, « nous était envié 
par toute l'Europe ». 

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage , 
Polissez-le sans cesse et le repolissez. 

Cette rudesse originelle de l'administration , cette lutte d'in- 
ertie avec le contribuable ont de tout temps produit les résultats 
les plus désastreux, en jetant dans le cœur des masses des 
ferments de haine contre le pouvoir et en grossissant les rangs 
de la Révolution. Qjii pourrait se rendre compte, chez l'hom- 
me simple et ignorant, du froissement incurable causé par ce 
qu'il regarde comme un déni de justice de la part des fonc- 
tionnaires ? Encore plus que les commandants militaires, les 
intendants, qu'ont remplacés nos préfets actuels, étaient en 
butte à l'animadversion publique. Gaspard-Moïse de Fontanieu, 
auquel les lettrés dauphinois doivent tant de reconnaissance 
pour la collection de documents qu'il rassembla et qui est au- 
jourd'hui à la Bibliothèque nationale, est accusé, sous le pseu- 
donyme transparent de Fontanius, de concussion par Létour- 
neau *. M. llc Cholier, écho de la société lyonnaise, félicite 
les Dauphinois de la retraite de M. de La Porte , haï de toute 
la province a . Qjiant à son successeur, Christophe JPajot de 
Marcheval, il est chansonné pour la parcimonie dont il fit 
preuve dans une fête donnée aux dames de Valence 3 . Du reste, 
les hommages publics qu'on lui rendait le vengeaient ample- 



(i) T. i", p. 430, 446, 447. 

(2) Lettre à M. Ue de Franquières, 11 avril 1760. 

(3; LÉTOURKEAUy t. m, p. 495. 



LA VIE DE PROVINCE AU XVIII e SIECLE. 21 

ment de ces railleries, dont il était le premier à rire. Quand 
il fit à M. me de Murât l'honneur d'aller lui demander à dîner 
à Sablons , on mit la communauté sous les armes , ce qui de- 
vait ressembler aux réceptions de la garde nationale de nos 
jours \ 



(i) M. me de Murât à M. IU de Franquières, 7 novembre 1763. 



(A continuer.) Anatole de GALLBER. 



22 SOCIÉTÉ d'àRCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 



LA GUERRE DES PAYSANS 

EN DAUPHINÊ. 
(M79-M 8 °) 



cAVANT-TROPOS. 




E récit que Ton va lire est relatif à l'un des épi- 
sodes les moins connus de l'histoire du Dauphiné 
pendant le XVI e siècle, à la sorte de Jacquerie 
•qui l'ensanglanta pendant deux années entières 
(i 579-1580). Les soulèvements des paysans dauphinois 
furent à cette époque si soudains et si formidables, ils tou- 
chèrent de si près au triomphe et il fallut répandre tant de 
sang pour les comprimer que les historiens, comme d'un 
commun accord , ont évité d'en parler avec de longs déve- 
loppements, de peur de réveiller des haines encore mal 
éteintes. C'est à peine si dans le récit de Chorier * on peut 
se rendre compte de l'énergie de ce mouvement populaire, 



(1) Vol. 11, p. 686 et suiv. 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHINÉ. 2 3 

et, pour s'en faire une juste idée, il faut parcourir les corres- 
pondances du parlement, de la reine Catherine de Médicis 
et des autres personnages qui y furent activement mêlés, 
tels que Maugiron et le comte de Tournon ; alors seulement 
on s'explique les craintes, parfaitement justifiées du reste, 
qu'il inspirait. A l'origine, ces ligues de paysans furent une 
protestation énergique et légitime contre les guerres civiles 
et les maux sans nombre qu'elles entraînaient à leur suite; 
pillés, maltraités et rançonnés par les capitaines catholiques 
et protestants, qui tous disaient agir pour le service du roi, 
les bourgeois et les paysans s'empressèrent de s'enrôler 
parmi les amis de la paix et se coiffèrent pour constater leur 
affiliation d'un chaperon sans cordon. Ce commencement 
d'organisation 1 date de la fin de l'année 1578; bientôt le 
mouvement gagne en intensité ; au commencement de 1 579 
les paysans se procurent des armes et se sentent assez forts 
pour tenir la campagne. Au son du tocsin et de cornets faits 
sur le modèle de ceux dont les Suisses usaient dans les com- 
bats , ils courent sus aux gens de guerre , de quelque parti 
qu'ils soient, chassent les garnisons, refusent vivres et 
passage aux troupes armées, les harcèlent et s'emparent des 
châteaux. Ces mouvements avaient d'abord pris naissance 
dans la baronnie de Clérieu; bientôt le Valentinois et la 
Valloir'e y participent; les villes de Valence et de Romans 
embrassent le parti des ligues. Des que les partis politiques 
et religieux qui se disputaient à cette époque le pays eurent 
compris la puissance de ces associations , ils songèrent à en 
profiter et à faire tourner cette force à leur profit. Jacques 



(1) Lyonne, dans une lettre du 3 mars 1579, attribue l'organisation « de 
ceste innoportune eslevation » à un nommé Gamot, « qui doit avoir perdu 
le sens, ajoute-t-il, pour se mesler bien avant de ceste partie ». 



24 SOCIÉTÉ d' ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Colas, sénéchal de Montélimar, se mit à la tête de bandes 
de paysans soulevés, se rua sur les protestants des Ba- 
ronnies, s'empara de la Roche-sur- Buis, menaça Orpierre, 
pilla les châteaux des seigneurs réformés et même ceux de 
quelques catholiques trop tièdes. Lesdiguières fut obligé de 
marcher contre lui pour protéger ses coreligionnaires, et il 
fallut plusieurs rencontres sanglantes pour le rejeter hors 
des Baronnies. D'un autre côté, Innocent Gentillet, ami et 
confident 3e Lesdiguières, souleva les paysans de la Valloire 
et du Viennois et les poussa contre les catholiques. Mau- 
giron lui-même, tout gouverneur qu'il était, n'hésita pas à 
se servir des paysans révoltés ; il se mit à leur tête , chassa 
avec leur aide les garnisons protestantes de Châteaudouble 
et Roissas et leur donna même un chef pour les commander 
pendant son absence. Malgré les affirmations de l'auteur du 
récit qui va suivre, les ligues n'eurent jamais un caractère 
religieux nettement tranché; elles ne combattirent ni pour 
les catholiques ni pour les protestants, mais uniquement 
pour la paix *.' Les chefs politiques de l'un et l'autre parti 
s'en servirent parfois , se tenant toujours à leur égard dans 
une prudente réserve, ainsi qu'il résulte de maint passage 
de leur correspondance, parce qu'ils se défiaient avec juste 



(i) Guerin, juge de Romans, que nous présumons être l'auteur du récit 
que nous publions, le reconnaît lui-même dans la lettre suivante : « Les 

sieurs de Pierregourde et de Saint-Sierge , avec un grand nombre de 

peuple des deux religions armés, se sont mis en campagne pour faire casser, 
comme ils disent, toutes levées de deniers et impositions sur le peuple, 
faire vuyder toutes garnisons des villes et chasteaux dudict pays, tant d'un 
party que de l'aultre, et, pour commencer, ils mirent hier le feu au chas- 
teau de Crussol. » L'évêque de Valence, dans une autre lettre, écrit que 
les ligueurs lui ont fait dire « qu'ils se sont mis en campagne pour con- 
traindre l'observation de la paix tous ceulx qui en sont refuzants. Un gen- 
tilhomme les mène, ajoute-t-il, qu'ils ont contraint par la force être leur 
chef, et croy qu'il a nom Saint-Legier ». 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHÏNÉ. 25 

raison des conséquences que pouvait avoir ce déchaînement 
de passions populaires pour l'aristocratie et ses privilèges \ 
L'accord de la bourgeoisie et des paysans paraît avoir été de 
courte durée. Tant que Ton était resté dans le domaine de la 
théorie, le bourgeois, ami de la paix, avait approuvé les 
ligues ; le jour où Ton passa à la pratique , où les troupes 
royales furent battues et chassées, où les châteaux furent 
brûlés et le sang répandu, la bourgeoisie craignit d'endosser 
la responsabilité de ces actes et se renferma chez elle. Les 
documents que nous possédons sur ces événements ne sont 
point en assez grand nombre pour que nous puissions juger 
des causes qui la portèrent à agir de la sorte. Eut-elle tort 
de s'effrayer ou bien se sentait-elle sérieusement menacée; 
le mouvement avait-il déjà pris les allures d'une guerre 
sociale ; la bourgeoisie avait-elle perdu son autorité et se 
sentait-elle débordée, ou bien eût-elle pu en conservant la 
direction du mouvement lui maintenir son caractère pure- 
ment défensif ? Nous l'ignorons-, seulement, nous affirmons 
que l'abstention de la bourgeoisie eut les plus funestes ré- 
sultats : elle permit à des hommes sans valeur et sans aveu, 
à de vulgaires intrigants d'accaparer le mouvement en flat- 
tant les mauvaises passions des masses populaires a . Bientôt 



(i) Le maréchal de Bell égard e avait bien raison d'écrire à Lesdiguières à 
cette époque que le peuple pourrait bien prendre désespoir pour les grandes 
oppressions qu'il souffrait de tous côtés , et « que si par ce desespoir il 
entre en quelque rage et connoît sa force une fois, ne sera l'avantage ni 
l'accroissement de Pauthorité des nobles, ains le preparatif de leur ruine 
totalle ». 

(2) Une preuve que le peuple ne repoussait pas au début le concours de 
la bourgeoisie ! mais au contraire que la bourgeoisie le lui refusa, se trouve 
dans une lettre de la reine : a Le peuple des communes, dit-elle, a voullu 
choisir quelque cappitaine, lesquels, l'ung entre autres qui est de vos offi- 
ciers de justice audit Romans, n'auroient voullu accepter ladicte charge. » 



26 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

les bourgeois sont exclus du sein des municipalités; on les 
accuse de malversation et de mauvaise gestion des deniers 
publics. Le peuple, entraîné par des menées criminelles, ou- 
blie le but primitif des ligues, qui était d'imposer la paix à tous, 
et ne songe qu'à se poser en adversaire et ennemi de ceux qui 
possèdent. Maugiron , assez occupé à se défendre contre les 
protestants , laissa les bourgeois se tirer d'affaire comme ils 
pourraient et ne leur envoya aucun secours. Enfin, la bour- 
geoisie de Romans, injuriée et menacée chaque jour, com- 
plote la ruine de ses adversaires. A l'occasion des réjouis- 
sances du carnaval, elle s'arme, s'organise, fait assassiner 
par surprise ou chasser hors de la ville les principaux chefs 
des ligues. Aussitôt Maugiron leur envoie des troupes ; le 
parlement se transporte à Romans; les prisons se rem- 
plissent, et les séditieux de Romans, de Valence et de Vienne 
sont pendus en grand nombre. Le contré-coup de ces évé- 
nements se fait immédiatement sentir dans le pays tout 
entier. La noblesse reprend courage et court sus aux 
paysans. Traqués et pourchassés, ceux-ci se rassemblent en 
troupe nombreuse et tiennent la campagne. Battus par 
Maugiron dans les environs de Valence et de Romans, ils se 
retirent dans le Viennois, saisissent et pillent Moras et 
Beau repaire ; les gentilshommes effrayés se réfugient dans 
la Côte-Saint- André et s'y fortifient. Enfin Fermée royale 
accule les rebelles dans Moirans, s'en empare le 28 mars 
i58o et y fait un horrible massacre; ce qui échappe au fer 
est pendu. Deux mois après, les paysans se soulèvent encore 
dans le Viennois et emportent Fa verges d'assaut ; ils en sont 
chassés et de nouveaux supplices viennent punir cette der- 
nière tentative. Enfin l'arrivée de Mayenne en Dauphiné 
avec une puissante armée tourne les esprits d'un autre côté 
et met un terme à ces lamentables scènes. Tel est en peu de 
mots le résumé de ces événements-, ainsi avorta et glissa 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHINÉ. 27 

dans le sang cette entreprise, dont la pensée originelle était 
juste et qui, sagement conduite, aurait pu faire cesser les 
guerres civiles et mettre un terme aux maux dont souffrait 
le Dauphiné. 

Le récit inédit que Ton va lire est conservé aux manuscrits 
de la Bibliothèque nationale (Mns. F. — 33 1 9, p. 1 37). Quel- 
ques mots omis et quelques phrases dénaturées prouvent 
que nous n'avons pas l'original, mais seulement une copie, 
destinée à être placée probablement sous les yeux du roi ou 
de la reine Catherine. L'auteur n'a pas signé son œuvre, 
mais les détails circonstanciés qu'il nous donne sur ce qui 
s'est passé dans la ville de Romans, nous prouvent d'une 
façon indubitable qu'il en était citoyen et qu'il fut témoin 
oculaire de ce qu'il raconte. Nous ne serions pas éloigné de 
penser qu'il ne fait qu'un seul et même personnage avec le 
juge de la ville, nommé Guerin, dont il parle à plusieurs 
reprises, mais d'une façon fort discrète. Il a été évidemment 
acteur dans les événements dont il écrit l'histoire. Nous n'en 
voudrions pas d'autre preuve que son manque absolu d'im- 
partialité, sa colère contre le parti populaire et les ména- 
gements qu'il garde vis-à-vis de la bourgeoisie, jusqu'à altérer 
la vérité des faits, en niant un complot évident et longuement 
prémédité. Nous aurions préféré , nous l'avouons , qu'au 
lieu d'imputer à ses adversaires de méditer le meurtre , le 
pillage et le viol et de leur lancer à la face ces accusations 
banales que de tout temps les partis se sont rejetées, souvent, 
grâce à Dieu , à tort, il nous eût cité des faits précis, donné 
plus de preuves de ce qu'il avance et n'eut pas surtout puisé 
sa conviction dans des ouï-dire ou dans les aveux de quel- 
ques malheureux soumis à la torture. Nos lecteurs tiendront 
compte de ces considérations et n'admettront les affirmations 
de notre auteur qu'avec une sage réserve. Un autre grave 
défaut de ce récit c'est d'être incomplet. L'auteur nous ra- 



28 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

conte assez fidèlement ce qui s'est passé à Romans et dans 
les environs, mais il nous laisse à peu près ignorer ce qui 
concerne le reste de la province, soit qu'il l'ait ignoré lui- 
même, soit qu'il n'y ait pas attaché autant d'intérêt qu'à ce 
qui touchait sa ville natale \ 

On remarquera que les noms des hommes qui prirent 
part à ces événements ne sont presque jamais cités dans ce 
récit. Les seuls qui y paraissent sont ceux de gens du peuple, 
tels que La Roche et Laigle, de la sûreté desquels notre 
auteur ne se préoccupait guère, ou de personnes assez haut 
placées pour n'avoir rien à redouter. Quant aux autres per- 
sonnages qui se trouvent mêlés à ces graves événements, 
l'auteur s'abstient de les nommer, de peur, sans doute, 
d'attirer sur leur tête de terribles représailles de la part de 
leurs ennemis, vaincus, il est vrai, mais non anéantis V 

C'est en i58o que fut composé ce récit, ainsi qu'il ressort 
d'un passage conçu en ces termes : « Trois ou quatre jours 
» avant la fête de Saint-Blaize en la présente année i58o ». 
On pourrait même préciser davantage et en placer la compo- 
sition entre la fin d'avril i58o, date citée comme passée par 
l'auteur, et l'arrivée de Mayenne en Dauphiné (septembre 
i58o), à laquelle il ne fait aucune allusion. 

J. ROMAN. 



(0 Heureusement cette lacune ne tardera pas à être comblée, car M. Brun- 
Durand, l'un de nos érudits les plus distingués, si apprécié par les lecteurs 
de ce Bulletin , prépare l'histoire complète du soulèvement des paysans en 
Dauphiné, d'après les documents originaux. 

(2) La terreur inspirée par les paysans était telle que la chambre du 
parlement qui instruisait contre eux, à Vienne, se plaint au roi qu'elle ne 
peut trouver de témoins qui veuillent parler. 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPH1NÉ. 29 




OUR bien et sainement entendre la source et 
fondement du discours que cy après sera decleré 
touchant Tellevation populaire advenue au pays 
de Daulphiné, est en premier lieu a présupposer 
que ceulx de la prétendue religion reformée qui n'auroient 
peu pendant tous les troubles advenus audict pais prendre 
pied au Viennois , cherchant tous les moyens d'en fere, n'en 
trouvèrent poinct de meileur comme il leur sembloit que de 
praticquer quelque division entre ceulx dudict Viennois *, 
ayans intelligence avec ceulx du semblable party des villaiges 
proches de la ville de Romans , lesquels ils incitèrent a re- 
muer mesnaige soubz le seul prétexte des foulles et oppres- 
sions par eulx souffertes par les gens de guerre, tant de 
pied que de cheval, qui les années preceddantes, passais et 
repassans audict pays, y avoient commis une infinité d'ex- 
torcions et excedz. Or ceulx qui les premiers furent imbus et 
affriandez de tel argument fardé, soubs lequel courroient 
mille meschancetes , furent ceulx de la baronnie de Clerieu 
d'un villaige nommé Marsas, partye desquelz estoient de 



(1) Comme nous l'avons dit dans notre avant-propos, cette affirmation de 
notre auteur est une exagération* destinée à rendre ses adversaires odieux 
et contredite par les faits. Voici ce que Lesdiguières, chef des protestants, 
écrivait à Gouvernet, le i3 juin 1579 : tt Les ligues braient, mais elles ne 

bougent ; mais s'ils se mettent aux champs, ils seront bien accueillis, 

on leur apreste de besogne et pour cest effet je m'en pars pour aller à Dye. » 
Ces mots ne témoignent pas d'une bien grande tendresse de sa part vis-à- 
vis des ligués. 



3o société d'archéologie et de statistique. 

ladicte prétendue religion, qui cuydoient fere beaucoup et se 
venger contre ceulx qui avoient faict exécuter leurs parens 
dans ladicte ville de Romans, pour crime de leze majesté, 
aux troubles précédents. Ceulz d'un aultre villaige nommé 
Chantemerle furent associés avec ceulx dudict Marsas au 
moien de quelque assemblée, a laquelle furent appelés ung 
grand nombre de gens de mauvaise vye de plusieurs aultres 
villaiges circonvoisins, en laquelle assemblée, qui fut faicte 
au mois de janvier M.V C .LXXIX soubs couleur d'un rey- 
nage ', fut résolu qu'ilz feroient une ligue des gens du tiers 
estât et qu'ils courroient, comme dessus a esté dict, contre 
les gens de guerre, suivant les patantes que pour une cou- 
verture ils disoient avoir receus de Monseigneur de Mau- 
giron, lieutenant gênerai pour le roy audict pays de Daul- 
phiné, et continuèrent leurs dictes assemblées, ausquelles 
furent appelles la plus grand part des villaigeois de six lieux 
a la ronde, commenceans a se munir d'armes en ladicte ville 
de Romans par le moien d'un forgeron ou quinquailleur de 
Forets, qui en apportoit dans icelle grand quantité. Le com- 
mencement de l'exécution de leur entreprinse fut par eulx 
pratiqué a son de tocquesainct et cornets sur la compagnye 
de chevaulx légers d'un gentilhomme dudict pais nommé le 
sieur des Mures % laquelle s'acheminant en Flandre fut 
tellement chargée audict lieu de Marsas qu'après y avoir 
perdu certains hommes et chevaux fut contraincte de se 
scauver de vitesse dans le chasteau de Jarcieu , appartenant 



(i) Ce mot, répété plusieurs fois dans le cours de ce récit, désigne une 
fête populaire, à la suite de laquelle celui qui avait remporté certain prix 
de force ou d'adresse était nommé roi de la jeunesse et lui commandait 
jusqu'à la fête suivante. Il est tantôt écrit reynage, tantôt regnage. 

(2) Jean de Bourrelon , sieur de Mures , 'gouverneur d'Embrun ( 1 577- 
i58i). 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHINÉ. S I 

a Madame d'Anjou , et de là faire retraicte soubdaine au 
pays de Lionnois, dont après s'en ensuivit entre lesdicts ligués 
certains divorses pour le partaige du butin par eulx ravy sur 
ladicte compagnye. Quelques jours après , la compagnye de 
Monsieur le grand prieur de France l passant par lesdicts 
quartiers ne se seut garentir d'estre pourchassée par les 
paysans nonobstant toutes les honestetes desquelles les-gen- 
tilshommes de ladicte compagnye pussent user envers eulx 
et promesse de payer au double ce qu'ils prendraient, et 
furent contraincts s'écarter au loing par chemins obliques, 
endurant par ce moien plusieurs menasses et opprobres \ 
N'ayant ceulx de ladicte ligue pendant ledict temps entre- 
prins aultre chose pour n'avoir eu l'adveu et soubstien des 
villes princippales dudict pais, qui se contenoient soubs 
l'obéissance de sa Majesté et de sa justice, comme ils y 
eussent continué si pugnition exemplaire eust esté prompte- 
ment faicte de tels perturbateurs avant que le feu fut de 
plus en plus allumé, mais veoyant telles choses impugnyes 
et comme advouées, plusieurs qui ne s'estoient encore re- 
muez en attendant la fin du jeu , prindrent le mesme party 
et poussez desdicts de la religion prétendue communiquèrent 
secrètement avec ceulx des villes, mesmes dudict Romans, 
plusieurs habitants de laquelle, estans du mesme party de la 
• religion , voulurent embrasser tellement ce party de ligue , 
comme depuis ils ont faict, qu'aides d'une infinité d'es- 
trangers, cardeursetaultres gens mécaniques,- qui ne deman- 
doientqu'un remuement, au grand regret et mescontentemem 



(i) Gouverneur de Provence, fils naturel d'Henri II, tué par Altoviti. 

(2) « Les habitans de Valence chassèrent également de leur ville quatre 
compagnies a pied et' celle de cheval de M. de Maugiron, dit Lyonne, 
soubs prétexte de rester dans l'obeyssance du roy. » 



32 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

des bons concytoiens , ils ont fait une infinité de maulx et 
donné tel cueur aulx villageois qu'ils ont exécuté des choses 
ausquelles ils n'eussent osé penser. Et pour commencer a 
ce qui advint en ladicte ville de Romans, comme ayant esté 
le seul réceptacle et soubstien de tous les perturbateurs du 
repos publicq qui depuis ledict temps, soubs plusieurs fardes 
prétextes fabriques par ceulx de ladicte religion prétendue 
et non encore pourpensés par lesdicts villageois, ont entre- 
tenu tous les desordres et rebellions qui s'en sont ensuivyes. 
La façon doncq et moien dont ils usèrent fut tel que le jour 
St Biaise III e de febvrier en ladicte année M.V C .LXXIX, 
les drapiers de ladicte ville de Romans estans assemblés 
pour solempniser la feste, comme estant leur patron, feirent 
une assemblée bien grande, cTaultant qu'ils sont beaucoup 
de gens de ce mestier en ladicte ville, feirent une revue en 
armes et esleurent un cappitaine et enseigne, comme on avoit 
accoustumé les années précédentes. Avec ceste nomination 
et eslection accoustumée entre eulx, ils esleurent ung chef 
non tant pour leur particulier, ce disoient-ils , comme pour 
embrasser une cause qu'ils appelloient le repos et soula- 
gement du peuple, fondement a la vérité très bon, et y avoit 
peu de gens de bien qui n'eussent vollontiers tenu leur party, 
si les effects eussent correspondu a leurs propositions, qui 
estoient telles qu'ils ne demandoient que la paix, courir sus 
a ceulx qui estoient cause de leurs oppressions et foulles, qui 
estoient les huguenots, fere rendre compte a ceulx qui avoient 
manié les deniers qu'ils avoient fourny, bref les plus belles 
et honestes propositions qu'il estoit possible de demander f . 



(i) « Le peuple se plaint, dit Lyon ne, de la maulvaise administration des 
finances et de ceulx qui les ont maniées; que leur substance, ou la plus 
grande part, se trouvera dans trois ou quatre bourses de Grenoble, dont 
celle dudict sieur de Saint- André est la principal le, et les aultres celles des 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHINÉ. 33 

Mais comme il est impossible qu'une meschancefé aye durée 
et que Dieu permet qu'elle prent quasi aussy tost fin que 
commencement, faisant perdre a ceulx qui les brassent et le 
sens et le cueur tout ensemble, ainsy en est il advenu a ceulx 
qui ont brassé ceste tant malheureuse et dampnable conspi- 
ration, qui n'est provenue de l'inversion d'un milliasse de 
personnes qui s'en sont meslées , mais de certain nombre de 
gens ambitieulx qui desiroient de s'agrandir et enrichir aux 
despens de leurs voisins, parens et amys, se rendant pro- 
diteurs de leur patrie et traîtres a leur roy et souverain 
seigneur, trompant et abusant par ce moien une infinité de 
peuple qui avoit preste l'oreille a leurs faulces persuasions. 
Pour revenir a nostre propos , ceste trouppe avec beaucoup 
d'aultres esleurent le IX e febvrier oudict an pour chef ung 
nommé Jehan Serve dict le Paumier, homme d'aussy mau- 
vaise façon et grossier qu'ils eussent seu choisir, propre 
toutesfois pour luy fere porter la marojte et lui fere exécuter 
ce que les entrepreneurs avoient en intention, d'aultant 
qu'il n'eut rien seu fere de luy et de son invention, et le re- 
paissoient d'une vaine espérance de le fere grand, l'ayant 
accompagné d'une trouppe de gens aultant meschants que 
aulf res qu'ils eussent peu choisir en tout le reste du pays , 
comme les effects et les actes qu'ils ont exercé le tesmoignent 1 . 



commis et aultres officiers du pays ; qu'il leur fouit faire de nouveau 

rendre compte et tirer raison, ayant été si téméraires de dire qu'il se falloit 
jeter dans les biens du sieur de Saint- André, les vendre au profit du pais 
pour le sortir de partie de ses debtes. » » 

(i) On ne saura probablement jamais exactement quel était et ce que 
voulait ce Paulmier; ce qu'il y a de certain, c'est que son influence sur les 
masses était très-grande, ainsi que le constate la reine Catherine en écrivant 
au roi : « Je vous diray que ledict Pommier a si grand crédit et auctorité 
parmi ces ligues qu'au moindre mot qu'il dit il fait marcher tous ceux de 
cette ville et des environs. » 

Tome XI. — * 1877. 3 



34 société d'archéologie et de statistique. 

Estant ledict Paumier en auctorité et a demy roy, ce luy 
sembloit-il, il commença a commander avec une telle indis- 
cretion et bestialité qu'il se faisoit redoubter a tous les gens 
de bien , ayant attiré a luy par alliances et ligues secrettes 
partye du peuple de la ville de Vallence et Ta rendue divisée 
entre les citoyens, ayant aussy attiré les villageois des en- 
virons de Romans et jusques a la Valloire, qu'il feist armer 
et en tel nombre qu'il s'est veu quatorze mil harquebousiers 
enroolles a sa dévotion, ne portans aulcun cordon a leur 
chappeau, car telle estoit leur marque 1 . Commença a en- 
trer en la maison consullaire de ladicte ville, feist renou- 
veller le conseil, et au lieu de gens de bien dont il estoit 
pourveu , il y en feist mectre d'aultres de sa suitte aussy 
indignes de ceste charge qu'ung cordonnier d'estre président 
en une court souveraine. Somme 2 il pervertit l'ordre qui 
de long temps avoit accoustumé d'estre observé en ladicte 
ville et fust sa première entrée dans icelle avec environ trois 
cens de ses complices armés, qui ne parloient que de tuer 
juges, consuls, conseillers et ceux qui avoient bruict d'estre 
gens de bien ou qui avoient de quoy pour les aller piller, et 
de faict ce peuple, qui s'estoit mis sa bride sur sa teste, eust 
exécuté sa maulvaise délibération s'ils n'eussent esté retenus 
par les moings meschants de leur trouppe, qui ne le vou- 
lurent souffrir. Voyans que ceste trouppe mutine croyssoit 
de jour a aultre pour l'impunité de leurs meffaicts, que ne 
pou voient estre chasties par la justice, qui n'avoit la force 
suffisante, ung bon nombre de gens de bien furent con- 



(i) « Ils ont faict faire in cents cornets de bois pour se hucher les ungs 
les aultres, dit Lyonne dans la lettre déjà citée, et pour leur signal ne 
portent point de cordon en leurs chappeaux. » 

(2) En somme. 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHiNÉ. 35 

traints de s'absenter de la ville et se retirer les ungs a Gre- 
noble, les aultres aux aultrés lieux ou le desbord n'estoit 
tel que audict Romans, en attendant qu'il pleust a Dieu 
d'y mettre ordre. Cependant le sieur juge de ladicte ville 
veoyant la mauvaise façon de procedder de ceste trouppe -, 
qui venoit a toutes heures en tourbe en la maison consullaire 
et salle des cordelliers et voulloient tous parler a ung coup 
et aux termes de : Nous voulions , s'advisa , avec l'advis de 
certains notables et gens de bien , de fere nommer ung a ce 
peuple qui parlast pour tous, a celle fin que doresnavant 
on ne feust aux peynes ou ils s'estoient veus pour ladicte 
multitude, lesquels parloient irreveremment et sallement; 
et fut nommé Guillaume Robert Brunat, natif de ladicte 
ville, drappier de son estât, qui avoit l'esprit assez gaillard 
et tel que, s'il l'eust voulu applicquer a bien, il eust peu 
remédier a beaucoup de choses , au lieu qu'il a faict tout le 
contrere, comme il sera dict cy après. Et, pour ne laisser 
couler aulcune chose de leurs principalles et perverses exé- 
cutions, fault entendre que la compagnye d'hommes d'ar- 
mes dudict sieur de Maugiron estans dans ladicte ville de 
Vallence avec quatre compagnies de gens de pied pour 
résister aux entreprinses desdicts de la religion esleves en 
armes contre Sa Majesté, furent contrainctes par les rebelles 
dudict Vallence, qui se mutinèrent contre elles et qui feirent 
acheminer toutes les ligues pour les massacrer, de sortir 
hors ladicte ville et se retirer et prendre divers chemins, et 
d'aultant que lesdicts gens de cheval ne pouvoient se retirer 
sans passer par ladicte ville de Romans, ou ils pretendoient 
pouvoir repais tre. La cruaulté des séditieux de ladicte ville 
fut telle qu'ils les feissent passer a grands pas hors icelle , 
leur presentans le manche de la hallebarde et leur disans 
plusieurs iniures, ne leur voulans permectre d'y repaistre 
leurs chevaulx, ne a eulx d'y boire ung verre de tin, et non 



36 société d'archéologie et de statistique. 

de ce encores contents, moyennerent les villageois circon- 
voisins de sonner les tocquesaincts pour les faire mectre en 
pièces, ce qui fut si subitement exécuté que lesdicts gen- 
darmes furent contraincts s'escarter a bien petites troupes 
et marcher toute la nuit par les chemins obliques et non 
accoustumés, ou ils pensèrent repaistre et chercher retraicte 
soubdaine. Une chose bien estrange fut que le sieur de 
Vallins, homme d'armes de ladicte compagnie, ayant sa 
maison a ung quart de lieue dudict Romans, n'eust là per- 
mission et asseurance d'y pouvoir repaistre et communiquer 
a ses fermiers et serviteurs. Monseigneur de Maugiron et 
Messieurs de la court de parlement , qui voyant le malheur 
et desbordement qui advenoit de ses assemblées, deppu- 
terent ung des sieurs conseillers de ladicte court pour aller 
audict lieu de Romans tascher ce peuple et le remectre au 
bon chemin, ou ledict sieur conseiller ne s'est espargné en 
ce qu'il a peu; mais comme il est impossible d'empescher 
le cours d'un torrent qu'il ne renverse tous les remparts que 
l'on faict au devant et suive son cours, ainsy ce peuple 
desbordé, sans avoir esgard aux sainctes remontrances que 
luy faisoit ledict sieur conseiller, ny a sa qualité, n'a peu se 
retenir jusque a ce que par providence divine , comme il 
sera dict cy après, il a esté mis a bas et chastié, y ayant 
receu ledict sieur conseiller beaucoup d'indignités par les- 
dicts mutins et séditieux, tellement qu'il fut contrainct se 
retirer a Grenoble. Cependant ceux de ladicte religion *, qui 



(i) Tous les faits suivants ne doivent être admis qu'avec une extrême 
réserve. On verra les contradictions qui se trouvent dans le récit de notre 
auteur. On se demandera, par exemple, comment La Prade, sur le point 
d'être nommé chef militaire des ligues et ayant déjà fait remettre à Paul- 
mier 1,200 écus d'avance, changea les conférences en massacre, quand il 
pouvait encore en espérer une issue favorable, et consentit à perdre ainsi 
à là fois ses peines et son argent. Ces relations amicales entre les ligués et 
La Prade sont peu probables. 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHINÉ. **>"] 

estoient journellement au guet, veoyans les moiens se pré- 
parer pour parvenir a leurs desseings , cognoissans ledict 
Paulmier estre remply d'embition et d'envye de se faire 
grand, feirent des menées si secrètes qu'après plusieurs 
promesses et asseurances entre eulx réciproques l'attirèrent 
a certain villaige lez ladicte ville de Romans nommé le 
Petit Saint Jehan et a ung aultre lieu nommé la Coste Saint 
Michel, ou ils feirent quelque pourparle; et pour mieulx 
l'attirer a leur cordelle luy feirent toucher quelque somme 
de deniers, que l'on disoit estre de XII c. escus, ce qui mit 
en doubte les gens de bien de ladicte ville, qui consideroient 
n'y avoir plus propre moien pour perdre ladicte ville. Or, 
après plusieurs menées, fut résolu entre eulx de fere union 
et confédération ensemblement , scavoir ceulx de ladicte 
ligue et ceux de ladicte religion , de laquelle ligue ung 
nommé La Prade, commandant a Chasteaudouble , le plus 
cruel et tiran que on eust onques veu audict pais, eust 
promesse d'estre chef et en après estre introduit en ladicte 
ville de Romans, et pour l'entière resolution de ladicte union 
et confédération fut faicte grand assemblée dans le lieu de 
Charpey tant de gens de labeur et aultres de tiers estât de 
ladicte 'ligue que de certains cappitaines et soldats dudict 
La Prade. Mais ce bon Dieu , vepyant la ruyne totale du- 
dict pais prouvenir de telle confédération, ne voulant perdre 
tant de gens de bien, suscita quelques paisans de ladicte 
trouppe, lesquels se ressouvenans des grands maulx qu'ils 
avoient receus desdicts cappitaines et soldats dudict La 
Prade adverty * soubdain et prenant argument de défiance, 



(i) Il doit y avoir une omission du copiste dans cette phrase; il faudrait : 
« Suscita quelques paisans de ladicte trouppe, lesquels se ressouvenans des 
grands maulx qu'ils avoient reçeus desdicts cappitaines et soldats dudict La 
Prade, refusèrent de faire union avec lui. La Prade, adverty, etc. » 



38 société d'archéologie et de statistique. 

assembla bien promptement toutes ses forces de cheval et 
courant sus auxdicts villageois , en fut massacré de cent ou 
six vingts, jusques aux femmes et petits enffants, pillant 
et ravaigeant le bestail , meubles et danrées de leurs gran- 
geages. Ceste cruaulté vint bien a propos a plusieurs gens 
de bien, tant de ladicte ville de Romans que lieux circon- 
voisins , qui n'avoient voulu suivre ce party de ligue , car 
au lieu que ledict Paulmier, chef principal , et ses supposts 
s'estoient préparés et faict tenir prestes leurs forces pour 
aller courir aux lieux qui leur estoient contreres et les 
réduire a leur dévotion, se délibérèrent et résolurent aller 
assiéger ledict La Prade audict Chasteaudouble , oubliant 
tous les susdicts pourparles et promesses réciproques, et 
mener le canon qui estoit audict Romans , et pour ce fere 
on feist venir les ligues de la Valloire et aultres lieux cir- 
convoisins dudict Romans, deliberans d'y aller sans l'auc- 
torité dudict sieur de Maugiron, lequel toutesfois, estant 
adverty desdictes menées, se délibéra d'y venir et de ne 
laisser perdre tout ce peuple et les deux canons qu'ils vou- 
loient mener, prévoyant bien que si aultres qu'eulx, j'en- 
tends ce peuple, ne s'en mesloit que tout yroit en confusion 
et s'en feroit un tel carnaige qu'il en seroit mémoire a tous- 
iours. Le peuple le vo3'ant en eust grand contentement et 
le supplièrent d'y aller avec eulx , ainsi parloient-ils , et qu'il 
menast ce qu'il pourroit avoir de noblesse preste et soldats 
pour pouvoir prendre ledict chasteau et ledict La Prade 1 . 



(i) Maugiron~se~mit à la tête de trois mille hommes des ligues, avec 
M. de Saulsac, l'un de ses lieutenants, et s'empara avec leur aide, le 5 
mars 1579, non-seulement_du^fort de Châteaudouble , comme le dit notre 
auteur, mais de celui de Roissas, où commandait le capitaine La Cloche. 
La Cloche et La Prade purent stéchapper. Ce dernier, que Chorier fait à 
tort tuer par ordre de Maugiron , se réfugia au marquisat de Saluces , près 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHINÉ. 3g 

Or il fault notter que ce peuple avoit oppinion de pouvoir 
prendre ledict chasteau soubdaio qu'ils y seroient. Et de 
là, comme ils faisoient courir le bruict, ils voulloient aller 
assiéger la ville de Grenoble * pour renverser Testât et la 
justice, et ce au moien d'une troupe de leurs complices sedi- 
tieulx qui commençoient a y fere les rebelles et s'eslever 
contre l'auctorité de la souveraine cour de parlement, et 
réduire ladicte ville en leur obeyssance, comme ja ils avoient 
faict ledict Romans, pour lequel ne perdre ains le tenir 
tousiours en leur dévotion, et a ce que lés bons citadins ne 
s'en rendissent les maistres, ledict Paulmier et aultres ses 
complices chefs ne s'en voulurent départir, laissant jouer 
la farce dudict Chasteaudouble aux aultres ligueurs sus- 
nommés, qui ne pensoient y fere aulcun séjour, ains s'en 
revenir incontinent fere leurs vignes, n'ayant pensé ny 
preveu aux choses qui leur estoient necesseres pour ung 
siège, portans seullement leurs bissacs plains de vivres, 
lesquels faillis, ils faisoient estât de s'en retourner et quicter 
tout si ledict chasteau n'estoit prins. Et defaict , la pluspart 
de ses bons soldats, y ayans demeuré deux jours, commen- 
cèrent a se desbander et s'en voulurent tous retourner sans 
que l'on moyenna de fermer les passaiges. Mais mondict 
sieur de Maugiron, qui prevoyoit bien l'inconvénient a 
venir et que tout ce peuple s'alloit perdre, donna ordre a 
tout , tellement que les vivres ny les munitions de guerre 



du maréchal de Bellegarde, fut nommé par lui gouverneur de Dronero et 
poignardé par ses ordres pour je ne sais quel crime peu de mois après. 
Ainsi le raconte Calignon dans ses Mémoires autographes sur le maréchal 
de Bellegarde, conservés à la Bibliothèque nationale. 

(i) « Ceulx de la ligue, écrit Lyonne, estoient voulens venir assiéger 
ceste ville (de Grenoble), dont elle est menassée; n'estoit que pour empèse her 
que les trésoriers n'eschapassent et fouissent de peur de rendre compte. » 



40 société d'archéologie et de statistique. 

n'y manquèrent poinct. Il est vray que si Dieu n'eust osté 
le sens audict La Prade et qu'il n'eust esté desadvoué 
comme il avoit esté par ceulx de ladicte religion , lesquels 
s'employèrent, au moings certains particuliers, a lui fere 
quicter ladicte place, toutes les munitions de Daulphiné et 
tout tant de paysans ligués qu'il y avoit en tout le pays ne 
l'eussent prins de dix ans, estant ledict lieu de Chasteau- 
double la plus forte place de Daulphiné. Bref, ledict La 
Prade s'en alla et habandonna ledict chasteau par com- 
position et le remit es mains dudict sieur de Maugiron , qui 
luy tint ce qui luy avoit esté promis et feist razer ledict 
chasteau et feist fere de grandes bresches a la ville. Nosdicts 
ligeux, après cest exploict, dont ils se vantoient (faulcement 
toutesfois , car s'il n'y eust eu qu'eulx , ledict La Prade en 
eust bien veu le bout), s'en revindrent audict Romans 
enflés de gloire, tellement que l'on ne les osoit regarder, 
et reteindrent les deux canons qui y estoient * , osans dire 
qu'ils leur appartenoient, menassant les gentilshommes qui 
avoient des maisons ung peu bonnes de les renverser, s'ils 
ne faisoient leur volonté, ne recognoissans poinct le bien 
qu'ils avoient receu par le moien de ladicte noblesse audict 
Chasteaudouble, et commencèrent a se desborder tellement, 
tant a Romans que villaiges circonvoisins, qu'il n'y avoit si 
petit malostru qui ne feist accroire qu'il estoit aussy grand 
seigneur que son seigneur mesme. Le commencement de 
leur desbordement fut dans ladicte ville contre les consuls 
et administration d'icelle, lesquels ils chargèrent d'avoir 
desrobé plus de XX m. escus, desquels ils disoient qu'il leur 



(i) Ces deux canons avaient été confiés aux Romanais par Gordes, ainsi 
que le dit Catherine de Médicis dans sa lettre du 20 juillet 1579 : a II y 
avoit, dit-elle, dans ceste dicte ville deux canons que le feu sieur de 
Gordes y avoit laissés, » 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHINS. 41 

falloit fere restitution pour acquiter des debtes de ladicte 
communaulté, leur baillant pour auditeurs a recepvoir les 
comptes qu'ils avoîent a rendre certains mal affectionnés 
qui, a l'occasion de quelques querelles particulières, fai- 
soient instance au payement des interests et interests des 
interests de ce qu'ils disoient avoir esté desrobé. Mais se 
trouvans entièrement frustrés de leurs desseings par la veue 
desdicts comptes et afin de tenir tousiours en suspens le peu- 
ple et les comptables, ils prolongeoient la closture d'icelluy 
ou ne la vouloient fere , quelque sommation que les consuls 
modernes leur fissent de les bailler, pour retirer de ceulx 
qui seroient reliquataires les sommes qu'ils se trouveroient 
debvoir, et ont demeuré prés de neuf ou dix mois a veoir 
les comptes de quatre années, ou ils n'ont seu trouver dix 
florins de débet, ce que toutesfois ils ne disoient au peuple, 
qui mectoit la pluspart des notables bourgeois et marchans 
de ladicte ville , qui avoient esté presque tous consuls durant 
l'espace de vingt ans, dont ils demandoient ladicte revision de 
comptes, en très grand danger de leurs personnes et biens et 
d'estre saccagés a toutes les fois qu'il plairoit a ces mutins; 
et ne leur a suffy d'avoir tenu ceulx de ladicte ville en ceste 
mauvoise délibération, car ils ont tenu lesdicts villageois en 
ceste mesme espérance de trouver beaucoup de deniers par 
le moien desdictes revisions de comptes , affin d'avoir tous 
ensemble ung mesme prétexte et se servir desdicts villageois 
a exécuter leurs mauvaises entreprises. Après ce ils s'atta- 
quèrent contre les gens de la justice, se faisans rendre les 
procès criminels, faisant sortir les prisonniers des prisons 
de leur auctorité et rompans portes et fenestres du greffe 
royal de ladicte ville, faisoient intendants des affaires de la 
communauté les plus mécaniques et plus séditieux artisans 
qu'ils peurent choisir, se bandants directement contre leurs 
cappitaines, lesquels ils voulurent destituer de leur charge, 
en mine de tant d'insolences que qui les voudroit mectre 



42 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

par escript il fauldroit perdre beaucoup de temps. Quant 
aux villageois, ils commirent une infinité d'exceds, meurtres 
et bruslemens encores plus attroces que ceulx de ladicte 
ville, car premièrement en ladicte baronnie de Clerieu ils 
feurent si malheureux, que de tuer le juge, le chastellain et 
le greffier exerçant leur estât, et les feircnt mourir très 
cruellement et avec grand langueur. Ung gentilhomme ayant 
quelque paisant ennemy particulier, il fut assailly par ung 
nombre de paysans en sa maison , en laquelle il se deffendit 
et en tua quelques ungs, qui fut cause que dans peu de 
jours après ils s'assemblèrent au son du *toquessaint et 
l'allerent assiéger; luy veoyant la force grande et que ce 
nombre sans raison croissoit d'heure a aultre, trouva moyen 
d'eschapper et sauver pour ce coup sa vye, non son bien 
ny sa maison, laquelle fut pillée et après bruslée et reduicte 
en cendres. Etfault notter que depuis, le XIX e apvril i58o, 
il a esté tué par lesdicts paysans d'ung coup d'harquebouze 
lors qu'il alloit veoir la ruyne de sadîcte maison. De la, 
leur furye n'estant du tout appaisée, ils allèrent brusler 
une maison d'un àultre gentilhomme son voysin , et furent 
en chemin pour en fere aultant en une d'un aultre gentil- 
homme, mais ils en furent empeschés au meien d'une lettre 
escripte par le juge de ladicte ville, qui gaigna le ceur de 
certains desdicts séditieux. Advoues dudict Paulmier, quel- 
que temps après ils tuèrent le cappitaine Monluel, rentier 
du sieur comte du Bouchaige, proceddant au renouvelle- 
ment des recognoissances dudict sieur comte au lieu d'Au- 
terive , saisirent les terriers et les bruslerent , après avoir 
voilé sa bourse et de ses assistants avec leurs manteaulx et 
espées et aultres hardes. Il fault notter que, en ces entre- 
faites, par subtil moyen on trouva 1 façon de rendre odieux 

(i) Voici le premier effort que feit la bourgeoisie pour ébranler l'autorité 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHINÉ. $ 

et ennemy audict Paulmier ung soldat de ladicte ville, nom- 
mé La Roche, duquel il estoit compère et avoient des leur 
jeunesse esté tousiours bons amys et a la guerre ensemble; 
le prétexte fut par ce que ledict La Roche a voit dict que si 
lesdicts seditieulx continuoient a fere les viollences qu'ils 
feisoient, il y eh auroit tant de pendus que les rues en 
puroient, de quoy ledict Paulmier, qui craignoit tumber 
en ces accidens, estoit si fâché qu'il tacha a le faire tuer, 
ne l'osant hazarder en personne, a quoy ledict La Roche 
resistoit par le moien d'ung bon nombre d'amis qu'il avoit 
en la ville et des gens de bien qui luy prestoient l'espaule, 
se veoyans perdus s'il n'y avoit quelqu^ung qui servist de 
contraire audict Paulmier et le tenir tousiours en doubte 
de sondict ennemy , estant certain que s'il n'y eust eu quel- 
qu'ung qui se fut opposé a luy, qu'il eust tant pris d'auc- 
torité qu'il eust faict beaucoup plus de mal que n'a seu 
fere, a raison de ladicte querelle et craignant tousiours son- 
dict ennemy, lequel enfin fut contrainct s'absenter de ladicte 
ville pour dix ou douze jours. Pour retourner a nostre 
propos, les nouvelles vindrent que la royne mère du roy 
s'acheminoit audict pays de Daulphiné f , qui mist lesdicts 
factieux en tel effroy qu'ils se deslibererent luy refuser les 
portes de ladicte ville, mandant grand nombre de circon- 
voisins pour les fortiffier. Mais enfin se résolurent que les 



de Paulmier: elle lui oppose un homme du peuple comme lui. Notre 
auteur reconnaît que ce fut avec intention : « par subtil moyen ». 

(i) Catherine de Médias venait en Dauphiné pour y faire recevoir la 
paix de Poitiers, que les protestants acceptaient avec répugnance, et pour 
contraindre le maréchal de Bellegarde à restituer au roi le marquisat de 
Saluces, dont il s'était emparé et qu'il prétendait garder. Elle arriva à 
Mbntélimar le jeudi 16 juillet, à Valence le 17, à Romans le 18, à Gre- 
noble le 21. 



44 société d'archéologie et de statistique. 

forces qu'elle menoit n 'estaient bastantes pour les suppe- 
diter qui les feist changer d'oppinion *. Et cependant Sadicte 
Majesté, estant arrivée audict Romans, voulust oyr lediçjt 
Paulmier a et scavoir de luy qui l'avoit meu a fere ce qu'il 
a voit faict contre Sadicte Majesté, lequel, suivant son natu- 
rel grossier et mal habille, ne seust rcspondre aultre chose 
sinon qu'il avoit esté esleu chef par le tiers estât pour de- 
mander ce qui estoit contenu aux articles portés a l'assemblée 
qui avoit esté tenue a Grenoble, et que quant a luy il estoit 
serviteur du roy ; et ne fault taire qu'il estoit si oultrecuide, 
qu'il ne se voulloit mectre a genoux , nonobstant que tous 
les seigneurs illec présents criassent tous haultement par 
plusieurs fois : A genoulx. Et après que en présence d'un 
chascun les susdicts seigneurs conseiller et juge de ladicte 
ville eurent faict ung discours a Sa Majesté des choses 
advenues en icelle depuis ceste eslevation, Sadicte Majesté 
enfin résolut qu'elle pryeroit le roy son fils de vouloir par- 
donner aux habitans dudict Romans et leur remectre l'of- 
fence qu'ils avoient faicte de s'eslever contre luy, pourveu 
que a l'advenir ils feussent plus saiges qu'ils n'avoient esté 



(i) «Je suis venue coucher, dit la reine, en ce lieu de Romans, d'où 
ceulx de la ville sont venus au devant de moi, ce que n'avoient pas fait 
au moings les gens de guerre de Valence... Ceulx de ceste ville de Romans 
sont venjus au devant de moi en bon nombre et bien armés; leur cappi- 
taine, appelé Pommier, qui est meschant drappier, m'a fait bien sommaire 
harangue de ma bien venue. » La reine ne dit pas que les ligues aient 
hésité à la recevoir; peut-être Pignorait-elle. 

(2) La reine passa le dimanche 19 juillet à Romans : «Je vous diray 

que ce matin et encores sur le soir j'ay parlé a tous ceulx de ceste ville, 
tant a ceulx de la ligue que aux aultres, et vous asseure que je n'ay rien 
oublié de tout ce qu'ils vous doibvcnt et se despartir de toutes ligues, 
divisions et associations , comme ils m'ont tous promis et juré les mains 
levées qu'ils feront. » 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHINÉ. 45 

jusques allors, et que la ou ils feraient aultrement, que le 
roy son fils et elle avoient tant de forces et de moiens qu'elle 
les scauroit bien fere chastier et leur fere recognoistre leur 
debvoir. Qui fut occasion que ledict sieur juge, reprenant 
le propos , luy dict : Madame , il y a tant de gens de bien 
en ceste ville qui ne sont en riens consentans en ceste esle- 
vation, qu'ils vouldroient bien supplier Vostre Majesté qu'ad- 
venant une pugnition ils n'y feussent comprins, declairant 
qu'il ne tient a eulx que Sa Majesté et sa justice ne soient 
recogneus, comme vrays subiects doibvent recognoistre leur 
roy et prince souverain. A quoy Sa Majesté respondit : 
Quand l'on veult fere une pugnition d'une ville ou ung lieu 
rebelle , on ne va pas choisir particulièrement ceulx qui 
sont cause du mal, car l'on pugnist tous sans en fere diffé- 
rence; tellement que le plus souvent les bons pâtissent pour 
les mauvais. A quoy replicquant, ledict juge dict : Ma- 
dame, nous vous supplions doncq de nous commander ce 
que nous avons affaire pour éviter ladicte pugnition. Lors 
Sa Majesté respondit : Pour éviter tout cella, il fault que les 
gens de bien se rendent les maistres, et n'est pas raisonnable 
que pour une vingtaine ou trentaine de seditieulx qu'il y a 
en ceste ville, tout le reste des gens de bien en endurent. 
Ceste parolle, profférée de la bouche de Sa Majesté avec 
une commisération qu'elle monstroit avoir des gens de bien 
de ladicte ville, donna je ne scay quel cueur aux assistans, 
que de la en avant ils commencèrent de penser a leurs 
affaires et chasser la trop grand* craincte qu'ils avoient eue 
jusques lors de communiquer les ungs avec les aultres, avec 
propos délibéré de ne plus tant endurer comme ils avoient 
faict auparad vant ; ne proceddant toutesfois ladicte craincte 
que de peur de desobeyr a Sa Majesté, et que s'ils eussent 
mis la main aux armes ils n'en eussent esté reprins, n'en 
ayant aulcun commandement de ceulx qui leur pouvoient 



46 SOCIÉTÉ DARCHÉOLOG1E ET DE STATISTIQUE. 

commender ains, au contrere très expresse deffence de ne 
rien attenter ny innover, qui mectoit les gens de bien en tel 
desespoir que, sans l'espérance qu'ilz avoient en Dieu qu'il 
ne lacheroit de tant la bride aux meschans que de les pou- 
voir meurtrir comme leur délibération estoit , ils se fussent 
résolus de mourir tous ou d'avoir raison d'eulx. A l'aprés 
dinée Sadicte Majesté envoya appeller les principaulx de 
ladicte ville et ledict Paulmier, et en présence de tous elle 
feist une remonstrance audict Paulmier de faulte qu'il avoit 
commise, luy commendant que doresnavant il n'eust plus 
a fere ce qu'il avoit faict et qu'il se rendist digne de la grâce 
que Sa Majesté luy avoit faicte de luy pardonner les faultes 
qu'il avoit commises et qu'il advisast de fere cesser tous les 
actes sinistres qui se commectoient, aultrement qu'elle le 
feroit chastier de telle façon qu'il serviroit d'exemple a tous 
ceulx qui viendroient après luy qui vouldroient entreprendre 
telles choses, et luy feist assez d'aultres belles et sainctes 
remonstrances qui le debvoient induire a se recognoistre, 
et ne respondit aultre chose a Sa Majesté sinon qu'il avoit 
promis le matin a Monsieur de Maugiron , ce qu'il luy tien- 
droit, et que l'on ne le verroit jamais mesler de telles choses. 
A l'instant un honnorable citoyen de ladicte ville se jectant 
a genoux aux pieds de Sa Majesté luy dict : Madame, ce 
matin ce Paulmier cy présent a dict qu'il avoit esté esleu 
chef par le tiers estât de ce pays ; je vous porte parolle et 
asseuFance de plus de XX mil personnes , gens de bien , 
dudiet tiers estât qu'il n'a Jamais esté nommé ny esleu par 
eulx et qu'ils ne sont en riens consentans de ses menées et 
meschancetés, et au contrere vous demandent et requièrent 
que justice de luy et de ses complices et faulteurs en soit 
faicte, vous offrant et leurs personnes et leurs biens pour 
estre employés a cella; vous suppliant très humblement de 
vous en vouloir souvenir en temps et lieu , et que ceulx pour 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHINÉ. 47 

lesquels il a porté la parolle sont gens de néant et qui ne 
demandent qu'un pillaige pour s'enrichir des biens de ceulx 
qui ont travaillé longtemps a les acquérir. A quoy Sa Ma- 
jesté respondit : Je m'asseure que les gens de bien et bons 
serviteurs du roy ne Font pas esleu et ne prestent consen- 
tement a tout cecy, mais il a promis qu'ils seront tous 
saiges doresnavant. Je ne veulx obmettre a dire que, encores 
que leur malice et meschanceté fust assez cogneue auparad- 
vant par leurs desportemens, si esse quïls furent bien si 
presomptueulx que de tout le temps que Sa Majesté de- 
meura en ladicte ville ils y eurent plus de trois cents estran- 
gers et que la nuict ils faisoient grosses assemblées par les 
rues et carrefours de ladicte ville en armes, ou plusieurs 
des seigneurs qui estoient a la suitte de Sadicte Majesté les 
trouvèrent, se retirans du logis d'icelle Majesté au leur, et 
avoient tous leurs espées nues soubs leurs manteaulx *. 
Ceste façon de procedder ne présageoit riens de bon , puis- 
qu'ils estoient si effrontés de commectre tels cas et actes 
en présence de Sa Majesté, qui fut cause qu'aucuns gens de 
bien allèrent supplyer mondict seigneur de Maugiron de 
dire a la royne qu'il seroit bon d'oster l'artillerye qui estoit 
en ladicte ville pendant qu'elle y seroit, car si* l'on la y 
laissoit, il seroit dangereux que a la première follye qui leur 
viendroit a la cervelle ils n'en feissent du mal. Qui fut cause 
qu'elle commanda d'estre chargée sur des basteaulx et menée 
a Lyon a , ce qui fut faict au grand contentement et desplaisir 



(1) Le même fait s'était passé à Valence : «Ceulx de Valence, a ce que 
j'entends, dit la reine, avoient eu quelque peur qu'avec la noblesse je me 
saisisse de la ville : de faict ils ont faict une forte garde toute la nuict ; je 
ne l'ay sceu que depuis que j'en suis partie, et si l'on m'en eust advertie 
premièrement, je leur en eusse parlé. » 

(2) « Je craignois que cette artillerie, dit la reine, rendit plus hardis 
ceux desdictes ligues entreprendre, voyla pourquoy je les feicts mener 



48 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

des gens de bien , contentement en ce qu'ils estoient asseurés 
qu'estant ladicte artillerye levée et ostée a ces mutins, ils 
n'en pourroient fere mal , comme ils avoient la volonté , et 
desplaisir en ce qu'ils veoyoient que s'estans tousiours mons- 
tres bons serviteurs et subiects de Sa Majesté , et que tant 
le feu sieur de Gordes que ledict sieur de Maugiron , gou- 
verneurs et lieutenans généraulx successivement l'ung et 
l'autre , cognoissans ceste fidélité, s'estoient tant asseurés 
d'eux qu'ils n'avoient faict difficulté de leur laisser ladicte 
artillerye en garde, dont il n'estoit jamais venu faulte, qu'ils 
avoient un grand crevé cueur de la veoir oster de ladicte 
ville pour l'occasion pour laquelle l'on l'ostoit, qui estoit 
toutesfois ung grand bien et repos pour eulx. Craignant 
qu'a l'avenir on leur imputast cella pour quelque marque 
de désobéissance et rébellion, desirans plus tost la mor 
qu'une telle tache leur demeurast dessus. Ce qui fut donné 
a entendre par l'ung des habitans de ladicte ville a ung des 
seigneurs du conseil de Sa Majesté, qui feist responce après 
en avoir communiqué a Sa Majesté qu'elle avoit telle asseu- 
rance des gens de bien de ladicte ville et qu'ils avoient cy 
devant monstre par efiect comme ils avoient esté loyaulx 
subiects,'que l'on ne leur imputoit cella a aulcune marque 
ou deshonneur a l'ad venir, et que si bien certains factieux 
et seditieulx avoient gaigné le hault bout a présent, qu'il 
falloit s'asseurer que Dieu ne les laisseroit longtemps régner 
pour ce qu'une meschanceté ne peult durer, et qu'elle nous 
exortoit tous a porter l'obéissance que nous debvions a Sa 



par eaux jusques a Lyon , s'estent bien congneu a la plupart de ceux de 
ladicte ville qu'ils avoient regret auxdicts deux canons , mais pourtant ils 
ont passé par la, les ayant voullu veoir par eulx mesmes mectre dans le 
basteau , comme ils ont faict. » La reine fit en outre rendre les clefs de la 
ville à Maugiron , pour les remettre à qui de droit à son départ. 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DÀUPHINÉ. 49 

Majesté et de continuer a cella , et qu'elle se montrerait tous- 
iours protectrisse des gens de bien a l'endroit du roy son 
fils. Estant Sadicte Majesté arrivée a Grenoble, ou les dep- 
putez tant de ceulx de la religion que du tiers estât estoient 
assemblés, suivant l'assignation qu'ils en avoient audict 
lieu auquel Sa Majesté les avoit remys, d'aultant qu'elle 
vouloit avoir l'advis de la cour de parlement de cedict pais 
sur les propositions qui luy seroient faictes par eulx et de 
Messieurs du clergé et de la noblesse, qui pareillement s'y 
trouvèrent , Sa Majesté , après avoir oy la remonstrance de 
ceulx dudict clergé prononcée par le sieur archevesque d'Am- 
brun, celle de la noblesse par le sieur de Tournon, et celle 
du tiers estât par le sieur Du Bourg; advocat de Vienne ', 
ordonna que les ungs et les aultres bailleroient et dresseroient 
particullierement leurs cahiers par escript, ausquels elle res- 
pondroit , ce qui fut faict , et après les avoir faict exorter 
verballement sur le champ par Monsieur de Foix de vivre 
tous en bonne paix et unyon, chascun se retira pour dresser 
leursdicts cahiers, lesquels furent baillés le lendemain audict 
sieur de Foy, pour iceulx présenter a Sadicte Majesté et y 
fere la response telle qu'il luy plairoit. Lesdicts articles furent 
respondus, chascun s'en contenta ; tous promirent et jurè- 
rent de les observer et de vivre doresnavant selon l'ordon- 
nance de Sa Majesté, sca voir que l'eclesiastique , advenant 



(1) La reine dans ses lettres le qualifie de fort factieux. Pendant son 
séjour à Grenoble la reine examina les procédures faites contre les ligueurs. 
« Vous y verez, dit-elle à son fils en les lui envoyant, des choses très 
pernicieuses et qui requerront un très grand châtiment, comme, ainsi que 
Ton verra le temps propre, je suis d'advis qu'on face. » Elle fit, en outre, 
incarcérer un procureur nommé Cavrot et un chirurgien nommé Sebastien , 
qui passaient pour chefs des ligues à Grenoble. Ce Cavrot était accusé 
d'avoir fait faire les cornets à la mode de Suisse que sonnaient les paysans 
pour se rassembler. 

Tome XI. — 1877. 4 



à 



5o société d'archéologie et de statistique. 

une guerre en ce pais pour la manutention cTicelluy en 
l'obéissance de Sa Majesté, fourniroit tous les frais qu'il 
conviendroit fere pour la condulcte de Partillerye, la noblesse 
fourniroit cent lances a leurs despens et le tiers estât ung 
nombre de gens de pied limité, et d'aultant qu'auparadvant 
il avoit esté imposé sur ledict tiers estât une levée de XV 
escus pour feu pour le payement tant du don gratuit que 
taillon, qui sont deniers ordineres deubs a Sa Majesté, de 
LX mil livres pour Tacquitement de partye de ce qui est 
deu par ledict pais aux sieurs Henrys l de Lion que aultres 
parties deues par ledict pais a certains particuliers, contenus 
en la parcelle envoyée a Sa Majesté Tannée auparadvant et 
accordée par Sadicte «Majesté estre levée sur ledict pais, il 
fut résolu par les depputés dudict tiers estât que ladicte levée 
se feroit et seroit employée ou 4es partyes estoient destinées, 
sans permectre d'estre employées ailleurs ny a aultres effects. 



(i) Célèbres banquiers de Lyon. 



(A continuer.) 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 5l 



NOTICE HISTORIQUE 



SUR 



LA FAMILLE DE LIONNE 



Après avoir nommé Hugues de Lionne prévôt et grand 
maître des cérémonies de Tordre du Saint-Esprit, Louis XIV 
désigna le duc de Mortemart et le marquis de Saint-Simon 
pour vérifier les preuves de noblesse que, suivant les statuts 
de cet ordre, chaque ' récipiendaire devait produire. Mais 
comme la plupart des titres originaux de la maison de 
Lionne se trouvaient dans les archives de la famille, à Gre- 
noble, le duc de Lesdiguières , gouverneur du Dauphiné et 
commandeur de Tordre, fut chargé, avec Prunier de Saint- 
André, président du parlement, et Salvaing de Boissieu, 
président de la chambre des comptes, de collationner et de 
certifier les actes qui seraient produits. Cette vérification 
fut faite, paraît- il, avec assez de confiance; on en trouve 
entre autres cette preuve dans Tomission parmi les titres 
de Sébastien de Lionne de celui de « contrôleur des greniers 
à sel », comme n'étant point assez relevé pour figurer en 
pareille occurrence. Il se trouva facilement, ainsi que Tavait 
demandé Hugues de Lionne à son oncle, « un notaire assez 



52 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

affectionné et secret » pour supprimer ce malencontreux 
souvenir. 

Un feudiste habile, mais trop zélé, Guy Allard, dressa 
à cette occasion une généalogie succincte de la famille de 
Lionne et une biographie incomplète, mais naturellement 
très - louangeuse , de quelques - uns de ses membres. En 
outre, comme le but à atteindre était de fournir à peu près 
le nombre de générations ou de degrés de noblesse exigé 
par les statuts de Tordre du Saint-Esprit, le travail de Guy 
Allard ne remonte pas aussi haut que l'érudition le permet 
et il s'arrête forcément à l'époque où il a été fait, c'est-à- 
dire vers le mois d'avril i656, tandis que la famille ne s'est 
éteinte qu'en 1754. 

Afin de compléter autant que possible et de rectifier au 
besoin le mémoire manuscrit de Guy Allard , nous avons 
compulsé , avec peu de profit pour notre travail , un grand 
nombre d'ouvrages biographiques et historiques. Mais, par 
un heureux hasard, comme il en arrive quelquefois à ceux qui 
cherchent, nous avons découvert que les principaux titres 
et papiers de la maison de Lionne, ainsi que de plusieurs 
familles auxquelles elle s'était alliée, sont conservés à Paris 
dans les archives de l'Assistance publique. Ils sont répartis 
en huit cartons, qui ont échappé à l'incendie qui a dévoré 
cet établissement dans la nuit du 24 au a5 mai 1871, et 
sont compris dans l'inventaire sommaire sous les numéros 
6 177 -6 190. Ils faisaient partie de la succession léguée par 
la dernière marquise de Lionne à l'Hôtel-Dieu, en 1754. 
Enfin, les archives de l'hôpital de Romans et celles de la 
préfecture de la Drôme nous ont fourni plusieurs pièces in- 
téressantes remontant aux premiers temps de la famille de 
Lionne. Nous avons utilisé pour notre notice ces divers 
documents, qui nous ont été communiqués, avec une obli- 
geance dont nous sommes reconnaissant, par M. Brièle, 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 53 

archiviste de l'Assistance publique à Paris, etpar M. Lacroix, 
archiviste départemental à Valence. 

Généalogie. 

Autrefois, les hommes occupant de hautes positions so- 
ciales cherchaient à se faire une origine en rapport avec 
l'autorité dont ils étaient revêtus. Plus ils s'élevaient, plus 
ils prétendaient venir de loin. Tous assurément ne se van- 
taient pas, comme Jules César, d'avoir pour aïeux un roi 
et une déesse; mais quelles que fussent leurs prétentions, 
ils trouvaient toujours des écrivains complaisants qui leur 
donnaient raison et savaient leur trouver les ancêtres les 
plus invraisemblables. 

Chorier avait trop d'intelligence et d'érudition pour être 
convaincu des flatteries qu'il adressait aux hommes puis- 
sants. Mais, ne possédant pas l'esprit caustique, ni la for- 
tune, c'est-à-dire l'indépendance de Voltaire, il n'osait pas se 
permettre de laisser percer la moquerie sous l'éloge. Ainsi 
il fait sérieusement descendre la famille de Lionne de Homo- 
leius Lionus , qui habitait Nîmes sous les Romains ; puis , 
franchissant dix siècles, il arrive à Guillaume de Lionne, 
ou plus exactement de Lyons, abbé de Boscodonen n33. 
Ce qui est plus sûr, c'est que cette famille, originaire de 
Saint-Quentin , se fixa à Saint- André-en-Royans *, où l'on 
voyait encore il y a cinquante ans les ruines de l'habitation 
qui fut le berceau de son illustration % et où coule dans le 



(i) Anciennement le Royans comprenait le Trièves et tout le territoire 
qui s'étend depuis Saint-Quentin jusqu'à Bouvantes. 

(2) M. Charles Terrot, de Saint-Jean-en-Royans, dans sa Notice histo- 
rique sur sa famille, dit que c'était une maison de misérable apparence, 



54 société d'archéologie et de statistique. 

voisinage une rivière rapide et poissonneuse appelée la 
Lionne, « qui, par le bruit qu'elle Eut, dit Guy AUard, 
semble ne vouloir pas se taire de la gloire qu'elle a de porter 
ce nom ». 



Armoiries. 



De gueules à la colonne d'argent, au chef cousu d'azur 
chargé d'un lion léopardé (for '. 
Devise : Impavidus sursum vigilat. 



située à environ cent pas au-dessus du ruisseau de Rognât, qui sépare le 
territoire du Pont de celui de Saint- André. M. l'abbé Clerc- Jacquier {Es- 
quisse historique sur Saint- André-en- Roy ans, p. 21) ajoute que le marquis 
de Lionne (Louis-Hugues sans doute), fit construire au même lieu la ma- 
gnifique maison de Beaujour, à dessein de nuire au splendide point de 
vue du château de M. de Saint- André, et que celui-ci en revanche défendit 
à ses descendants toute alliance avec les Lionne, attendu leur ancienne 
qualité de vassaux. 

(1) La colonne d'argent sur fond de gueules vient de Humbert Colonel, 
du Royans, camérier du Dauphin en 1342. Claude Ferrand-Teste, du même 
lieu, en écartela ses armes en épousant Guicharde Colonel, en 1490. Enfin, 
Berton de Lionne l'adopta pour son blason après son mariage, en i543, 
avec Paule Ferrand-Teste, en ajoutant en chef un lion comme armes par- 
lantes de sa famille. 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 



55 



Alliances. 



Allemand. 


Girondes. 


Aragon. 


Hostun. 


Arces. 


Jager. 


Baile. 


Manissy. 


Bally. 


Odde. 


Béatrix-Robert. 


Payen. 


Bertrand. 


Peloux. 


Le Bout de Saint- Didier. 


Perron. 


Brie. 


Pomponne. 


Brun de Flandènes. 


Portes. 


Champier. 


Pourroy. 


Claveyson . 


Rabot. 


La Croix de Chevrières. 


Reynaud. 


Déagent. 


Rives. 


D'Estrées. 


Robert de Pollenc 


Ferrand-Teste. 


Rohan. 


De Franc. 


Servien. 


Galber t. 


Valernod. 


Gautier. 





56 



SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 



Le premier membre de la famille de Lionne connu par 
des actes authentiques est : 

I. 1339. Humbert, qui fut père de Pierre, ci-après. 



II. i366. Pierre I. 
Jacquemette Robert. 



1 Claude, ci-après. 

2 Albert, marié à Madeleine 

Gautier, d'où : a Albert II. 
b Aimarde, mariée à Guigues 

d'Arces. 
c Agathe, mariée à Humbert 

de Manissy. 

3 Jeanne, mariée à Muzet de 

Champier. 

4 Françoise. 



III. 1448. Claude. 
Jeanne Allemand. 



Pierre, ci-après. 



IV. 1458. Pierre II. 
Henriette Girondes. 



1 Jean, ci-après. 

2 Nicolas, a fait branche. 

3 Antoinette, mariée à An- 

toine Bertrand. 



V. 1474. Jean. 
Catherine Brun. 



Berton , ci-après. 



VI. 1543. Berton. 
Paule Ferrand-Teste. 



1 Sébastien , ci-après. 

2 Florence , mariée à Guillau- 

me Pourroy. 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 



57 



VII. 1574. Sébastien I. 
Bonne de Portes. 



1 Hugues, a fait branche. 

2 Artus , a fait branche. 

3 Humbert, a fait branche. 

4 Catherine, mariée à Hum- 

bert Odde. 

5 Isabeau , mariée à Jean-Bap- 

tiste de Franc. 

6 Louise, mariée à Jean de 

Valernod. 



I re Branche } de Romans. 



VIII. 161 5. Hugues I. 
Laurence de Claveyson. 



1 Sébastien , ci-après. 

2 Humbert. 

3 Charles, ecclésiastique. 

4 Charlotte , religieuse. 

5 Bonne , religieuse. 

6 Laurence , religieuse. 

7 Marguerite, religieuse. 



IX. 1641. Sébastien II. 
Catherine Béatrix-Robert. 



1 Jeanne - Renée , mariée à 

Louis-Hugues de Lionne. 

2 Laurence, religieuse. 



58 



SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISHQUE. 



II e Branche, de Paris. 



X. i6o5. Artus I. 
Isabeau Servien. 



i et 2 N. N., morts jeunes. 
3 Hugues II, ci -après. 



XI. 1645. Hugues II. 
Paule Payen. 



1 Louis-Hugues III, ci-après. 

2 Jules-Paul, ecclésiastique. 

3 Paul-Luc, chevalier de Mal- 

te. 

4 Elisabeth - Mélanie , reli - 

gieuse. 

5 Madeleine, mariée à Fran- 

çois-Annibal de Cœuvres. 

6 Artus , ecclésiastique. 



XII. 1675. Louis-Hugues III. 
Jeanne-Renée dé\Lionne. 



Charles- Hugues IV, marié à 
Marie-Sophie Jager. 



III e Branche, de Grenoble. 



XIII. HUMBERT II. 

Virginie Rabot. 



1 Joseph , mort jeune. 

2 Virginie, mariée à Oronce 

Le Bout de Saint-Didier. 

3 Joachim, sans alliance. 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 5g 

Biographie. 

I. Humbert, gardien de la chambre du dauphin Hûm- 
bert II. Il reçut de ce prince, en i33g 9 quelques terres à 
Saint- Nazairè , donation qui fut confirmée par le roi Jean 
et le dauphin Charles, en i352. 

II. Pierre, fils du précédent, fut un vaillant guerrier 
qui combattit les Anglais sous Charles V et Charles VI, et 
se distingua à la bataille de Rosbec, où les Flamands furent 
défaits, en Tan i382. Enfin, brisé par le poids des ans et les 
fatigues de la guerre, il rentra dans ses foyers et fit son 
testament le 28 juin i3g8. Il mourut à Saint-Quentin , où il 
possédait des terres assez considérables, et fut enterré dans 
l'église de la paroisse, au-devant de la chapelle de la Vierge. 
De Jacquemette Robert de Pollenc, du lieu de Tullins, 
dotée de 5oo florins, qu'il avait épousée en i366 et à la- 
quelle il légua l'usufruit de ses biens, il laissa : 

i° Claude, qui suit. 

2 Albert I, possessionné sur les paroisses de L'Albenc, 
de Vinay, de Chevrières, de Chaste et de La Sône. Il avait 
une habitation à Romans, « dans la carrière de Paillerey ». 
Il mourut en 141 3. Il s'était marié avec Madeleine Gautier, 
qui lui avait donné : a Albert II, tué à la bataille de Patay, 
où Jeanne. d'Arc défit les Anglais, en 1429. Il ne laissa 
point de postérité, b Aimarde, qui épousa Guigues d'Arces. 
c Agathe, qui s'allia à Humbert de Manissy, bourgeois de 
Romans. 

3° Jeanne, dotée de 450 florins et mariée à noble Muzet 
de Champier, d'une famille savoisienne, qui portait d'azur 
à une étoile d'or. 

4 Françoise, dotée de 35o florins. 



6o société d'archéologie et de statistique. 

III. Claude, ayant soutenu avec une fidélité inébranlable 
l'autorité de Charles VII en Dauphiné et l'ayant suivi à 
Lyon en 1456, Louis XI, devenu roi, irrité de sa conduite, 
le fit enfermer dans le château de Cornillon , près de Gre- 
noble, où il mourut en 1465. Il avait épousé en 1448 Jeanne 
Allemand, fille de Jean, coseigneur de Rochechinard , et de 
Falconne de Brie. Il eut pour fils : 

IV. Pierre II , qui fiit mis au rang des nobles dans deux 
révisions des feux des années 1457 et 1458. Il quitta Saint- 
Quentin pour venir se fixer dans le Royans, afin de se 
rapprocher de la famille de sa mère, établie à Beauvoir. Sa 
femme fiit Henriette de Girondes, dont il eut plusieurs en- 
fants , parmi lesquels : 

i° Jean, ci -après. 
2 Nicolas, qui fit souche. 

3° Antoinette, qui épousa Antoine Bertrand et testa le 
8 octobre 1473. 

V. Jean, notaire. Guy Allard le fait mourir à la bataille 
de Marignan, en i5i5. Il se maria en 1474 à Catherine 
Brun, fille de Claude, sieur de Flandènes *, et de Margue- 
rite Galbert a . Il parut comme noble dans la révision des 
feux de cette même année 1474. Son fils : 



(1) Le château de Flandènes était bâti comme une aire de vautour sur 
la cime d'un rocher à pic, et, suivant un vieux dicton, « toutes les pailles du 
Dauphiné n'auraient pas pu combler ses fossés, » lesquels, il est vrai, 
n'étaient autres que les immenses et profonds ravins creusés par les eaux 
torrentueuses de la Lionne et du Chaillar. Cependant, malgré cette formi- 
dable position, il fut pris et repris pendant les guerres de religion et entiè- 
rement démoli en 1590. Ses ruines sont sur la commune de Saint-Martin- 
le- Colonel. 

(2) D'après une note qu'a bien voulu nous communiquer M. le comte 
Henri de Lyonne , Jean , devenu trésorier de. l'écurie du roi , contracta un 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 6 1 

VI. Berton, seigneur de Flandènes. Il épousa, le 17 
juillet 1542, Polie ou Paule Ferrand, fille d'Arnaud Fer- 
rand, dit Teste, seigneur de Guimetières, et de Françoise 
Baile. Il eut entre autres enfants : 

i° Sébastien, qui viendra plus loin. 

2 Florence, qui fut mariée à Guillaume Pourroy, de 
Pont-en-Royans , dont la descendance a fourni deux prési- 
dents au parlement de Grenoble. 

Au moment où la maison de Lionne va s'établir loin de 
son pays d'origine et commencer à acquérir une illustration 
historique, nous croyons devoir mentionner séparément 
plusieurs membres d'une branche collatérale de cette famille, 
qui, restée dans le Royans, s'éteignit vers le milieu du 
XVII e siècle. Le silence des biographes et l'extrême rareté 
des titres ne permettent pas d'en dresser une filiation. 

i° Nicolas, fils de Pierre II et d'Henriette de Girondes, 
paraît être l'auteur de cette branche cadette. 

2 Antoine fut notaire à Pont-en-Royans et épousa en 
i5i5 Félice Déagent, sœur d'Etienne Déagent, vibailli de 
Saint-Marcellin. Sa fille Anne s'allia, par contrat du 3 fé- 
vrier 1546, à Charles de Girondes, juge de la ville de Die, 
qui* avait pour armoiries d'azur à une lionne rampante 
d'or \ 



second mariage avec Marguerite Godefroy (selon Guy Allard, avec Félice 
Déagent), dont il eut un fils, nommé Claude. Ce dernier épousa en 1564 
Marie de Bragelonne et devint la tige de la famille actuelle de Lyonne de 
Y Ile-de-France, dont les armes sont da\ur à lafasce d'argent accompa- 
gnée de trois têtes de lionne léopardées d'or. 

(1) Cet article généalogique est puisé dans une petite notice sur la famille 
de Girondes, aux archives de la préfecture de la Drame. 



62 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

3° Aynard épousa Madeleine Reynaud, qui le rendit 
père de : 

4° Sébastien. Il n'est mentionné par aucun biographe; 
cependant les archives de la préfecture de la Drôme et celles 
de l'hôpital de Romans possèdent, le concernant, des docu- 
ments authentiques, parmi lesquels plusieurs en parchemin. 

11 naquit vers i5y5, sur la paroisse de Saint- André-cn- 
Royans. Il fut admis comme enfant de chœur de l'église de 
Saint- Barnard de Romans le 4 octobre 1 590, clerc tonsuré 
par l'évêque de Grenoble le 9 mars i5g6 et enfin cha- 
noine de Saint- Barnard le 18 avril suivant. Le chapitre le 
dispensa de la résidence par délibération du 11 mai 1600, 
afin de lui permettre de desservir la cure de Saint- André. 
Après avoir fait des réparations considérables aux édifices 
religieux endommagés pendant les guerres civiles et retiré 
des mains des calvinistes la chapelle de Sainte- Anne, le 
pape, pour le dédommager des grandes dépenses qu'il avait 
faites , l'autorisa à posséder en même temps que sa cure et 
le prieuré du Pont le prieuré de N. D. de Lachamp et Saint- 
Pierre de Balons, au diocèse de Gap *. Le 14 juin 1626, 
devant M. e François Froment, notaire de Grenoble, il ré- 
signa ce dernier bénéfice en faveur d'Artus de Lionne , ci- 
devant conseiller au parlement et alors chanoine de l'église 
cathédrale de N. D. de Grenoble. Par son testament, en 
date du 20 juin 1646, il fit les Chartreux de Bouvantes ses 
héritiers universels a , à la charge d'une aumône d'un liard à 



(1) Aujourd'hui canton de Marsanne, arrondissement de Montélimar 
(Drôme). 

(2) Par suite de ce testament , la partie la plus ancienne des archives de 
la famille de Lionne passa dans celles de ces religieux, où elle figurait 
encore dans l'inventaire o rédigé avec ordre et méthode »' en 1737. Dis- 
persées à l'époque de la Révolution, il n'en reste plus que quelques pièces 
aux archives de la préfecture. 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 63 

trente pauvres , qui devait être payée chaque jour à l'issue 
de la messe célébrée dans la chapelle de Saint-Michel atte- 
nante à l'église de Saint- Barnard \ Il décéda le 14 septem- 
bre 1647. 

5° Barthélemiane fut mariée à Joflrey Janon, sieur du 
Perron, qui était en 1604 secrétaire de la chambre des 
comptes de Grenoble. Elle testa en 161 3 en faveur de son 
fils, Paul Janon du Perron, avocat au parlement , à qui elle 
laissa des biens assez considérables à Saint- Étienne-de- 
Crossey et dans les environs. Ce Paul Janon âe maria en 
1623 avec Marguerite de Revel, fille unique de Laurent de 
Revel , seigneur de Chasselay, et dans le contrat de mariage 
il fut substitué au nom de Revel, que portent encore ses 
descendants a . Enfin , en souvenir de la famille de sa mère 
et de celle de sa femme , • il adopta les armes suivantes : de 
gueules à la colonne d'argent , qui est de Lionne, au chef 
d'aqur chargé d'une aigle d'argent, qui est de Revel. 

6° Catherine, née en i633, morte le 10 août 1660. Elle 
avait été mariée deux fois : i° à François Pomponne de 
Bellièvre, marquis de Non^nt 3 , et 2 à François de Rohan, 
prince de Soubise , lieutenant général au gouvernement de 



(1) Les Chartreux se libérèrent de cette distribution le 22 mars 1722 
moyennant la cession à l'Aumône générale de Romans d'une vigne, estimée 
3,ioo livres, plus une somme de 3j livres 10 sous. 

Voir notre brochure sur La chapelle de Saint-Michel, 1869. 

(2) Il est le septième aïeul de M. Armand de Revel du Perron, né en 
1820 à Saint-Geoire (Isère), officier de la Légion d'honneur et d'académie, 
préfet de la Haute-Loire de 1873 à 1876, auteur d'un travail sur Le* pré- 
tendus rois d'Arles. 

(3) Moréri (Dict., t. v, p. 565) cite cette alliance ; mais M. Maurice de 
Valeine et M. A. Vachez, dans leurs généalogies des Bellièvre,* n'en font 
point mention. Pomponne de Bellièvre, II* du nom, fut premier président 
au parlement de Paris et mourut en 1657. 



64 société d'archéologie et de statistique. 

la Champagne, dont elle n'eut pas d'enfant et qu'elle fit son 
héritier. Ce dernier se remaria avec la belle Anne de Rohan- 
Chabot, qui devint , comme on le sait, la plus secrète et la 
plus intéressée des maîtresses de Louis XIV. 

VIL Sébastien I, seigneur de Flandènes, de Bernin, de 
Lesseins , d' Aoust l et de Triors , « homme extrêmement 
doux et prudent, » dit Guy Allard. Son père et sa mère 
lui firent une donation universelle de leurs biens par acte 
du 28 octobre i563. Il se maria le 6 novembre 1574 à 
Bonne de Portes, fille de Guillaume, président au parlement 
de Grenoble, et de Jeanne d'Aragon, et qui testa le i er mai 
161 5. Il était prisonnier des protestants en i58o et détenu 
à Pont-en-Royans, où commandait Gabriel Odde de Triors, 
qu'il gagna au roi. Il lui fit rendre les places qu'il occupait 
et fut ensuite avec sa femme son héritier, en vertu d'un 
testament du 26 mai 1 585 et d'un codicille du 18 mars 
i586. Il fit reconnaître en 1612 le terrier de la seigneurie 
de Triors et paya, le 26 juillet 1625, à Gabrielle Odde, 
établie à Crest, 8,25o livres en capital et 3oo livres d'in- 
térêts. En récompense de ses services dans le Royans, 
Henri III, par lettres du 10 décembre i58o, accorda à 
Sébastien de Lionne 5oo écus d'or de pension sur l'épargne 
royale. Il devint le 3 janvier suivant secrétaire de la chambre 
du roi et de la reine-mère Catherine de Médicis. Il occupa 
ensuite les emplois de receveur des finances dans le Brian- 
çonnais et de trésorier des États en 1 572 a , de premier consul 



(1) Lesseins, commune d 1 Aoust- Saint-Didier, canton du Pont-de-Beau- 
voisin (Isère). 

(2) Il se démit de cette fonction parce que Laurent de Maugiron , lieute- 
nant général de la province , avait enlevé de force 4,000 écus des coffres de 
sa recette et qu'il n'avait pas pu obtenir justice de cette violence. 11 avait 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 65 

de Grenoble en i583, de contrôleur des greniers à sel du 
Dauphiné le 2 mars 1584, d'intendant de l'armée du roi le 
1 9 décembre 1 58g. Il contribua à maintenir les châteaux et 
forteresses du Royans sous l'obéissance du roi; aussi les 
ligueurs menacèrent sa vie et saccagèrent sa maison de 
Grenoble , « et de tous ses biens il ne sauva que sa vie et sa 
vertu ». Sur la recommandation de Lesdiguières , il fut 
nommé, par brevet du 3i décembre iSgo, premier prési- 
dent de la chambre des comptes de Savoie et Piémont. Il 
avait été anobli par lettres données à Blois en décembre 
i58o et enregistrées le 18 juillet suivant *. Il fit son testa- 
ment le 18 août 1626, où il nomme pour ses enfants : 

i° Hugues, dont l'article est plus loin. 

2 Artus, qui a fait la branche de Paris. 

3° Humbert, qui a fait la branche de Grenoble. ' 

4 Catherine, mariée à Humbert Odde, seigneur de 
Triors, et morte sans enfant. 

5 Q Isa beau, femme de Jean-Baptiste de Franc, trésorier 
de France en Dauphiné, d'une famille originaire d'Abbe- 
ville en Picardie. 

6° Louise, qui épousa, le 24 avril 1604, Jean de Valer- 
nod, seigneur de Champfagot en Vivarais, fils d'Alexandre, 
maître en la chambre des comptes, et de Sébastienne de 
Garagnol, et neveu de Pierre de Valernod, évêque de Nîmes. 
Louise eut deux fils : Hugues, lieutenant-colonel au régi- 



siégé en cette qualité de trésorier aux États du Dauphiné réunis à Romans 
Je 16 janvier iSjb sous la présidence de Henri III. 

(1) Chargé de rassembler et de faire valoir les preuves de noblesse de la 
famille de Lionne, Guy Allard se garda bien de produire ce titre authen- 
tique d'anoblissement, comme trop récent. Il préféra, suivant son habitude, 
citer d'anciennes révisions de feux, que lui seul avait vues et qui en somme 
ne prouvaient pas grand chose. 

Tome XI. — 1877. 5 



66 société d'archéologie et de statistique. 

ment de Ragny, €t Humbert, abbé général de Sakrt-Ruf. 
Étant veuve , elle devint en 1 637 la première supérieure de 
la confrérie de la Charké de Saint- Vallier. 



I re Branche, de Romans. 



VIII. Hugues I, seigneur de Lesseins, d'Aoust, de 
Triors et de Flandènes, docteur en droit, conseiller au par- 
lement de Grenoble par lettres du 3 janvier 161 3, en rem- 
placement et sur la résignation de son frère Art us, charge 
qu'il occupa jusqu'à sa mort et dans laquelle il eut pour 
successeur Pierre Béatrix de Saint-Germain. Il contracta 
mariage, le i5 juillet i6i5, avec Laurence de Glaveyson, 
dame de Lesseins, fille de Gharles de Claveyson, gouver- 
neur de Romans % et de Renée du Peloux a , laquelle, héri- 
tière testamentaire de son frère Charles , apporta à son mari 
les terres de Claveyson, Mureils, Mercurol et Hostun. Le 
27 juin i63i sa mère acheta les biens d'Abraham Odde, 
sieur de La Bastide , et elle-même acquit le 20 avril sui- 
vant la terre de'Parnans. Hugues avait testé en faveur de 
sa femme le 14 octobre i63o et était mort le 17 de la peste, 
qui faisait alors de grands ravages dans Romans. Il fut in- 
humé dans l'église des Cordcliers , à laquelle son habitation 



(1) Le gouvernement de Romans avait été acheté en 1624 par M. de 
Claveyson de M. de Saint- Ferréol, au prix de 24,000 livres. Il rapportait 
400 écus « très-bien payés », moitié par la ville, moitié par le roi. 

(2) Charles de Claveyson testa le 16 septembre 1621 et Renée du Peloux 
le 5 novembre 164c. 



NOTICE SOT LA FAMILLE DE LIONNE. 67 

était attenante. Laurence de Claveyson survécut longtemps 
à son mari et fit son testament le 2 avril i656. 
De cette union naquirent sept enfants , savoir : 

IX. Sébastien II, seigneur de Triors, de Lesseins, 
d'Aoust, d'Hostun et de Mercurol, reçu docteur in utroque 
jure à Rome le 27 octobre 1637, avocat en la cour de Gre- 
noble le i er mars i638, conseiller au parlement du 20 juin 
1641, charge qu'il exerça avec distinction jusqu'en 1666, 
époque où il devint gouverneur de Romarts, par suite de la 
mort de son frère Humbert *. Il fut fait conseiller d'Etat par 
lettres patentes du 20 avril 1648 et intendant de Casai la 
même année. De concert avec sa mère, il céda , le 24 avril 
i652 , le château de La Bâtie à son frère Charles et trans- 
mit la seigneurie de Triors à Humbert, son autre frère, 
par une vente secrète, passée à Grenoble chez M. e Mallet, 
notaire, le 22 janvier 16 58. Enfin, grâce aux bons offices 
de son cousin le ministre , il fut créé marquis de Claveyson 
par lettres patentes de décembre i658 \ Par délibération 
du 20 octobre 1673', le conseil communal de Romans 
l'exempta des droits de pontonnage pour les denrées de ses 
domaines, « en considération de ce que son habitation était 
dans la ville et de ses bons offices de charité à l'endroit des 
pauvres d'icelle ». Il mourut le 18 mars 1675, âgé de 61 
ans. Il avait épousé, le 23 décembre 1642, Catherine 
Béatrix-Robert de Saint-Germain, fille de Pierre, conseiller 
au parlement , et de Catherine de Bouqueron , de laquelle 
il eut deux filles. 



(1) Il prêta le serment de cette charge en août 1666, entre les mains du 
duc de Lesdiguières, avec l'autorisation du chancelier Séguier. 

(2) Ce marquisat était composé de quatre paroisses : Claveyson, Saint' 
Andéol, Saint-Véran-de- Rives et Saint-Jean-de-Mureils. 



68 société d'archéologie et de statistique. 

a. J eanne- Renée , marquise de Claveyson, mariée le 27 
avril 1675 à son cousin issu de germain, Louis-Hugues de 
Lionne. Guy Allard a fait d'elle cet éloge alambiqué : « Chez 
elle l'esprit est aussi beau que le jugement est solide. Elle 
est née sans doute pour toutes les belles choses, qu'elle con- 
naît et dont elle se sert adroitement, même sans le secours 
de son âge. » 

Elle fit, à la date du 21 octobre 1680, un testament olo- 
graphe, dans lequel elle institua pour son héritier universel 
Charles-Hugues de Lionne, son fils, avec substitution de 
M.™ 6 de Saint-Germain, sa mère, et Charles de Lionne, 
son oncle, abbé de Saint-Calais. Elle mourut le 18 décem- 
bre suivant, âgée seulement de 24 ans. 

b. Clémence, qui fut religieuse à Montfleury. 

2 Humbert II, seigneur de Flandènes, « homme fort 
savant, » gentilhomme de la manche du roi, gouverneur 
de Romans après son père. Le pont sur l'Isère s'étant écroulé 
dans la nuit du i er décembre i65i, il obtint de le faire re- 
construire à ses frais, à condition de percevoir pendant 
trente années, de 1664 à 1694, les droits de passage M . Il 
fut ambassadeur auprès de l'électeur de Brandebourg, mais 
ne voulut pas aller en Suède, où son cousin Hugues de 
Lionne désirait l'envoyer. Il mourut le 12 avril 1666, à la 
suite d'un accident qu'on ne fait pas connaître. 

3° Charles, dit l'abbé de Lesseins, né à Romans en 1626. 
Ce fut un personnage important par sa naissance , ses di- 
gnités, son faste et le double pouvoir ecclésiastique et civil 
qu'il exerça pendant cinquante ans dans une ville où son 
nom est resté dans le souvenir de la population. Il était 
chanoine sacristain de la collégiale de Saint- Barnard , con- 



(1) Voyez notre Notice historique sur le pont de Romans, p. 18. 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 69 

seiller du roi, seigneur de Triors l et de Génissieu, qu'il 
acheta avec la coscigneurie de Saint- Paul, le 16 janvier 
i658, deGuigou de Chapolay, au prix de 9,000 livres. Il 
était en outre abbé de l'abbaye royale de Saint-Calais % 
prieur de Saint-Marcel-du-Sauzet, d'Antonave, de Balons 
et Lachamp et de Beaumont, agent général du clergé de 
France et même, malgré son caractère religieux, gouver- 
neur de Romans en 1675. Il fit le voyage de Rome et se 
trouva dans cette ville pendant le conclave, au commence- 
ment de i655 3 . Son cousin le ministre des affaires étran- 
gères, n'ayant pas pu lui faire obtenir Tévêché de Gap, non 
plus que celui de Grenoble, le dédommagea en lui procurant 
plusieurs bénéfices. 

Il fit reconstruire en 1667 le château de Triors 4 et l'hôtel 
des Allées à Romans* dont il fit une résidence princière et où 
il eut l'honneur de recevoir, au commencement de mars 1 701 , 



(1) Il hommagea bien tardivement et comme par remords de conscience, 
le 7 juillet 1701, la seigneurie de Triors au chapitre de Saint-Barnard, par 
procuration donnée à M. de Lacour, chanoine, et se soumit à tous les droits 
féodaux, qui très-probablement ne furent jamais payés. 

(2) Saint- Calai s- 1 e-Déser t , dans le diocèse du Mans, de l'ordre de Saint- 
Benoît, fondé Tan 529. Cette abbaye rapportait 8,000 livres annuellement; 
mais en 1701 le prix de ferme fut abaissé à 6,000. 

(3) Pendant son séjour à Rome, l'abbé de Lesseins s'occupa beaucoup de 
beaux-arts et surtout de peinture. Il y fit l'acquisition de plusieurs tableaux, 
originaux ou copies de grands maîtres, dont il orna plus tard la belle 
galerie de son château de Triors. C'est peut-être en souvenir de ce séjour 
dans la capitale du monde chrétien que Barbier, de Mercurol , lui dédia 
son Voyage à Rome, fait en 1667, mns. 71b de la bibliothèque de Lyon, 
imprimé en 1671 sous ce titre : Voyage d'Italie tant par mer que par 
terre, Paris, Jean de Bray, in-8°, 160 p. — Voir sur Barbier, de Mercurol, la 
notice intéressante de M. A. de Gallier (Bulletin de la Société archéolog, 
de la Drame, t. vin, p. 410). 

(4) Voyez notre brochure sur La Seigneurie de Triors, p. 37. 



70 société d'archéologie et de statistique. 

les ducs de Bourgogne et de Berri, petits-fils de Louis XIV. 
A cette occasion il fit ériger, à l'entrée de ses jardins, un 
arc de triomphe assez élégant, qui n'a été démoli qu'en 
1862 x . Suivant une tradition très-accréditée , mais peu 
vraisemblable, l'abbé de Lesseins serait mort de chagrin 
parce que les deux princes auraient fait enlever de la table à 
laquelle ils devaient s'asseoir un troisième couvert destiné 
au maître de la maison. Il suffira de faire remarquer que ce 
dernier, âgé de 81 ans, ne moufut que cinq mois après 
l'événement. Il était de trop bonne maison et trop instruit 
des usages de la cour pour avoir, dans une circonstance 
aussi importante, méconnu l'étiquette et les convenances, 
qu'au reste aurait rappelées le maître d'hôtel des princes. 

Quoi qu'il en soit, par son testament olographe du 8 
juillet 1701 et un codicille du même jour, reçu par M. e Pierre 
Legentil, notaire, en présence de huit témoins, il donne au 
chapitre de Saint-Barnard 2,000 livres pour les réparations 
des voûtes de l'église, une rente de 20 livres pour une messe 
anniversaire et huit pièces de tapisserie représentant les 
mystères de la Passion % 5o livres à l'hôpital de Sainte-Foy, 
pareille somme à chacun des couvents des Cordeliers, des 
Capucins et des Récollets, 27 sétiers de grains aux pauvres 
de la paroisse de Triors et 10 à ceux de la paroisse de 
Génissieu , 4,000 livres à Catherine Bodon, sa filleule, 400 



(1) Monument d'ordre dorique, composé d'un arc dressé entre huit co- 
lonnes formant deux groupes et supportant un entablement. Son ouverture 
laissait un passage de trois mètres et sa hauteur était de six mètres en- 
viron. 

(2) Cette tapisserie appartient encore à l'église de Saint-Barnard, où elle 
fait l'admiration des connaisseurs. Elle porte un écusson brodé aux armes 
de la famille de Loulle; ce qui indique que c'est le meuble laissé par 
Hélène Tardy, veuve de Pierre de Loulle, dans son testament du 16 juin 
1675. 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 71 

livres à M. Jassoud,. son médecin, diverses sommes et des 
logements à onze de ses serviteurs. Enfin , il lègue aux en- 
fants nés ou à naître de Joseph de Lacour, avocat au par- 
lement , et de Charlotte de Paris son domaine de Parnans , 
avec le cheptel et les meubles y étant, plus une vigne située 
hors la porte de Saint-Nicolas et la maison où habitent les- 
dits sieur et demoiselle de Lacour, avec le petit jardin en 
dépendant. Quant au résidu de ses biens, le testateur ins- 
titue pour son légataire universel M. re Joachim de Lionne, 
son cousin , premier écuyer du roi , commandant la grande 
écurie du Louvre, à la charge de rendre l'héritage, après 
son décès, à M. "Charles de Lionne, son petit-neveu, et, 
en cas de mort de ce dernier sans enfant, il substitue M." 
Camille d'Hostun, comte de Tallard, et M/ 6 François 
d'HoStun, marquis de La Baume, son fils aîné , et il nomme 
pour son exécuteur testamentaire M.™ Louis de Baisse, 
sieur de Saint-Chalier, chevalier de Tordre du Mont-Carmel 
et de Saint-Lazare, en le priant d'accepter un don de i,5oo 
livres pour ses peines. 

L'abbé de Lesseins décéda le 16 août 170 1 et fut inhumé 
dans Téglise de Saint-Barnard '. Les scellés furent apposés 
par les soins de MM. Gondoin et Trollier, chanoines, qui 
inventorièrent tous les papiers du défunt et les remirent à 
M. Pourroy de L'Àuberivière , nouveau sacristain (Tu cha- 
pitre. Joachim donna sa procuration à son neveu Le Bout 
de Saint- Didier, conseiller au parlement de Grenoble, et 
n'accepta l'héritage que sous bénéfice d'inventaire ; car, 
malgré tes revenus de plusieurs seigneuries et bénéfices, 



(1) Les consul* de Romans, qui avaient toujours eu de bons rapports 
avec rabot* de Lesseina, soit en sa qualité de sacristain de l'église, soit 
comme gouverneur de la ville, firent célébrer en son honneur un service 
solennel, auquel assistèrent le chapitre et tout le clergé. 



72 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

l'abbé de Lesseins avait fait de si grandes dépenses dans des 
constructions et pour le train de sa maison , et surtout ap- 
porté si peu d'ordre dans l'administration de sa fortune, 
qu'il mourut à peu près insolvable M . 

L'inventaire du mobilier comprenait plus de i,65o articles, 
parmi lesquels une bibliothèque de 198 volumes in-folio et 
8g3 in-4 et autres formats; une argenterie de 5 grandes 
cuillers, 32 couverts, 4 salières et 10 chandeliers; un ar- 
senal de 42 mousquetons, 18 boîtes à "tirer et 4 faucon- 
neaux ou petites pièces de canon ; une galerie de 247 tableaux, 
comprenant des portraits de famille , du roi et de la reine , 
les amours de Vénus et d'Adonis, d'après L'Albane, une 
bacchante, de Chaperon, les forges de Vulcain, copie faite 
à Rome, le portrait deMarion Delorme, original de Juste, 
les quatre saisons, d'après des originaux de Rome, une 
Madeleine en cheveux blonds, une Musique, de Paul Vé- 
ronèse , etc. Tout le mobilier fut vendu à l'encan , et ce 
n'est qu'après la vente des seigneuries, faite le 7 septembre 
j 709 à M. Charles Chabot de Lasserre, au prix de 60,000 
livres a , qu'une parcelle de 6,730 livres fut allouée à l'hé- 
ritier. 

Les armes de l'abbé de Lesseins étaient parti de Lionne 
et de Claveyson, l'écu sommé d'une mitre et d'une crosse. 

4 Charlotte se fit religieuse dans le monastère de Sainte- 
Ursule de Grenoble. 



(1) Un fait donnera une idée de ses procédés financiers. Il avait emprunté, 
le 24 septembre 1688, à l'Aumône générale une somme de 1,548 livres. Le 
capital et les intérêts pendant onze ans n'ayant pas été payés, la succession 
pour s'acquitter de cette dette dut remettre 2,398 livres. 

(2) Dans le dénombrement de cette acquisition, comprenant les seigneuries 
de Triors, Génissieu et Saint-Paul, il est fait mention du château de La 
Bâtie, « dont la beauté est d'un grand prix dans ladite acquisition, puisque 
ce n'est qu'en faveur du bâtiment que ladite terre a été achetée si cher ». 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 7 3 

5° Bonne entra dans le même couvent. Elle fut appelée 
par les Ursulines de Chambéry pour être leur supérieure , 
fonctions qu'elle remplit à la grande satisfaction de ses 
compagnes. 

6° Laurence prit l'habit dans l'abbaye de Montfleury, où 
Ton ne recevait que des filles nobles. Étant prieure générale, 
elle dota sa communauté de la belle seigneurie de Sappey, 
acquise le i w septembre 1695 de M. Jouffrey. 



(A continuer.) 



D. r Ulysse CHEVALIER. 



74 société d'archéologie et de statistique. 



DEUXIEME PROMENADE 



33'TJlSr EPIGEAPHISTE. 



(Suite, voir les 29% 30*, 36% 37*, 38" et 39" livr.) 



Lettre à M. Lacroix, secrétaire-archiviste de la Société. 



32. Die. — Collection de M. de Lamorte-Félincs. 

OPTATI 

Même marque à Genève, à Tarragone, à Nimègue. 
Au même nom : OPTATI M , Londres. 

33. Orange. — Gollectioa de M. Raspail. 

PAS (entouré d'un filet). 
Aq môme nom (?) : PAS..., Voorbarg; — 0* PAS- F, Londres. 

34. GigoniJas. — Collection do M. Raspail, 

PAESTOR 

Au même nom : PAESTO, Vechten. 

35. Arles. — Au musée. 

PATERCLINI OF 

Mémo marque à Rouen; en Allemagne à Augsbourg; en An- 
gleterre à Londres. 



INSCRIPTIONS DIVERSES. 75 

Àu même nom : PàTERCLIN, Allier, Étaples; - PàTKRCLINI, Bâle; — 
PA(TE)RCLINI OF, Vienne en Dauphiné. 

36. Die* — Collection de M. de Lamorte-Félines. 

PETRV/// 

37. Die. — Collection de M. de Lamorte-Félines. 

PIPER 

38. Die. -* Collection de M. de Lamorte-Félines. 

PRÏM//FE 

Même marque (?) : PRIMI FE , à Vienne en Dauphiné. 
Voyez ci-après P R I M V S . 

39. Carpbntras. — Au musée. 

Die. — Collection de M. de Lamorte-Félines. 
Environs de Montélimar. — Collection de M. Vallentin. 

OF PRIMI 

Même marque à Genèvo , à Vienne en Dauphiné , à Autun , 
à Bavay, à Bourbon-Lancy, au Châtelet, à Clermont, à Ervil- 
lers, à Lyon, à Moulins > à Nîmes, à Orléans, à Tours; en 
Espagne à Valence; en Allemagne à Bregents, à Wiesbaden; 
dans les Pays-Bas à Liège, à Tongres, à Vechten ; en Angleterre 
à Gaistor, à Colchester, à Exeter. 

Voyez ci-après P R I M V S . 

40. Die. — Collection de M. de Lamorte-Félines. 

P M S (en trèfle). 
Voyez ci-après P R I M V S . 

41. Die. — Collection de M. de Lamorte-Félines. 

PRIMVS 



76 société d'archéologie et de statistique. 

Même marque (?) : PRIMVS, à Amiens, à Autun (Soc. Ed.), 
à Bavay, à Bourbon-Lancy, à Cany, à Caudebec, au Châtelet, 
à Douai, à Limoges, à Montans, à Nantes, à Nîmes (Pelel), à 
Paris, à Scarponc, à Tours; en Italie à Pouzzoles (Bull, de 
rinst. arch., nov. 1875) ; en Suisse à Engi; en Prusse à Xanten; 
dans les Pays-Bas à Flavion , à Vechten , à "Voorburg ; en An- 
gleterre à Colchester, à Londres. 

Au même nom : PRIM//VS, Tarragone; — (PRIM)VS, Àrezzo; — PRIMIS, 
Colchester; — PRM, Tarragone; — PRIM, Autun, Tarragone, Yterdun; — 
PRIMI, Autun, Bavay, Colchester, Le Châtelet, Cologne, Nantes, Naples, 
Paris; — PRI//MV, Tarragone; - PR1MY en cercle, Id.; — PRIMVS F, Jort, 
Lyon, Pontaillier, Rouen, Tarragone, Cologne, Londres; — PRIMVS F avec 
S rétrograde, Tongres; — (PR)IMVS FE avec S rétrograde, Londres; — 
PRIMI, Autun, Pouzzoles (Bull, de VInstit. arch., nov. 1875); — PRlttl FE, 
Lyon* (de Boissieu) ; — F* PRIM, Tarragone; — PR1MM, Londres; — 
PRIMI M, Londres, Wiesbaden; - PR(IM)- M, York; — PRIMI MA, Paris i 

- PRIMl(MA), Londres; - P(RI)MI*(MA), Tarragone; - PRIMI 0, Tongres; 

- PRIMO, Londres; — PRIMI OFF, Troyes; - ÔFPR, Autun; - 0FI PRI, 
Autun; — 0F PRIM, Autun, Colchester, Carpentras, Douay, Londres, 
Southfleet, Springhead, Tarragone; — 0F PR(IM), Mayence;— OF PRIMVS, 
Bedfordschire, Shefford; — OFIC -PRIMI, Le Châtelet, Londres. 

• 

42. Arles. — Au musée. 

OFI SECV 
Même marque en Belgique à Tongres-, en Angleterre à York. 

43. Die. — Collection de M. de Lamortc-Félines. 

OF SECVN 

Même marque à Tarragone, à Londres, à Colchester. 

44. Urbain. — Collection de M. Gaultier, notaire à Beaumes. 

OF SEC(VND) 

■ 

Même marque au musée d'Annecy. 



INSCBIPTIONS DIVERSES. 77 

45. Gigondas. — Collection de M. Raspail. 

SECVNDVS F 

Même marque au Mans, à Toulouse. 
Au même nom: SECVNDVS, Autun (Soc. Éd.), Bavay, Londres, Mayence; 

- SECV(ND)VS, Lincoln; - SECV//NDV, Pouzzoles {Bull, de l'Instit. arch., 
nov. 1875); - SECVN, Pouzzoles; - SÊC//VN, Id.; - SHCVN, France; — 
SECVND, Castel., Flavion, Nimègue, Vechten; - SEC(ND), Tongres; - 
SECV(ND), Lyon {de Boissieu); - SEC(VND), Darmstadt, Windisch; - 
SEC//V(ND), Tarragone; - SECYNT, Id.; - SECVDI, Augst, Ciney, Tarra- 
gone; - SEG(YND)I, Tarragone; SECV//NDI, Pouzzoles; - SECV(ND)I, 
Augst, Mayence, Windisch; — SECANDI, Allier; - SEC//V(ND)I, Londres; 

- SIICVNDI, France; - SECVN-F, Londres; - SECVND F, Wiesbaden. - 
SE(CV)(NDXYS)F, Londres; - SECV(ND)VS'FE , Londres; - SIICVNM, Amiens, 
Gièvres, Le Mans, Mâulévrier, Mayence, Normandie; — SIICVDIM, Augst, 
Ciney; - SECVNDI M, Londres, Poitiers, Rottweil; - SÊCANDI K, Londres, 
York; — SECV(ND) (MA), France, Newcastle; — 0F SECV, Tongres, York; 

- OF SECYN, Colchester, Die, Londres, Tarragone; — OF SECVND, Londres, 
Riegel, Tarragone; — OF SECVNDI, Angers, Chcsterford, Douay, Gloucester, 
Mayence'; — 0F SEC(VN)DI, Londres; — SECVNDI 0F avec S rétrograde, Id.; 

- SECV(ND)I OF, York. 

46. Die. — Collection de M. de Lamorte-Félines. 

S(ER)VI 

Au même nom : SERVI en creux, Calcar; — SERVIYSF, Londres; — 
SERVI M-, Allier, le Poitou. 

47. Arles. — Au muj3ée. 

OF SEVERI 

Même marque à Amiens, à Autun (Soc. Éd.) , à Clermont , à 
Jublains, à Paris, à Poitiers; en Suisse à Windisch; en Bel- 
gique à Juslenville, à Liège; en Hollande à Nimègue, à Rott- 
weil; en Angleterre à Colchester, à Richborough. 

Au même nom :'SEVERVS, Caslisle, Jublains, Mayence, Nantes, Nîmes 
{PeUV, Ratisbonne, Wimpfen; — SE(VE)(RV)S, Tarragone; - S1IV1IR, Id.; 

- SEVERI, Allier, Amiens, Auxonne, Épinay- Sainte -Beuve, Eure, Le 



78 société d'archéologie et de statistique . 

Mans, Mon tans, Neufch&tel, Paris, Tarragone, Tongres, Toulon, Tours, 
Vechten, Vieil-Évreux ; — SJtVRR F, Spire, Tongres; - F SEYER, ItL; — 
SEVERV-SF, Londres; - SEVERYS FEC, Mayence, Westerndorf; - 
SEYERYS FECIT, Rheinzabern, Schlogen; - SEVERIM, Moulins, Champion, 
Londres , Lyon (de BoissieuJ , Wilderspool ; - SE AER1 M , York ; - S1IVIIRI.M, 
Londres; - SEVERIM'I, Gaisior, Norlhamptoashire; - SEYERl MANY, Dor- 
chester; - SEYER, Autun, Londres; - SEYERl, Autun, EUezelles, 
Fécamp, Laval, Le Mans, Londres, Marchienne-au-Pont , Rouen, Routot; 

— OF SEYER, Amiens, Douày, Friedberg, Lisieux, Moutrœul, Rouen, 
Rossum, Tongres; — OF SEYERl rétrograde, Londres; — OF SE^YE)RI, 
Exeter, Londres; - (OF) SEYERl, Londres, Paris; — /// SEYER, Huesca; 

- OFFICINA SEYERl, Fécamp; - SEYERl OF, Londres. 

48. Orange. — Collection de M. Raspail. 

OF SILVANI 

Même marque à Narbonne; en Espagne à Empurias et à 
Tarragone. 

Au même nom : SILVANVS, Allier, Arezzo, Bavay, Limoges; — SILVANI, 
GenèYe; - SIL(VAN)f, Tarragone; - SILYAIX, ld.; — SILYA, Autun (Soc. 
Éd.); - F SILYA, Pfunz; - SILVANI, Exeter; - SILVANI M, Allier, Ton- 
gres; -- SILVANI OF, Tarragone; — SIL(VAN)! 0F, Tongres. 

49. Arles. — Au musée. 

TABIVINVS 
Lecture incertaine. Peut-être TABVLINVS. 

50. Arles. — Au musée. 

TERTIVS 

Même marque à Autun (Soc. Éd.), h Nîmes (Aurès), à Pouz- 

zoles (Bull, de l'Instit. arch. } nov. 1875) , à Tarragone. 

Au même nom : TERTIVS avec S rétrograde, Tarragone; — TERTIVS 
rétrograde, Autun, Vienne en Dauphiné; — TERTI, Autun, Élouges, Rens; 

- TERTII, Bordeaux; — TERT1-F, Nimègue; - TERTIVS F, Nimègue, Nîmes 
(Aurès) , Tarragone, Windisch; — TER(TI)V FE, Mayence; — TIRTIVS FE, 
Vienne en Dauphiné; — TERRTIVSFE, Ghesterford; - TERTI M, Londres; 

— TERTI-MA, Colchester; - OF TERT, Londres. 



INSCRIPTIONS DIVERSES. 79 

51. Carpbntras. — Au musée. Soucoupe. 

TETTI 

SAM/// 

• 

An même nom : L* TETI(SA)M, Vienne en Dauphiné (collect. VaUenlin, à 
Montélimar); - L' TET1SAMI, Modène; - L(TE)TI //SAMIA, Naples; — 
I/TETTI S(AM)IA, Àrezzo, Besançon, Poitiers; - LTETTI // S (AM)IA, Tar- 
ragone; — L TETTI // SAMIA avec nn double trait entre les deux lignes, 
Vienne en Dauphiné; — LTETI : // S(AM)ÏA avec un double trait entre les 
deux lignes, Vienne en Dauphiné; — L* (TE) | TTI//S(AM) | IA avec un trait 
vertical séparant en deux parties chacune des deux lignes, et avec un 
point dans chaque A, Vienne en Dauphiné; — L(TE)TTI// S(AM)IA, Tarra- 
gone; - I/TETTI // SAM1AE, Autun (Soc. Éd.); - I/(TE)TI//S(AM)1A , Tarra- 
gone; — l'(TE)T//S(AM)lA, Jd.; - L<TE)//SA, Id. 

52. Carpbntras. — Au musée. 

Vaison. — Collection de M. Gautier fils, correspondant de la 
Société, Soucoupe entière. 

VO(RV)S 

Même marque à Tarragone. 

53. Carpbntras. — Au musée. 

(OF) XARI 
Au même nom (?) : XAPI, au musée de Sarbonne. 



Marques de fabriques sur lampes en terre cuite. 

1. Die. — Collection de M. de Lamorte-Félines. 

CERIAL X S 



80 société d'archéologie et de statistique. 

2. Pontaix. — Collection de M. Vallentin, à Montélimar. 

C-DESSI 

3. Avignon. — Collection de M. Raspail, à Gigondas. 

COMMVNIS 

4. Orange. — Colloction de M. Raspail. 

STROBILI 

5. Die. — Collection de M. Vallentin, à Montélimar. 
Orange. — Collection de M. Raspail. 

FORTIS 

La fabrique était en Italie, en un lieu appelé Savignano dans 
le Modenais (Bull, de l'Instit. arch., aoûtat septembre 1875). 

6. Chateauneuf-de-Mazenc. — Collection de M. Vallentin. 

LHOSCRI 

7. Gigondas. — Collection de M. Raspail. 

LHOSCRI 

M 

8. Gigondas. — Collection de M. Raspail. 

LHOSCRI 

9. Gigondas. — Collection de M. Raspail. 

LHOSCRI 
T 

10. Die. — Collection de M. Vallentin, à Montélimar. 

LVCIVS 
F 



INSCRIPTIONS DIVERSES. 81 

11. Die. — Collection de M. Vallentin. 

PVLLT 

■ 

12. Le Sablet. — Collection de M, Raspail. 

• S A B I N I • (à double fond). 

13. Orange. — Collection de M. Raspail. 

voc 

14. Orange. — Collection de M. Raspail. 



Marques de fabriques sur terrines à lait. 

1. Carpentras. — Au musée. 

CA(TI)SIVS — SAB(IN)VS 

Même marque à Aouste et à Vienne en Dauphiné , à Lyon , 
à Agen. 

2. Aps. 

DOVFVS F 



Marques de fabrique sur amphores. 

1 . — Arles. — Au musée. • 

AIS 
Tome XL — 1877. G 



82 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

2. Carpentras. — Collection do M. Gautier, à Vaison. 

SEX DOMITI (sur le col). 

3. Gigondas. — Collection do M. Raspail. 

OF-GDP 

4. Arles. — Au musée. 

I VF 

5. Die. — Collection de M. Vallentin, à Montélimar. 

OCPA 

6. Arles. — Au musée. 

///POLY 
Même marque à Genève : P L Y C L//// 

7. Arles. — Au musée. 

L PONT 
EVTYCH 

8. Arles. — Au musée. 

PSAV 

M&ne marque (?) : P • S • A V ( I T I ) , à Annecy. 

9. Arles. — Au musée. 

SAT 

10. Arles. — Au musée. 

SAXO FERREO 



INSCRIPTIONS DIVERSES. 83 



Marques de fabriques sur carreaux et briques. 

t. Die. — Collection de M. de Lamorte-Félines. 

CICER OF 

2. Orange. — Collection do M/ Raspail.. 

GLARIAnu; 

Même nom en beaucoup d'endroits du bassin du Rhône. 

3. Die. — Collection de M. do Lamorte-Félines. 

C T S (carreau très-£pais). 

4. Vaison. — Collection de M. Raspail. 

VENVLA F 

5. Die. — Collection de M. de Lamorte-Félines. 

VOC 



Marques de fabriques sur antèfixes. 



Orange. — Collection de M. Raspail. 

SECV(ND)VS R(VF)I 
Même marque à Vienne en Dauphiné. 



84 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE 8TATISTIQUE. 

Il se pourrait que quelques-unes des inscriptions réunies 
dans cette lettre n'aient pas été convenablement attribuées à la 
cité à laquelle elles appartenaient; que telle, donnée à Apt, ait 
dû plutôt être rapportée à Carpentras; que telle autre, classée 
parmi celles des Voconces, ait dû plutôt être donnée à Valence 
ou à Saint-Paul-trois-Châteaux. Ce sera au lecteur, mieux au 
courant que nous des anciennes limites, à rectifier ce qui pourra 
lui paraître avoir été mal attribué. 

A. ALLMER. 



POÈTES DE LA DRÔME. 85 



PETITE ANTHOLOGIE 

DES 

POÈTES DE LA DROME. 



TROISIÈME PARTIE. 



(AUTEURS VIVANTS.) 



(Suite. — Voir les 32% 33% 35% 36- 37" et 38* livraisons.) 



I. 



AUGIER (Emile) 



M. Emile Augier, célèbre auteur dramatique, membre 
de l'Académie française, né à Valence en 1820, est assez 
connu pour pouvoir se passer de commentaires; aussi ne 
faisons -nous que donner la liste bibliographique de ses 
œuvres : La ciguë, comédie en deux actes, en vers; — 
L'homme de bien, comédie en trois actes, en vers; — 
L'aventurière, comédie en cinq actes, en vers; — Ga- 
briel le, comédie en cinq actes, en vers; — Le joueur de 



86 société d'archéologie et de statistique. 

flûte, comédie en un acte, en vers-, — Diane, drame en 
cinq actes, en vers*, — La pierre de touche, comédie en , 
cinq actes; — Philiberte, comédie en trois actes, en vers; 
— Le mariage d'Olympe, comédie en trois actes; — Le 
gendre de M. Poirier, comédie en quatre actes; — Cein- 
ture dorée, comédie en trois actes; — La chasse au roman, 
comédie en trois actes; — L'habit vert, proverbe en un 
acte; — Sapho, opéra en trois actes; — La jeunesse, co- 
médie en cinq actes, en vers; — Les méprises de l'amour, 
comédie en cinq actes, en vers; — Un beau mariage, co- 
médie en cinq actes; — Les lionnes pauvres, comédie en 
cinq actes; — Les effrontés, comédie en cinq actes; — Le 
fils de Giboyer, comédie en cinq actes; — La contagion, 
comédie en cinq actes; — Maître Guérin, comédie en cinq 
actes; — Lions et renards, comédie en cinq actes; — 
Paul Forestier, comédie en quatre actes, en vers; — Le 
post-scriptum , comédie en un acte; — Jean de Thom- 
meray, comédie en cinq actes; — Madame Caverlet, co- 
médie en quatre actes; — Le prix Martin, comédie en 
trois actes. 

Outre ses nombreuses pièces de théâtre, le célèbre acadé- 
micien a publié en i855 Les pariétaires , petit recueil de 
poésies, qu'il a réédité quelques années plus tard, sous le 
titre de Poésies complètes, en y joignant sa comédie Les 
méprises de l'amour. 

Octobre. 

Puisque Cybèle a clos ses amours de l'année, 
Puisqu'elle a, jusqu'à mai, veuve du beau soleil, 
Feuille à feuille quitté sa robe d'hyménée , 
Et que, froide déjà, triste et découronnée, 
Elle va réparer ses flancs dans le sommeil ; 



POÈTES DE LA DRÔME. 87 

Puisque les vignerons ont fini la vendange, 
Que le vin a coulé sous l'effort des pressoirs, 
Que pour les soins d'hiver le village s'arrange , 
Que l'attirail des champs s'abrite sous la grange , 
Et que les froids matins se rapprochent des soirs; 

Quittons les champs mouillés et les vignes désertes ; 
Regagnons à Paris nos gîtes enfumés : 
Ce n'est plus la saison des vestes entr'ouvertes, 
Des chaleurs qui faisaient aimer les ombres vertes , 
Des levers matinaux et des toits mal fermés. 

Ce qu'il faut maintenant, c'est une chambre close, 

Un foyer où pétille un fagot de genêts , 

De la bière, une pipe, et , dessus toute chose, 

Deux compagnons qu'on aime, avec lesquels on cause 

Bien avant dans la nuit, les pieds sûr les chenets. 



Sur un envoi de fleurs. 

Si l'on veut savoir qui m'envoie 

Ces belles fleurs, 
Elles me viennent d'où la joie 

Et les douleurs. 

Elles me viennent d'où ma vie 

Pend désormais , 
De celle-là pour qui j'oublie 

Ceux que j'aimais. 

Si l'on cherche pourquoi je l'aime 

A cet excès , 
Hélas ! je n'en sais rien moi-même. 

Ce que je sais , 



88 SOCIÉTÉ D 1 ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

C'est que dans ses yeux on voit luire 

Tout son esprit , 
Et qu'au coin de son fin sourire 

Mon cœur se prit. 

Comme un oiseau qui s'effarouche 

Et fuit dans l'air, 
Plus je le cherche sur sa bouche , 

Plus il se perd. 

C'est pourquoi celle qui m'envoie 

Ces belles fleurs , 
Est celle d'où me vient la joie 

Et les douleurs. 



II. 



BOITEL (R. A.) 



Théâtre et nouvelles (i vol. in-8°, Paris, 1866); — Les 
cœurs fragiles (poésies) (1 vol. in- 8° de 219 pages, Paris, 
1866). 

Ces deux volumes, publiés sous le pseudonyme de Boitel, 
sont dus à la plume de M. Allier, né à Valence. Cet auteur 
n'habitant plus notre pays depuis longtemps, nous ignorons 
s'il a composé d'autres ouvrages. 

Les deux volumes ci-dessus se trouvent à la bibliothèque 
publique de la ville de Valence. 



POÈTES DE LA DRÔME. 89 

A Madame Octavie X... 

Si vous voyez femme jolie , 
Prévenante , douce et polie , 
Aux noirs sourcils , à l'œil brillant , 
Dont le sourire est bienveillant ; 
Si pour obliger elle est prête , 
Et si jamais rien ne l'arrête , 
Comme la sœur de charité , 
Prodiguant tout sans vanité 
Et pour autrui donnant sa vie , 
Voici son nom : c'est Octavie ! 



III. 



CHANCEL (Charles) 



Collaborateur assidu de la Revue du Dauphiné, fondée 
par Jules Ollivier, M. Charles Chancel a publié en grande 
partie dans cette Revue les poésies qui forment son recueil 
deJuvenilia ( i vol. in -8° de 254 pages, Valence, i838). 
Depuis cette époque, notre poète n'a rien publié en volume; 
mais nous avons eu entre nos mains, grâce à Pindiscrétion 
d'un ami, un recueil manuscrit, qui est peut-être supérieur 
à Juvenilia. 

La poésie A mon père, que nous trouvons dans le recueil 
imprimé, est pleine de sentiments élevés. 



90 société d'archéologie et de statistique. 



A mon père. 

Mon père , que de fois j'ai revu dans mes songes 
Ces ans délicieux, déjà si loin de nous, 
Où , bercé mollement avec de doux mensonges , 
Je m'endormais, enfant, le soir sur vos genoux ! 
Ma vie alors passait comme une longue fête, 
Et la joie éclatait dans mes regards brillants. 
Vous étiez jeune encor, mon père, et votre tête 
Était vierge de cheveux blancs. 

Le matin , c'était vous qui , penché sur ma couche , 
Entr'ouvriez ma paupière aux premiers feux du jour, 
C'était vous qui posiez un baiser sur ma bouche ; 

Et moi je souriais à ce baiser d'amour 

J'étais heureux. Jamais une crainte secrète 
Ne venait se mêler à mes jeux turbulents. 
J'ignorais qu'on vieillît et qu'un jour votre tête 
Se couvrirait de cheveux blancs. 

Ah ! maintenant je sais qu'ici rien né demeure, 
Que tout , dans l'univers , se courbe aux lois de Dieu ; 
Que le riche qui chante et le pauvre qui pleure , 
L'un aux chants , l'autre aux pleurs diront un jour adieu. 
Mon père , je le sais ; car déjà la tempête 
Amasse autour de vous des regrets accablants ; 
Comme sous un fardeau s'incline votre tête, 
Et vos cheveux sont déjà blancs. 

Pauvre père ! aujourd'hui que vous avez des rides , 
Moi je n'ai plus de rêve et plus de bonheur pur; 
Mes jours, comme autrefois, ne coulent plus limpides, 
Mes nuits sont sans sommeil et mon ciel sans azur. 



POETES DE LA DROME. 91 

Je souffre , et quand le deuil en mon âme inquiète 
Passe avec ses soupirs, ses pensers désolants, 
Mes bras cherchent vos bras, ma tête votre tête , 
Et j'embrasse vos cheveux blancs. 

Si quelque jour ma muse, avide d'harmonie , 
Ainsi qu'un faible oiseau déployant son essor, 
Aux sublimes hauteurs oti trône le génie , 
Pour y chanter l'amour, posait ses ailes d'or ; 
Si , joignant à mon nom le beau nom de poète , 
La gloire m'apportait ses lauriers consolants, 
Je voudrais, ô mon père, en couvrir votre tête , 
En couronner vos cheveux blancs. 



IV. 



ESSARTS (Léonce FABRE des). 



Frère du vaillant poète-guerrier dont nous avons parlé 
précédemment, M. Léonce Fabre des Essarts est né à 
Aouste en 1848. Pendant la funeste guerre de 1870, il vit 
partir ses deux frères sans pouvoir les suivre, car une 
grande myopie le retenait dans son-foyer. A l'un il adressa 
son adieu en une vigoureuse poésie : Macte (in-12 de 4 p., 
Valence, 1870); et il pleura l'autre^ quelques mois plus 
tard , en un chant funèbre , qu'il intitula Tous trois sont 
morts (in-12 de i3 p., Valence, 1871), faisant allusion à la 
mort de son frère, de sa nièce et de sa patrie. Pour cette 
dernière, ce n'était heureusement qu'une exagération poé- 
tique. 



92 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Quand le vent souffle (in- 12 de 4 p.) et Paresse (in-8° de 
8 p.) sont deux poésies couronnées dans divers concours 
littéraires. 

Abandonnant momentanément la poésie, M. Léonce des 
Essarts aborda la critique littéraire par sa brochure La 
jeune poésie, croquis littéraires (in- 12 de i5 p., Forcal- 
quier, s. d.), dans laquelle il esquisse la silhouette de Quel- 
ques jeunes poètes. 

On se souvient encore de la catastrophe du ballon le 
Zénith, où deux aéronautes français trouvèrent la mort. 
Cet événement lui inspira quelques strophes émues, qu'il 
publia sous le titre de Là-haut! (in-8° de 11 p., Valence, 
i8 7 5). 

Disciple fervent de Théophile Gautier, le poète de la 
couleur, notre jeune auteur voulut écrire une œuvre dans 
laquelle se retrouveraient les tons chauds de Fauteur de La 
comédie de la mort. Il y réussit parfaitement dans Yseult 
(in-8° de n p., Forcalquier, 1875), poème qui pourrait 
figurer à côté de ceux de Gautier. 

Terminons en disant qu'au dernier concours des Jeux 
floraux de Toulouse M. Léonce des Essarts a obtenu le 
souci d'argent pour son ode Aux jeunes poètes. 

Nous extrayons la poésie suivante d'un des recueils de 
l'Académie toulousaine : 



POÈTES DE LA DROME. Ç)?> 



Parfums. 



Mon âme voltige sur les parfums 
comme l'âme des autres hommes 
voltige sur la musique. 

Bbaudelaire. 

Il est un doux parler que le vain peuple ignore, 
Un langage secret qui, dans le vent sonore, 
Flotte avec les débris des feuilles et des fleurs ; 
Un chant qui rassérène à l'heure où le front penche , 
Une voix qui sourit quand on pleure et s'épanche 
En baume pur sur nos douleurs. 

C'est la voix des parfums ! — Au soir de sa jeunesse , 
Quand le plaisir a fui , sans espoir qu'il renaisse , 
Qui ne s'est enivré d'ineffables senteurs ? 
Comme un nectar laissé tout au fond d'un vieux vase, 

Qui n'a savouré cette extase 
Où l'on croit ressaisir les rêves enchanteurs ? 

•Qui ne s'est enfermé tout un jour dans sa chambre 
Pour respirer, dans l'ombre , une vague odeur d'ambre 
Et baiser avec rage un voile parfumé ? 
Aux senteurs du benjoin, du musc ou du cinname, 
Qui ne s'est figuré voir sourire à son âme 
Le regard bleu de l'être aimé ? 

O merveilleux attraits ! parfums ! effluves saintes ! 
Odeur du réséda, senteurs des térébinthes ! 
Haleine de l'œillet, de l'iris et du thym ! 
O soupir humble et doux des humbles violettes ! 

Brume ardente des cassolettes ! 
Arômes distillés par les pleurs du matin ! 



94 société d'archéologie et de statistique. 

Parfums , que vous parlez un langage sublime ! 
Comme la palme au peuple exilé de Solyme, 
Vous dites au proscrit le nom cher à son cœur. 
Vous dites au vieillard les jours de son enfance. 
Le poète, par vous endormant sa souffrance , 
Entend les anges rire en chœur ! 

* 

Je vous aime, ô parfums ! — Encens des cathédrales, 
J'aime voir tournoyer tes légères spirales 
Dans la pourpre du soir et l'azur des vitraux; 
Tandis que l'orgue saint , qui sanglote et qui gronde, 

Berce , sous la voûte profonde , 
Le sommeil sépulcral des antiques héros. 

Je vous aime, ô parfums ! — Arômes des prairies, 
J'aime vous aspirer dans vos coupes fleuries , 
A l'heure où le jour monte à l'horizon doré , 
Où le soupir de l'aube , effleurant chaque tige, 
Passe, gémit tout bas, et frissonne, et voltige 
Du frais lilas au lis nacré. 

Ecoutez ! Le vent souffle, et la lampe fumeuse 
N'épand autour de vous qu'une clarté brumeuse. 
C'est l'heure où sur nos fronts passent les songes noirs. 
Qu'importe ? — Vous avez à la lèvre un cigare : 

Le cœur chante ; l'esprit s'égare 
Dans le ciel radieux des éternels espoirs. 

L'acre et puissante odeur vous enchante et vous grise. 
Vous vous croyez encore à l'heure où , sous la brise, 
Vous erriez, fou d'amour, avec l'ange adoré ; 
Et vous vous figurez, tant l'ivresse est parfaite, 
Voir encor rayonner le beau soleil en fête 
Qui caressait son front sacré. 



POÈTES DE LA DRÔME. g5 

Chacun a son parfum, qu'il comprend et qu'il aime. 
Pour l'un, du datura c'est la fleur pâle et blême ; 
Pour l'autre, c'est l'odeur de l'ardent patchouli , 
— Frêle atome caché dans un nœud de dentelle ; — 

A l'autre la blanche immortelle 
Dit le dernier reflet d'un rêve enseveli. 

Pour moi , cœur sans espoir, front que l'ombre pénètre , 
La magique senteur qui parfois fait renaître 
Les songes azurés de mon jeune printemps , 
C'est un faible parfum d'ambre et d'héliotrope, 
Gardé pieusement au fond de l'enveloppe 

D'un billet doux, — depuis vingt ans ! 



V. 



FIÈRE (Zenon). 



Jusqu'à présent M. Zenon Fière, de Valence, semblait 
avoir borné son champ d'exploration à la critique histo- 
rique, littéraire et artistique; mais par la publication de son 
recueil de sonnets il a conquis une place honorable parmi 
nos jeunes poètes. 

La première brochure écrite par notre auteur est une 
étude critique sur Le roman populaire (broch. in-8°, Lyon, 
1874), pleine d'aperçus nouveaux et judicieux. Les deux 
méthodes historiques et Les sources de l'histoire (br. in-8% 
Paris et Valence, 1875) sont deux publications de critique 



96 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

historique et littéraire qui valurent à leur auteur les éloges 
de la presse dauphinoise. 

A l'occasion de l'exposition de peinture à Paris, M. 
Zenon Fière eut l'heureuse inspiration d'étudier les œuvres 
de nos compatriotes. Il réunit ses impressions en volume 
sous ce titre : Les artistes de la Drôme au salon de 1876 
(in-8°, Paris, 1876). Ce travail, qui dénote chez son auteur 
des connaissances spéciales , est écrit avec feu , et le critique 
semble avoir sur sa palette quelques-unes des couleurs vives 
et chatoyantes qui firent le nom de Théophile Gautier. 

« Le critique, nous disait un jour M. Zenon Fière, me 
paraît semblable au merle , qui , ne sachant pas chanter, 
siffle les autres oiseaux. » Mais , si notre auteur est merle , 
il a prouvé qu'il était aussi rossignol , en modulant les gra- 
cieux gazouillements qui s'appellent Après la moisson (br. 
in-8°, Paris, 1876). Nous choisissons dans ce recueil trois 
sonnets de différents genres. 



DÉDICACE. 



A Joséphin Soulary. 



Cher maître, que diraient Ronsard et Saint-Gelais , 
S'ils lisaient le recueil où ta verve caustique 
Joint l'esprit de Voltaire au sel de Rabelais 
Et le rire gaulois à l'élégance attique ? 

Ton éclat fait pâlir la Pléiade antique 
Et de Pétrarque même éclipse le succès. 
Poète , tes sonnets forment une œuvre unique, 
Car ils sont immortels comme l'esprit français. 



POÈTES DE LA DROME. 97 

La Muse désormais de l'oubli les préserve, 

Et, pareils à ces vins qu'un feu puissant conserve, 

Plus ils auront vieilli, plus ils seront fêtés. 

Pour moi , témoin obscur de tes moissons superbes, 

J'ai glané les épis par la brise écartés , 

Et je viens aujourd'hui te rapporter mes gerbes. 



L'Anniversaire. 



Ce soir, quand du foyer la lueur indécise 
Caressera ton front de ses reflets dorés ; 
Quand la famille entière à tes côtés assise 
T'offrira de doux vœux par l'amour inspirés ; 

Quand ton cœur jouira de l'aimable surprise 
Et du complot naïf en secret préparés ; 
Quand tous ceux que le temps ou le lieu favorise 
Enlaceront leurs bras dans tes bras adorés ; 

Quand l' Angélus du soir terminera la fête, 
Songe alors , seul à seul aux pieds de l'Eternel, 
Songe à ceux qui sont loin du regard paternel ! 

Enfin , si dans un rêve une lèvre indiscrète 
Au milieu de la nuit t'effleure en frémissant , 
Ne crains rien ce sera le baiser de l'absent ? 



Tomk XI. — 1877. 



98 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Le Bœuf. 

(Sonnet gastronomique.) 

Toi qu'adoraient jadis Memphis et Babylone 
Et qui d'Israël même un jour reçus l'encens, 
Nourricier des mortels , puissent jusqu'à ton trône 
Monter comme un parfum mes vers reconnaissants, 

Dieu du labour, docile au fer qui t aiguillonne, 
Tu couvres de guérets le val où tu descends. 
Dieu des festins , ta chair savoureuse nous donne 
Ce liquide adoré des appétits naissants. 

Bœuf Apis , qui pourrait t'accuser d'artifices ? 
. De rosbifs succulents tu combles nos offices 
Et ton flanc généreux nourrit l'humanité. 

Pour moi quand de ton sang mon bifteck se colore 
Dans un monde meilleur je me crois transporté 
Et je comprends que l'homme encor païen t'adore. 



VI. 



GALLET (Louis; 



M. Louis jGallet , de Valence, est surtout connu comme 
librettiste. En effet, La coupe du roi de Thulé, Beppo, 
Djamileh et La princesse jaune ont été représentés sur la 
scène du Grand -Opéra et de TOpéra - Comique de Paris. 



POÈTES DE LA DRÔME. 99 

Marie-Magdeleine et Le déluge sont deux poèmes bi- 
bliques qui furent mis en musique et chantés sur les princi- 
paux théâtres de la capitale. 

Notre librettiste a également écrit deux romans : Le ré- 
giment de la calotte (br. in-4 de 59 p., Paris, 1873) et Le 
capitaine Satan (1 vol. in-18 de 464 p., Paris, 1876). Mais 
nous n'avons à nous occuper ici que du poète. Peu de 
temps après la guerre, M. Louis Gallet réunit en un joli 
petit volume, qu'il intitula Patria , les diverses poésies que 
lui inspirèrent les événements de 1870-187 1. Ce recueil 
forme un volume in- 16 de 90 p., Paris, 1872. Nous y 
trouvons des pièces de premier ordre, entre autres Le chêne 
et Ventrée trtomphale , mais leur longueur ne» nous permet 
pas de les reproduire et nous devons nous contenter de citer 
la pièce suivante': 



Les- trois soldats. 



Souvenir d'un texte recueilli pendant la guerre de 1 870-1 871, 



Trois soldats veillaient près d'un feu mourant. 
Le plus jeune alors dit , en soupirant : 
« Je voudrais voir finir la guerre. 
» Je m'en irais la joie au cœur, 
» Oubliant que je suis vainqueur, 
» Je m'en frais près de ma mère. 

» Voyez : cette ceinture est l'œuvre de ses doigts. 

» Elle me le remit en maudissant nos armes 
» Ce souvenir, où , tant de fois , 

» Mes baisers ont cherché les traces de ses larmes ! » 



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100 SOCIÉTÉ D* ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

« Moi, dit le second, je voudrais aussi 
» Voir finir la guerre et partir d'ici. 

» Comme le corps , l'âme est lassée 

» Par tant d'inutiles combats. 

» J'aspire à m'en aller là-bas, 

» Là-bas , près de ma fiancée ! 
a Regardez : au départ, je lui pris, en tremblant , 
» Ce fichu de batiste, où ma lèvre devine 

» Le parfum de son cou si blanc 
» Et qui garde le pli de sa taille enfantine. » 

Le troisième dit : « Je ne compte plus 
» N^les maux soufferts, ni les jours perdus. 
» La guerre est longue : que m'importe ? 
» Je ne songe pas au retour. 
» Mon cœur flétri n'a plus d'amour : 
» Ma pauvre vieille mère est morte. 
^ » Comme vous , je n'ai point d'amoureux talisman , 
» De pieux souvenir que ma lèvre caresse, 

» Et je me bats aveuglément , 
» Sans souci que la mort ou me prenne ou me laisse ! » 

• Tous trois furent prêts au soleil levant, 
Et l'on se battit tout le jour suivant. 



Lorsque revint la nuit tranquille, 

Noyé dans la boue et le sang, 

Le premier serrait à son flanc 

Sa ceinture, hélas! inutile. 
Le second frissonnait dans l'ombre terrassé. 
Sur la blanche batiste avec un lent murmure 

Expirait son baiser glacé 

Le troisième était seul debout et sans blessure ! 

(A suivre.) Jules SAINT-RÉMY. 



Bulletin de la Société dép. d'archéologie et de statistique de la Brome 



; .'■; . '}■ ihiàrd ■- Osmrlhrr. ? H"u» 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 101 



NUMISMATIQUE 

DU PARLEMENT 



<DE G'ÇEWIO'BLE. 



CHAFFREY CARLES. 



En tête de cette série numismatique, si intéressante pour 
le Dauphiné, se place naturellement, Tordre chronologique 
l'exigeant ainsi , un médaillon qui n'appartient pas en propre 
à notre province et peut aussi bien être revendiqué par la 
ville de Milan, avec laquelle elle partage l'honneur de la 
légende; la capitale du Milanais y a peut-être même plus 
de droits encore, cal* tout porte à penser que cette œuvre 
d'art est due à quelque graveur transalpin. C'est une de ces 
médailles dites artistiques, qu'on savait si bien faire à cette 
époque de la Renaissance italienne, et que je veux décrire 
avant de chercher à fixer les questions qu'elle soulève. 

IAFREDVS* KAROLI • IVRw • CONSVLTVS* 
PRESES • DEITHINATVS • ET (en mono- 
gramme) MedioLanl (Chaffrey Caries , juris- 
consulte, président du Dauphiné et de Milan); 



102 SOCIÉTÉ D*ABCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Revers. — NATVS EGO • TIBI SVM l VEXIAM QVO- 

CVXQVE VOCARIS • V* suis né pour ton 
service, f irai partout où tu m'appelleras^ ; la 
Religion, sous les traits du grand-prêtre , tend 
la main droite au président Caries, traversant 
les précipices des Alpes soutenu par son ange 
gardien , et l'encourage en lui montrant le so- 
leil qui n'a pas encore achevé sa carrière. 

Bronze. Module : 80 mill. 

Cabinet de Grenoble. [ Exemplaire doré du côté de la tête 
seulement. 
Inédit. 

Le Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Ambrosienne 
de Milan contient, sous le N.° 5i5 de son Catalogue, un 
second exemplaire de ce magnifique médaillon, mais avec 
quelques variétés de légendes que je dois signaler ici. 11 
porte, en effet, l'anousvara sur IVR et sur MLI, ce qu'on 
ne voit pas sur celui du Cabinet de Grenoble; en compensa- 
tion, on n'y trouve pas les points placés après TIBI SVM 
et IVR. Une dissemblance plus notable consiste dans 
l'absence des deux lignes de compas qui circonscrivent les 
légendes. Enfin la tête du soleil est plus ronde, et le grand- 
prêtre semble avoir de la barbe. 

Ainsi que notre exemplaire, ce médaillon est percé, dans 
sa partie supérieure, d'un trou destiné sans doute à une 
bélière ou anneau de suspension. 

Le Catalogue dit simplement : 

N.° 5i5. Jafredus Karoli jurconsultus prœses Delphina- 

tus et Mû. 

m 

Revers. — Natus ego tibi sum, veniam quocumque vocaris. 

(Il sommo sacerdote sul monte trae per mano 
un giovinetto sorretto da un angelo e gli mostra 
il sole sorgente.) 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 1 03 

Pour bien saisir le sens du sujet représenté sur ce mé- 
daillon , il est nécessaire de dire d'abord ce que fut Chaffrey 
Caries. 

Il est des hommes qui jetèrent un vif éclat pendant leur 
existence, et dont pourtant on ignore l'origine et jusqu'au 
lieu de leur naissance. Leur mémoire est parfois même en- 
tourée de singulières légendes, dont, en sommé, personne 
ne saurait garantir l'authenticité. Celui dont j'entreprends 
d'écrire la biographie fut de ce nombre, et l'on verra tout 
à l'heure combien mes nombreux prédécesseurs varient dans 
les particularités qu'ils en ont rapportées. J'espère avoir mis 
plus de précision et d'exactitude dans la notice* que j'en 
donne à mon tour et l'avoir enrichie de détails nouveaux ou 
peu connus. 

Carles (Jaffred, Geoffroy, Soffrey ou Chaffrey, en ita- 
lien Giofredo CaroII) n'a jamais appartenu, quoi qu'en 
dise un auteur moderne x , à une ancienne famille noble de 
Grenoble; rtiais il n'en est pas moins vrai qu'il était devenu 
grenoblois et que sa famille s'est éteinte dans notre pays 
vers 1710. Guy Allard, né en i635 et mort en 17 16, nous 
apprend, en effet, qu'elle a fini de son temps à Romans 1 . 
Un voyage en Italie m'ayant mis à même de faire sur ce 
personnage des recherches qui n'ont pas été sans fruit, je 
puis, sans avoir la prétention d'offrir quelque chose de 
complet, donner une notice plus véridique que celle de M. 
Rochas, dont je saisis cette occasion de rectifier quelques 



(1) Ad. Rochas, Biographie du Dauphiné, Paris, Renou et Maulde, 
i856. 

(2) Dictionnaire historique , chronologique, géographique , généalogique, 
héraldique , juridique , politique et botanographique du Dauphiné, par Guy 
Allard, ancien conseiller du Roi, président de l'Élection de Grenoble. 



104 société d'archéologie et de statistique. 

erreurs qui n'ont pas dépendu de lui. Tout le monde y est 
exposé, et celui-là même à qui je vais emprunter le canevas 
de l'existence de Caries n'en est pas plus exempt qu'un 
autre, quoiqu'il ait dû le connaître bien mieux, puisqu'il 
était son contemporain et son allié. 

Chaffrey, suivant son biographe Francesco Agostino 
Délia Chiesa, évêque de Saluces, appartenait à la famille 
des Caries*. 

En Tannée 1436, les Caries furent faits nobles de Bienne 
par l'empereur Sigismond, pour les services rendus à l'Em- 
pire par Taldeo, l'un des membres de cette famille*, ils 
vécurent honorablement à Saluces jusqu'à notre époque 
(Délia Chiesa , étant né en 1 5g3 , écrivait probablement vers 
le milieu du XVII e siècle), et une de ses branches s'établit à 
Grenoble, où elle s'est éteinte depuis peu de temps 9 . Ils 
descendaient de Jean de Caries , de Dronero 3 , qui , étant 
docteur ès-lois et conseiller de Frédéric, marquis de Saluces, 
exerça plusieurs charges honorables tant sous ce prince que 



(1) Ditcorti topra alcune famiglie nobili del Piemonte di Monsig.* 
Francesco Agostino Délia Chiesa, Vescovo di Salu^o, con una giunta 
composta da uno Scrittore incerto dopo la morte del predetto Monsignor 
Vescovo, ed Annotagioni diverse fatte dal Proprietario del présente ma* 
nuscritto. An. Curl. 

Ms. sans numéro, mais portant, sur la couverture, la devise : Nil vir~ 
tute nobilior ; f.° 74, verso. (Regio Archivio di stato in Torino.) 

On peut consulter également les Memorie di Salu^o e di Pinerolo ri- 
cavate da Don Agostino Torelli, tanto per VEcclesiastico quanto pel tem- 
porale délia Città e Diocesi , nel 1809. (Regio Arch. di stato in Torino, 
H. iv. 3o.) 

(2) On vient de voir que c'est là une erreur, et le tableau généalogique 
que je donne plus loin (p. 123) fournira la preuve que Délia Chiesa ignorait 
la destinée de la branche grenobloise. 

(3) L'opinion des savants piémontais est que Caries serait originaire de 
Coni, en Piémont, dont Dronero est, du reste, peu éloigné. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 105 

sous son fils Thomas. Constant, fils de Jean, fut également 
docteur ès-lois de grand renom, conseiller de Louis II, et 
plusieurs fois podestat de Saluées et d'autres localités im- 
portantes, ce qui le mit au rang des nobles saluciens, feu- 
dataires du marquis. De Constant et de Violante, sa femme, 
fille de Geoffroy et sœur de Georges Délia Chiesa, de 
Saluces, naquirent Augustin et Geoffroy. Le premier fut 
un valeureux soldat, capitaine d'hommes d'armes pour 
Charles VIII, pendant les guerres d'Italie, gouverneur de 
Crémone pour les Français, et père d'un autre Constant, 
excellent jurisconsulte, trois fois podestat dans sa patrie, 
conseiller et avocat des derniers marquis de Saluces , auteur 
estimé de divers mémoires de matières légales et honorable- 
ment cité par Purpurato et autres fameux docteurs, dans 
leurs œuvres. 

Geoffroy (ou Chaflrey), frère d'Augustin, prit son grade 
de docteur à Turin, à l'âge de vingt ans, rentra dans sa 
patrie et fut fait par le marquis Louis II , qui régna de 1475 
à 1482, podestat de Saluces et de Carmagnole. Ce prince 
l'ayant envoyé en France avec la mission de soutenir devant 
les arbitres la cause de son marquisat, dont Charles, duc de 
Savoie, l'avait dépouillé, Geoffroy fut assez heureux pour 
en obtenir la restitution. Conseiller et vicaire de Louis, il 
fut ensuite délégué en Gascogne avec Domenico de Monti- 
glio, pour traiter et conclure le mariage du marquis avec 
Marguerite, sœur de l'illustre Gaston de Foix, et celui de 
Marguerite, fille du même marquis et de sa première 
femme, avec le baron de Miolans /comte de Montmayeur et 
seigneur d'Armance; il devait, en même temps, solliciter la 
collation de l'ordre de Saint-Michel pour son maître. Il se 
comporta avec une si grande habileté dans toutes ces négo- 
ciations que Charles VIII, roi de France, le reconnaissant 



io6 société d'archéologie et de statistique. 

digne de tous les emplois, l'honora en 1494 du titre de 
Conseiller de son Parlement de Grenoble x . 



(0 L'auteur des Tablettes de Thémis, ouvrage rédigé en 1755 sur des 
notes conservées au Parlement , Guy Allard et Chorier fixent la présidence 
de Geoffroy Caries, savoir : le premier au 28 novembre i5oo; le second 
en i5o3, et le troisième en i5io. D'après les recherches que j'ai faites, 
Geoffroy assistait à Grenoble, comme conseiller au Parlement, à une or- 
donnance du gouverneur du Dauphiné, Jean, comte de Foix et d'Étampes, 
du 12 mars 1499; il était à Milan le i5 avril i5oo, date que porte une lettre 
qu'il a écrite du château de cette ville à son cousin Antoine Mulet, aussi 
conseiller au Parlement du Dauphiné, et où il rend compte de la défaite 
et de la prise de Ludovic Sforce, dit le More. Le nouveau président sié- 
geait à Grenoble, en cette qualité, le 18 juillet i5o3; on le trouve, de- 
puis, constamment dans cette ville, du moins toutes les années jusqu'au 
26 novembre i3t5, époque où nous le voyons exercer encore les fonctions 
de président (Archives du département de l'Isère, Quartus Generalia, f° ou 
cahier 1III" — VIII). Bien plus, son nom est inscrit sur un état des fonc- 
tionnaires, dressé en vertu d'une ordonnance du roi-dauphin François i* r , 
datée de Lyon du 24 mars i5i6, reçue à Grenoble le 2 avril à 9 heures 
du matin, comme le constate une annotation sur le dos de l'ordonnance 
même. Cet état relate en termes formels : Messire Joflrey Caries, prési- 
dent de la Cour de Parlement (Ibid., cahier MI" — XIIII). 

Si donc j'ai adopté, comme on le verra plus loin, la date de i5o3 
comme celle de sa présidence, ce n'est point d'une manière absolue, mais 
seulement parce que j'ai cru rencontrer une preuve qu'il exerçait ces fonc- 
tions cette année-là. Il y a tant d'inexactitudes dans Guy Allard, qu'il est 
impossible d'accorder à cet auteur une confiance illimitée, et qu'il ne doit 
être consulté qu'avec une extrême prudence. Toutes les dates qu'on trouve 
dans ses livres, tous les faits qu'il avance, doivent subir un contrôle sé- 
vère, qui, bien souvent, vient se heurter à des impossibilités insurmon- 
tables. C'est ce qui arrive ici. Comment concilier, en effet, ce que disent 
tous les historiens, même en admettant leurs variantes, avec les fonctions 
que Guy Allard fait si gratuitement remplir à Caries et avec les dates 
qu'il donne à leur exercice? Qu'on en juge! 

Les marquis de Saluces s'étaient mis sous la protection de la France dès 
1475. 

Charles VIII avait succédé à Louis XI en 1483, et nous avons vu dans 
quelles circonstances ce roi voulut donner au commissaire délégué par le 
marquis de Saluces une marque de sa haute estime et de sa faveur, en le 
nommant Conseiller de son Parlement de Grenoble. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. IO7 

Après la mort du roi, étant passé en Italie à la suite de 
Louis XII, lors de l'acquisition de Milan, il fut fait prési- 
dent du sénat de cette ville et garde des sceaux du duché; et 
c'est grâce à son influence , ainsi que le remarque Arnaldo 
Feronio, que l'état de Milan vit diminuer ses charges, à 
l'imitation de ce qui s'était fait en France par la volonté du 
Père du peuple, et malgré l'état de guerre permanent où 
l'on se trouvait alors. 

Les Vénitiens s' étant opposés aux desseins du roi Louis 
sur le Milanais, Geoffroy fut employé à solliciter contre eux 
la ligue de plusieurs princes d'Italie et d'Allemagne : ce qu'il 
fit avec tant d'ardeur pour le service de son souverain, que 
Bembo a dit, dans son Histoire de Venise, que s'il se 
montrait si fort ennemi de cette république, c'était par indi- 
gnation de la conduite de ses patriciens vis-à-vis du grand 
capitaine François Carmagnole, son compatriote, traîtreu- 
sement attiré par le Doge et injustement décapité. 

Lors du rétablissement des Dufcs de Milan dans leurs 
Etats, Caries retourna à Grenoble, où il finit ses jours. 

Il ne faut peut-être pas prendre à la lettre toutes les asser- 
tions de Délia Chiesa, et je crois prudent de n'accepter 
quelques-unes d'elles que sous bénéfice d'inventaire. C'est 
ainsi que Delfino Muletti affirme que Jean Caries, notaire 
ou secrétaire du marquis Frédéric, était natif de Monte- 



Or, nous trouvons, sur les listes des magistrats de ce Parlement dres- 
sées par Guy Allard dans son Dictionnaire historique, les dates et les 
titres suivants concernant Chaffrey Caries : 

Procureur général (!) en 1463; 

Avocat général (!) en 1488; 

Conseiller en 1495; 

Président unique en i5o3. 

Titres, dates, tout se contredit et vient aussi contredire les historiens. 
Ab uno disce omnes. 



io8 société d'archéologie et de statistique. 

maie, dans le Val de Macra, et non de Dronero, et qiTil fut 
le premier qui, de Montemale, sa patrie, vint habiter Sa- 
luées, où il fit souche, en imposant à son nom le léger chan- 
gement de Caroli ou Decaroli '. 

Le même écrivain nous apprend aussi que la procuration 
dont Louis de Saluces munit Chaffrey pour la conclusion 
du mariage de sa fille, porte la date du 10 décembre 1491 % 
et que, d'après Ravano, ce fut lui qui, après avoir excité 
plusieurs princes d'Italie et d'Allemagne contre les Véni- 
tiens, dicta les articles de la Ligue de Cambrai (i5o8) 3 . 

Tiraboschi parle aussi de Chaffrey dans les termes les 
plus flatteurs et dit qu'il se fit toujours connaître pour un si 
magnifique Mécène, qqe le plus grand nombre des livres 
imprimés à cette époque lui furent dédiés , et que tous sont 
pleins de son éloge et des bienfaits de toute sorte qu'il se 
plaisait à répandre comme promoteur des bonnes études 4 . 

Vincent Malacarne lut à l'Institut impérial et royal de 
Padoue, en 18 16, un éloge de Caries, que Muletti déclare 
digne de l'impression 5 . 

D'après Horace Landi, Caries n'était encore que sénateur 
de Milan en 1499 et n'aurait reçu le titre de président qu'à 
la mort de son prédécesseur en la même charge, en i5oo 6 . 
Suivant une ordonnance de Louis XII, du i5 novembre 



(1) Memorie storico-diplomatiche appartenenti alla città ed ai marchesi 
di Salufto , par Delfino Muletti; Saluzzo, Dom." Lobetti-Dodoni, i83o v 
t. iv, p. 224. 

(2) Id., t. îv, p. 323. 

(3) Id', id., id. 

(4) Id., id., id. 

(5) Jd. t id., id. 

(6) Ordonnance de Louis XII, du 16 juin i5oo, rendue avec l'assenti- 
ment du Sénat. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. lOg 

1499, qui crée le sénat de Milan > Caries était, en effet , au 
nombre des onze electi, docti et graduati qui en firent 
partie x . 

Chaffrey Caries , aussi vaillant soldat que magistrat dis- 
tingué, ne se dispensa point, en sa qualité de président du 
parlement de Grenoble et du sénat de Milan, de services 
plus périlleux : il prit une part active aux deux conquêtes 
du Milanais et combattit avec tant de valeur à Agnadel* 
que le roi Louis XII voulut lui donner lui-même l'accolade 
après la victoire et lui conféra (14 mai i5og) le titre de Che- 
valier d'armes, avec la faculté de porter des vêtements bro- 
dés d'or, Tépée, le ceinturon, les éperons et tous les autres 
insignes militaires, avec les privilèges y attachés 3 . 

Pendant tous ces événements, et au milieu de ces mille 
services qu'il rendait à son souverain, avec ses doubles fonc- 
tions de président du parlement de Grenoble et du sénat de 
Milan 4 , Caries, aussi versé dans les lettres que remarquable 



(1) Ms. de la Bibliothèque Bréra, de Milan, AG, XVI, 3. f. M 5 et 7. 

(2) La Bibliothèque du Dauphiné de Guy Allard et Chalvet dit Aiguë- 
belle/... Et puis, fiez-vous à ces compilateurs peu scrupuleux... 

(3) Lettres de Chevalerie pour Mesure Jaffrey Caries, Président unique 
au Parlement de Grenoble et au Sénat de Milan (Extrait du Reg. de la 
Chambre des Comptes de Dauphiné — Octavus Generalia, fol. 46 — et 
publié dans son livre De V usage des fief s et autres droits seigneuriaux, 
etc., par Denis de Salvaing, seigneur de Salvaing et de Boissieu, conseiller 
du roi en ses conseils et 1" président en sa Chambre des Comptes du 
Dauphiné; Avignon, Giroud, 1731, p. 235. 

(4) La pièce précédente prouve, en effet, que, pendant tout le temps de 
son absence de Grenoble , il conserva le titre de Président unique de ce 
Parlement, nostrœ scilicet Delphinatus Parlamenti Curiœ cui presidet, ac 
Mediolanensis Senatus in quo Prœsidis etiam et Cancellarii vices exercet. 
Un fait vient à l'appui de cette assertion et prouve que le président du 
Sénat de Milan venait parfois présider aussi la Cour de Parlement du 
Dauphiné. « Le comte Conrad de Plaisance et quelques seigneurs Mila- 



IIO SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

par ses vastes, connaissances dans le droit , les cultivant et 
les encourageant, était devenu pour ainsi dire Tâme de la 
pléiade littéraire du Milanais. Aldo Manuzio 1 , Platino 
Plato, Franceschino Curzio% Battista Folgoso, Camillo 
Ghilino 3 , Paulo Ricio, Francesco Ponsino, Antonio Fila- 
remo, Jean de Catane 4 , Janus Parrhasius 5 , Franchino 



nois, ayant, suivant Guy Allard (Description historique de la ville de Gre- 
noble , Ed. OB Gariel, t. i, p. 326), fait soulever la ville de Milan en faveur 
de Louys Sforce, furent faits prisonniers et envoyez au Parlement de Gre- 
noble- pour estre jugez. Ils demandèrent pardon, et Chaffrey Caries, pré- 
sident, fit accommodement qui leur cousta cent mille escus d'or de Roy. » 

(i) La Biographie universelle raconte que, pendant la guerre contre 
Venise, en i5o6, le célèbre imprimeur Manutius ou Manuce, sortant un 
jour de Milan, tomba entre les mains d'une troupe de soldats, qui, le pre- 
nant pour un espion, le conduisirent en prison à Caneto, et qu'il ne re- 
couvra sa liberté que par les bons offices de Joffredo Carolo (sic), vice- 
chancelier du Sénat de Milan. 

(2) Francisais Curtius, savant jurisconsulte admis dans les conseils de 
François 1", mourut en i533. 

(3) Camillo Ghilini, né à Milan vers 1490, mort en 1 535. 

(4) Jean-Marie Cattaneo, l'un des plus savants littérateurs de l'Italie, né 
à Novare vers la fin du XV' siècle, mort à Rome en 1529, auteur d'un 
Commentaire sur les Lettres et le Panégyrique de Pline le jeune, qui pa- 
rut à Venise en i5oo, puis en i5o6 à Milan. 

Chorier, qui a consacré quelques lignes au président Caries (V. son 
Histoire générale de Dauphiné, t. 11, pp. 492, 5 06 et 5 11), raconte, à 
propos de Jean-Marie de Catane, comment ce dernier traita Caries après 
avoir été son courtisan. On en prendra ce qu'on voudra; mais je trouve 
curieux de reproduire ici ce passage de l'historien dauphinois. Il nous dé- 
montre avec quels documents l'histoire peut être édifiée 

« Jean Marie de Catane lui présenta aussi ses Commentaires sur les Lettres 
de Pline le jeune, & en même temps à Jean Jacques Trivulse , General des 
Armées Françoises dans le Milanais, ceux du Panégyrique de Trajan. Il 
donne à Caries dans l'Epistre dédicatoire, qui a pour datte le premier jour 
de Décembre de l'an M.DV, comme fait aussi Parrhasius dans la sienne, qui 
est du mois de Décembre précèdent , le titre de Président de Grenoble , & de 
Milan. Ce qui prouve qu'il ne commença pas seulement à l'cstre du Par- 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. I I I 

Gafiorio 1 , Isolano% et bien d'autres encore, lui dédièrent 



lement de Grenoble, l'an M.DX, quoique cette . année-ci des lettres de 
provision lui en furent expédiées. Mais il y a apparence qu'il n'exerçoit 
auparavant cette charge que par commission. Cet écrivain, qui étoit d'vne 
famille noble du Duché de Milan, le loue de son affabilité, de sa douceur, 
de son esprit, de son zèle, de son éloquence, de son érudition, du soin 
qu'il a d'obliger les sçavants, de les appel 1er à lui par les recompenses, & 
de remplir sa bibliothèque de bons livres , & de rares manuscrits. Enfin , 
il parle de luy comme d'vn excellent homme; & certes il l'es toi t. Mais 
Caries ne luy ayant pas témoigné toute la reconnoissance qu'il en a voit 
espérée, il ne tarda pas à se repentir du bien qu'il en avôit dit. Souvent 
ceux qui s'appliquent aux lettres, le font plûtost parce qu'ils aiment le 
repos, que par l'amour des bonnes choses : de l'étude ils font vne molle 
oisiveté, & dans ces âmes que le commerce de la vie civile ne guérit point 
de leurs faiblesses, l'estime ne se mesure qu'aux bien-faits. On loue ainsi 
qui paye la louange, & non qui la mérite. L'an M.DXVIII. il dédia le 
même ouvrage à Jacques Sadolet, Evêque de Carpentras, & après Car- 
dinal. C'est dans Fepistre qu'il luy adresse, qu'il se dément de tout ce 
qu'il avoit écrit d'avantageux pour Caries. Il dit qu'il l'avoit trouvé autre 
qu'il l'avoit crû ; que c' es toit vn homme qui sçavoit se cacher aux yeux 
des autres, vn esprit souple & fin; qu'encore qu'il fût d'vne basse nais- 
sance , il avoit néanmoins eu l'art de faire que l'on ne considérât point en 
lui la bassesse de son origine; que ses vertus n'avoient été qu'vn faux 
éclat; & que dépuis il s'étoit laissé tellement emporter à ses vices, 
qu'enfin il avoit paru ce qu'il étoit, après tant de dissimulation. Voila 
comme sa colère traitta indignement celuy à qui ses premiers respects 
avoient donné de l'encens. L'honnête homme ne doit jamais avoir de cha- 
grin contre son choix. » (Hist. gén. de Dauph., u, p. 5o5.) 

(5) Jean-Paul Parisio, savant grammairien, sacrifia comme tous ses 
contemporains à l'usage des savants du XVI" siècle , en changeant son nom 
en celui d'Àulus-Janus Parrhasius. Il était né à Cosenza, et publia ses 
Commentaires sur Y Enlèvement de Proserpine de Claudien à Milan, en 
i5oo et en i5o5. 

(i) Franchino Gafiorio, maître de chapelle de la cathédrale de Milan, 
né à Lodi en 145 1, mort vers i525, dédia à Caries, en i5oo, un traité 
d'harmonie, dont le manuscrit original, richement relié, est conservé à la 
Bibliothèque publique de Lyon (Mss., pp. 141 , 47, i5i5). Je le trouve 
assez curieux, à divers points de vue, pour en donner ici la description : 

La couverture, imprimée en or et métaux, porte, au centre, Técusson 



I 1 2 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE, 

leurs œuvres. Mécène éclairé et généreux, tous avaient 



aux arme» de Chafircy Caries entre les deux monogrammes IA— CA 
(Jaffredus Caroli); aux quatre angles, les médaillons de + PITHAGORAS 
(le T et l'H formant monogramme), + ARISTOXENVS, + PTOLEMEVS 
et + BOECIVS. 

Sur l'autre côté, mêmes armes et les médaillons de 4» ORPHEVS, 
+ APOLLO, + AMPHION et + INTER DELPHINAS ARION. 

Le catalogue de la Bibliothèque des Beaux-Arts de Lyon décrit ainsi ce 
manuscrit : « In-f" maroquin enjolivé , doré sur tranche et le plat (Legs 
Adamoli), écrit sur 52 f. M de velin fin, en caractères nets et corrects, 
chargés d'abréviations, orné de lettres capitales, de titres et de tableaux 
harmoniques tracés à l'encre rouge. Ce livre offre deux miniatures où l'on 
voit l'auteur Franchino Gaffbrio présentant sa composition à Chaffrey 
Caries, dont les armes, de gueules au lion d'or, sont peintes au bas du 
3* f.* encadré d'ornements enluminés et entre IA-CA. Une gravure sur 
bois a été collée au verso du 2* f.°; elle représente l'auteur discourant sur 
la musique devant quelques auditeurs ». 

En tête du 1" f.°, recto, on lit, en écriture ordinaire : 

Ex libris Francisci de Ponnat Gratianopohtani die 4 aprilis, anrto 
1671 (ou i63i), avec la signature de Ponnat. Suit la table des chapitres; 
puis, au recto du 2" f.*, les deux distiques suivants : 

Hune mini possideo Carolo iure libellum 

Hune mihi repertum reddere queso uelis. 

Id tu ci (pour si) faciès inplebitur hanphora vino 
Et bibitum ventes et mihi gratus eris. 

Oliuarius Carolus. 

Je ne sais que penser de ce prénom d'Olivarius placé au bas de ce qua- 
train , car je ne connais aucun Olivier parmi les descendants de Chaffrey, 
et j'ignore s'il s'en trouvait un parmi ses collatéraux. 

Sous le parafe, un grand dauphin à la plume, assez mal dessiné. 

Sur le verso du 2* f.*, la gravure sur bois dont il est question plus 
haut, entourée de la légende, en caractères monogrammatiques pour la 
plupart : FRANcmcv* ■ GAFVRIw • LAVDENw • TRIA DE MVSICIS 
VOLVMINA • THEORICAM • AC PRACTICAM • ET HARMONIAM • 
InSTRVMeNTORvm ACCVRATISSImE COnSCRIPSIT. 

Franchinus, dans une chaire, au milieu de douze écoliers, tenant en 
main son traité et prononçant les mots : Harmonia est discordia concors. 
Sur la chaire, au-dessous de lui : FRANCHINw. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. I 1 3 

leurs regards tournés vers lui , tous recevaient ses encoura- 



Cette gravure est placée entre deux épigrammes latines, la première 
composée de cinq distiques, la deuxième de deux seulement. 

Le 3* f.° offre la dédicace placée entre des ornements de la Renaissance 
et dont les trois premières lignes sont encadrées entre deux petites vi- 
gnettes carrées représentant, l'une , Franchino Gafforio un genou en terre 
et offrant son livre; l'autre, Chaffrey Caries assis au premier plan et rece- 
vant ce livre; dans le fond, trois sénateurs. 
Cette dédicace porte la suscription suivante : 

lllustri et preclarissimo juris consulte* domino Jafredo Caroli christianis- 
sirni régis franchorum presidi delphinatus : ac ducatus mediolanensi Vice- 
cancellario : franchinus gafurius salutem. 

Au bas, un écusson aux armes de Chaffrey Caries entre deux tritons 
ailés jouant de la flûte, et accosté de ses monogrammes. 
A la fin du volume, on lit, en lettres noires, les lignes suivantes : 
« Die Jouis uigessimo augusti milesimo quingentessimo, Ego presbiter 
franchinus hora uigesima tertia ultimaz huic exemplo manum posui <}-$ 
ab exemplari meo diligenter exscripsi in edibus diui Marcellini porte cu- 
mane ciuitatis mediolani. » 
En fin , en lettres rouges , se trouve ce dernier paragraphe : 
a Natus est Franchinus Gaforus die Jouis quaftodecimo mensis ianuarij 
hora duodecima anno milessimo quatringentessimo quinquagessimo primo. 
(13, Die uero Jouis uigessimo secundo ianuarij anno salutis 1484 Reue- 
rendi et Magnf/îci présides ecclesie maioris mediolanensis stipendio eum 
conduxerunt ceteris musicis prefectum constituentes : Is anno sextodecimo 
préfecture huiusmodi opus hoc de harmonia instrumentai! absoluit die ue- 
neris, 27*, mensis martij, i5oo, pleno etatis sue anno quadragessimo 
nono. (L ^aus deo. 

A cette note bibliographique, je crois devoir ajouter la suivante, qui 
intéressera sans doute nos voisins de Lyon. 

J'ai trouvé à Milan (Bibl. Ambrosienne, S. C. L. IX. 16) un livre im- 
primé à Turin (Augustin de Vicomercato, i52o), intitulé De Harmonica 
Musicorum Instrumentorum Opus. Sur le frontispice , se trouve la gravure 
citée plus haut, et la dédicace est ainsi conçue : « Franchinus Gafurius 
Ioanni Groliero Lugdunensi Christianissimi Francorum Régis a Secretis ac 
Insubriœ quaestori Primario, S. P. D. {Salutem plurimam dicit). » 

(2) Le frère Isidoro Isolano a fait un livre dont voici le .titre : De Regum 
Principumque omnium Institutis Liber Fratris hidori Isolani Mediola- 
nensis ordinis predicatorum ac congregationis Lombardiœ. 

Le fr. Is. Isolano était le disciple du fr. Silvester Prierias,qui a dédié 

Tome XI. — 1877. 8 



ii4 société d'archéologie et de statistique. 
gements et ses libéralités *. 



ainsi l'ouvrage de son élève : Regii Senatus Mediolanensis Vicecancellario 
aquissimo lafredo Carolo. Frater S Hues ter Prierias ordinis predicatorum 
Theologorum minimus. Salutem. 

Imprimé' à Milan (entre i5oo et i5o5). Mediolanensi ex qfficina magistri 
Pétri Martyris etfratrum de Manîegatiis , etc. Sans date. 

(i) Les enfants d'Apollon poussèrent l'adulation hors de ses extrêmes 
limites. Dans un de ses poèmes, Jean-Baptiste Mantouan le nomme un 
second Aristide, et Lancius Curtius ou Curzio, dans ses Epigrammes, ne 
craint pas de l'appeler le président des Muses et d'en faire une divinité 
pour Apollon lui-même. Natif de Milan et mort en 1 5 1 1 , ce poète avait 
une grande connaissance des langues grecque et latine, mais il manquait 
de goût, de jugement et de mesure. Son style est lourd et obscur? ce- 
pendant ces défauts doivent être attribués en partie au genre pour 
lequel il avait une grande prédilection et qui consistait surtout dans la 
forme qu'il cherchait à imposer à ses poésies, le moule dans lequel il les 
coulait et aux limites duquel sa pensée était obligée de se torturer et de 
se plier. Parmi les cinquante et tant d'épigrammes disséminées dans son 
livre, — du f.° 77 au f.° 145 , — et qu'il a dédiées à Chaffrey Caries, je 
choisirai, pour montrer jusqu'où il poussait cet amusement ou cette 
manie, une pièce à laquelle il affecte de donner la forme d'un K gothique, 
initiale du nom de Karolus ou Carolus. (V. ci-contre.) 

Un renseignement bibliographique qui est bien placé ici. 

J'ai vu à la bibliothèque du Roi, à Turin, un magnifique manuscrit sur 
vélin, avec vignettes (presque toutes enlevées), des Églogues et Bucoliques 
de Virgile. Dans l'encadrement des sujets restants sont peintes les armes 
de Chaffrey Caries, tantôt sur les marges latérales, tantôt sur la marge 
inférieure. — Ce volume se compose de 276 f. M , in-f.°, et se termine par 
une inscription peinte et dorée, portant : 

DOMINl IAFREDI KAROLI 

PRAESIDIS DELPHINATVS 

ET MEDIOLANI. 

Ce manuscrit provient de la bibliothèque de M. le comte Caissoti di 
Chiusano, de Turin, et fut acheté à sa mort, vers 1840. Il est relié en 
velours rouge; mais les garnitures de métal en ont été enlevées. Il a 36 
centimètres sur 25. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. I I 5 

oAd Iaphredum Caroli. 

Vir generis / patnaeque tuae noua gloria / honoris 
Iaphrede inclyta lux / ingenij lumine candido 
Sublimions / studij ope optima / magistratum 
Triplici gratia agens maximum / aue aetheriae 
Ocelle iusticiae / pij unice / o / cultor / 
Legum qui reuocas sensa / nouas fidem / 
Laetis auspiciis scientias / qui 
Interea asseris et poetas : 
Vt omnia bene agas bonus 

Auget aureu decus / re 

Transit atque cœlitiï 

E / sinu benigno 

Matuae abactus 

Supremae uirtutis habes quod nomen honestum 

Pegasidum antistes natum patri aemulus acri et — 

Iudicio / ingenij ui / et Tulmine mentis et ipsa 

Relligione sacet . / Baptista ille agnitus ore 

Ingenuo / recolit qui et docta silentia gressus 

Tandem ad nos operaque tua regisque superbi 

Victus amore 

Mouit / arduumque 

Est. poeta carmini 

Tibia sonum daturus 

Ab euro aquilo quem sentiat / 

Dij faueant / superi adiuuent te 

Das Iaphrede bonis qui ope et fauore / 

Et fontem aonium ducis ad insubres. 

Cantum edere similem ipse maximo uati 

Ardeo / et ars fidibus uox calamo ad numeriï est 

Pars sed melior abest / picta ocium modus reru hic 

Vera an Curtius infit ? uolucris sum quasi / cauda me 

Tesa rapit / uim humeris gemina applico pinula utrinque. 

(Lancii Cvrti epigrammaton, Mediolani apvd Rochvm et Ambrosi.vm 
fratres de Valle impressores Philippvs Foyot faciebat, i52i ; lib. XIX, 
f.° i3o.) 



1 1 6 société d'archéologie et de statistique. 

Mais les affaires de Louis XII prirent une mauvaise 
tournure en Italie, et, après la bataille de Novare, perdue 
le 6 juin i5i3, ce prince quitta de nouveau l'Italie, et Caries 
le suivit dans sa retraite. Ce fut alors, et personne n'en fut 
surpris, que, peu de temps sans doute avant sa mort, ar- 
rivée à Blois le i cr janvier 1 5 14, la reine Anne de Bretagne, 
— tous les historiens rapportent ce fait , *— l'appela auprès 
d'elle pour faire l'éducation de sa fille Renée. Guy Allard 
dit qu'elle le chargea en 1 5o5 d'apprendre à sa fille le latin 
et les belles- lettres 1 . Mais il y a là évidemment, comme le 
remarque M. Rochas, une erreur de date, car, en i5o5, la 
jeune personne était, suivant ce dernier auteur, tout au plus 
âgée de quatre ans, et j'ajouterai que Caries n'avait pas en- 
core quitté l'Italie, où nous Pavons vu, en i5og, prendre 
une part brillante à la journée d'Agnadel. Bien plus, M. 
Rochas est-il bien certain de ne pas commettre lui-même 
une erreur? Le Journal de VEstoile nous apprend que 
Renée de France mourut en son château de Montargis, le 
12 juin 1575 , et qu'elle était à cette époque âgée d'environ 
65 ans-, et le Dictionnaire encyclopédique de Le Bas la fait 
naître, en effet, en i5io. Quoi qu'il en soit des suppositions 
erronées des uns et des autres, au sujet de la part que 
Chaffrey Caries aurait prise à cette royale éducation , je me 
demande si elle fut entièrement accomplie , si même elle fut 
entreprise par lui , et je ne sais que résoudre , les historiens 
se taisant à ce sujet 2 . Mais Renée n'en a pas moins laissé la 



(1) Bibliothèque du Dauphiné. 

(2) Je serais tenté de considérer ces on-dît comme un beau projet qui 
n'a pris corps que par la persistance avec laquelle les historiens se sont 
répétés les uns les autres et qui n'eut pas de suite. Aymar du Rivail, 
dans son De AUobrogibus , me donne à penser, en effet, que, s'il fut 
question de confier au président Caries l'éducation de Renée, celui-ci, 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. I 17 

réputation d'une femme accomplie, et le divin Arioste lui a 
consacré une de ses immortelles strophes l . 



pour des motifs restés ignorés, aurait décliné la proposition royale, mais 
en même temps, pour répondre à la confiance de sa souveraine, lui 
aurait présenté en son lieu et place Aymar du Rivail lui-même, dont la 
réputation devançait les années. Anne de Bretagne, ayant donc eu l'occa- 
sion d'entendre parler du jeune Dauphinois, souhaita de le donner pour 
précepteur à sa fille, qui montrait dès l'enfance les plus heureuses dispo- 
sitions. Instruit des intentions de la reine par le président Caries lui- 
même, son compatriote et son patron, Aymar s'apprêtait à partir, lorsque, 
suivant l'expression de Chorier, la mort de cette princesse « ensevelit avec 
elle dans son tombeau un si noble projet » (Hist. gén. de Dauphiné, 
p. 5 12). 

Voici du reste le propre récit d'Aymar du Rivail : « Reyneriam 

autem etiam tanti Anna mater faciebat, quod eam latina lingua et litteris 
erudiri decreverat. Ad hoc mea opéra uti volebat. Et per Jaffredum Caro- 
lum Delphinatus praesidem, et Petrum Vayam medicum suum, Anna, ad 
hujusmodi provinciam suscipiendam magna promittens, me ipsum in 
adolescentia studtoso sollicitabat; at dum me itineri accingerem, mors 
Année omnia dissoluit » (De Aîlobrogibus , p. 556 et 557). 

Guy Allard affirme, ce que je suspecte singulièrement vu le manque 
d'exactitude de cet historien, que, pour enseigner les -belles - lettres à 
Renée, « on choisit deux savants dauphinois : l'un nommé Chaffrey 
Caries, et l'autre Aimar du Rivail. Caries fut ensuite premier président du 
Parlement de Grenoble, et l'autre y eut une charge de conseiller. » (Dict. 
hist, du Dauphiné, V° RENÉE.) Ce mot ensuite donne la mesure de ce 
qu'on doit croire des assertions de l'auteur. 

(1) Non voglio che in silenzio anco Renata 

Di Francia, nuora di costei, rimagna, 
Di Luigi il duodecimo Re nata 
E dell' eterna gloria di Bretagna. 
Ogni virtù, che in Donna mai sia stata 
Dapoi che '1 foco scalda, e l'acqua bagna, 
E gita intorno il cielo, insieme tut ta 
Per Renata adornar ,r eggio ridutta. 

Louis Arioste, dont le père était magistrat à Ferrare, eut l'heureuse 
chance d'être protégé par les princes de la maison d'Est. C'est à la cour 
de Ferrare qu'il entreprit son immortel ouvrage, le poème de Roland 
furieux, publié en i5i6; mais l'intérêt que lui témoignaient ses pro- 



I 1 8 société d'archéologie et de statistique. 

Que devint Caries depuis lors? « Peut-être, ajoute Ro- 
chas, peut-être alla-t-il se fixer en Guyenne, car on trouve, 
vers 1549, un président du parlement de Bordeaux du nom 
de J. Caries. Cette conjecture servirait à expliquer l'asser- 
tion de Guy Allard relative au poète Justin Caries, » son 
petit-fils, suivant lui. Pour moi, je suis très-porté à consi- 
dérer cette supposition comme purement gratuite. On verra 
pourquoi un peu plus loin. 

Chaffrey Caries était, selon tous ses biographes, un ma- 
gistrat dont la justice, la force, la tempérance et la prudence 
étaient les compagnes. « Il faut, dit Rochas, mettre en re- 
gard de ces éloges une sombre histoire rapportée par Guy 
Allard dans son Dictionnaire ms. du Dauphiné »; mais 
j'aime mieux la raconter, avec une note placée par le biblio- 
phile P. L. Jacob au bas de la 36 e Nouvelle (4 e journée), 
dans son édition de YHeptaméron des Nouvelles de Mar- 
guerite d'Angoulême , reine de Navarre. 

M. Leroux de Lincy, dit-il, en- remarquant que dans les 
conteurs du XVI e siècle se retrouve, avec quelques va- 
riantes, le sujet de cette Nouvelle, pense qu'ils ont puisé 
tous à une source commune, qui n'est autre que le recueil 
des Cent Nouvelles nouvelles, où la 47 e , intitulée Deux 
mules noyées, est fondée sur un fait véritable. M. Leroux 
de Lincy cite ce curieux extrait d'un dictionnaire manuscrit 



tecteurs n'empêcha pas son maître, le cardinal Hyppolite, quand l'Arioste 
lui eut présenté un exemplaire de son œuvre, de demander à maître 

Louis où il avait pris tant de niaiseries L'édition de 1 5 16 ne renferme 

que 40 chants; mais celle de i532 fut fort retouchée et augmentée de 6 
chants. 

Renée ayant été mariée en i528 à Hercule II, duc de Ferrare, îl est 
évident que la strophe ci-dessus reproduite est postérieure à cette date et 
ne peut se retrouver dans les précédentes éditions. C'est la LXX1I* du 
XIII* chant. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. II9 

des Beautés et choses curieuses du Dauphiné l : « Dans la 
rue des Clercs, à Grenoble, on voyait autrefois, sur le 
portail de la maison de Nicolas Prunier de Saint -André, 
président au parlement de Grenoble, un écusson de pierre 
soutenu par un ange et portant pour armoiries d'or à un 
lion de gueules; ces armes étaient celles de la famille Caries, 
éteinte au XVII e siècle. L'ange qui supportait Técusson te- 
nait l'index d'une de ses mains contre sa bouche, d'un air 
mystérieux et comme indiquant qu'il faut savoir se taire. 
Geoffroy Caries, président unique au parlement de Gre- 
noble en 1 5o5 , l'avait fait mettre sur cette maison qui lui 
appartenait. Cet homme sut en effet dissimuler assez long- 
temps avant que de trouver l'occasion de se venger de l'in- 
fidélité de sa femme, en la faisant noyer par la mule qu'elle 
montait au passage d'un torrent. Il avait commandé à # des- 
sein qu'on laissât la mule plusieurs jours sans boire. Cette 
aventure, imprimée en plusieurs endroits, a fait le sujet 
d'une des nouvelles de ce temps; mais, dans ce conte, on 
n'y nomme pas les personnages. » 

Cette histoire fut également publiée avec de nombreuses 
variantes par d'autres chroniqueurs, parmi lesquels Mar- 
guerite de Navarre 2 , Bonaventure du Périers 3 , Verboquet 4 , 
Alexandre Dumas 5 , etc. 



(1) Quel est ce Dictionnaire dont parle M. Leroux de Lincy? Je l'ignore, 
supposant toutefois que c'est celui de Guy Allard, dont il reproduit 
presque les termes. Cependant, le titre étant changé et la citation peu 
exacte, si tant est qu'elle appartienne réellement à l'auteur dauphinois, 
je ne saurais trancher cette question. M. Leroux de Lincy a publié son 
Heptaméron en i853, et Guy Allard écrivait son Dictionnaire en 1684; 
et il avoue lui-même qu'il a vu cette aventure imprimée en plusieurs en* 
droits, mais qu'on n'en nomme pas les personnes. Il ne paraît pas, néan- 
moins, douter un instant que Chaffrey n'en soit le héros. 

U) Marguerite d'Angouléme, reine de Navarre, née en 1492, morte en 
1549. 



120 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Après avoir parlé de la mystérieuse affaire d'intérieur 



Ses Nouvelles se rapportent presque toutes à une époque antérieure à 
ibij et ont trait généralement à des faits où elle-même a joué un rôle ou 
qui concernent des personnes de sa maison et de son entourage , surtout 
à l'époque où elle était duchesse d'Alençon, c'est-à-dire, antérieurs à la 
mort de son premier mari et à son second mariage en 1527. Parmi les 
Nouvelles qu'il renferme, il s'en trouve une (4 B Journée, 3b a Nouvelle) 
qui commence et finit ainsi : 

« C'est que, en la ville de Grenoble y avoit ung président, dont je ne 
diray pas le nom, mais il n'estoit pas françois. Il avoit une bien belle 
femme, et vivoient ensemble en grande paix. Ceste femme, voiant que 
son mary estoit viel, etc.... 

» Après que le président eut mis en l'oppinion de tous ses parens 

et amys et de tout le pals, la grande amour qu'il porto it à sa femme, 
ung beau jour du moys de may, alla cuyllir en son jardin une sallade de 
telles herbes, que, si tost que sa femme en eust mangé, ne vesquit pas 
vingt guatre heures : dont il feit si grand deuil par semblant, que nul ne 
povoit soupsonner qu'il fust occasion de ceste mort; et, par ce moïen, se 
vengea de son ennemy et saulva l'honneur de sa maison. » 

(3) Dans une sorte de préambule qui précède sa 1" Nouvelle, l'auteur 
des Nouvelles récréations et joyeux devis ne nomme pas le héros de cette 

aventure : « Qu'on ne me vienne pas non plus faire des difficultés : 

« Oh ! ce ne fut pas cestuy-cy qui fit cela. Oh ! cecy ne fut pas faict en ce 
cartier là. Je l'avoys desjà ouy compter ! Cela fut faict en nostre pays. » 
Riez seulement, et ne vous chaille si ce fut Gaultier ou si ce fut Gar- 
guille. Ne vous souciez point si ce fut à Tours en Berry ou à Bourges en 
Tourayne : vous vous tourmenteriez pour néant ; car, comme les ans ne 
sont que pour payer les rentes , aussi les noms ne sont que pour faire dé- 
batte les hommes. Je les laisse aux faiseurs de contraetz et aux intenteurs 
de procez. S'ils y prennent l'ung pour l'autre, à leur dam; quant à moy, 
je ne suis point si scrupuleux, etc. » Et, sous le titre d'Invention d'un 
mary poun se venger de sa femme, il raconte, sans le nommer, bien en- 
tendu, l'histoire du mari qui altère la mule de sa femme. « On croit, dit 
M. Louis Lacour, son annotateur, que celui qui en fit usage fut Geoffroy 
Caries, président au parlement de Grenoble, en i5o5, et précepteur de 
Renée de France. Néanmoins d'autres auteurs pensent qu'il employa pour 
se débarrasser de sa femme un moyen moins ingénieux. » 

(4) Les délices de Verboquet, publiées pour la première fois en 1623. 
Sous le titre d'Invention d'un mary pour se venger de sa femme (p. 62), 
il publie l'histoire d'un mari de Toulouse qui fait noyer sa femme dans 



1 



1 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 121 

attribuée à Caries , on est surpris, en effet, de ne trouver de 
traces de sa femme nulle part, et, naturellement, on se de- 
mande qui elle était. Un seul historien la nomme , et c'est 
Guy Allard. Dans son tableau généalogique de la famille du 
Motet 1 , il nous apprend que ce fut Marguerite, fille de 
Jean du Motet et de Polie des Rollans-, mais c'est là tout ce 
que nous en savons. Vange du silence déteignait - il aussi 
sur le public, et respectait on l'intérieur vide et désolé du 
président? Je rapprocherai de ce fait un autre passage de 
Guy Allard où il n'est question que des femmes des collè- 
gues de Chaffrey et nullement de la sienne, morte sans 
doute, à cette époque, depuis longtemps. 

« Le Pape Léon X , auprès de qui il (Chaffrey) fut envoyé 
par le Roy, lui accorda un Induit par une Bulle que j'ay 
vue en original , qui porte plusieurs exemptions et privilèges , 
tant pour luy que pour les Conseillers qui étoient alors dans 
le Parlement a pour leurs femmes ; il y a un sceau de 
plomb, où d'un, côté est l'Image des SS. Apôtres Pierre et 
Paul; et de l'autre, la figure d'un Ange qui tient le second 
doigt de sa main dextre contre sa bouche, avec ces mots : 



la Garonne. Verboquet l'a pillée dans Bon aventure du Périers avec bien 
d'autres historiettes; seulement, il a ajouté les noms de Toulouse et de la 
Garonne. 

(5) Un autre pillard littéraire, Alexandre Dumas, puisqu'il faut l'appeler 
par son nom, raconte le même fait dans Sylvandire, feuilleton de La 
Presse; mais comme il fallait lui donner son cachet et avoir Pair de conter 
quelque chose de nouveau, il le met sur le compte d'un bourgeois d'Arles, 
remplace la Garonne par le Rhône, la mule par une ânesse, et place l'ac- 
tion en Tan de grâce 1714... Et voilà comme on fait les livres! 

(1) Généalogies des familles nobles de la province de Dauphiné, ms. 
in-f.° de la Bibliothèque de Grenoble, U, 485, f.° i55, verso; et Arbres 
généalogiques des familles nobles de Dauphiné, recueillies et dressées sur 
les filtres par moy Guy Allard aduocat au parlement de Grenoble, 1667, 
ms. in-f.* de la Bibliothèque de Grenoble, R, 54, p. 3 16. 



122 SOCIÉTÉ D ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

* 

Laisse^ dire; et de l'autre, il y a un écusson où sont les 
armes de Caries, de gueules au Lyon d'Or. Les Conseillers 
en faveur de qui cette Bulle est aussi accordée y sont nom- 
mez, Antoine Palmier, Doyen de l'Eglise de Gap, Pierre 
Lattier, Bertrand Rabot, François Marc, Estienne Olivier, 
Martin Gallien, "François de Morard, Philippe Decius, 
Guigues Materon, Antoine de Saint -Marcel d'Avanson et 
Jean Materon '. » Cette députation de Caries eut probable- 
ment lieu au commencement de Tannée i5i3, lors de l'avè- 
nement de Léon X au trône pontifical. Mais alors, comment 
voyons-nous figurer parmi les noms de ces conseillers ceux 
de Guigues Materon, qui, suivant les listes de Guy Allard, 
ne fut nommé à cette charge qu'en 1 5 14, et d'Antoine de 
Saint-Marcel d'Avanson et Jean Materon, qui ne le furent 
qu'en 1 5 1 5 ? Je soupçonne encore là une foule d'erreurs, et 
je me défie singulièrement de la description de cette Bulle, 
quoique Guy Allard dise qu'il l'a vue en original. 

De tous les auteurs qui ont parlé de cette famille et l'ont 
confondue, pour la plupart, avec d'autres du même nom, 
soit pour les ascendants de Chaffrey, soit pour sa postérité, 
Guy Allard est le seul qui ait donné un tableau de sa des- 
cendance paraissant établi sur des bases certaines; mais il 
ne cite nulle part ses ancêtres qu'il ignorait. « Caries, dit- il 
dans son Dictionnaire, a été une famille noble de Gre- 
noble. » Il ne la fait pas pour cela remonter au delà de 
Chaffrey et ne s'en occupe qu'au point de vue seul de la 
postérité du président. C'est, sans nul doute, ce début de 
l'article de Guy Allard qui a fait tomber M. Rochas. dans 
l'erreur et lui a fait avancer que Caries était d'une ancienne 
famille noble de Grenoble. 



(1) Président vniques et premiei* président du Conseil delphinal, ou par- 
vient de Dauphiné, p. 81 ; Grenoble, Fremon, 1695. 



.NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 123 

J'ai donné plus haut, d'après Délia Ghiesa, les origines 
de Chaffrey Caries; voici maintenant le tableau de sa des- 
cendance que j'emprunte aux Arbres généalogiques de 
Guy Allard , déjà cités : 

Joffrey, .Chaffrey ou Geuffroy, 
Président au Parlement en i5o3. 
Marguerite du Motet. 

I 



r 



i 



Antoine, Conseiller Joffrey, Auditeur des 
au Parlement '. Comptes en ibzi *. 

I 



1 1 


1 1 1 1 1 1 


Roland , Hector. 


Justin 8 . Antoine. Claude. Jean. Joffrey. Isabelle, 


Auditeur 


religieuse 


des 


aux Ayes. 


Comptes 




en i552 8 . 




Françoise 




Conton. 
i 




1 
Antoine, 




1608, 


. 


Auditeur 


# 


des 




Comptes 




en 1 585*. 




Florence 




Maillet. 

1 




1 


1 1 i 1 


Octavian. 


Antoine. Laurans. Magdeleine. Florence. 


i°Magdeleine 


2? Marie Pierre de 


de Ponnat. 
1 


Reboulet. Garcin. 

• 

1 


1 1 


Marie-Caterine. 


Antoine. Florence. 





(i) Le Dictionnaire historique de Guy Allard le met au nombre des 
Conseillers au Parlement en 1 5 19, et la Description historique de la ville 



1 24 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Par tout ce qui précède, on voit que les écrivains qui ont 



de Grenoble (Éd." Gariel, t. i, p. 326) du même auteur, le fait, en i5o3, 
membre d'une commission composée de Falques d'Aurillac, Président 
unique au Parlement, Bertrand Rabot, Georges de Saint-Marcel et Aymar 
du Rivail, et chargée de trancher une dispute de préscance entre les Con- 
suls de Vienne et de Grenoble. Or, Falques d'Aurillac a succédé à Caries 
en i5i6, et les provisions de Bertrand Rabot sont de 1499, celles de G. 
de Saint-Marcel de i52i et celles d'Aymar du Rivail de i5i<). Ces, dates, 
fournies par Guy Allard lui-même, démontrent une fois de plus -la légèreté 
et la négligence de ses écrits. Comme Falques d'Aurillac a été président 
unique de i5i6 à i533, je suppose que, peut-être, il a voulu indiquer 
cette dernière date comme celle du fait que je viens de citer. En cela il 
n'aurait fait que se conformer à ce qu'en a dit Chorier lui-même (Hist, 
gén. de Dauph., t. 11, p. 53 1). 

(2) SofFrey Caries, Maître des Comptes de Dauphiné, commissaire 
député, ensuite des ordres de François x* r , pour vérifier la consistance du 
Domaine delphinal, et dont la procédure porte la date du 14 mars i53i. 
(Mémoire et Conclusions du procureur général du roi en la Chambre des 
Comptes de Dauphiné sur la concession de la forêt de Chambaran, par De 
Lagrée, Grenoble, Imp. roy., 1778.) 

Guy Allard indique sa nomination comme maître ou auditeur des 
Comptes en i522. M. Pilot rectifie cette assertion en la plaçant à l'année 
i52i (office créé). V. son Inventaire-sommaire des Archives, etc., t. 11, 
p. 87. 

(3) Roland Caries, Maître des Comptes de Dauphiné, que Videl nous 
apprend avoir tenu SofFrey de Calignon sur les fonts baptismaux en i55o 
( Vie et Poésies de Soffrey de Calignon , Chancelier du Roi de Navarre , 
publiées par le comte Douglas; Grenoble, Allier, 1874, p. 3.), nommé 
auditeur en remplacement de Jean Destuarf, en i552, suivant M. Pilot 
(id. p. 87), et non en 1548 , comme le dit Guy Allard. 

Autre erreur de ce dernier auteur. Roland Caries avait épousé Françoise 
Conton et non Cotton , comme il l'a écrit. Cette rectification résulte des 
renseignements fournis sur Antoine Caries par M. Pilot, dans son Inven- 
taire-sommaire des Arch. dép. de T Isère, t. 11, p. 89. Suivant lui, An- 
toine Caries , docteur en droit , avocat en la Cour, fut nommé auditeur, 
le 10 mai 1 585 , en remplacement et sur la résignation d'Antoine Conton, 
son aïeul maternel, et fut reçu en i586. M. Pilot ajoute, en note, que ce 
dernier nom est aussi écrit dans les actes Conthon et, par erreur de 
lettre, Couton et Couthon; mais que sa véritable orthographe est Conton , 

m 

ainsi qu'on le voit par les signatures de ce magistrat. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 125 

voulu établir la généalogie de Chaffrey Caries se sont gran- 
dement trompés en le faisant venir d'une famille noble de 
Grenoble ou d'une famille consulaire d'Embrun, et en alliant 
des blasons qui n'ont aucune connexion entre eux. Sous ce 
rapport V Armoriai du Dauphiné a donné un article dé- 



V Inventaire-sommaire des Archives- de la Drame, de M. Lacroix, nous 
fournit également une note sur Françoise Conton, citée plus haut : c'était 
la fille d'Antoine Conton , auditeur en la Chambre des Comptes de Gre- 
noble, et de Laurence Gallien, ainsi que nous l'apprend le testament de 
cette dernière, en date du , en faveur d'Antoine Caries, son petit-fils. 

(4) Je trouve, dans V Inventaire-sommaire des Archives de V Isère, de 
M. Pilot (t. 11, p. 89), un renseignement qui m'apprend que, sur sa rési- 
gnation (peut-être au moment de mourir), Antoine Caries fut remplacé 
comme auditeur par Claude Armand, par lettres, de Paris, du 29 août 
1598. 

(5) Justin Caries aurait été , suivant Guy Allard , l'auteur du Blason du 
genoûil, du pied, de V esprit, de V honneur et des grâces; mais Rochas 
lui enlève avec raison cette paternité. « Cet auteur, dit ce dernier dans sa 
Biographie du Dauphiné, est bien connu des curieux. Il se nommait Lan- 
celot et non Justin, et obtint, vers i55o, l'évéché de Riez. » Il était fort 
savant dans les langues grecque et latine, auteur de divers ouvrages et 
lié avec Ronsard , Joachim du Bellay et le chancelier de l'Hôpital , et mou- 
rut vers 1570. a Tous les anciens biographes le qualifient de Bourdelois 
et le disent fils d'un Jean Caries, président du parlement de Bordeaux; 
or, si Guy Allard est exact en faisant notre poète petit-fils de Chaffrey, il 
faudrait en conclure que celui-ci , ou l'un de ses fils , était allé s'établir en 
Guyenne. » Et l'on peut voir, par le tableau généalogique que j'ai em- 
prunté à Guy Allard lui-même (V. p. 123), que cette supposition est inad- 
missible : Chaffrey n'eut pas de fils du nom de Jean, et, si le hasard 
voulut que l'un de ses petits-fils s'appelât Justin , ce n'est pas une raison 
suffisante pour en faire un poète, ainsi que nous venons de le voir. Il n'y 
a pas plus de preuves de cette parenté que de celle que l'on a voulu 
établir avec la famille d'Embrun , du même nom , dans laquelle Chorier 
(Hist. de Dauphiné, liv. vi, p. 79 et 85) et l'abbé Sauret (Essai hist. sur 
la ville d'Embrun, p. 282) citent Jacques Caries, consul de cette ville, 
qui testa le 3 juillet i63o, dans laquelle aussi M. de La Bâtie (Armoriai 
de Dauphiné) veut que la postérité de Chaffrey se soit éteinte vers 1710, 
par Marie Caries de Bellassis, morte sans avoir été mariée. 



I 20 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

pourvu de toute critique et qui ne doit inspirer aucune 
créance. Délia Chiesa est donc, sous des réserves de peu 
d'importance, dans le vrai, et la généalogie qu'il donne, 
jointe au tableau de Guy Allard , doit être considérée comme 
le seul travail qui offre quelque certitude. 

Que Chaffrey Caries, après son retour en France, ait 
passé en Guyenne, cela est possible : si la légende est vraie, 
la résidence de Grenoble ne devait guère lui offrir de souve- 
nirs agréables... Qu'il ait même été suivi dans sa retraite 
par quelque membre de sa famille, cela se peut encore-, mais 
le tableau ci -dessus prouve que sa descendance s'est per- 
pétuée en Dauphiné jusqu'au commencement du XVIII e 
siècle, et nous ne devons pas oublier que, selon Délia 
Chiesa, lors de la rentrée de Louis XII en France, Chaffrey 
serait revenu à Grenoble, où il aurait terminé ses jours. 
J'avoue que je penche pour cette dernière hypothèse, et le 
doigt de l'ange y est pour quelque chose... Cet éloignement 
d'une ville où résidait sa famille n'aurait-il pas été un aveu 
implicite des bruits t qui se chuchotaient sur son compte ? 
Ceci soit dit sans charger la mémoire du président d'un 
crime qui ne paraît pas prouvé... 

Comme on le voit, j'ai singulièrement agrandi le cadre 
des faits relatifs à la vie de Chaffrey Caries, et, si je ne me 
rends pas' caution de tous, je crois néanmoins pouvoir me 
féliciter d'en avoir fixé quelques-uns par les documents que 
j'ai découverts et que l'on ne saurait nier. 

II est temps maintenant de revenir au beau médaillon que 
j'ai décrit au commencement de cette notice. 

Le premier côté s'explique de lui-même et n'a nul besoin 
de commentaire : nous en reparlerons du reste pour élu- 
cider le sujet représenté au revers de cette pièce. 

J'avais cru d'abord que ce revers offrait l'image du départ 
de Caries pour l'Italie, à la suite de son souverain, et la lé- 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT Dp GRENOBLE. 127 

gende m'autorisait quelque peu à y voir les paroles de rési- 
gnation et de protestation de dévouement 'd'un fidèle sujet; 
mais, après mûre réflexion, et me basant sur l'étude même 
que j'ai faite de la vie de Chaffrey Caries, je suis arrivé à 
une conviction tout opposée. Je dirai donc de suite que, 
pour moi, Caries a été représenté rentrant en France. 

Lorsque Chaffrey Caries quitta Grenoble pour Milan, il 
n'avait, en dehors de son mérite reconnu, pas encore pu 
rendre à son souverain et aux lettres les importants services 
que j'ai retracés; il ne s'était pas encore fait connaître sous 
ce triple renom de magistrat éminent, de brave soldat et de 
protecteur éclairé des lettres. L'Italie, au contraire, le vit 
s'éloigner d'elle orné de cette triple couronne d'immortalité 
et voulut lui en témoigner son regret. De là, sans doute, 
l'origine de cette médaille. J'ai fait entrevoir quïalors seule- 
ment des propositions lui auraient été faites pour l'éducation 
de Renée, et les paroles de la légende paraissent, en effet, 
celles d'un sujet rempli de soumission à la volonté de Dieu 
et de dévouement à son roi; Caries, comblé d'honneurs et 
avec sa renommée de Mécène et de savant, retourne en 
France, et l'initiative du sénat de Milan ou des artistes qu'il 
avait protégés et encouragés lui décerne un souvenir com- 
mémoratif des services du passé : Prœses Delphinatûs et 
Mediolani, et délicatement allusif à ses services futurs, 
Natus ego tibi sum, veniam quocunque pocaris. C'était 
l'adieu de la patrie d'origine au moment où Caries rentrait 
dans le sein de la patrie d'adoption. Cette médaille ne peut, 
en effet, avoir été frappée lors de son passage en Italie : le 
titre de Président du Parlement de Dauphiné et du Sénat 
de Milan en est une preuve incontestable. 

A cette époque, Chaffrey Caries devait être déjà assez 
avancé dans la vie, et l'auteur du catalogue de la Biblio- 
thèque Ambrosienne s'est trompé évidemment, lorsqu'il a 



1 28 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

pris le personnage du revers pour un giovinetto, qu'il 
semble même ne pas se douter être Caries lui-même ; il ne 
s'est pas rendu compte des événements dont ce médaillon 
retrace le souvenir. Comme le soleil représenté sur le revers 
de la médaille, Caries n'a pas achevé sa carrière, et il doit 
rendre plus d'un service encore au souverain auquel il a 
déjà donné tant de preuves d'attachement et de fidélité. 

Mais la destinée de tout homme est écrite, et, faute de 
renseignements positifs, on peut supposer que celle de 
Caries se termina bientôt. Fut-il appelé à l'éducation de 
Renée? Cela ne supporte aucun doute. Mais accepta-t-il 
cette haute mission ? Il est permis d'en douter, quand on se 
rappelle que lui-même , au rapport d' Aimar du Rivail (V. la 
note N.° 2 de la p. 1 16\ aurait présenté ce dernier à la reine 
pour ces graves fonctions. Attristé par les derniers événe- 
ments, fatigué de sa carrière si agitée et si remplie, courbé 
peut-être sous le souvenir ravivé et obsédant de ses mal- 
heurs domestiques, Caries se retira sans doute à Grenoble, 
où il passa ses dernières années auprès de ses fils. On ignore 
l'époque de sa mort. 

G. VALLIER. 



BIBLIOGRAPHIE DE LA DROME. 129 



BIBLIOGRAPHIE DE LA DROME 



ANNÉE 1876. 



Arnaud (E.). — Histoire des protestants du Dauphinè aux XVI*, 
XVII* et XVIII* siècles. — Valence, Chenevier, 3 vol. in-8° do 
446 à 532 p. 

Augier (Emile). — Madame Caverlet. — Paris, Michel Lévy, 
in-18doll0p. 

Augier (Emile). — Théâtre complet. — Paris, Calman-Lévy, 
2 vol. in-18. 

Augier (Emile) et Labiche (E.). — Le prix Martin, comédie. 
— Paris, Calman-Lévy, in-18. 

Boiteux (L'abbé). — Le cœur immaculé de Marie. — Paris, 
Bloud et Barrai, in- 12 de 388 p. 

Brun-Durand (J.). — Pouillè du diocèse de Die. — Grenoble, 
Maisonville et fils, in-8° de 48 p. 

Chevalier (D. r Ulysse). — Annales de la ville de Romans pen- 
dant les guerres de religion, de 1549 à 1599. — Valence, Chene- 
vier, in-8° do 1 1 1 p. 

Chevalier (D. r Ulysse). — Le ministre Raymond-Merlin et sa 
famille. — Valence, Chenevier, in-8° de 19 p. 

Cotton (Mgr.). — Oraison funèbre de Mgr. Ginouilhac. — 
Lyon, Josserand, in-8° de 59 p. 

Faure - Biguet. — Géographie de la Nouvelle - Calédonie. — 
Paris, Lassailly, in-16 de 125 p. 

Fayard (E.). — Étude historique sur l'ancienne organisation 
Tome XI. — 1877. 9 ' 



130 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

judiciaire de la ville de Valence. — Valence, Chenevier, in-8° de 
90 p. 

Fiére ( Zenon i. — Les artistes de la Drame au Salon de 1876. — 
Paris, Derenne, in-8° de 30 p. 

Fiére (Zenon). — Après la moisson, sonnets. — Paris, Saint- 
Scver, in-8° de 32 p. 

Gallet ( Louis j. — Le déluge, scène biblique. — Paris. 

Gallet (Louis). — Le capitaine Satan. — Paris, à la Librairie 
illustrée, in-18 de 464 p. 

Gallikr (Anatole de). — Discours prononcé aux funérailles de 
M. Guillaume d f Arnaud, baron de Vitrolles. — Valence, J. Céas 
et fils, in-8° de 4 p. 

Lacroix (A.). — L'arrondissement de Montélimar. — Géogra- 
phie, histoire, statistique; t. IV e . — Montélimar, Bourron, 
in-8° de 374 p. 

Monier de la Sizeranne (Comte). — Lettre aux sectateurs de 
la libre-pensée. — Valence, Berger et Dupont, in-8° de 8 p. 

Perrossier (L'abbé Cyprien). — Un ange de plus au ciel. — 
Bar-le-Duc, typographie des Céleslins, in-8° de 23 p. 

Pisançon (H. de). — Élude sur Vallodialitè dans la Drame de 
1000 à 1400 (3 e partie). — Valence, Chenevier, de la page 209 
à 308. 

Saint-Rémy (Jules). — Le mouvement littéraire dans le dépar- 
tement de la Drame pendant Vannée 1875. — Montélimar, Bour- 
ron, in-8° de 16 p. 

Saint-Rémy (Jules). — Petite anthologie des poètes de la Drame. 

— 2 e partie, de la Révolution jusqu'à nos jours (auteurs défunts). 

— Valence, Chenevier, in-8° de 49 p. 

Vallier (Gustave). — Mosaïque du paradis terrestre à Die 
(Drame). — Valence, Chenevier, in-8° de 23 p. 

Viel (Morice). — Les glands de Fanchette. — Montélimar, 
Bousron , in-8° de 1 5 p. 



BIBLIOGRAPHIE DE LA DROME. 131 



ANONYMES. 



Relation des dernières affaires du Dauphinè au sujet de la reli- 
gion (réimpression du XVII e siècle). — Valence, Chencvicr, 
in-16de64p. 

Nous y voilà! — Première à un Allobroge. — Bar -le -Duc, 
typographie des Célestins, in- 16 de 32 p. 

La logique du centre gaucfie. — Bar-le-Duc, typographie des 
Célestins, in- 16 de 36 p. 

Etudes sur la musique et sur les musiciens les plus célèbres. — 
Valence, J. Céas et fils, in- 12 do 335 p. 

Jules SAINT-RÉMY. 



132 société d'archéologie et de statistique. 



SÉANCE DU 19 OCTOBRE 1876. 

PRÉSIDENCE DE M. DE GALLIER. 



M. Vallentin, vice-président, s'excuse par lettre de ne pouvoir 
assister à la séance. 

Sur la proposition de plusieurs membres, il est décidé que 
des renseignemepts seront demandés sur les formalités à rem- 
plir pour la reconnaissance de la Société comme établissement 
d'utilité publique. 

M. le docteur Ulysso Chevalier sollicite la publication dans 
le Bulletin de la Société de 94 lettres adressées du 8 février 1655 
au 18 mai 1671 par Hugues de Lionne à son Dncle Humbert, 
doyen de la Chambre des comptes de Grenoble, a Cette corres- 
pondance, non-seulement inédite, mais iuconnuc, est fort inté- 
ressante. Elle fait connaître les pensées , les actes , les intérêts 
qui préoccupaient un grand ministre. On y voit figurer environ 
trois cents personnages, presque tous dauphinois. » M. Cheva- 
lier promet des notes biographiques sur chacun d'eux et une 
notice historique puisée aux sources sur la famille de Lionne. 
Il tient la correspondance de M. Humbert de Pina, capitaine 
de vaisseau , et les renseignements historiques des archives de 
T Assistance publique de Paris , où huit cartons ont échappé à 
Tincendie qui a dévoré cet établissement dans la nuit du 24 au 
25 mai 1871. 

L'offre de M. Chevalier est acceptée avec reconnaissance. 

Sont nommés : membre titulaire, M. le comte Paul do Cha- 
brillan, à Saint-Vallier; membre correspondant, M. Beimont, 
de Lyon. 

Des lectures terminent la séance. 



CHRONIQUE. 133 



CHRONIQUE. 



En commençant cette série no \ /elle, je signalerai, comme 
une preuve de l'impulsion donnée aux recherches historiques 
dans la région par notre Société» la publication mensuelle à 
Vienne, chez M. Savigné, d'une nouvelle Revue du Dauphiné et 
du Vivarais; le prospectus d'une Histoire civilç et religieuse d*An- 
nonay et du haut Vivarais, par M. l'abbé Filhol, en 4 vol. in-8°; 
Y Histoire de Montélimar, par M. de Coston , dans le Journal do 
cette ville; des articles variés sur la province dans le Dau- 
phiné, journal hebdomadaire de Grenoble; et enfin l'apparition 
de plusieurs travaux importants dus à nos collègues, comme : 

L'allodialitè dans lm' Drame, par M. le marquis de Pizançon, 
troisième et avant-dernière livraison d'un résumé historique et 
philosophique de l'histoire féodale du département, vendu au 
bénéfice do la Société. 

Le Ministre Raymond - Merlin et sa famille , par le docteur 
Ulysse Chevalier (tirage à part d'un article du Bulletin). Valence, 
Chenevier, 1876; br. in-8°. 

Pouillé historique du diocèse de Die, en 1449 et 1450, publié et 
annoté par Justin Brun-Durand. Grenoble, Maison ville, 1876; 
br. in-8°. 

Mandement de Mgr. l'évêque d'Oran, à l'occasion dç la prise de 
possession de son siège. Valence, Céas et fils , 1876 ; br. in-8 e de 
30 p. 

Lettre pastorale et mandement de Mgr. l'évêque d'Oran, à ï occa- 
sion de la première visite de son diocèse. Oran, Perrier, 1876; br. 
in-8° de 44 p. 

Lettre pastorale de Mgr. l'évêque d'Oran, à l'occasion de l'anni- 
versaire de la mort de Mgr. Jean- Baptiste -Irénée C allô t. Oran, 
Perrier, 1876 ; in-8° de 10 p. 



134 société d'archéologie et de statistique. 

Après la moisson (Sonnets), par Zenon Fière. Paris, Saint- 
Sever, 1876; br. in-8°, imprimée par M. Chencvicr. 

Les artistes de la Drame au salon de 1876, par le même auteur 
( tirage à part de l'article paru dans le Bulletin). 

Recherchas sur les procès de sorcellerie au XVI e siècle , par Albert 
Faure-Biguct , procureur de la République à Saint -Etienne. 
Valence, Chcnevier, 1877; br. de 46 p. 

La fille de Bayard, par M. Morin-Pons; br. in-8°. 

De Marci Tullii Ciceronis orationum deperditarum fragmentis 
thesim facultati litlerarum lugdunensiproponebat Ferdinand Belin, 
facultatis litterarum parisiensis licentialus. Parisiis, 1875, Franck; 
I vol. in-8° de 200 p. 

Considérations slratigraphiques sur la présence de fossiles mio- 
cènes et pliocènes au milieu des alluvions glaciaires et du témoin 
erratique des environs de Lyon, par M. Faisan (tirage à part d'un 
article du Bulletin de la Société géologique de France). 

Je n'ai pas à faire l'éloge des articles publiés dans le Bulletin, 
puisque nos lecteurs les connaissent; mais je puis dire avec 
vérité que le travail de M. Brun-Durand constitue une véritable 
géographie religieuse du diocèse de Die; que Mgr. Vigne est 
resté dans ses mandements et ses lettres pastorales l'écrivain 
élégant et le prédicateur plein de science et d'onction que nous 
avons tous apprécié; que M. Zenon Fière, malgré le titre de 
son ouvrage poétique , a su recueillir encore de nombreuses 
gerbes dignes des grands sonnettistes ; que M. Albert Faure- 
Biguct sait animer l'étude des questions historiques de réflexions 
puisées dans ses fortes études juridiques et dans son esprit judi- 
cieux; que M. Belin, à force d'étudier Cicéron, a fini par écrire 
le latin comme lui; et qu'enfin M. Faisan connaît parfaitement 
les fossiles des cantons nord de la Drôme. 

Il ne m'a pas été signalé de découverte archéologique, sauf 
d'une manière vague à La Garde-Adhémar. 

Le Muséum d'histoire naturelle de Lyon a acquis les fossiles 
signalés à Chanos-Curson. 

Faute d'espace , je ne puis signaler tous les ouvrages reçus ; 
en voici du moins quelques-uns : 



CHRONIQUE, 135 

Revue des Sociétés savantes, 6 e série, t. II (septembre à décem- 
bre 1875); t. III (janvier-février 1876; mars-avril 1876). 

Les chroniques du Languedoc. — Revue du Midi, sous la direc- 
tion de M. de La Pijardière, 3 e aqnée, N. 08 60 à 68. 

Mémoires de l'Académie des sciences et belles-lettres de Savoie, 3 e 
série, t. III et IV, avec Y Atlas de la description géologique et 
paléontologique de la colline de Lémenc sur Chambéry. 

Mémoires de la Société d'agriculture, commerce, sciences et arts 
du département de la Marne , 1874-1875, 1 vol. 

Mémoires de la Société de statistique, sciences , lettres et arts du 
département des Deux-Sèvres, 1875, t. XIV. — Bulletins de la 
même Société. 

Société scientifique et littéraire d'Alais, année 1875 

Mémoires de la Société des antiquaires de la Morinie, 1874-76. 

Chronique de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif de Sens, rédigée 
vers la fin du XIII e siècle par Geoffroy de Courlon , texte et tra- 
duction publiés au nom de la Société archéologique de Sens 
par M. Julliot. Sens? Duchemin, 1876; 1 vol. in-8°. 

Procès-verbaux des séances de la Société des lettres, sciences et 
artsdel'Aveyron, 1874-1876. 

Lettre à un père de famille sur le volontariat d'un an, par Mgr. 
Tévêque d'Orléans. Douniol, 1873; br. in-8°. 

Extrait des travaux de la Société centrale d'agriculture du dépar- 
tement de la Seine-Inférieure, 2 e , 3 e et 4 e trimestres 1875. 

Bulletin de la Société pour la conservation des monuments histo- 
riques d'Alsace. Strasbourg, 1876; 1 vol. in-4°. 

Athénée de Foxcalquier. — Discours prononcé à la séance solen- 
nelle du 23 avril 1876 par L. de Berluc-Pérussis , président. 

Académie de La Rochelle. — Section des sciences naturelles. — 
Annales. 1875. 

Bulletin de la Société archéologique et historique de l'Orléanais, 
t. VI, N. w 85 et 86. 

Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 
t. III , 4 e et 5 e livr. 

Bulletin archéologique et historique publié sous la direction de 



t 

1 



136 SOCIÉTÉ D' ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

la Société archéologique de Tarn-et-Garonne , t. IV, 1 er et 2 e se- 
mestres 1876. 

Annuaire de t archéologue français, publié sous les auspices de 
la Société française d'archéologie, par Anthyme Saint-Paul. 1877. 

Revue des documents historiques , suite de pièces curieuses et 
inédites , publiées avec des notes et des commentaires par Etienne 
Charavay. N. 0, 34à41. 

Journal mensuel des travaux de l'Académie nationale agricole, 
manufacturière et commerciale, sous la direction do M. G. Aymar 
Bression, année 1876. 

Une bonne nouvelle, en terminant : M. Allmer, notre savant 
collègue, vient d'être nommé correspondant de l'Institut. 

La 15° réunion des délégués des Sociétés savantes aura lieu 
à la Sorbonne du 4 au 7 avril 1877. 

A. LACROIX.* 

On trouve au secrétariat de la Société les ouvrages suivants, 
vendus à son profit : 

L'allodialitè dans la Drame, par H. de P. l re , 2 e et 3 e livrai- 
sons, avec cartes et blasons coloriés. 3 fr. Tune. 

Glossaire patois de Die, de Boissier. 1 £r. 

Recherches sur les anciennes sociétés et corporations de la France 
méridionale , par Henry Vaschalde. 2 fr. 

Cartulaire de Saint -Pierre du Bourg, par l'abbé Chevalier. 
3fr. 

L'arrondissement de Montélimar, par A. Lacroix, 4 e volume, 
contenant l'histoire des communes de La Garde - Adhémar, 
Granges-Gontardes, Grignan et Lachamp. 4 fr. 



LA VIE DE PROVINCE AU XVIII e SIÈCLE. I37 



! 

1 



LA VIE DE PROVINCE 

AU XVIII e SIÈCLE 
d'après les papiers des Franqutères 



et d'autres documents inédits. 



(Suite. — Voir les 35% 36% 37* 38% 3g« et 40* lîvr.) 



La tour de Crest était encore à cette époque une prison 
d'État,* gardée par une compagnie; elle avait un gouverneur 
et un major '. M. me de La Rollière rend compte de la visite 
qu'elle y fit en 1780 : « J'ai visité la tour de Crest, ainsi que 
les malheureux qui l'habitent; j'eus le plaisir de faire sortir 
des cachots affreux deux Messieurs qui n'y étoient que depuis 
la veille. Je trouvai le sujet qui les y avoit fait plonger si 
mince que je crus pouvoir solliciter avec succès le baron de 
Saint-Michel, qui est commandant de la ville et de la tour. 
D envoya sur-le-champ un ordre pour les faire sortir seule- 



(1) Aîmanach général et historique de Dauphiné pour 1788, p. 288. 

Tome XL — 1877. 10 



I38 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

ment des cachots. J'ai été très-scandalisée d'y trouver des 
prêtres de toute espèce , Dom Gaillard , Chartreux , des curés 
et un jeune Cordelier. Il me semble que pour le bon ordre il 
faudroit qu'il y eût des maisons particulières pour ces espèces 
de coupables , qui sont confondus avec des gens très-vicieux. » 
M. me de Franquières fait part à sa belle -fille de ce qu'on 
raconte sur la bête du Gévaudan : « L'exprès qu'on avoit 
envoyé à Aurillac pour annoncer M. de Fontanges f a fait 
beaucoup de relations de la beste féroce , dont vous avez sans 
doute entendu parler, qui parcourt le Gévaudan. Il a passé 
en des endroits où elle passe souvent ; il a été obligé de rester 
trois jours dans la neige, de crainte de la rencontrer. Elle 
traverse , sans se mouiller les pieds , une rivière de trente-six 
pieds de large. D prétend qu'elle fait sept lieues dans une 
heure. Les paysans n'osent pas sortir pour aller dans la cam- 
pagne qu'ils ne se rassemblent sept ou huit. On ne trouve 
plus personne qui veuille garder les moutons. Elle ne mange 
point les bestes , seulement de la chair humaine ; aux hommes 
elle mange le crâne et le ventre, et aux femmes de plus 
les mamelles. Quand elle a bien faim , elle mange le tout. On 
a essayé de lui tirer avec des balles de fer, de plomb , d'ar- 
gent. Rien ne peut pénétrer. Il faut espérer qu'à la fin on en 
viendra à bout a . » 



(1) Louis- Marie, marquis de Fontanges, chef de brigade des gardes du corps 
du roi, marié en 1765 à Jeanne-Françoise de Barrai , fille de Charlcs-Gabriel- 
Justin de Barrai de Rochechinard , marquis de M ont ferrât, et de Françoise - 
Vande de Saint- André. (Courcelles , Histoire généalogique et héraldique 
des pairs de France, t. u, généalogie des Barrai.) Celte branche cadette 
des Barrai, malgré son titre de marquis de M ont fer rat, est plus souvent 
appelée de Rochechinard dans les lettres des Franquières. 

(2) M. mg de Franquières à M." e de Bressac, Grenoble, 14 mars 1765. 
Il paraît qu'il n'y avait pas seulement une bête, mais toute une bande de 
loups affamés. (Voy. Burdin, Documents sur le Gévaudan, 1. 11, p. i2<5-i3o.) 



LA VIE DE PROVINCE AU XVIII e SIÈCLE. 139 

De notre temps, où si facilement le flibustier passe héros, 
comme le remarquait dernièrement un spirituel article émané 
d'une plume dauphinoise, Mandrin n'eût pas assurément 
dédaigné le plumet rouge et les galons dorés de général 
de la Commune f . « On dit, raconte M. me de Franquières à 
M. me de Bressac, Grenoble, le 19 mai 1755, que Mandrin a 
dit aux dames de Valence que si on ne lui avoit pas pris tout 
son argent il leur en auroit donné des fêtes. » La même écrit 
à sa fille, le 4 juin 1755 : « Nous avons vu comme vous les 
hauts faits de M. Mandrin. H méritoit bien la mort. Mais ses 
talents ont été cause que tout le monde s'intéressoit pour luy, 
surtout à Valence.... On prétend que cela luy a évité bien* 
des tourments , qu'il n'a été à la question que par cérémonie 
et qu'il a été étranglé avant d'être roué. M. Levet a , qui n'a 
pas le cœur tendre , a pleuré. Mandrin le pria de luy dire son , 
jugement quelques jours d'avance, parce qu'il vouloit se pré- 
parer à une grande affaire. On le luy dit effectivement , et il 
en a fait un très-bon usage. C'est le Père Gaspariny qui l'a 
exhorté. H fut à l'échafaud avec un courage admirable, se dé- 
shabilla luy-mème et voulut faire un discours au peuple. Mais 
la voix lui manqua ; il pria son confesseur de dire au peuple 
ce qu'il avoit compté dire luy-même , ce qu'il fit. C'étoit un 
discours fort touchant. Il est bien heureux si après tant de 
crimes Dieu luy a fait miséricorde. Sa mort n'a point effrayé 



(1) Décentralisation du 2 mai 18 y5, article signé Ys, à propos de 

« La province au XVIII* siècle, Mandrin, par M. Jarrin, » publié dans les 
Annales de la Société d'émulation de VA in, livraison d'octobre-décembre 
1874. — M. de Ri voire La Bâtie avait déjà dit que Mandrin eut le tort de 
venir au monde 40 ou 5o ans trop tôt, {Armoriai du Dauphiné, article 
Levet.) 

(2) Gaspard Levet, seigneur de Malaval, président de la commission ins- 
tituée pour juger Souverainement les procès des contrebandiers et faux 
sauniers en Dauphiné, Languedoc, Provence, Lyonnais, etc. 



I40 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTiaUE. 

les contrebandiers. Il en passa quarante il y a quelques jours 
à Briançon, qui firent fuir les gardes comme un troupeau de 
moutons. On nous dit hier qu'on avoit arrêté à Voiron une 
quantité de mousseline prodigieuse; mais les contrebandiers 
échappèrent. » Les successeurs d'Alexandre s'étaient en effet 
partagé l'empire après le supplice de leur chef; la contrebande 
intérieure se maintint jusqu'à ce que les barrières et les tarife 
si Inégaux eussent complètement disparu par la Révolution. 

« Les contrebandiers, dit M. 1Ie de La Roullière, font-ils de 
vos côtés des incursions comme de ceux-cy (en Lyonnais et 
Forez) et en Auvergne, où dans plusieurs villes ils ont, à 
l'exemple de Mandrin, enlevé l'argent de la recette dans les 
bureaux ? On les dit au nombre de plus de huit cents et armés 
au plus fort. Jusqu'à présent ils n'ont fait aucune pillerie dans 
les châteaux où ils sont allés. On les a bien fait boire et ré- 
galés, et ils n'ont fait mal à personne. Cependant, si on n'y 
met ordre , il y a bien à craindre du danger pour l'avenir. 
Malheur aux cavaliers qu'ils rencontrent en chemin , car sans 
autre compliment ils disent : « Le cheval nous convient. Ayez, 
Monsieur, la bonté de nous le donner. » vous laissant l'homme 
à pied, sans le voler autrement, et continuent leur route. On 
assure qu'ils ont à leur tête un gentilhomme limousin, capi- 
taine d'infanterie réformé , qui se fait appeler Bras de fer. Dieu 
nous préserve de leur visite ! Il y a peu qu'il en passa une 
troupe de plus de cent à Bessenay, qui conduisoient un convoy 
de marchandises considérable. » 

La lettre est sans date; mais l'anecdote du capitaine réformé 
indique probablement qu'elle a été écrite peu de temps après 
les changements opérés au ministère de la guerre en 1775 par 
M. de Saint-Germain. 

Les Affiches du Dauphiné du 20 mai 1774 nous donnent le 
récit d'une lutte à main armée soutenue à Beaurepaire par 
douze contrebandiers, venus du Vivarais par Serrières, contre 



LA VIE DE PROVINCE AU XVIII e SIÈCLE. 141 

vingt-deux employés, qui les poursuivaient depuis quelque 
temps. Les contrebandiers, après avoir engagé un feu très-vif 
dans les rues de ce bourg contre les employés, qu'ils forcèrent 
à reculer, se retirèrent d'eux - mêmes en bon ordre dans les 
bois environnants. 



XI 



La société se trouvait arrivée à une de ces crises fatales où , 
sous les rayons d'une lumière confuse et troublée , il est diffi- 
cile de discerner le vrai du faux, tant les utopies sont mêlées 
presqu'à doses égales aux idées justes et généreuses. Instru- 
ments inconscients de l'Évangile, les philosophes réclamaient 
cette égalité dont le Christianisme avait seul posé les prin- 
cipes ; mais, dédaigneux de toute règle, ils se plurent en même 
temps à surexciter les instincts les plus redoutables. Sans ré- 
flexion comme sans guide , aveuglé par les éclairs qui sillon- 
naient l'horizon, le monde, livré au hasard, se mit en marche 
vers l'inconnu. Les traditions de selfgoverntnent , assez mal dé- 
finies et remontant à un passé déjà lointain, se réveillaient 
dans les trois ordres avec une égale vivacité; toutes les espé- 
rances étaient animées par l'exemple séduisant de l'Angleterre, 
parvenue au but à travers les révolutions. 

Notre avant-dernier chapitre s'est arrêté à la Journée des tuiles. 
Les membres du parlement, commençant à comprendre dans 
quelle voie périlleuse ils s'étaient imprudemment engagés, se 
rendirent avec docilité aux lieux d'exil assignés, après avoir 
demandé au roi, dans une adresse pleine de soumission, la 
convocation des États généraux * . M. me de La Rollière , devenue 

(1) J. Taulier, Histoire du Dauphiné, p. 290. 



142 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

désormais notre unique guide, nous transmet les impressions 
valentinoises. « Vous avez sans doute su dans son temps le 
vertige qui avoit saisi tout Valence contre le parlement. Il y a 
apparence qu'il a sa source dans la jalousie que j'ai toujours 
reconnue aux Valentinois des avantages et de la fortune que 
possédoit Grenoble. Ils ont vu et espéré avec délices que le 
grand bailliage établi à Valence leur attirèrent une fortune qui 
seroit assise sur les ruines de Grenoble. H y a environ un 
mois que ce tribunal est formé; il ne l'est que par les mem- 
bres du présidial. Il en faudroit encore dix-huit pour le com- 
pléter; mais personne ne se présente. Ils ont beaucoup de 
loisirs, car personne ne leur confie de cause. Les Valentinois, 
après avoir bien clabaudé contre la convocation de l'assemblée 
du 21 *, ont fini par y aller au nombre de trois, et tous les 
autres nobles qui sont à Valence ont signé une procuration de 
consentement, qu'ils ont envoyée à M. de Veynes. J'ai lu le 
procès-verbal et la lettre qui y est jointe. Elle m'a paru bien 
raisonnée et bien frappée 2 . Les plus passionnés de ce pays-ci 
prétendent qu'elle ne signifie rien 3 . » 

Quelques jours suffisent pour diminuer de beaucoup l'en- 
thousiasme de la narratrice. « Vous serez peut-être étonnée de 
la curiosité qui m'a portée à aller à Romans pour prendre 
une idée de ces assemblées 4 . J'ai été dans la même journée 
à deux assemblées, qui étoient du seul ordre de la noblesse, 
où l'on discutoit les preuves plus ou moins fortes de noblesse 



(1) Assemblée de Vizille, le 21 juillet 1788. 

(2) Le procès-verbal et les très-respectueuses représentations des trois 
ordres de la province de Dauphiné, qui se trouvent à la page 37, furent 
rédigés par Mounier, secrétaire des trois ordres. 

(3) M.- # de La Rollière à M. u# de Franquières, 2 août 1788. 

(4) L'assemblée des trois ordres de la province tenue à Romans à partir 
du 10 septembre 1788. 



LA VIE DE PROVINCE AU XVIII e SIÈCLE. 143 

pour avoir l'entrée aux États. On exigeoit cent ans ; ce qui 
excluroit cent soixante-cinq personnes ou familles et priveroit 
peut-être de bien des connoissances et des lumières. Cela 
avoit passé ; mais il y a eu de fortes réclamations contre cet 
avis, et on en est venu à un nouvel examen. J'ai bien de la 
peine à croire qu'on puisse parvenir à accorder tant de monde, 
qui diffèrent si fort sur le moindre sujet. J'espère qu'il en ré- 
sultera tant de difficultés que les choses resteront dans leur 
ancien état. Je vous dirai confidemment que c'est mon vœu 
et que je trouve qu'en maintenant les droits et prérogatives 
du parlement dans leur entier, il représente suffisamment la 
province. Pourvu que les États généraux ne les attaquent pas l . 
J'ai entendu, quanji on a été aux voix, appeler M. de Maubec*. 
Mais l'église où l'on s'assemble est si grande que je n'ai pu 
le voir, J'aurois voulu rencontrer une assemblée des trois 
ordres réunis ; mais je m'en suis consolée en me faisant l'idée, 
pour y suppléer, d'une assemblée où l'on tripleroit le bruit 
qui étoit déjà très-considérable dans celle des nobles. Je fis 
une apparition dans celle du tiers-état, qui se tenoit dans le 
même temps. Elle me parut plus tranquille, quoique bien plus 
nombreuse 3 . » 



(1) « Les classes populaires parlent de l'abolition des parlements, parce 
que', tant qu'ils existeront, ce sont des tribunaux auxquels la cour pourra 
avoir recours, en cas qu'ils soient enclins à agir contre l'existence des États; 
ces corps sont alarmés et voient avec beaucoup de regret que leur refus 
d'enregistrer les édits du roi a créé un pouvoir dans la nation dangereux 
pour leur existence. » (Arthur Young, Voyages en France, trad. SoulèsJ 
éd. de 1794, t. 1, p. 340, année 1789.) 

(2) Louis-Gabriel Planelli de La Valette, marquis de Maubec, officier 
aux gardes françaises, cordon rouge, député suppléant de la noblesse du 
bailliage de Sens à l'Assemblée constituante, ou il vota avec le c<Ué droit; 
émigré en 1792, mort à Grenoble en i832, âgé de 89 ans. 

(3) 28 sept. 1788. 



w 



I44 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTldUE. 

Les événements se précipitent et le pouvoir glisse en réalité 
entre les mains de la populace, aveuglée et entraînée par les 
clubs. « 6 janvier 1790. Le séjour de Valence seroit assez 
tranquille sans le mouvement continuel de cette milice natio- 
nale , qui s'assemble sans cesse dans les environs de plusieurs 
lieues à la ronde , entre autres le 3 1 de ce mois. Elle doit être 
très-nombreuse à Valence même. H doit en venir de la Guil- 
lotière, s'il faut en croire le bruit public. On ne saura où 
loger tous ces étrangers. L'on croit que la maison de ville, 
qui aujourd'hui est souveraine , les distribuera dans toutes les 
maisons particulières, sans aucune distinction d'état. A l'oc- 
casion du passage du régiment de Bourgogne on poussa le 
ridicule jusqu'à envoyer trois soldats dans chaque couvent, 
qui payèrent leur dépense au cabaret. Vous avez connu l'aven- 
ture malheureuse de M. d'Albert *, qui exigerait une répa- 
ration bien éclatante; mais, au point où en sont les choses, on 
doute si justice lui sera rendue. » 

« 10 mars 1790. La municipalité de Valence, quoique com- 
posée en partie assez bien pour l'instruction , vient déjà de 
donner une preuve de foiblesse en condamnant à l'amende de 
cinquante livres un abbé pour avoir fait une légère plaisan- 
terie sur ce que la milice nationale faisoit une quête pour 
fournir aux frais de la route pour aller à Vienne. 200 personnes 
de la milice ont attendu le jugement de cet abbé dans l'anti- 
chambre des juges, disant que si on ne le condamnoit pas, 
ils se feroient justice eux-mêmes, et, en. attendant, M. l'abbé 



(x) Le comte d'Albert de Rions, officier général de la marine française, 
commandant le port de Toulon. Il voulut interdire aux ouvriers de l'arsenal 
de faire partie de la garde nationale; ce qui excita une insurrection, dans 
laquelle les troupes de ligne l'abandonnèrent. Il tut arrêté par les insurgés, 
avec deux autres officiers, et traduit à la barre de l'Assemblée nationale, 
qui le fit relâcher. 



LA VIE DE PROVINCE AU XVIII* SIÈCLE. 145 

Robert, le prétendu coupable, étoit entre leurs mains 

M. de Veynes est le seul noble dans notre municipalité , et 
encore n'est- il que parmi les notables; il part incessamment 
pour Paris, pour y vendre ses meubles, ne se trouvant plus 
assez riche pour habiter cette capitale, d'après les nouvelles 
charges doht il est menacé. » 

L'artillerie était commandée à Valence par le vicomte de 
Voisins , élevé depuis deux ans au grade de maréchal de camp 
et qui appartenait à une illustre famille venue autrefois de 
l'Ile-de-France en Languedoc, à la suite de Simon de Mont- 
fort. Le 10 mai 1790, prévenu qu'il devait y avoir des trou- 
bles et que la populace essaierait de pénétrer dans la citadelle 
pour s'emparer des armes qui y étaient renfermées , il fit ren- 
forcer de cinquante hommes le piquet de garde et battre la 
générale. Un soldat, ayant déclaré qu'il ne tirerait pas sur ses 
concitoyens , fut., dit-on , mis en prison par son ordre , et , 
pour achever de le rendre suspect, on l'accusa d'intelligences 
avec les princes émigrés. La municipalité l'engagea à venir 
dans l'église Saint-Jean donner des explications devant le peuple 
assemblé. Il monte en chaire , mais sa voix est aussitôt cou- 
verte par des cris tumultueux, qui demandent son remplace- 
ment et son arrestation. Au moment où il descend de la chaire, 
il est, malgré les efforts d'officiers municipaux, qui cherchent 
à le protéger, percé de deux coups de couteau et étendu mort 
d'un coup de fusil, qui vient l'atteindre par derrière. Son 
cadavre fut traîné à travers les rues par une populace ivre de 
sang '. S'il faut en croire une brochure publiée à cette épo- 
que a , Savoie - Rollin , avocat général au parlement, aurait 



(1) Moniteur du 19 mai 1790, séance de l'Assemblée nationale. — Bio- 
graphie moderne. Leipzig (Paris), 1806, t. iv, p. 477. 

(2) Lettre au roi le ib juin 1790, s. 1. n. d., signée unfrançois royaliste. 
Selon M. Gariel, dans la Petite revue des bibliophiles dauphinois, p. 128, 



I46 SOCIÉTÉ D* ARCHÉOLOGIE ET DE STATÏSTIQ.UE. 

couronné de ses mains le canonnier qui avait assassiné par 
derrière le malheureux vicomte de Voisins. Dans une lettre 
datée du 20 mai, M. mc de La Rollière dépeint l'effroi qui 
s'était emparé de tous les honnêtes gens. « N'avez-vous pas 
frémi , ma chère amie , des scènes horribles dont Valence a été 
le théâtre le 10 de ce mois? Heureusement pour moi, j'étois 
à la campagne et ne suis de retour que depuis le 16, où j'ai 
trouvé tout le monde dans la terreur et la consternation. Je 
n'ose vous décrire les circonstances atroces qui ont accom- 
pagné ce meurtre ; les lettres ne sont pas en sûreté. Il a été 
suivi de nombre d'émigrations de sept ou huit maisons , dont 
M. et M. mc de Bressac sont du nombre. Plusieurs sont à Lyon, 
d'autres à Chambéry, où l'on n'a pas trouvé la tranquillité 
qu'on cherchoit. La maison Bressac et Marquet en sont partis 
précipitamment pour se rendre à Lausanne. Le peuple se plaint 
de l'absence de ces maisons, qui font un grand vuide dans 
une petite ville. Je crois que cela ne contribuera pas peu au 
maintien de l'ordre pour fixer au moins le peu de personnes 
qui restent, quoique ce soient celles qui ont le moins de for- 
tune. La municipalité et la milice nationale ne négligent rien 
pour faire cesser les insultes et le désordre qu'a introduit cette 
malheureuse journée. Le major de . l'artillerie et. un capitaine 
partoient le surlendemain pour rendre compte au ministre; 
on n'en a point encore entendu parler. On craint les efforts 
de la populace pour retenir ce régiment, s'il survenoit des 
ordres pour le faire partir. Il Ta trop bien secondée, en ne 
défendant pas ce malheureux chef, qui a été massacré au 
milieu d'eux et de la municipalité. Plusieurs membres de 
cette dernière se sont exposés et même en ont porté des 



l'auteur de cet écrit serait le chevalier de Bressac. Le Dictionnaire des 
anonymes, de Barbier, l'attribue au contraire à Antoine de Ferrand. 



LA VIE DE PROVINCE AU XVIII e SIÈCLE. I47 

marques. Mais des flots de populace les ont jetés par force 
loin de leur victime , et pour justifier l'iniquité on a supposé 
des vues criminelles à ce malheureux, dont il n'étoit pas 
capable. On n'a rien trouvé de tel dans ses papiers. On a in- 
terprété une lettre qu'on a trouvée sur lui , ou qu'on croit 
même supposée. H fut averti le matin du danger qu'il couroit; 
il répondit froidement qu'on n'auroit la citadelle qu'avec sa 
vie. Il avoit son congé dans sa poche depuis deux mois, dont 
il n'a jamais voulu user, disant qu'il resteroit pour la sûreté 
de la ville. 

» Je compte rester ici jusqu'à ce que les esprits de mon 
canton soient calmés. Ils ont proscrit La Rollière. J'espère que 
ce vertige n'aura qu'un temps. 

» 3 janvier 1791. M. mc de Bressac est doublement heureuse 
d'être absente de cette ville (Valence), où il y a beaucoup 
de fermentation. La Mark x a passé et séjourné hier en allant 
à Aix; les soldats ont été travaillés sans succès ici et ont ré- 
sisté à Lyon à tous les moyens de corruption. J'ai appris avec 
peine que vos bons Suisses alloient vous quitter. J'en suis 
fâchée et voudrois bien les savoir remplacés par de bonnes 
troupes, qui maintiennent la tranquillité et le repos. 

» 19 août 179 1. M. de La Valette ressemble-t-il à sa jolie 
maman ? Je pense qu'il est fort instruit et qu'il vous a inspiré 
beaucoup de confiance par son jugement sur l'Assemblée na- 
tionale. Il paroît que M. Malhouet (sic) regrette les bonnes 
intentions que M. de Mirabeau manifestoit depuis quelques 
mois et qu'il avoit de grands moyens de faire réussir pour le 
bien général. L'évêque Marbaud a n'est pas arrivé ; on dit qu'il 



• 

(1) Régiment d'infanterie allemande, qui s'appelait ainsi du nom de son 
propriétaire, le prince d'Arenberg, comte de La Mark. 

(2) François Marbos, curé du Bourg-lès- Valence à l'époque de la Révo- 
lution, devenu alors maire de la même commune, élu évéque constitu- 



148 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

diffère après Pâques. En attendant, on a fermé toutes les 
églises , à l'exception de trois paroisses pendant la quiilzaine 

pascale L'arrivée du nouvel évêque embarrasse fort les 

couvents. » 

Les lettres deviennent de moins en moins fréquentes, de 
plus en plus laconiques. On évite de les confier à la poste, 
sachant que l'infâme délation enveloppe d'un réseau invisible 
les gens bien élevés ou tout simplement honnêtes , et que la 
phrase la plus indifférente peut être le prétexte d'une condamna- 
tion à mort. C'est là, pourtant, l'abominable régime dont toute 
une bande de monomanes sinistres rêve de nos jours la résur- 
rection. Nous arrêtons donc ici nos extraits et nous terminons 
un travail dont la longueur a dû lasser nos rares lecteurs, 
nous excusant humblement du reste de n'appartenir à aucun 
titre à cette école étroite et passionnée, en possession du crédit 
et de la réputation, pour qui l'histoire n'est qu'une machine 
de guerre. Tel écrivain, Michelet, par exemple, faisant inva- 
riablement pencher la balance du même côté, montrera les 
protestants toujours justes, toujours innocemment persécutés. 
Le malheur veut cependant que la nature ne procède pas dans 
cet esprit de partialité et d'exclusion. N'ayant pas de thèse 
particulière à soutenir et ne nous sentant aucun penchant à 
nous agenouiller devant les idoles du jour, osant même être 
équitable envers le passé, nous nous sommes contenté d'ex- 
poser naïvement non-seulement les côtés par lesquels la société 
du XVIII e siècle nous paraît céder à la nôtre , mais encore ce 
en quoi elle l'emporte incontestablement sur nos prétentions 
et notre orgueil. 

Anatole de GALLIER. 



tionnel de la Drôme, mort en 1825 conseiller de préfecture du même 
département. 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DÀUPHINÉ. ' 149 



LA GUERRE DES PAYSANS 



EN DAUPHINE. 



(1579- 1580) 



( Suite et fin. — Voir la 40 e livraison. ) 



Voyant ceste belle resolution, les promesses faictes par 
ledict Paulmier audict Romans que aultres députés des 
aultres lieux ligués de ce pays audict Grenoble, chascun 
pensoit d'estre en paix et qu'il ne se parleroit plus que de 
fere ses afferes, se resjouyr les ungs avec les aultres et ne 
se souvenir plus des choses passées. Tous ceulx qui s'es- 
toient absentez pour long temps du lieu de leurs habitations 
y retournèrent, pensant estre en seureté et repos; mais ils 
n'en eurent gueres, pour ce que les séditieux, voyans la 
royne hors cedict pais, recommancerent de nouveau a fere 
du mauvois, ne se souvenans plus de leurs promesses pas- 
sées et signées dont lencre n'estoit encores saiche, disans 
qu'ils ne vouloient payer aulcune chose, et que si quelqu'un 
leur demandoit, ils le tueroient, et que en ladicte s année 
M.V C .LXXIX ils avoient gaigné les tailles et une partye 
des dismes et que en ladicte suivant ils gaigneroient le reste 



i5o société d'archéologie et de statistique. 

desdictes dismes, les sensés et debvoirs qu'ils debvoient aux 
seigneurs particulliers. C'estoit une très belle pratique et 
invention trouvée pour les chefs et aucteurs de toutes les- 
dictes séditions pour attirer le peuple a leur cordelle et, 
cependant , exécuter leurs mau vois et pernicieux desseings. 
Ledict Paulmier, ne se souvenant plus de ce qu'il avoit 
promis, commença de rechef a lascher la bride a ses affec- 
tionnés et aux mutins qu'il avoit avec luy, tellement que 
quand l'on veoyoit deux gens de bien parler ensemble , ils 
en a voient une telle jallousie qu'ils ne parloient que de tuer 
et saccager, et estoient lesdicts gens de bien reduicts a tant 
qu'ils n'osoient aller la nuict, craignant lesdicts mutins et 
séditieux, qui estoient toute la nuict en armes et en grandes 
trouppes et sur le poinct de tuer ung grand nombre de 
notables de ladicte ville jusques au nombre de cinquante 
cinq, contenus en un roolle que a ces fins ils feirent dres- 
ser x , et ne fut plus deslors question de porter aulcune 
obéissance ne recognoistre aulcuns supperieurs et magis- 
trats, et si en vindrent jusques a la que de ravir des mains 
dudict sieur conseiller, qui, au grand péril de sa personne, 
preferoit a icelle le service du roy et du pubiicq , ung pri- 
sonnier qu'il avoit conduict aux prisons, luy brisant et 
lasserant ses procédures, luy mettant l'espée a la gorge et 
luy faisant beaucoup d'oprobres et injures. Au moyen de 
quoy l'on veit souldain reprendre un tel cueur aux paisans 
et villageois qu'ils ne tenoient plus compte de personne , et 
au lieu de rendre le debvoir qu'ils ont a leurs seigneurs ou 
aux gens de bien du lieu ou ils habitoient, refuser avec plu- 
sieurs parolles salles et fâcheuses. Ces façons de fere avoient 
tellement indigné les gens de bien qu'ils se délibèrent de 



(i) Nous rappelons au lecteur de se tenir en garde contre d'évidentes 
exagérations. 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHINÉ. I 5 I 

mourir # tous avant que d'endurer plus ces follies, et de 
faict ; s'en adressèrent audict sieur conseiller f , qui, aymant 
plustost la paix que trouble, et craignant quelque grand 
scandalle et malheur, les pria de patienter et endurer en- 
cores ung peu , ayant oppinion que Dieu nous délivrèrent 
de telle servitude par aultre moien que par la rigueur, qu'il 
ne seroit trouvé bon d'y procedder par tel moien. Estans 
repeus de telle espérance, les gens de bien ont patienté et 
enduré plus que du debvoir desdicts mutins, ce qui leur 
estoit bien dur a supporter. Mais la craincte qu'ils ont 
tousjours eue de desobeyr a leurs magistrats les a telle- 
ment bridés qu'ils n'ont osé sortir hors du commandement 
qui leur estoit faict de leur part. Tout le reste de ladicte 
année M.V C .LXXIX coulla en endurant toutes ces tra- 
verses, lesquelles n'eussent jamais prins fin que par la mort 
de tous les gens de bien et la subversion de tout Testât, 
tant de ladicte ville que du pais , sy Dieu par sa saincte 
grâce n'y eust remedyé par une Yeoye extraordinere et 
trouvée du tout impossible. Pour ce que, lorsque Ton 
pensoit toutes choses en desespoir, ce fut lors que Dieu 
montra sa puissance, ainsy qu'il sera dict cy après, par 
ordre. Environ quatre ou cinq jours avant la feste Saint- 
Blaize, en la présente année M.V C .LXXX, qui fust a 



(i) Ce conseiller, qui avait nom Thomé, ayant dû renoncer à se faire 
respecter et obéir par les ligués, chercha, avec succès, à rendre courage 
aux gens de bien et à se ménager des intelligences dans la ville. Maugiron , 
dont il était probablement l'intermédiaire à Romans, écrit au roi : a Enfin 
j'ay tant faict que j'y ay gaigné quelque nombre de gens de bien et catho- 
ltcques, qui veillent aux déportements d'ung chacun pour obvier aux 
aultres menées et intelligences desdicts de la religion, quelques capitaines 
desquels se joignent auxdictes ligues. » Il ajoute qu'il a envoyé son frère 
lui-même à Romans, pour leur faire les remontrances qu'il peut juger 
à ce convenables. 



l52 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

mesme jour et feste que toutes les conspirations se feirent 
l'année précédente, les drappiers, se délibérants de triom- 
pher, feirent fere des criées a cheval par la ville pour inviter 
le peuple a se mectre en armes et equipaige pour fere leur 
monstre et reveue, comme ils avoient accoustumé de fere, 
et fault notter que l'un des gens a cheval estoit ledict Paul- 
mier, et deslors commencèrent a marcher avec tambours 
et armes par la ville; et estant venu ledict jour, ils se trou- 
vèrent bien six cens dudict mestier armés et bien équipés , 
qui feist tellement enfler le cueur audict Paulmier et a ses 
adherans qu'il s'asseura deslors de pouvoir mectre exécu- 
tion son entreprinse , le jour de laquelle estoit assez proche , 
et coururent le mouton x , faisant ung reynage, comme 
l'année preceddente, et des bransles* par la ville, avec 
tambours de suisses , les sonnettes aux pieds et les espées 
nues en main; d'aultres en faisoient d'une aiiltre sorte, 
portans les ungs des rateaulx, les aultres des ballais et 
les aultres des fléaux a battre les bleds et la robbe des 
mortuaires 3 , avec d'aultres qui cryoient tout hault que 
avant qu'il fut troys jours la chair du chrestien se vendroit 

* 

a six deniers la livre. Toutes lesquelles dances ne tendoient 
a aultres fins que pour fere cognoistre qu T ils voulloient tout 
tenir. Ces façons de fere, avec les indices que l'on avoit 
eues auparadvant dudict Paulmier, pour luy avoir veu 



(i) Firent une fête dans laquelle le prix de la course consistait en un 
mouton, qui était donné au vainqueur. 

(2) Danses. Ce mot est encore en usage dans le midi de la France. 

(3) Les balais et les râteaux signifiaient probablement qu'il fallait expul- 
ser les honnêtes gens; les fléaux les battre, et le drap mortuaire les enter- 
rer. Quoi qu'il en soit, ces manifestations étaient considérées comme crimi- 
nelles. Le procureur Cavrot fut arrêté, écrit la reine, « pour avoir porté 
le râteau, excitant le peuple ». 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHIN . ' l53 

chargé d'une robbe de la peau d'un ours, venir en la maison 
consullere et prendre ung rang et siège qui ne luy estoit 
deu, et qu'il n'avoit accoustumé de prendre auparadvant, 
feirent penser les plus clairs voyans a ce dont ils s'estoient 
tousjours doubtés, et qu'il luy debvoit avoir dé grandes 
menées , mesmes que ledict Paulmier disoit publiquement 
qu'il vouloit bien que chascun sceut qu'il n'y avoit homme 
en Daulphiné qui luy peult commander. Tellement que 
lesdicts gens de bien dellibererent de prendre de plus prés 
garde aux actions et dudict Paulmier et de ses adherans, 
la plus part desquels, mesmes les chefs desdictes ligues, 
estoient , comme dessus a esté dict , de la relligion , qui les 
mectoit plus en peyne que tout le reste. Sur ces entrefaictes, 
une bonne trouppe du quartier de la porte de Jaquemard 
se résolurent de fere ung reynage entre eulx et courir ung 
coq, duquel fut roy ung jeune homme dudict quartier, 
nommé Laigle, lequel feit son festin durant deux jours avec 
toute l'allégresse et passe temps- dont il se peult adviser, 
sans que durant son règne, qui ne dura que lesdicts deux 
jours, il se parlast d'aultre chose que de masques, danses, 
chasse et aultres passe temps, et sans que ledict Paulmier 
ny ses complices feissent semblant d'en estre en aulcune 
jallousie ou soubson. Peu de jours après, qui fut le IX* 
jour de febvrier en ladicte année M.V. C .LXXX, certains des 
plus notables de ladicte ville, devisans ensemble en la grand 
place d'icelle, mirent en avant de fere ung reynage qui seroit 
du quartier de ladicte place et du pont, et de courir une 
perdrix, et que, puisque ceulx dudict quartier de Jaque- 
mard en avoient faict ung, qu'il ne seroit poinct mauvôis 
qu'ils en feissent aussy ung. La délibération prinse tout 
soubdain , il fut dict que ceulx qui en seroient auroient ung 
billet de papier avec ung nombre pour se savoir recog- 

Tome XI. — 1877. 11 






i54 société d'archéologie et de statistique. 

noistre *. Et de faict, lesdicts billets furent a l'instant faicts 
et baillés a ceulx qui estaient présents et après a ceulx qui 
en voulurent estre et les meirent en leurs chappeaulx. Il 
advint qu'il s'en trouva en ladicte place environ soixante, 
qui tous eurent leurs billets en leur chappeau, ne pensant 
a aultre chose que a se préparer a bien courir pour estre le 
roy et a fere bonne chère ensemble. Ledict Paulmier fut 
souldain adverty desdicts billets, et, sans scavoir l'occasion 
pourquoy ils estoient faicts, accompagné de certains de ses 
complices, vint en ladicte place, ou il vit une bonne trouppe 
de personnes, d'hommes, qui a voient lesdicts billets en leur 
chappeau, ce qui Festonna de prime face, pensant que ce 
fut quelqu'entreprinse contre ceulx de son party. Toutes- 
fois, après avoir sceu que c'estoit, il n'en feist aultre sem- 
blant. Vray est que l'ung de sesdicts complices, et des plus 
séditieux , mectant la main a l'espée et la tirant a demy du 
iburreau, commença a se mectre en une chaulde collere, 
qu'il dict tout hault, reniant et blasphémant le nom de 
Dieu : « C'est trop attendre. S'ils se recognoissent ung 
» coup, nous sommes perdus. Voulez vous que je donne 
» dessus ? » parlant audict Paulmier et se tournant contre 
une trouppe de gens notables qui se promenoient par ladicte 
place. Lors ledict Paulmier, qui scavoit bien l'heure n'estre 



(i) Malgré les affirmations de notre auteur, qu'on lira plus loin, il est 
bien évident que la bourgeoisie de Romans cherchait à renverser Paulmier 
et à profiter de toutes les occasions pour atteindre ce but. Elle engagea 
probablement les habitants du quartier de Jaquemart à faire leur fête, pour 
voir si les ligués n'y mettraient pas obstacle. Elle organisa ensuite sa 
course à la perdrix pour se compter et profita des réjouissances, des mas- 
carades et des bals dont le récit va suivre pour s'armer, s'organiser et tuer 
par surprise Paulmier, qui aurait dû être plus clairvoyant et auquel la 
nomination de son ennemi La Roche comme roi aurait dû ouvrir les yeux. 
Le complot pouvait être de la part de la bourgeoisie fort légitime et de 
juste re présaille, mais le nier est difficile. 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHINÉ. 1 55 

venue qu'ils debvoient exécuter leur entreprinse , le tira de 
la, et, peu de temps après, revint, suivy de quelques ungs 
des siens faisans assez mauvoise mine, et s'achemina au 
soupper que faisoit ledict roy de V Aigle, lequel ce jour la 
avoit triomphé, comme il a esté dict cy dessus. Le jeudy 
suivant, ceulx qui se preparoient a la course de la perdrix 
ne faillirent a se trouver a la place des Cordelliers , ou une 
grande partye des dames et du peuple de la ville se trouva 
pour veoir le passe temps , et fut la fortune telle que le plus 
grand ennemy, au moings déclaré, dudict Paulmier, qui 
est le susdict La Roche, fut roy, qui luy donna occasion et 
a ceulx de sa farine de présumer que le tout estoit fait a la 
main et de propos délibéré , et tascherent par l'entremise 
de certains de ceulx de dehors, qui se mesloient bien avant 
de leurs afferes, de fere divertir l'exécution dudict royaume, 
ce qu'ils ne peurent obtenir, quelque remonstrance qu'ils 
seussent fere, et que cella seroit mectre ses gens (ainsi les 
appeloitil) en doute et qu'il en pourroit advenir du mal, 
dont ils seroient marrys, pour estre voisins de ladicte ville. 
Mais comme il est impossible d'éviter ce qui est preordonné 
de Dieu , lequel regardant son peuple de son œil de pityé et 
miséricorde et voullant chastier ces meschants et barbares, 
qui, sous umbre d'une sainte proposition et prétexte très 
bon qu'ils prenoient au commencement, s'estoient de tant 
desbordés qu'ils mescognoissoient Dieu et leur roy, s'estans 
alliés et confédérés avec les ennemys cappitaulx de Sa Ma- 
jesté et perturbateurs du repos publicq, Dieu, dis Je, mist 
au cueur de ses gens de bien telle volunté qu'ils se réso- 
lurent de fere ledict reynage et ne se désister de leur entre- 
prinse, quelque conseil et advis que leur peussent donner les 
dessusdicts chefs ou entremecteurs. Et de faict, il fut dict 
qu'il se feroit le lundy de Caresme prenant. Cependant le 
vendredy, samedy et le dimanche après ladicte course, qui 



i56 société d'archéologie et de statistique. 

avoit esté faicte ledict jeudy, il ne se partait que de rire 
et passer le temps et n'eussies veu que couriers, ambassa- 
deurs, mareschaulx des logis et fourriers par la ville : les 
couriers porter des pacquets, les ambassadeurs venir au 
logis du roy et demander audience, les mareschaulx des 
logis et fourriers marquer les portes des maisons, bref, 
fere tout ce de quoy Ton pou voit se souvenir pour se donner 
du plaisir et en donner a ceulx qui les veoyoient ; le prevost 
de l'hostel marcher par ville avec ses archers, pour chastier 
ceulx qui contreviendroient ses ordonnances, mesmes a 
celles qu'ils avoient faictes sur le taux des vivres, laquelle, 
pour l'occasion qui sera dicte cy après et pour ce qu'il a 
découvert une partye de leur dampnable entreprinse, j'ay 
mis: icy : 

De par le roy de la Perdrix, . 

m 

Il est faict commandement a tous vivandiers, hostelliers, 
cabaretiers et aultres vendants vivres a la suitte de la court 
de survendre les vivres et aultres denrées plus que du taux 
cy dessoubs ordonné. 

Premièrement. 

Le dindon cloué de canelle et girofle, rosty, 
avec VI orenges f IIII s. 

Le faisant ou gelinotte accoustré comme des- 
sus I s, VI d. 

La perdrix accoustrée avec Torenge V d. 



T" 



(i) Dans cette ordonnance sur le taux des vivres, monument de la gatté 
de nos bons aïeux, on remarquera que les articles les plus exquis sont 
cotés aux prix les moins élevés, tandis que les plus vulgaires objets de 
consommation, le foin et l'avoine, sont évalués à de grosses sommes. 



LA GUERRE DES. PAYSANS EN DAUPHINÉ. I 57 

Le gros chappon de pallier l IIII d. 

La grasse "poulie IIII d. 

Le levrauld d'ung pied de long IIII d. 

La bécasse avec sa rotye . ......... IIII d. 

La pallombe avec Torenge II d. 

Le pigeon de collombier ou aultre ramier . . II d. 

Grosse Chair. 

La longe de veau gras I s. VI d. 

La livre de mouton X s. 

La livre de bœuf XII s. 

La livré dé vache XV s. 

La livre de lard gras XX s. 

La livre de lard maigre XXV s. 



Poisson. 

La truicte, brochet et carpe, la livre . . 
Le haren blanc pourry et puant , la pièce 

Le haren sel punais, la pièce 

La livre de la tonnanie rance a ..... . 

La pièce d'anguille ou anguillon salé . . 



VIII d. 

XVIII s. 

XX s. 

XXV s. 

XV s. 



Vin. 



Le vin de Tournon , le pot 
Le vin de Cornas blanc . 
Le vin de Chapellier . . . 
Le vin de Rozere .... 
Le vin de Berot 



VI d. 

VI d. 

VI d. 
IIII d. 
IIII d. 



(i) Chapon engraissé avec du grain. 

(2) Probablement fond de tonneau ou caque. 



i58 société d'archéologie et de statistique. 

Le vin tourné - . X s. 

Le couven l K XV s. 

Le vin punais, XX s. 

L'hypocras, pour fere bonne bouche au des- 
sert VIII d. 

Le quintal des frézes, avec l'eau rose et le 

sucre VII d. 

Foin et Paille. 

Le quintal du foin XXX s. 

Le quintal de paille L s. 

Le ras de l'avoine LX s. 

Donné a Romans, au conseil, le IX e febvrier i58o. 

Le dymanche, comme ung présage du chastiement que 
ces mutins dévoient recevoir par la justice , le grand conseil 
du roy arriva en ladicte ville, composé de présidents, con- 
seillers, procureurs, greffiers, huissiers, solliciteurs et par- 
tyes plaidantes, et, après avoir esté au logis de Sa Majesté 2 
et luy avoir faict la reverance , il commanda a ses mares- 
chaulx de ses logis de les loger, leur commandant très ex- 
pressément de fere justice, affin que son peuple n'eust 
occasion de se plaindre et qu'il les feist tous riches, car il 
ne parloit qu'en ces termes aux gens de bien , et aux aultres 
qui ne feroient leur debvoir, il ne parloit que de pendre. 
Ledict Paulmier et ses complices veoyant toutes ces choses 
et se doubtant tousjours de ce qui luy advint, sans que tou- 
tesfois il fust prémédité, se résolut de troubler ceste feste, 
et feist inventer la course d'ung chapon par la plupart des 



(i) Piquette. 

(2) C'est du roi de la Perdrix qu'il s'agit ici. 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHINÉ. I 5 g 

laboureurs et gens mécaniques de ladicte ville, qui s'assem- 
blèrent en nombre de plus de deux cens, lesquels j après 
avoir leur roy, se promenèrent par la ville avec leurs armes 
et deslibererent de fere leur festin le lundy, qui estoit le jour 

* que celluy de la Perdrix se debvoit fere, ne taschant sinon 
de fere quelque querelle d'allemant, ce que cognoissant les 
gens de bien délibérèrent d'y aller, de façon que si on les 
venoit assaillir ils se deffendroient. Et , pour monstrer qu'il 
n'y avoit chose préméditée , il n'est a obmectrc que ledict 
jour du dimanche, comme ledict roy de la Perdrix eust 
rencontré ledict Paulmier, son ennemy, dans la place de 
ladicte ville, il s'approcha de luy et le convia gratieusement 
de se trouver en son festin, de quoy l'aultre s'estant excusé, 
comme certains aymans le repos luy eussent remonstré qu'il 
ne se debvoit rendre difficile a communiquer avec ledict roy 
de la Perdrix, il respondit : « Je ne me trouveray jamais 
» en lieu ou mon ennemy triomphe, si je puis; si bien je 
» suis en lieu ou il vienne, je ne m'en yray pour luy, mais 
» je n'iray jamais en lieu ou je scaiche qu'il soit. » Ledict 
lundy au matin, s'estant ledict roy de la Perdrix retiré en 
son logis, aux Cordelliers, ou le festin se faisoit, il part 
dudict lieu pour aller a la messe, accompaigné de sa garde, 
qui estoit composée de quarante braves jeunes hommes, 

m harquebousiers , morionnés et dicts corcellets , avec la 
picque, conduicts par leurs chefs et membres *, en fort bon 
equipaige, de vingt suisses armés et equippés d'habits faicts 
exprés et beaulx, des officiers de la coronne, de son chan- 
celier, aumosnier, evesque, archevesque et d'environ qua- 
tre vingts des plus notables bourgeois, marchans et citoyens 



(r) C'est-à-dire portant l'arquebuse et la pique, coiffés du morion ou 
casque sans visière et nommés corcelets, comme nous dirions aujourd'hui 
cuirassiers. Les membres de la compagnie sont les sous-officiers. 



i6o société d'archéologie et de statistique. 

de ladicte ville , qui n'auroient riens oublyé de beau en leur 
logis pour se monstrer a ce jour et fere honneur a leur roy. 
Durant la messe la musique ne cessa ; ambassadeurs ve- 
noient de toutes parts, mesmes de la part du Grand Turc 
arrivèrent quatre hommes habillés a la turque, avec leurs 
turbans et cymetheres, et, après avoir baillé leurs lettres 
a Sa Majesté , s'assirent en terre sur ung tappis vellu qu'ils 
avoient faict porter expressément, et y demeurèrent tant 
que la messe dura. Laquelle dicte, Sa Majesté se retira en 
son logis avëfe l'equipaige dessusdict et les quatre turcs, qui 
alloient au devant de luy , et rencontrèrent en chemin ceste 
tourbe de gens dudict reynage du chappon , aultrement 
appelle de la Fonde, le premier desquels, et qui estoit 
monté sur ung asne, estoit affublé de la robbe du crieur de 
la confrairye de S.' Esprit, estant de deux coulleurs rouge 
et bleu et laquelle on porte devant les morts que l'on va 
enterer, et la portoient expressément pour donner tesmoi- 
gnage du massacre qu'ils esperoient fere le lendemain , qui 
estoit le mardy, jour résolu entre eulx pour mectre a exé- 
cution leur malheureuse et dampnable entreprinse, et furent 
si desbordés que quelques ungs d'entre eulx, voulant se 
mocquer du taux des vivres dont cy dessus est parlé, con- 
tinuoient a crier comme cy devant a quatre deniers la livre 
de la chair de chrestien, parolle si meschante et desbordée 
que j'ay quasy faict difficulté d'en fere mention. Mais pour 
ce que cella fut oy par tant de gens , mesmes par des estran- 
gers'de nostre ville, je ne l'ay ozé cacher et croy que Dieu 
les a aussy tost * chastiés pour ceste parolle si meschante 
que pour aultre mal qu'ils ayent faict. Les Scithes et les 
plus barbares du monde ne scauroient tant fere de maulx 



(i) Aussi bien. 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHTNÉ. l6l 

comme ceulx cy avoient délibéré et résolu de fere. Pour 
revenir a nostre propos , le roy s'en alla disner au party de 
la messe, ou estoient bien sept vingts d'assiette ', servis de 
tout ce qui se pouvoit recouvrer. Après disné , il s'en alla a 
la maison de la ville, ou le bail fut dressé avec bon nombre 
de dames et damoiselles de ladicte ville. Pendant le bail 
arrivèrent certains hommes venans de la part du roy de 
l'Aigle, lesquels portaient ung cartel audict roy de la Per- 
drix par lequel il se plaignoit de ce que, passant sur les 
limites et confins de son royaulme, il ne l'avoit daigné en- 
voyer visiter ne inviter a son festin , et ne scavoit s'il le 
faisoit pour quelque mal talent 9 qu'il eust contre luy; que, 
s'il le faisoit pour mespris, qu'il scauroit bien que l'Aigle 
% prenant son vol prendroit la Perdrix a son aire , quand elle 
seroit bien favorisée et a demy couverte d'une roche; que 
la ou il vouldroit son amityé , il luy offroit la sienne et le 
secourir en son besoing et nécessité et de sa personne,' et 
de ses gens et moiens. La paix fut faicte soubdain , car il n'y 
avoit grand débat, pour laquelle jurer et mieulx asseurer 
il fut dict qu'ils se verroient dans une heure après, montés 
a cheval, armés et la lance sur la cuisse, pour courir une 
bague, ce qui fut faict. J'ay mis ce discours du roy de 
l'Aigle non sans cause, car quelques ungs des gens de bien 
s'estant recogneus et remarqués, tant audict royaulme de 
l'Aigle que a celluy de la Perdrix , prirent ce prétexte d'en- 
voyer ce cartel exprés pour fere joindre ces deux trouppes 
et se jurer fidélité, advenant l'occasion et qui vint si a pro- 
pos que ledict roy de l'Aigle monstra avec sa trouppe, ores 
que la pluspart fust esté auparadvant de ladicte ligue qu'ils 
n'aymoient, ne favorisoient ces mutins, lorsque ledict roy 



(i) Assis. 

(2) Ressentiment. 



IÔ2 SOCIÉTÉ D'ÀRCHÉOf.OGlE ET DE STATISTIQUE. 

de la Perdrix fut assailly au bail. Je ne veulx aussy obmec- 
tre a dire que quelques ungs des plus bruiants de la trouppe 
de ces seditieulx s'estôient par ung despit absentés de leur 
trouppe, d'aultant que quelques ungs a voient blessé ung 
de leurs parens, et que ayans mis les assassins en prison, 
lesdicts mutins les voullurent fere sortir, qui fut cause que 
s'estans rangés avec les gens de bien , ils montrèrent a 
Peffect qulils ne les aymoient guère et servirent de beau- 
coup d'estonnement a la trouppe desdicts mutins. Âpres 
la course de la bague de ces deux roys, ledict roy de la 
Perdrix mena soupper ledict roy de l'Aigle et une partye 
de sa suitte avec luy et sa trouppe, et n'eurent si tost 
souppé qu'ils s'en vont au bail, ou vint une masque, après 
celle la en venoit une aultre très belle de quatre roys qui- 
menoient une royne , laquelle estoit si somptueusement 
habillée que tout luy reluisoit dessus, qui fut cause qu'une 
trouppe de séditieux n'ayant la patience d'attendre l'heure 
déterminée , qui n'estoit que a six heures du matin , et 
veoyant, ce leur sembloit, une commodité pour eulx de 
fere ung bon butin, se ruèrent sur ceulx qui estoient les 
derniers, avec le tambour sonnant l'alarme, et en ayant 
blessé certains qui leur feirent teste, se résolurent, estant 
descouverts, de forcer le corps de garde du pont, prés 
duquel ils se trouvèrent ; mais ils furent si mal receus qu'ils 
furent contraincts se retirer en leur quartier, non sans avoir 
esté bien estrillés. En ces entrefaictes , le bruict courut jus- 
ques a ladicte maison de ville qu'on estoit aux mains et quç 
l'on les venoit tous massacrer, ce qui mist en tel effroy les 
femmes et yritta tellement les gens de bien y estans assem- 
blés, qu'estans sôrtys avec les armes dont ils se trouvèrent 
saysys, et ayans fortuitement, ains plustost par la vollonté 
de Dieu, faict trois trouppes de ce qui se peult disposer 
d'aller au combat, sellon l'occurance qui s'y presentok, qui 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHINÉ. l63 

excedoit trente six hommes en tout, l'une alla droict au 
logis dudict Paulmier, qu'ils trouvèrent dehors, accom- 
pagné de huict ou neuf de ses complices , et comme ledict 
roy de la Perdrix luy remonstroit amycablement qu'il avoit 
tort de les fere assaillir lorsqu'ils passoient leurs temps, 
contre la promesse qu'il avoit faicte, qui estoit de vivre tous 
en paix et amityé les ungs avec les aultres, ung jeune 
homme de ladicte trouppe, veoyant qu'il arrivoit gens a la 
fille audict Paulmier et que estans assemblés ils pourroient 
fere beaucoup de mal, dict tout hault : « C'est trop mar- 
» chandé », et s'approchant dudict Paulmier, qui avoit 
une hallebarde au poing, luy donna ung coup d'espieu au 
visaige, qui fut soubdain secondé de deux coups de pistolle 
et de quelques coups d'espée, ce qui mist une telle frayeur 
non seullement aux complices dudict Paulmier la présents, 
qui commencèrent a fuir et sauver, les ungs par dessus les 
murailles avec des cordes qu'ils avoient préparées, les aultres 
a la naige a travers l'Yzere, mais aussy a tous les aultres 
de ladicte ligue, qui perdirent en partye cueur de se def- 
fendre, et est a présupposer que sans la délibération et 
resolution dudict jeune homme de frapper ledict Paulmier, 
ladicte ville et les habitans gens de bien estoient en danger 
d'estre perdus *. De la, ceste trouppe suivit a la porte Saint 
Nicollas et de la Vistore a , après quelque combat partye par 
erreur de ceulx qui y estoient en garde, estans gens de bien, 
et partye demauvoise vollonté furent lesdictes portes saysies, 



(i) Le désarroi qui suivit la mort de Paulmier et le peu d'énergie de la 
résistance de la part des ligués donnent à penser que leur organisation était 
moins forte que ne le dit notre auteur, et que leur complot contre la vie 
des honnêtes gens de Romans, si tant est qu'il dût avoir lieu, n'était pas 
encore prêt à éclater. 

(i) Bistour. 



164 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

soubs le nom et auctorité du roy, et y ayant mises gardes 
asséurées, on revinst a ladicte place, ou est de tous temps 
le rendez-vous des gens de bien, auquel lieu s 1 es toi en t 
retirés et rendus ung bon nombre de bons et asseurés bour- 
geois et y avoigit dressé ung gros corps de garde. Cepen- 
dant Tune desdictes trouppes se rertdit vers le quartier de 
Chappellier, ou, pour avoir trouvé resistence et quelques 
barricades, furent contraincts d'ensanglanter leurs mains 
contre les rebelles, au moien de quoy ceulx qui craignoient 
leur peau habandonnerent le fort aux gens de bien , les- 
quels neangmoings , pour estre peu en nombre et bruslant 
de désir de poursuir leur poincte contre une trouppe des 
mutins qui s'estoient rendus dans une église ruynée , ou ils 
sonnoient le toquessain, ne se prindrent [garde] que lesdicts 
ennemys avoient ouvert la porte de Chappellier, ayans 
rompu tous les veroux et serures, par laquelle les villageois 
debvoient entrer dans la ville et lesquels s'assembloient au 
sûn du toquessain de leurs cloches et de leurs cornets , que 
Ton entendoit de ladicte ville, et, de faict, il y en eust une 
trouppe qui se présenta et fut jusques dans ung molin abou- 
tissant a la porte de Clerieu et dans les fossés de ladicte 
ville, en nombre de huict a neuf cens pour le moings, dont 
il y en eust une vingtaine qui entrèrent dans ladicte porte 
de Chappellier et plus de XXX pas au dedans, et eussent 
poursuyvy leur poincte sans qu'ils eurent frayeur, enten- 
dans le combat de dedans et ne trouvans personne qui les 
receut, comme ils en avoient la promesse, tellement qu'ils 
ressortirent et habandonnerent ladicte porte et les fossés et 
se retirèrent en confusion et desordre tel que s'il y eust eu 
vingt hommes de cheval en campaigne, ils eussent faict ung 
tel carnaige qu'il en eust esté mémoire a jamais, et fault 
croire que Dieu feist cest acte, car les gens de bien avoient 
tant d'envye de poursuivre ces mutins qu'après qu'ils 



LA GUERRE DES PAÏSANS EN DAUPHINÉ. l65 

eurent faict, ils habandonnerent ladicte porte a ceulx de 
dedans qui la tenoient , passèrent oultre , tirans vers la sus- 
dicte porte de Clerieu, sans se prendre garde que ladîcte 
porte de Chappellier estoit ouverte et par laquelle ceulx du 
dehors pouvoient entrer comme il leur eust pieu. Tellement 
que certains aultres qui suivoient après et cherchans lesdicts 
mutins, allèrent donner jusques a ladicte porte, laquelle 
trouvans ouverte, ils feirent fermer au mieulx qu'ils peurent 
et y mirent telle et si bonne garde qu'ils s'en asseurerent. 
Ces deux trouppes , petites en nombre d'hommes et toutes* 
fois grandes de cueur, veoyant que Dieu leur preparoit une 
telle occasion , qui estoit de remectre la ville en l'obéissance 
du roy et recouvrer l'honneur, qu'ils avoient perdu non par 
la faulte des gens de bien , 'qui avoient esté frustrés , et de 
communicquer les ungs avec les aultres et d'exécuter ce 
qu'ils avoient pourpensé pour les rendre quelque peu excu- 
sables et envers Sa Majesté et envers tous ceulx qui avoient 
cogneu leurs actions et fidélité preceddentes , s'acheminèrent 
a la porte de Clerieu , ou il y avoit ung grand nombre des- 
dicts séditieux retirés pesle mesle avec les gens de bien de ce 
quartier, qui tous ensemble s'estoient fortifiés et baricqués 
de façon qu'il estoit a craindre que s'il n'y eust esté pourveu 
plustost sagement que par force , qu'ils n'eussent ouvert la 
porte malgré le nombre des gens de bien qui se trouvèrent 
dans le fort avec eulx et mis l'ennemy qui estoit a ladicte 
porte dedans. Qui fut occasion que ledict sieur juge, assisté 
de quelques ungs qui estoient avec luy et des plus signallés, 
commença a parlementer avec eulx et leur demander l'occa- 
sion pour laquelle ils voulloient tenir contre le roy et la ville, 
et qu'ils veoyoient bien le péril ou ils estoient, s'ils tenoient 
bon, soit de ceulx de dedans, s'ils enduroient d'estre forcés, 
ou de ceulx de .dehors, s'ils y entroient, leur remonstrant le 
grand tort qu'ils feroient non seullement a eulx , mais a 



i66 société d'archéologie et de statistique. 

leur postérité, d'estre. cause de leur perte propre et de leurs 
concitoyens, leur promectant et jurant qu'il ne leur seroit 
faict aulcun mal et qu'il les prenoit tous en sa sauvegarde. 
La parolle dudict juge, fortifiée par ung qui estoit a sa 
suitte, eust telle vigueur que, soit qu'ils eussent peur, 
veoyant arriver d'ung aultre costé qui venoit se saisir et 
asseurer de la porte de Jacquemard, ou que s'ils eussent 
voulu fere les mauvois, les gens de bien qui estoient dans 
les baricades avec eulx ne leur eussent a dos, ils accordèrent 
de se retirer et d'obeyr audict juge, pourveu que la vye 
leur fust sauvée; et, de faict, soubdain ils sortirent tous, 
rompirent leurs dictes baricades et quicterent ladicte porte, 
laquelle on asseura a l'heure, se retirans tous les paysans 
qui estoient venus pour entrer en ladicte ville et la piller 
avec le desordre que j'ay dict cy dessus. Cependant ledict 
sieur juge fcist escripre audict sieur de Maugiron, le sup- 
plyant de favoriser ladicte ville de force pour résister aus- 
dicts ennemys, a Messieurs de la court de parlement de 
mesme, et ayant mis hors troys messagiers divers de pied 
et de cheval avec lettres au sieur vicebailly de Saint Mar- 
celin , pour l'advertir aussy de tout et fere tenir par gens 
exprés lesdictes lettres. Et l'exécuta soubdain mondict sieur 
de Maugiron , estant a Grenoble , y pourveust de telle dilli- 
gence, par le moien du sieur de Saint Jullien *, son lieute- 
nant, que le vendredy suivant, environ deux heures après 
midy, il se rendit dans ladicte ville avec cent et cinq gentils- 
hommes de sa compagnye ou de ses voysins et amys,. au- 
quel lieu ils furent receus avec toute l'allégresse qu'il se 
peult dire, pour estre et se veoir a si bon compte et les ungs 



(i) Gaspard de La Poippe, sieur de Saint-Jullin, gouverneur de Gap, 
Crémieu, Quirieu, et capitaine de 5o hommes d'armes. 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPH1NÉ. 167 

et les aultres dellivrés de la barbarie , tirannye des paisans 
et ligueux 1 . Au mesme temps, ung gentilhomme habitant 
ladicte ville, qui avoit esté tesmoing de tous les actes exé- 
cutés ladicte nuict et qui en portoit les marques a la main, 
fut mis dehors par la porte du pont pour advertir certains 
gentilshommes voysins, lesquels ne faillirent a se rendre le 
lendemain sur les huict heures du matin, au nombre de 
douze cens sept ou huict soldats, et de la en advertist le 
sieur evesque de Vallence, passant oultre pour en aller 
donner advis au sieur comte de Tournon , lequel se trouva 
absent de sa maison ; mais a la dilligence de ses gens , qui 
l'en allèrent advertir, avec l'affection qu'il a au service du 
roy et bonne volunté qu'il porte ausdicts de Romans, ne 
faillit de se rendre dans Tournon le mercredy, et le jeudy 
suivant, de grand matin, ayant donné advis de son arrivée 
par deux gentilshommes de sa maison et s'estant offert 
d'une fort bonne vollonté, fut ad visé de l'en remercier, avec 
supplication de se tenir prest, si l'occasion s'en présentait*. 



(1) Le comte de Tournon, dans une lettre au roi, raconte de la manière 
suivante les événements de Romans : a N'ayant pu les plus apparents de 
ladicte ville plus longuement supporter les insolences et indignités que de 
longtemps ceulz de la ligue de ladicte ville leur usoient, ils ont a la fin été 
contraincts de les charger et courir sus; tellement qu'avecque l'adsistance 
d'ung gentilhomme, enseigne de ma compagnye, nommé le sieur de 
Veaulne, et quelques aultres residans dans ladicte ville, ils ont tué quel- 
que petit nombre d'hommes, tant des principaulx chefs de ladicte ligue 
que aukres plus séditieux; de sorte, Sire, que la force est, grâce a Dieu , 
demeurée ausdicts apparents de la ville par les secours que les gentils- 
hommes circonvoisins et de vos serviteurs leur ont depuis envoyés. » Il 
finit en demandant une récompense pour Guillaume de Solignac, sieur de 
Veaulne. . 

(2) Dans une lettre à la reine, M. de Tournon dit à ce propos : « Les 
apparents (de Romans) m'advertirent incontinent de ladicte esmotion et de 
ce qui se passoit audict Romans, me priant de leur envoyer des forces 
pour empescher la mauvoise desliberation du peuple, qui les vouloit forcer 



i68 société d'archéologie et de statistique. 

Cependant aulcung n'entroit ne sortoit de dedans ladicte 
ville et estoient toutes choses conduictes par conseil , soubs 
l'auctorité de justice, laquelle faisoit contenir chascun soubs 
l'espérance de la venue d'une chambre que ladicte ville 
requeroit pour la pugnition des rebelles , lesquels le peuple 
enrageoit de despescher, et est chose notable que en toute 
ceste rumeur il n'y en mourut que dix et environ trente de 
blessez d'ung costé ou d'aultre, et ne s'est peu scavoir qu'il 
y aye esté prins la valleur d'une espingle en toute la ville. 
Et ne fault obmectre que ledict lundy on se trouva saisy de 
tant de flambeaulx portés par les petits enffans , que ne fai- 
soient estât du combat non plus que si s'eust esté ung jeu , 
ce qui favorisa grandement les gens de bien et effraya beau- 
coup ceulxquj, n'haissoient riens que la lumière. Il ne sera 
aussy obmis que plusieurs se sauvèrent avec des cordes par 
dessus les murailles de ladicte ville, qui n'ont esté depuis 
en icelle. Ne fault aussy obmectre que les principaulx chefs 
de ladicte ligue des villaiges circonvoisins et de la Valloire , 
scaichans ladicte ville de Romans estre remise soubs l'obéis- 
sance du roy et par ainsy l'espérance de leur retraicte per- 
due, veu qu'ils n'en avoient nulle aultre, voullurent se saisir 
de Saint Donat, proche de deux lieux dudit Romans, petite 
ville close avec ung prieuré bien fort, mais les habitans 
dudict lieu se monstrerent sy gens de bien , qu'ils leur, fer- 
mèrent leurs portes et mandèrent au sieur juge dudict 
Romans qu'ils tenoient ledict lieu pour le service du roy. Ce 



et se rendre maistre d'icelle. Mais je ne peux si promptement fere pour 

estre allé pour lors veoir M. de Saint- Vidal et conférer avec luy Mais 

je ne failliz incontinent après l'advertissement receu de m'aller rendre dans 
ladicte ville avecques ce que je peux promptement assembler, si bien qu'elle 
est aujourd'huy en l'obéissance bien asseurée de Vosdictes Majestés , et les 
perturbateurs de ce bien chastiez par l'exemple perpétuel que pourront 
prendre leurs semblables. » 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHINÉ. 169 

feict, lesdicts ligueux commencèrent a se percher dans Mo- 
ras et Beaurepaire, preparans de grandes forces pour venir 
assiéger ledict Romans, comme ils disoient ; mais l'arrivée 
du sieur de Mandelot les feist prendre le chemin de Moy- 
rens, ou s'estans perchés et ne voullants se ranger a l'obéis- 
sance du roy, receurent tel chastiment qu'il est notoire a 
ung chascun , a cause de quoy je n'en feray icy particulière 
mention x et retourneray a nostre ville de Romans , ou 
estant arrivée une chambre de la court de parlement a , 
elle commença a oyr ceulx que avoient desia esté mis en 
prison, et en feist appréhender plusieurs dans icelle qui 
leur furent designés par la justice^îe ladicte ville , et pro- 
ceddans avec telle dilligence que , ayant oy et fermé le 



(1) Le massacre et les pendaisons de Moirans eurent lieu le 28 mars 
i58o. 

(2) Cette chambre arriva à Romans à la fin de février. Mandelot, gou- 
verneur de Lyon , écrit au roi à ce sujet : « Ayant prié M. de Maugiron 
avec Messieurs de la court de parlement de Grenoble de depputer une cham- 
bre de ladicte court et icelle envoyer a Romans , pour procedder a rencontre 
de ceux qui y voulloyent mal faire, pour cest effect ils m'ont demandé 
des forces pour leur faire main forte, qui est cause que je leur fais ache- 
miner tout présentement troys compaignies de gens de pied de 200 hommes 
chascune. » II ajoute qu'avant d'exterminer les ligués qui tiennent la cam- 
pagne, il veut essayer de parlementer avec eux au nom de Maugiron, 
retenu à Grenoble par une maladie : a A ces fins, dit-il, j'ai depesché par 
toutes les villes du Dauphiné , la ou il m'a semblé , affin que chacune 
d'icelles ayt a commectre et depputer gens de sa part pour se trouver en 
l'assemblée que je leur ay assignée a jeudy prochain en un villaige nommé 
Eyrieu. » (26 février i58o.) Mais les esprits étaient trop excités en Dau- 
phiné pour que cette tentative pût réussir. 

Voici ce que le parlement écrit au roi à ce propos : « Il y auroit bonne 
espérance de bientost reduyre le menu peuple a vostre obeyssance, estant 
tellement effrayé de Pexploict de guerre faict en vostre ville de Moyrans, 
qu'avoit esté occupée par quinze ou dix huict cents de leur faction , qui 
ont tous passé par l'espée, excepté une douzayne des auteurs et cappi- 
taynes, qui ont esté pendus. » 

Tome XI. — 1877. % 12 



I7O SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

procès aux trois plus séditieux de ladicte ville , du nombre 
desquels estoit ledict Paulmier, le susdict Brunat, commu- 
nément appelle le chancellier de la ligue, et ung boucher, 
nommé La Fleur, président de ladicte ligue, ils furent 
pendus et estranglés tous trois, deux realement et defaia 
par leur c#l, et ledict Paulmier en effigie par les pieds, 
comme chefs des rebelles, d'aultant qu'aiant esté enteré, 
il estoit a demy poury et trop puant ; ensemble leurs biens 
confisqués au roy et leurs enffans inhabiles a leur succéder. 
Et depuis en ont esté, par auctorité de ladicte court, exé- 
cutés a mort neuf aultres et dix neuf en effigie, a quoy elle 
continue, au grand contentement de tous les gens de bien 
dudicrçais 1 . 

Voyla en somme le discours de ceste tragéedye, lequel est 
bien véritable, n'ayant voulu nommer particulier que les 
personnes qui ont très bien faict, qu'ils méritent une bien 
bonne recompense , laquelle si je leur pouvois donner je le 
ferois, et ce que je puis fere pour eulx est de prier Dieu 
qu'il les veuille conserver et fere la grâce de se pouvoir 



(1) L'extrait de la lettre suivante de la chambre du parlement au roi 
complétera à cet égard les renseignements de notre auteur : a Noua sommes 
a rechercher, pour puis après pugnir, les auteurs, chefs et promotteurs de 
ces malheureuses entreprises. Hier il en fut pendu deux, l'ung desquels 
estoit qualiffié le chancelier de la ligue. Par son moyen nous avons donné 
beaucoup de clarté a ce négoce et cogneu qu'en ces ligues y avoit d'es- 
tranges liaisons. J'espère que vostre dicte cour y fera tel debvoir que 
Vostre dicte Majesté aura occasion de s'en contenter. Mais, Sire, je ne 
vous puis celer qu'en cecy nous avons deux choses a craindre : l'une que 
la justice ne soit assez forte pour l'exécution de ce jugement, si Vostre 
Majesté n'y commande l'ordre nécessaire pour cest effect; l'autre est que 
les ligueurs, se veoyants descouverts et prests a recepvoir la juste pugni- 
tion de leurs demerittes, ont mis en avant quelque espèce de conférence, 
de laquelle beaucoup de gens de bien et affectionnés a vostre service n'es- 
pèrent gueres de fruict. » (12 mars i58o.) 



LA GUERRE DES PAYSANS EN DAUPHINÉ. 1 7 1 

garantir des meschants, qui sont leurs ennemys capitaulx, 
pour avoir destourné leurs meschantes et particullieres en- 
treprises, qui n'estoient petites et lesquelles je ne scaurois 
dire si particulièrement], comme Ton pourra veoir par les 
confessions des„ prévenus et exécutés. Bien disay-je que 
leur desseing estoit de commencer le mardy gras a tuer la 
noblesse, la justice et mesme Messieurs, de la court de par- 
lement, les gens d'esglise, tous les notables bourgeois et 
marchans de ladicte ville de Romans, et après tuer les 
femmes mesmes et espouser celles desdicts notables qu'ils 
auroient tués, et se saisir de leurs biens, dont ils avoient 
ja faict les partaiges entre eulx *, et après tout cella mectre 
les huguenots dans ladicte ville, comme ledict Brunat l'a 
confessé, pour approbation de quoy Ton a veu tous les 
principaulx de ladicte ligue et leurs complices , en nombre 
de sept a huict cents, s'estre jectés avec lesdicts rebelles a 
Sa Majesté, oultre ceulx qui s'estoient emparés de ladicte 
ville de Moyrens, lesquels sont encores de présent avec 
eulx passans et repassans et sans contradiction audict 
Viennois au moien du fort par eulx faict a Saint Marcellin, 
qui causa et causera cy après la totale ruyne et désolation 
dudict pays, si par Sa Majesté n'y est promptement pour- 
veu ; et fault croyre que Dieu a exaulcé la prière de quelques 
gens de bien, qui a détourné ceste tant malheureuse cons- 
piration et trahison. Partant, c'est a luy seul a qui on en 
doibt rendre la gloire et honneur. 



(1) Nous mettons encore une fois le lecteur en garde contre les exagé- 
rations probables de notre auteur. 



172 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 



NOTICE HISTORIQUE 



SUR 



LA FAMILLE DE LIONNE 

(Suite. — Voir la 40* livraison.) 



II e Branche , de Paris. 

X. Artus, né le I er septembre i583, seigneur d'Aoust, 
docteur en droit , conseiller au parlement de Grenoble le 
29 janvier i6o5. Il épousa, le 17 mars de la même année, 
Isabeau Servien, fille d'Antoine, seigneur de Biviers, et de 
Diane Bally, et sœur d'Abel Servien , surintendant des 
finances, qu' Artus avait remplacé dans la charge de con- 
seiller *. 

Ayant eu la douleur, en 16 12, de perdre sa femme, âgée 
de 2 1 ans a , il s'engagea dans les ordres sacrés et fut nommé 



(1) L'alliance d'Artus de Lionne avec Isabeau Servien fit naître de nom- 
breuses relations d'intérêts et d'amitié entre ces deux maisons, à ce point 
que leurs histoires sont en plusieurs points inséparables et que, par un 
singulier hasard, elles ont eu assez exactement les mêmes destinées. En 
effet, elles apparaissent dans le même pays au milieu du XIV* siècle, pro- 
duisent également des diplomates distingués, des honorables magistrats et 
des vertueux prélats, pour finir par des militaires dissipateurs et des 
femmes légères, et enfin s'éteindre l'une et l'autre au commencement du 
XVIII* siècle. 

(2) Noble Jean de Buffévent de M urines a publié sur la mort de cette 
dame un Discours consolatoire, Paris, in-4% 16 12, et Jérôme de Bénévent, 
un autre discours sur le même sujet. 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. Ij5 

chanoine de l'église de N. D. de Gçenoble, dans laquelle, 
le 9 janvier 1623, il prononça une oraison funèbre sur le 
trespas de messire François de Salles. Il devint, le i3 
août 1634, coadjuteur de Salomon du Serre, évêque de 
Gap, qu'il remplaça en mai 1637. Il fit son entrée solen- 
nelle dans sa ville épiscopale le 19 avril 1640. Il en recons- 
truisit l'église , ruinée par les protestants en 1577, et rédigea 
Phistoire des évêques de son diocèse \ Il s'occupa aussi 
beaucoup de mathématiques et publia des mémoires sur 
divers problèmes a . Après avoir refusé l'archevêché d'Em- 
brun, auquel il avait été nommé le 8 août i658, et le riche 
évêché de Bayeux en i65g, il donna sa démission en 1661 
et se retira auprès de son illustre fils, à Paris, où il testa le 
16 avril de cette dernière année et mourut le 18 mai i663, 
et non dans son abbaye de Solignac, comme on l'a écrit 3 . 

XI. Hugues, fils du précédent, né à Grenoble, le 11 
octobre 161 1, marquis de.-Fresnes et de Berni 4 , ministre et 
secrétaire d'Etat des affaires étrangères, prévôt et grand- 
maître des cérémonies de l'ordre du Saint-Esprit 5 , etc. 



(1) Cette histoire a pour titre : Rolle des évêques de Gap sur lesquels 
nous avons pu avoir quelque mémoire. 

(2) On a de lui un petit ouvrage de jeunesse intitulé : Amœnior curvili- 
neorum contemplatio. Lyon, in-4 , 1654. 

(3) Son oraison funèbre a été prononcée dans la cathédrale de Gap par 
le prieur de Charmes. Grenoble, Gallet, 1664, in-4 . 

(4) Fresnes, près de Claye; Berni, près d'Orléans. 

(5) Lé musée de Grenoble possède un grand et beau tableau, peint par 
Philippe de Champagne, dont le sujet est la réception de Philippe de 
France, duc d'Anjou, depuis duc d'Orléans, comme chevalier de l'ordre du 
Saint-Esprit, le lendemain du sacre de Louis XIV, 8 juin i658. Aux côtés 
du récipiendaire, qui est à genoux, se tiennent debout, avec deux autres 
personnages, Abel Servien et Hugues de Lionne : le premier remplissant 



174 société d'archéologie et de statistique. 

Dans le travail généalogique de Guy Aliard sur la famille 
de Lionne on trouve deux panégyriques de ce ministre. 
Dans le second, le plus complet, la précision et la dispo- 
sition des faits et l'exactitude des dates dénotent évidemment 
une communication officieuse des services de l'intéressé, où 
la modération de la louange Vest que la juste appréciation 
de Téminence des talents et des services rendus. En effet, il 
suffisait de raconter les actes mémorables et avantageux 
pour la France auxquels cet illustre homme d'État avait 
pris part. Louis XIV n'a pas eu de ministre plus habile, 
plus heureux , plus sage et plus loyal , en un mot plus grand, 
au dire de Saint-Simon *. Ses successeurs, pour conserver 
leurs places, furent plus préoccupés de plaire au maître 
que de servir le pays. Par leur politique outrée , le manque 
de mesure et de bonne foi, ils provoquèrent ces guerres 
interminables qui conduisirent la France à deux doigts de 
sa perte a . 



les fonctions de garde des sceaux de Tordre et le second, celles de grand- 
maître des cérémonies. Cette magnifique toile a été donnée à la ville de 
Grenoble par le gouvernement de l'empereur. On peut conjecturer qu'elle 
a été commandée par Hugues de Lionne, afin de conserver le souvenir de 
la seule cérémonie où il avait eu l'occasion d'exercer les fonctions d'une 
charge qu'il n'a occupée que peu de temps. Ce tableau ne figure pas dans 
le catalogue dressé après le décès du ministre. Il avait été probablement 
exécuté pour être donné à son oncle Humbert de Lionne, à qui il faisait 
hommage de tout ce qui lui arrivait d'heureux. Il ne faut pas confondre ce 
tableau avec celui du même artiste représentant la tenue du chapitre de 
l'ordre du Saint - Esprit à Fontainebleau, en i633, qui fut placé dans 
l'église des Augustins. 

(i) Cependant, par un oubli au moins étonnant, le nom de ce grand 
ministre n'est même pas cité dans le vaste et savant ouvrage intitulé L'art 
de vérifier les dates, quoique bien des personnages secondaires y soient 
mentionnés. 

(2) Toutefois, il faut remarquer que la France, étant continentale et ma- 
ritime, agricole et manufacturière, est fatalement en rivalité avec chacun 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. I*j5 

Les historiens et les biographes ont* accusé Hugues de 
Lionne d'avoir été inconstant, paresseux, joueur, ami des 
plaisirs. Dans sa correspondance intime avec son oncle on 
le voit, au contraire, extrêmement occupé, très-entendu en 
affaires et fort intéressé. Il parle souvent de placements 
d'argent , d'achats et de ventes de propriétés et de charges. 
Il va jusqu'à gémir sur les dépenses qu'il fait dans les am- 
bassades et même pour la réception du roi et de la reine à 
son château de Berni. Le désordre de ses affaires vint de 
ce que, malgré les dons du roi, qui s'élevèrent à 1,100,000 
livres et à 20,000 écus de rentes en bénéfices ', il se mit 
deux lourds fardeaux sur. les bras en construisant un im- 
mense hôtel à Paris et en achetant la charge de secrétaire 
d'Etat des affaires étrangères au prix énorme de 3oo,ooo 
écus et 100,000 francs d'étrennes , soit plus d'un million de 
livres*. De ses revenus, qui montaient à 200,000 francs, 
il fit deux parts : 70 à 75,000 furent réservés pour la dé- 
pense de sa maison et le reste fut consacré à l'amortisse- 
ment de ses dettes. A quoi on peut ajouter que sa femme 
n'était pas riche et qu'il fut même obligé de payer une pen- 
sion alimentaire à sa belle-mère. Enfin , il mourut suivant 
les uns par suite d'excès de toute sorte, de chagrin selon 
d'autres ou d'un régime trop sévère, au dire de Saint-Simon, 



de ses voisins sur un point quelconque et par conséquent sans alliés 
naturels : ce qui rend le rôle de ses diplomates fort difficile et ingrat ; car 
on a beau être habile, sans la force, les intérêts ne se laissent guère per- 
suader. 

(1) A ces gratifications royales on pourrait encore ajouter des cadeaux 
diplomatiques, consistant en des sommes importantes, des boîtes d'or en- 
richies de pierreries, des chevaux de prix, etc. 

(2) Le marc d'argent étant alors à 3o livres, un million valait intrinsè- 
quement un million six cent soixante-six mille francs, représentant au 
moins quatre millions de nos jours. 



I 76 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

en suivant la méthode du célèbre Cornaro ', supposition 
difficile à concilier ; et, pour achever l'incertitude à ce sujet, 
on lit dans Y Année sainte de la Visitation que « son décès 
ne fut pas naturel » . 

Voici, par ordre des temps, les nombreuses et hautes 
fonctions qu'il remplit et les principaux actes auxquels il 
participa. Nous en empruntons d'autant plus volontiers le 
tableau au manuscrit de Guy Allard que, comme tout 
porte à le croire, il a été dressé par le ministre lui-même. 

« Étant jeune encore , son père le confia à la direction de 
son oncle Servien , qui en ce temps - là venait d'être fait 
secrétaire d'Etat à la place de Monsieur de Beauclère, et 
qui, se trouvant dans une grande considération à la cour, 
pouvait lui donner lieu à ne pas laisser inutiles les talents 
naturels qu'il avait et lui faciliter son élévation aux grandes 
charges. 

*> Monsieur de Servien , son oncle, pour lui donner une 
teinture des affaires, commença par le mener avec lui, en 
i63o, à Quérasque, où il assista au traité de paix qui y 
fut conclu , et à son retour, le voyant d'un esprit plus mûr 
que son âge ne le portait , il lui donna la première commis- 
sion de sa charge, quoiqu'il n'eût alors que dix-huit ans. 

» Dans un âge si peu avancé , le cardinal de Richelieu , 
qui avait un merveilleux discernement pour le choix des 
sujets propres aux grands emplois, pénétrant son génie, 
conçut une estime si particulière pour lui que, quoique 
son oncle fût disgracié quelques années après et privé de sa 
charge, il le voulut retenir au maniement des affaires. Mais 
il refusa et s'en alla faire un voyage à Rome. Ce fut en i636. 



(1) C'est l'auteur d'un ouvrage qui a pour titre : La sobriété et ses avan- 
tages, ou le vrai moyen de se conserver dans une santé parfaite jusqu'à 
loge le plus avancé. 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 177 

Il y acquit l'amitié et la confiance du cardinal Mazarin, et 
Ton peut dire que depuis ce temps-là il a presque toujours 
été pour, ainsi dire son principal confident. Quand ce car- 
dinal fut nommé par le feu roi, en 1641, pour aller seul 
plénipotentiaire à Munster, Monsieur de Lionne fut aussi 
nommé seul secrétaire d'ambassade pour en avoir le secret 
et en tenir la plume. Mais comme la mort du roi changea la 
face des choses, la reine régente, qui connut que les conseils 
du cardinal étaient trop nécessaires au roi, son fils, et à elle 
dans l'embarras des affaires pour songer à l'éloigner, envoya 
d'autres ambassadeurs à Munster et ordonna à Monsieur 
de Lionne de travailler sous Son Éminence, de manière que 
s'il n'alla pas traiter la paix sur les lieux , il n'y eut pas 
moins de part, puisque durant tout le temps qu'elle se 
traita il en donna les instructions. Il en écrivit les dépêches 
et en fit tous les ordres, et il eut le crédit de faire nommer, 
en 1643, son oncle de Servien ambassadeur et plénipoten- 
tiaire pour la même paix de Munster. 

» En 1 642 il fut envoyé en Italie pour pacifier les diffé- 
rends du pape Urbain VIII et du duc de Parme, et il en 
vint fort heureusement à bout par un accommodement qu'il 
fit avec le cardinal Bichi, ensuite d'un discours fort vigou- 
reux qu'il prononça devant le sénat de Venise, ce qui fit 
dire à toute l'Italie que la sagesse consommée de ce sénat 
avait cédé aux persuasions d'un jeune homme. 

» Au retour de cette négociation, il fut fait conseiller 
d'État en 1643 (le i5 août) et il en prêta le serment. 

» En l'année 1646 (le i3 août) la reine le fit secrétaire de 
tous ses commandements , et comme elle était régente , il 
devint par ce moyen dépositaire de son secret et de toute la 
confiance de la cour. 

» En i65i elle lui donna place dans le conseil de cons- 
cience et il en expédiait tous les ordres et les résolutions. 



I78 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

» En i653 (le 28 février) la reine l'honora de la charge 
de prévôt et grand-maître des cérémonies des ordres du 



roi '. 



» Il fut envoyé ambassadeur en 1654 vers les princes 
d'Italie et assista en cette qualité au conclave où fut élu le 
pape Alexandre septième. 

» En i655, après l'élection du pape, il fut rappelé en 
diligence pour aller traiter la paix à Madrid. Son pouvoir 
fut tout entier écrit de la propre main du roi, en présence 
d'un seigneur espagnol, qui le vit signer et qui suivit Mon- 
sieur de Lionne à Madrid pour en porter témoignage au roi 
d'Espagne : marque extraordinaire de son maître, qui lui 
confia en quatre lignes tous les intérêts de sa couronne et 
sans réserve. 

» Voici les propres termes de ce pouvoir : 

« Je donne pouvoir au sieur de Lionne, conseiller en mon 
» conseil d'État, d'ajuster, conclure et signer les articles 
» du traité de paix entre moi et mon frère et oncle le roi 
» d'Espagne, et promets, en foi et parole dé roi, d'ap- 
» prouver, ratifier et exécuter tout ce que ledit sieur de 
» Lionne aura accordé en mon nom , en vertu du présent 
» pouvoir. 

» Fait à Compiégne, le premier jour du "mois de juin 

Î656. 

» Louis. » 

» Il avança tant à Madrid une négociation si glorieuse 
et si importante que tous les articles de la paix y furent 
arrêtés, à la réserve d'un seul point, ce que marque assez 
le traité des Pyrénées , où il est dit que ce traité, de paix est 
fondé sur la négociation de Madrid. 

(1) Il en fît les fonctions au sacre de Louis XIV, le 7 juin 1654. 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 1 79 

» En 1657 il fut envoyé à la diète de Francfort en qualité • 
d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire dans Pem- 
pire et tous les royaumes du Nord ', au sujet de l'élection 
de l'empereur et de la pacification à ajuster entre tous les 
princes chrétiens. C'est là qu'il rendit un service important 
à l'État en faisant cette ligue du Rhin, qui, partageant 
comme en deux parts tout l'empire entre le roi et l'empereur, 
opposait à la maison d'Autriche la moitié des princes d'Alle- 
magne pour fermer le passage à toutes les troupes qu'elle 
voulait envoyer au secours de l'Espagne en Flandres, ce 
qui dans la suite obligea les Espagnols à donner les mains 
à une paix aussi désavantageuse pour eux que le fut alors 
celle des Pyrénées. 

» La gloire de ces trois importants emplois est assez bien 
exprimée dans ces paroles que M. de Lionne écrivit lui- 
même, sans aucune préparation, dans le livre des bourg- 
mestres de Francfort, dans lequel ils ont coutume de prier 
les personnes de considération qui passent par leur ville de 
signer, pour en conserver la mémoire. 



(1) Le roi accrédita ses plénipotentiaires, le maréchal de G ra m mont et 
Hugues de Lionne, par la lettre suivante : 

« Mon frère, envoyant en Allemagne, en qualité de mes ambassadeurs 
extraordinaires et plénipotentiaires de toute l'étendue de l'empire et les 
trois royaumes du Nord, mon cousin le duc de Grammont, pair et maré- 
chal de France, ministre d'État, etc., et le sieur de Lionne, marquis de 
Fresnes, conseiller ordinaire, je leur ai ordonné de commencer leur am- 
bassade par chez vous. Je vous prie de leur donneF entière créance sur 
tout ce qu'ils vous diront de ma part touchant les affaires publiques et 
lorsqu'ils vous assureront de la singulière affection que j'ai pour votre per- 
sonne et l'estime que j'en fais. Priant Dieu qu'il vous ait, mon frère, en 
sa sainte garde. 

» Escrit à Sedan, le 27 e jour de juillet 1657. 

» Votre bon frère, 

» Louis. » 



180 société d'archéologie et de statistique. 
» Voici les termes : 

Quod nulli forsan mortalium contigit , 

(Vana absit gloria) ob fidem enim non sapientiam , 

Intra triennii terminum, 
• A Domino meo clementissimo , 

Christianissimo rege praefectus 

Romae , Madriti , Francofurti , 
Creationi Summi Pontifîcis , unicus pacis arbiter, 

Electioni Imperatoris, 
Primo in bonum orbis christiani féliciter perfecto , 
Secundo in ejus perniciem ab Hispanis dilato,. 
Tertium , quod Deus bene vertat , expecto. 

Francofurti, junii i658'. 



(i) Dans une ancienne copie provenant des archives de la famille de 
Lionne, dont nous devons la communication à M. A. de Gallier, on trouve 
sur le même sujet le texte suivant, qui offre d'importantes variantes : 

« Mons. r l'ambassadeur de Lionne fit sur-le-champ ce que les plus doctes 
auroient eu de la peine à faire avec de longues études : c'est justement un 
éloquent abrégé de ses beaux employs. 

» Quod nulli forsan mortalium contigit, 

Vana absit gloria, 
Ob fidem enim , non sapientiam , 

A sacra christianisa.* regiâ majestate Dno meo clementissimo 

Electus. 

Qui intra biennii terminum, 

Italo — Hispano — Germanicus, 

Tribus su m mis negociis 

Romae — Madriti — Francofurti : 
Electioni summi Pont, unicus pacis arbiter, creationi imperatoris 
Cum omnimoda potestate nomine Régis adessem : 
Primo, in bonum orbis christiani confecto; 
Secundo, in ejus malum ab Hispanis dilato; 
Tertio, quod ad felicitatem et tranquillitatem 

Imperii benevertat expecto. 

» Hugo de Lionne, marchio de Fresne, etc. 
Régis Christiassi in Germania legatus extraordi- 
narius, plenipotentiarius. 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. l8l 

» Lorsque Pimentel, seigneur espagnol, vint incognito 
à Lyon, où la cour était , sur la fin de Tannée i658, pour y 
proposer le mariage du roi avec l'infante d'Espagne, dans la 
vue de mettre obstacle à celui de la princesse Marguerite 
de Savoye, qui était sur le tapis, ce fut Monsieur de Lionne 
qui fut employé pour faire connaître au .duc de Savoye et à 
Madame royale l'importance de l'alliance espagnole et pour 
leur faire goûter la nécessité où la cour était de rompre les 
engagements que l'on avait déjà pris avec eux. Il sut si 
adroitement conduire cette délicate négociation, qu'il les y 
fit consentir de bonne grâce. 

» Pour récompense de tous ces services, le roi, en 1659 
(le 23 juin), lui accorda des lettres patentes par lesquelles 
Sa Majesté le gratifiait de la dignité , état et charge de mi- 
nistre d'État, avec vingt mille livres d'appointements. Ce 
fut en cette qualité que , pendant que le cardinal Mazarin 
négociait avec Don Luis de Haro, premier ministre d'État 
d'Espagne, ce qui restait à ajuster pour la paix des Pyré- 
nées et le mariage du roi avec l'infante d'Espagne, Monsieur 
de Lionne y travaillait aussi avec beaucoup d'application 
pour vaincre toutes les difficultés que l'obstination et la 
lenteur espagnoles y faisaient naître-, et tous les Espagnols 
étaient tellement persuadés de son mérite et de sa capacité 



» Mons/ le maréchal avoit signé, avec le verset ci-dessous du 26 psalme, 
propre à sa condition martiale : 

» Si consistant adversum me castra, 
Non timebit cor meum. 

» Antonius de Grammoni, dux, par et mareschallus Francise, 
princeps de Bidache, Navarre prorex, etc. Régis Chrissi in Germania 
legatus extraordinarius, plenipotentiarius. 

» Francofurti, die i3* feb. i658. » 



l82 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

que Don Luis de Haro même le traitait avec la dernière 
distinction. Voici ce qu'en dit le comte de Gualdo Priorati 
dans son Histoire de la paix : « Le jour même que le car- 
» dinal arriva à Bayonne, Pimentel s'y rendit pour le bien 
» complimenter de la part de Don Luis et le prier de prendre 
» soin d'une santé si précieuse à tout le monde, puisque 
» le repos de toute la chrétienté en dépendait. » 

» Le 27, le cardinal dépêcha le marquis'de Lionne à Don 
Luis pour lui rendre sa civilité ; il y fut reçu des Espagnols 
avec toute sorte d'honneurs et de magnificence, bien qu'il 
n'eût alors aucun caractère par lequel il aurait pu représenter 
son maître. Plusieurs des plus qualifiés de la suite de Don 
Luis allèrent au-devant de lui deux lieues hors de la ville. 
On le logea dans une maison qui lui fut exprès préparée, et 
quoique le marquis de Lionne témoignât qu'il ne venait là 
que comme envoyé du cardinal, tous les grands et Don 
Luis lui-même le traitèrent d'Excellence et lui donnèrent la 
main droite. 

» Ce premier ministre vint au-devant de lui jusqu'à la 
moitié de la salle de ses gardes, lui donnant la première 
place à sa table. Il reçut visite en particulier de tous les 
grands qui étaient alors à Fontarabie, et les Espagnols 
publièrent que le marquis de Lionne, par le seul mérite de 
sa personne, sans aucun titre et qualité, devait être traité 
avec tous ces honneurs. 

» Comme Monsieur de Lionne avait soutenu tant d'em- 
plois importants et de confiance avec toutes les grandes 
qualités qu'ils demandaient et surtout avec une fermeté, un 
zèle et une fidélité sans exemple, le cardinal Mazarin, qui 
en avait une connaissance parfaite, crut en mourant ne 
pouvoir mieux marquer la passion qu'il avait toujours eue 
pour le service du roi qu'en lui recommandant Monsieur de 
Lionne , et lui faisant connaître que les affaires étrangères 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 1 83 

étant les plus importantes de son Etat, elles ne se pouvaient 
passer d'une capacité et d'une grande expérience moindre 
que la sienne. 

» Il mourut au mois de mars (le 9) 1 661, et le roi, défé- 
rant à ses conseils, après avoir pris la forte et noble résolu- 
tion de se conduire par ses propres lumières dans toutes les 
affaires de son royaume, retint Monsieur de Lionne pour 
être une des trois premières têtes l par lesquelles il faisait 
exécuter ses principales volontés dans le gouvernement de 
l'État. C'est dans ce ministère que Monsieur de Lionne a 
rendu à la France pendant dix années et jusqu'au jour de 
sa mort les services les plus considérables. 

» Parmi ceux qui ont le plus éclaté son mérite et sa capacité 
parurent surtout en deux rencontres de réputation et de la 
dernière conséquence : l'un fut la supercherie que le baron de 
Batteville, ambassadeur d'Espagne, fit à Londres au comte 
d'Estrades, au mois d'octobre i66i,et l'autre l'insulte que 
les soldats corses de la garde du pape Alexandre VII firent à 
Rome , l'année suivante, à M. le duc de Créqui, ambassadeur 
de France. Il poussa les choses avec tant de vigueur et en 
porta si haut la réparation que plusieurs victoires n'auraient 
pas acquis au roi tant de gloire et un avantage si solide que 
les satisfactions publiques qu'on lui en fit, puisqu'au sujet 
de la première il obligea le roi d'Espagne lui-même à désa- 
vouer hautement le procédé de son ambassadeur à Londres 
et faire protester de sa part au roi dans le Louvre, par son 
ambassadeur à la cour de France, en présence de vingt- sept 
ambassadeurs ou envoyés de couronnes et de princes sou- 
verains, que son maître ne disputerait jamais le pas à la 
France, et que, à l'égard de la seconde, il obligerait Sa 



(1) Le Tellier, ministre de la guerre; de Lionne, qui dirigeait les affaires 
étrangères, et Fouquet, surintendant des finances. 



184 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Sainteté et la cour de Rome à souscrire, signer et exécuter 
les articles portés au traité de Pise, dont les principaux sont 
que le cardinal Chigi, cardinal, patron et neveu du pape, 
viendrait en qualité de légat en France pour faire des excuses 
à Sa Majesté, etc. l . 

» Cette année 1662 fut remarquable par deux autres im- 
portantes affaires, qu'il sut conduire et consommer très- 
heureusement avec tout le secret , toute la circonspection et 
l'adresse imaginables. L'une est la cession et donation que 
le feu duc de Lorraine , Charles , a faites au roi de tous ses 
états, ses droits, prétentions et intérêts après sa mort, et 
l'autre l'union, Tachât de la fameuse place de Dunkerque *, 
dont la guerre présente avec l'Angleterre, la Hollande et 
l'Espagne ont fait si fort connaître l'importance. 

» Il fit la même année une ligue défensive avec la Hol- 
lande. 

» Après de si grands services, le rok, voulant lui donner 
une autorité plus spéciale sur les affaires étrangères , qu'il 
dirigeait seul comme ministre d'État depuis la mort du 
cardinal, lui ordonna de traiter avec MM. les comtes de 
Brienne, père et fils, pour la charge de secrétaire d'Etat du 
département des étrangers, de laquelle ils étaient revêtus, 
et il en fut pourvu par lettres de février i663. 

» Sur la fin de la même année, il renouvela l'alliance 



(1) Voyez Régnier-Desmarais, Histoire des démêlés de la cour de France 
avec la cour de Rome, au sujet de l'affaire des Corses, 1706; — Mémoires 
du cardinal Renaud; — Charles Gerin, L'affaire des Corses en 1662-1664; 
— Revue des questions historiques, 187 1, p. 68. 

(2) Elle eut lieu moyennant la somme de cinq millions, pour payer les 
dettes du roi Charles H. 

Voyez Remarques sur la reddition de Dunkerque entre les mains des 
Anglais. Paris, Cramoisy. 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. l85 

avec les Suisses dans son hôtel et reçut à Suresne en au- 

> 

dience Musta-Féraga, ambassadeur de Turquie *. 

» Sous son ministère et sa direction furent faits plusieurs 
ligues, traités de confédération et traités de paix. 

» Il fait le traité de Bréda en 1667 (le 27 janvier) entre 
l'Angleterre et la Hollande, la France et le Danemark; im- 
portante paix qui facilita au roi l'invasion qu'il fit la même 
année dans les Pays-Bas espagnols, où il prit plusieurs 
provinces. 

» Il fait en 1668 (2 mai) le traité d'Aix-la-Chapelle, par 
lequel le roi retient et assure ses conquêtes de Flandres a . 



(1) « La manière dont il seut mespriser la hauteur que Sa Hautesse pra- 
» tiquoit contre nos ambassadeurs à Constant] nople, en quadruplant le 
» temps des audiences , mesme la sienne *, ayant fait déclarer à l'ambassa- 
» deur Musta-Féraga qu'il estoit le plus petit commis de l'empereur de 
» France, il demeura huit mois de l'obtenir. A la fin il la lui donna à la 
» campagne, à Suresnes, couché sur un canapé; à peine se leva-t-il et se 
» rassit. Il lui fit donner un tabouret haut de deux pieds, pas large comme 
» la main **, et le traita avec une hauteur infinie. Il fut autant de temps 
» pour celle du congé. 

» Le roi fut si touché de la manière dont M. de Lionne conduisit la 
» mortification qu'il donna à Musta - Féraga et à toute cette prétendue 
n gloire ottomane, qu'il défendit qu'aucun ministre (étranger) n'allât chez 
» les ministres Colbert et Le Tellier, chez qui ils alloient communiquer 
» les amures les plus secrettes. » 

(Note de la main de Joachim de Lionne.) 

* Allusion aux avanies infligées aux envoyés Delahaye et Nointel. 
" Par représailles de la fameuse question du sofa. 

Il existe une Relation de l'audience donnée par le sieur de Lionne à 
Soliman Musta-Féraga, envoyé au roi par l'empereur des Turcs, le mardy 
19 novembre 1669. Suresnes, in-4 , 4 p. 

(2) Voyez Remarques sur le procédé de la France touchant la négociation 
de la paix. 1668, in-12, 54 p. 

Lettre touchant Yétat présent de la négociation de la paix entre les 
couronnes de France et d'Espagne, avec les articles de ladite paix, conclue 
le ijuin à Aix-la-Chapelle. S. n. d. 1., 1668, in-12, 48 p. 

Tome XI. — 1877. 13 






i86 société d'archéologie et de statistique. 

» En 1669 (le 3o octobre), aidé du cardinal, lors évêque 
et duc de Laon , il fait la paix des Jansénistes, si considé- 
rable pour l'Eglise x . 

» En 1670 il accommode la Savoye avec Gênes et fait 
une alliance illustre en mariant sa fille avec le duc d'Estrées \ 

» Il conclut (167 1) le mariage de Son Altesse royale 
Monsieur avec la princesse Palatine, qui lui donna des 
droits sur la succession considérable du feu Electeur pa- 
latin. 

» Mais, parmi tous ces traités qu'il a faits pendant le cours 
de son ministère , le plus extraordinaire et le plus avanta- 
geux sans doute à la France fut celui de la ligue offensive 
et défensive qu'il fit avec l'Angleterre en l'année de sa mort, 
en 167 1 . Traité d'une telle importance qu'ayant les accords 
de la triple Alliance deux fois bien renouvelés contre la 
France et rengagés tout de nouveau à La Haye à la conser- 
vation des Pays-Bas. Sa Majesté doit à ce traité toute la 
gloire et l'avantage des glorieuses, rapides et prodigieuses 
conquêtes qu'elle fit l'année suivante dans les Provinces- 
Unies. » 

Hugues de Lionne avait épousé, le 10 septembre 1645, 
PaulePayen,. fille de Paul Payen- Deslandes, conseiller au 
parlement 3 , et de Marguerite de Rives 4 . Cette Paule 



(1) « Ce fut Madame de Longueville qui, en 1668 , moyenna cette trans- 
action théologique , qui suspendit les débats du Formulaire et qu'on appela 
la paix de Clément IX. » (M. -- de Sévigné, notes de la lettre 617.) 

(2) Il ne porta ce titre qu'après la mort de son père, en 1687. On l'appe- 
lait comte de Nanteuil. 

(3) Famille originaire de Normandie, qui avait pour armoiries : d'or à 
trois tourteaux de sable. 

(4) Son contrat de mariage fut honoré d'une nombreuse et illustre 
assistance, savoir : François Servien, conseiller, aumônier du roi, abbé de 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 1 87 

Payen eut, dit la chronique, une conduite des plus déré- 
glées, à ce point que le roi la fit enfermer dans un couvent 
à Angers, d'où elle ne sortit qu'après la mort de son mari. 
Elle décéda le 20 mars 1704, âgée de 74 ans '. Bussi- 
Rabutin * dit que Madame de Lionne, « qui avait aspiré 
au cœur du roi, était une vieille femme, qui depuis long- 
temps secourait dans sa. pauvreté le comte de Fiesque 3 , 
son amant ». À cette double accusation on pourrait objecter : 
1 ° Madame de Lionne avait huit ans de plus que Louis XIV, 
et sa première jeunesse s'était passée à l'étranger, où elle 
avait accompagné son mari pendant ses voyages et ses 
séjours à Rome, à Francfort, en Espagne, où elle était 
devenue mère de six enfants ; 2 on ne peut pas dire d'une 
dame à peine âgée de quarante ans qu'elle est depuis long- 
temps une vieille femme. 

Suivant Saint-Simon, « Madame de Lionne était une 
femme de beaucoup d'esprit , de hauteur, de magnificence 



More, évéque de Carcassonne, son oncle, au nom et comme procureur de 
l'évoque de Gap; la reine, mère du roi, régente de France; le duc d'Or- 
léans, oncle de Sa Majesté; les cardinaux de Lyon y Bichi et Mazarin, te 
chancelier, le duc de Lesdiguières, le maréchal de Bassompierre et le mar- 
quis de Villeroy, chevaliers des ordres du roi ; Humbert de Lionne, sieur 
de Flandènes, cousin; Pierre de Gruel, seigneur de la Frette, cousin à 
cause de Bonne Servien, son épouse; François de Beauvilliers, comte de 
Saint- Aignan , cousin à cause d'Antoinette Servien , son épouse ; Charles de 
Bauguemare, conseiller au parlement et président des requêtes du palais à 
Paris, cousin à cause d'Elisabeth Servien, son épouse. 

(1) Etant morte dans l'obscurité et l'indigence, cette femme, qui avait 
occupé un si haut rang, n'a pas été, suivant l'usage, l'objet d'une oraison 
funèbre. Il existe une lettre de Madame de Lionne aux Jésuites, signée 
Paule Payen, à Paris, le a 3 avril 1701, in-n, 36 pp. 

(2) La France galante, t. 1, p. 425, éd. de i858. 

(3) Jean-Louis-Marie, comte de Fiesque, né en 1647, dé Charles-Léon 
et de Gilonne d'Harcourt, mort le 18 septembre 1708,* sans avoir été 
marié. 



i88 société d'archéologie et de statistique. 

et de dépenses. Elle avait tout mangé et vivait dans la der- 
nière indigence et la même hauteur ' ». 

Hugues de Lionne mourut à Paris le i er septembre 
1671, à Tâge de 60 ans moins un mois et dix jours. Il fut 
inhumé dans le couvent des Filles de Saint-Thomas, Rue- 
Neuve-Saint-Augustin a . 

L'inventaire après le décès fut dressé le 12 octobre 167 1, 
à la requête de Luc de Rives, oncle et procureur de Paule 
Payen, veuve du défunt, par M. c Mosnier, notaire. Ce 
document, qui est fort long, n'a pas tout l'intérêt qu'on 
pouvait attendre d'une pareille succession. Nous nous bor- 
nons donc-à mentionner les articles suivants : 

1 1 2 tableaux , dont l'estimation , faite par Pierre Mignard, 
arrivait à la somme totale de 11,1 33 livres. Ils étaient en 
général de peu de valeur, sauf deux, l'un de Lebrun et l'autre 



(1) Voir aussi Madame de Sévigné, Lettres 120 et 436. 

> 

L'hôtel de ville de Romans possède depuis la Révolution un certain 
nombre de portraits historiques. Ce sont en général des copies médiocres, 
mais bien conservées, datant du siècle dernier. Un seul tableau fait exception 
par ses dimensions, son ancienneté, l'excellence de la peinture, malheu- 
reusement endommagée, et le nombre des personnes qui y figurent. En 
voici la description d'après nos conjectures : 

Paule Payen est représentée debout, en grandeur naturelle; c'est une 
belle et aristocratique personne, coiffée à la Sévigné; sa main gauche re- 
tient un médaillon ovale offrant le portrait de Hugues de Lionne , costumé . 
à la mode du commencement du règne de Louis XIV : cheveux longs et 
plats, moustache en croc et petite impériale, large rabat blanc, cordon 
bleu du Saint-Esprit ; les traits sont un peu bourgeois, mais intelligents et 
résolus. Au bas et à gauche du tableau sont deux petits garçons vus à mi- 
corps; le plus jeune montre du doigt le portrait de son père. Cette toile 
remarquable a probablement fait partie de la galerie de l'abbé de Lesseins 
et a été peinte vers 1660. 

(2) Son éloge funèbre fut prononcé dans l'église Saint-Rocb, le 8 octobre 
1671, par Jean-Louis Fromentières, chanoine théologal du Mans, prédica- 
teur du roi, qui devint évêque d'Aire (Landes) en 1673. 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 189 

de Le Lorrain, estimés chacun 800 livres. 18 chevaux, 
estimés seulement 3,040 livres, et 3 carrosses, 8 5o livres. 
Une tapisserie à verdure de huit pièces, de la valeur de 
1,000 livres. 33 bijoux ornés de pierreries, prisés ensemble 
40,450 livres. La bibliothèque , inventoriée par Pierre 
Lepetit, libraire, contenait 798 numéros, etc. La vente des 
meubles de cette succession eut lieu du 28 novembre 1708 
au 3i juillet 1709, à la requête du comte de Lionne, fils 
aîné du défunt. 

Les armes de Hugues de Lionne étaient écartelées de 
Lionne et de Servien , avec la devise : Scandit fastigia 
virtus. 

Il n'existe pas de biographie complète de ce grand mi- 
nistre \ Plusieurs auteurs en ont parlé et quelques-uns 
Pont apprécié à sa valeur, mais seulement d'une manière 
générale et incidente. 

On trouve dans l'inventaire de la galerie de l'abbé de 
Lesseins un tableau sous le N.° 28 et la désignation de 
portrait de M. de Lionne, ministre d'État. M. Félix 
Real a fait présent, en 1846, à Y Académie delphinale d'un 
portrait de Hugues de Lionne : « Il a été peint à l'huile et 
sur toile par M. Célestin Blanc, de Clelles, d'après une 
bonne gravure que possédait M. le comte d'Hauterives, 
député des Hautes-Alpes. » (Séance du 1 1 décembre.) Enfin, 
M. Rochas (Biographie du Dauphiné) cite quatre autres 
portraits du même par de La Roussière, de Montcornet, 
de Jode et Maurice Lang. 



(1) Si, dans la notice qu'on vient de lire, nous nous sommes presque 
exclusivement occupé de Hugues de Lionne comme fonctionnaire et per- 
sonnage politique, c'est pour éviter la répétition des mêmes faits; car dans 
les lettres que nous publions et les notes qui les accompagnent se trouvent 
upe foule de renseignements sur Pnom me privé. 






190 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Aux documents relatifs à Hugues de Lionne indiqués 
dans les biographies et particulièrement dans celle de 
M. Rochas l nous ajoutons ici les titres des manuscrits 
inédits que nous avons eus entre les mains et qui nous ont 
été gracieusement communiqués par M. le comte de Pina, 
capitaine de vaisseau. 

i or REGISTRE. 

A. Traits principaux de la vie et du ministère de Mgr de 
Lionne. 1 8 ff. 

B. Extraits des titres et des preuves de la charge de prévôt 
et grand-maître des cérémonies de Tordre du Saint-Esprit 
de Mgr de Lionne , secrétaire des affaires étrangères et mi- 
nistre d'État. 23 ff. 

G-. Généalogie de la maison de Lionne, par Guy Allard. 
32 ff. 

D*. Mémoire de Mgr de Lionne, ministre secrétaire d'État, 
sur l'affaire du comte d'Estrade en Angleterre. 117 ff. 



2 e REGISTRE. 



Des négociations de Mgr de Lionne, ministre plénipoten- 
tiaire à Francfort, depuis le 29 juillet jusqu'au 3i octobre 
1657. 239 ff., comprenant 20 mémoires et 23 lettres. 



(1) A l'exception de récrit intitulé : Arrêt du Conseil d'Etat du roi 
rendu entre M. V archevêque de Paris et Af. Hugues de Lionne, seigneur 
de Servon. Paris, 1666, in-4 . Ce jugement concerne, croyons -nous, la 
famille de Lyonne de l'Ile-de-France, dont une branche portait le titre de 
Servon y d'une terre près de Brie-Comte-Robert érigée en omté pour ser- 
vices de guerre en faveur de Henri II de Lyonne. 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. igi 

3° REGISTRE. 

Lettres du grand Lionne, le ministre, à son oncle, M. de 
Lionne, doyen des comptes en Dauphiné. 94 lettres. 

Du mariage de Hugues de Lionne et de Paule Payen 
naquirent six enfants : 

XII. Louis- Hugues, "né en 1646, marquis de Bemi. 
Le 14 février 1667, son père obtint pour lui la survivance 
de la charge de secrétaire d'Etat et, le 5 janvier 1668, qu'il 
le remplacerait pour l'expédition des affaires des départe- 
ments de la marine et de cinq provinces. Mais, peu apte au 
travail, quoique Guy Allard vît briller en lui le grand génie 
de son père, il acquit la charge de maître de la garde-robe 
du roi, qu'il ne remplit pas mieux et qu'il vendit au marquis 
de Souvré, moyennant 55o,ooo livres, qui furent attribuées 
à Charles- Hugues, son fils, par brevet du 6 mai 1689. 

Par son mariage, contracté le 27 avril 1675, avec sa 
petite-cousine, Jeanne-Renée de Lionne *, il acquit le mar- 



(1) Nous transcrivons, comme très-intéressante et même utile à l'histoire, 
la liste un peu longue des « hauts et puissants seigneurs » qui signèrent 
au contrat de ce mariage , donnant leur consentement ou seulement leur 
avis, selon le degré de parenté. 

« Du consentement de M r0 Paul-Jules de Lionne, conseiller, aumônier du 
roi, abbé commendataire des abbayes royales de Marmoutier, Châlis, 
Cercamp et prieur commendataire de Saint-Martin -des- Champs , à Paris ; 
de M M Arthus de Lionne, chevalier de Saint-Jean-de-Jérusalem; de Fran- 
çois-Annibal d'Estrées , marquis de Cœuvres , gouverneur de l'Ile-de- 
France, colonel du régiment d'Auvergne; de M r * Ennemond de Servien, 
marquis de Lunel, ambassadeur de S. M. à la cour de Savoye; de M" de 
Lacroix, comte de Pisançon, président au parlement de Dauphiné; 

» De l'avis de M™ Charles d'Albert, duc de Chaumes, pair de France, 



192 SOCIETE D ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

quisat de Claveyson et les biens de la branche aînée, dont il 
fit le dénombrement, le 3o mars 1688, par -devant la 
chambre des comptes de Dauphiné, comme relevant direc- 
tement du roi. 

Il devint gouverneur de Romans en 1701, en remplace- 
ment de son cousin l'abbé de Lesseins, et mourut le 22 
août 1 708 , laissant un fils unique. 

« C'était, dit Saint-Simon ', un homme qui avait mal 
fait ses affaires, qui vivait très-singulièrement et obscuré- 
ment et qui passait sa vie à présider aux nouvellistes des 
Tuileries. » 



commandeur des ordres de S. M., gouverneur de Bretagne ; François de 
Beauvillers, duc de Saint- Aignan , pair de France, premier gentilhomme 
de la chambre du roi; François de Servien, marquis de Sablé, grand-séné- 
chal d'Anjou, tous parents dudit Louis de Lionne, d'une part; 

» Et de Tavis de M r * Charles de Lionne de Lesseins, seigneur de Triors, 
abbé commendataire de l'abbaye royale de Saint-Calais ; Pierre Moret, sei- 
gneur deBrochenu, Tréminis, Pierre et Sigotier, sous-doyen du parlement 
de Dauphiné; Humbert de Lionne, seigneur de Pommier, doyen de la 
chambre des comptes de Dauphiné, grand-oncle tfes parties; Humbert de 
Valernod , abbé général de l'ordre de Saint-Ruf ; François de Montgontier, 
chevalier de Saint-Jean-de-Jérusalem, commandeur de Saint-Paul; François 
de Simiane, seigneur de Bayard, Monlbivos, Bernin et La Terrasse, pré- 
sident au parlement de Dauphiné; Jacques Coste, comte de Charmes, 
président au même parlement ; Eynard Pourroy, seigneur de Vossier et 
Cras, président au parlement; Roger d'Hostun, marquis de La Baume, 
cornu de Tallard, gouverneur de Verdun; Alexandre Falcoz, comte d'An- 
jou, seigneur de Nerpol et de La Blache; N , de Clermont- Tonnerre, 

premier baron de Dauphiné; N , de Sassenage, marquis du Pont et 

Sassenage, comte de Montélier, second baron de Dauphiné; N , Cler- 

mont-Chaste, marquis de Chaste, comte de Rossillon ; N.. , de Grollée, 

marquis de Viriville, seigneur de Torignan , gouverneur de la ville et cita- 
delle de Montélimar; N , de Simiane, marquis de Truchenu , seigneur 

de Chalençon, tous parents de ladite demoiselle Jeanne-Renée de Lionne. 
(Communiqué par M. de Gallier.) 

(1) Mémoires, t. vi, p. 372, i" éd. 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. ig3 

En effet, ses facultés intellectuelles s'étaient dérangées 
après une terrible chute qu'il avait faite sur la tête à Ver- 
sailles, en 1672, en tombant d'un premier étage dans la 
rue. Il fut interdit par sentence du Châtelet du 7 juillet 
1703, confirmée par arrêt du parlement du 9 mars 1704, 
et même sa femme avait* déclaré par son testament qu'elle 
le privait, après son décès, de l'usufruit de ses biens, étant 
d'ailleurs assez riche pour soutenir dignement son rang. 

i° Charles- Hugues , fils du précédent, petit-neveu et 
héritier substitué de l'abbé de Lesseins, marquis de Cla- 
veyson, comte d'Hostun, baron de Mercurol, seigneur de 
Blanchelaine ', Pommier et Mureils a , « homme bien fait et 
distingué à la guerre ». Il acheta, le 3o juin 1704, du vi- 
comte de Poligrtac, au prix de 55, 000 livres, la charge de 
colonel du régiment d'Aunis. Il fut fait prisonnier la même 
année à la bataille d'Hochstett. Par lettres du 3 1 mars 1 706, 
le roi le nomma capitaine-gouverneur de la ville de Romans 
et du Bourg du Péage de Pisançon , aux lieu et place de 
son père, interdit, et le 1 5 mai suivant S. M. ordonna que 
pendant sa captivité il serait à l'abri de toutes assignations, 
poursuites et condamnations. Il devint, en 17 10, brigadier 
des armées. 

Etant en garnison en Alsace, il se maria inconsidérément, 
par contrat du 18 décembre 3 1709, avec Marie-Sophie 
Jager, qui n'était pas une servante d'auberge de Phalsbourg, 



(1) Cette seigneurie avait été acquise de Just-Henri de Blanchelaine, le 
2 mars 1673, par Sébastien de Lionne, au prix de 24,000 livres et 24 pis- 
tôles d'étrennes. 

(2) Malgré tous ces titres, il se fit appeler comte de Lionne, quoiqu'il 
n'y ait jamais eu de comté ni même de terre de ce nom. 

(3) L'acte déposé aux archives hospitalières de Paris porte le 16 no- 
vembre. 



194 société d'archéologie et de statistique. 

comme Ta dit Saint-Simon, mais la fille, « vertueuse 
vierge, » de Jean-Henri Jager, conseiller au grand sénat 
du mundat de Wissembourg \ Croyant être tombé dans 
un guetapens conjugal, Marie-Sophie ne fut sa femme 
que de nom. Il la fit enfermer dans un couvent, d'où elle 
ne sortit qu'après la mort de son mari. Charles-Hugues de 
Lionne testa le dimanche 25 février 1731 et mourut peu de 
temps après. Sa veuve, rendue à la liberté ipso facto, ac- 
quitta les legs charitables ordonnés par le défunt, comme 
le témoignent les reçus signés par les curés et les officiers 
de la baronnie de Mercurol et du marquisat de Claveyson, 
les 14 et 25 janvier 1732, "3o mars et 22 septembre 1733, 
pour une somme totale de 1,940 livres, à distribuer aux 
pauvres. 

Par suite de la clause de son contrat de mariage portant 
donation mutuelle des biens en faveur du dernier survivant, 
Madame veuve de Lionne entra en jouissance de l'héritage 
de son mari, sans aucune contradiction, la famille de 
Lionne étant alors entièrement éteinte. 

Tracassée par le seigneur de Clérieu , au sujet de certains 
devoirs féodaux tombés en désuétude depuis plus de cent 
ans et contre lesquels, malgré son humble origine, sa vanité 
se révoltait, elle vendit, le 11 juillet 1753, Claveyson et 
Mureils, au prix de 148,352 livres, à M. Marc, comte de 
Tournon, et Mercurol à M. Pierre- Henri d'Urre, pour la 
somme de 114,648 livres a . Ces seigneuries avaient été 
affermées, le 7 octobre 171 3, à Etienne Popon, sieur de 



(1) M. de Gallier (Baronnie de Clérieu , p. 193) a le premier signalé cette 
erreur, que tous les écrivains ont répétée jusqu'à nos jours. 

(2} La seigneurie d'Hostun avait été aliénée à Charles dUostun , comte 
de Tallard, le 6 mars 171 3, moyennant io3,5oo livres. 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. ig5 

L'Estang, la première 4,25o livre* et la seconde 3,670, plus 
les rentes, lods et droits féodaux *. Dans Pacte il est dit que 
Charles- Hugues de Lionne demeurait à Paris, rue et pa- 
roisse de Saint-Roch. Cependant dans un factum de l'épo- 
que on l'accuse de « n'avoir aucun domicile fixe quand il 
est à Paris que chez les baigneurs a ». 

De l'aveu de Saint-Simon, Madame de Lionne vécut à 
Paris dans la piété et la retraite et mena une vie très-sage , 
qui la fît estimer 3 . Enfin, vieillie par de longues souffrances, 
isolée et malade, n'ayant que des parents éloignés, qui 
l'avaient délaissée durant sa longue disgrâce, elle voulut 
mettre littéralement en pratique le vers de Virgile : 

Non ignara tnali , miseris succurrere disco. 

En conséquence, par acte de dernière volonté du 21 mai 
1754, reçu par M. e Vavin, elle institua pour ses héritiers 
universels l'Hôtel-Dieu et l'Hôpital général de Paris 4 , qui 
recueillirent ainsi ce qui restait des titres et des biens de 
l'illustre maison de Lionne , à l'exception de 40,000 livres 
aux pauvres de la paroisse de Saint-Sulpice et 80,000 aux 
pauvres de la paroisse de Saint-Germain-des-Prés. L'inven- 



(1) A. db Gallier, loc. cit., p. 240. 

(2) Les barbiers étuvistes tenaient & la fois des bains, des maisons garnies 
et de santé, des restaurants et même des lieux de rendez- vous. Après un 
voyage, on venait s'y retremper dans la vie parisienne. Ces sortes d'éta- 
blissements étaient sous la surveillance de la police, sans l'autorisation de 
laquelle on ne pouvait les tenir. (V. Bussi-Ra butin, Histoire amour, des 
Gaules, t. 1, p. 425. — Walckenabr, Mémoires sur Madame de Sévigné, 

t. H, p. 37. 

(3) Elle s'était retirée à la communauté des Dames de Saint-Joseph, rue 
Saint-Dominique, où elle finit ses jours. 

(4) Aujourd'hui représentés par l'administration de l'assistance publique. 



iq6 société d'archéologie et de statistique. 

taire après le décès eut lieu le 14 novembre 1759. Il n'offre 
à noter qu'un portrait de la duchesse de Bourbon , habillée 
en Bourbon; un jeu de cavagnolle, dans sa boîte de bois 
de noyer; une vaisselle d'argent, prisée 2,326 livres. Le" 
partage des biens entre F Hôtel-Dieu et l'Hôpital général ne 
se fit qu'en 1767. 

2° Jules-Paul, conseiller, aumônier du roi, abbé de Mar- 
m ou tiers, de Châlis et de Cercamp, abbé commendataire 
du prieuré de Saint- Martin- des-Champs de Paris. « Ses 
mœurs, son jeu, sa conduite l'avaient éloigné de l'épiscopat 
et de la compagnie des honnêtes gens. Il était extrêmement 
riche en bénéfices qui donnaient de grandes collations. L'abus 
qu'il en faisait engagea sa famille à lui donner quelqu'un 
qui y veillât avec autorité. Il fallut avoir recours à celle du 
roi.... Cet abbé logeait à Paris, dans son beau prieuré de 
Saint-Martin, où il mourut le 5 juin 1721, aussi obscuré- 
ment qu'il avait vécu. Tous les matins il buvait vingt à 
vingt-deux pintes d'eau de la Seine. Il n'était pas fort vieux 
i^66 ans) et ne laissait pas d'avoir de l'esprit et des lettres *. » 
En effet, il assura à Lesage une pension de 600 livres et lui 
apprit à connaître les beautés de la littérature espagnole. 
Il fut remplacé dans son prieuré de Saint-Martin par l'abbé 
de Saint- Albin , fils naturel du Régent. 

3° Palil-Luc. Il avait été dès son enfance destiné à l'état 
religieux. Mais comme à une grande force corporelle il joi- 
gnait des goûts belliqueux , son père , pour tout concilier, 
le fit nommer chevalier de Malte par le crédit de l'ambassa- 
deur de Tordre à Paris. Paul-Luc, étant mort jeune, a laissé 
peu de traces dans les archives de sa famille. On n'y trouve 
qu'une quittance, à la date du 5 décembre 1664, de la 



(1) Saint-Simon , Mémoires, t. xii, p. 76, i w éd. 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 197 

somme de 3,990 livres pour sa réception en qualité de 
chevalier de Malte. 

4 Élisabeth-Mélanie. Elle prit l'habit religieux dans le 
couvent de la Visitation de la rue Saint-Jacques , où elle 
avait été élevée et où elle mourut le 25 mai 1725, âgée de 
76 ans , dont 60 de profession. 

« Hugues de Lionne avait pour sa fille une affection mêlée 
d'estime et se dérobait à ses occupations importantes pour 
venir goûter auprès d'elle un instant de bonheur. La mort 
de ce bon père fit au cœur affectionné de sa fille une plaie 
d'autant plus douloureuse que le public soupçonna le décès 
de n'être pas naturel '. » 

Cette religieuse fut détachée pendant cinq ans de sa com- 
munauté pour aller à Strasbourg fonder, sur les désirs de 
Louis XIV, une maison d'éducation comme celle de Saint- 
Cyr. Quelque temps après son retour, elle éprouva une 
contrariété des plus désagréables. Une misérable créature 
arrêtée par la justice imagina, pour sortir de prison, de dire 
au juge qui l'interrogeait qu'elle était la fille du feu ministre 
de Lionne et religieuse de Sainte-Marie , et que les mauvais 
traitements qu'elle avait reçus dans son couvent l'avaient 
obligée d'en sortir. Le magistrat , après cette déclaration , 
suspendit les poursuites et la fit traiter avec le plus grand 
respect. Mais un officier, que le roi avait envoyé pour s'in- 
former de la vérité, découvrit d'autant plus facilement l'im- 
posture de cette malheureuse que Mademoiselle de Lionne 
faisait en ce moment les fonctions de portière dans son mo- 
nastère a . 



(1) Année sainte des religieuses de la Visitation de Sainte-Marie, t. v, 
p. 588. 

(2) Par une remarquable coïncidence, les Annales de la Visitation cons- 
tatent vers la même époque l'existence dans la congrégation de plusieurs 



I98 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

5° Madeleine, née en juillet i65i . Elle fut mariée, le 10 
février 1670, à François-Annibal de Cœuvres, comte de 
Nanteuil, plus tard duc d'Estrées, gouverneur de nie- 
Adam et mestre de camp de cavalerie, fils du duc d'Estrées, 
ambassadeur à Rome et neveu deCésar deCœuvres, évêque 
de Laon \ Elle mourut le 18 septembre 1684 % ayant eu 
huit enfants, parmi lesquels son fils et héritier . Louis- 
Armand, duc d'Estrées, gouverneur de TIle-Adam, qui 
décéda sans postérité le 16 juillet 1723, à 41 ans. 

Elle mena, dit-on, une vie très-galante et même prit 
part aux débauches de sa mère. Ainsi Bussi-Rabutin 3 ra- 



religieuses du nom de Lyonne. Catherine- Agnès et Marguerite avaient fait 
profession précisément dans le monastère de la rue Saint-Jacques, où elles 
moururent : la première, après avoir été supérieure à Mons et à Biuxelles, 
le 20 septembre 1676, à l'âge de 61 ans, et la seconde, le 12 février 1684, 
âgée de 75 ans. « Elles étaient sœurs et appartenaient à une très-noble 
famille de Paris, alliée aux meilleures maisons du parlement et de la cour. » 
C'est-à-dire, croyons-nous, à la famille de Lyonne de l'Ile-de-France. En 
outre, décéda, le 16 août 1726, à 81 ans, Marie-Rosalie de Lyonne, dans 
le couvent de Paray-le-Monial, où elle avait fait profession après un événe- 
ment romanesque « qui lui donna à réfléchir ». Elle était fille d'un gen- 
tilhomme établi dans le Charolais, par suite de son mariage avec une de- 
moiselle de Seterre, sœur d'un président au parlement de Dijon. Extrême- 
ment belle et non moins spirituelle, Marie-Rosalie, avant son entrée en 
religion, faisait de fréquents voyages à Lyon, où elle était accueillie avec 
enthousiasme. Chacun de ses séjours dans cette ville donnait lieu à des 
réjouissances publiques, à des bals à l'hôtel de ville, à des concerts sur la 
Saône, dans des bateaux ornés de fleurs et de verdure, etc. Heureux temps, 
où c'étaient l'esprit et la beauté qui passionnaient les populations. . 

(1) On l'accusa d'avoir fait ce mariage en vue du chapeau de cardinal, 
qu'il reçut l'année suivante; sur quoi coururent d'assez plaisantes chan- 
sons. 

(2) M. Villette, chanoine de Laon, prononça, le 10 décembre 1624, 
Y Oraison funèbre de la marquise de Cteuvres en l'église des PP. Feuillants 
de Soissons. Laon, i685, in-4 . 

(3) Histoire amoureuse des Gaules, t. 1, p. 424. 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 199 

conte qu'une nuit le ministre de Lionne et l'abbé de Cœuvres 
surprirent dans la même chambre * Madame de Lioijpe et 
sa fille en compagnie du comte de Sault a , « lequel publia 
lui-même son aventure 3 ». Sur cette aventure l'auteur de la 
France galante édifia un vrai drame de cape et d'épée 
selon les règles classiques du théâtre espagnol , alors fort à 
la mode. Mais, comme réponse à cette médisance et à quel- 
ques autres, Madame de Cœuvres se fit peindre en sainte 
Agnès par le célèbre Mignard 4 . 

6° Artus II, né à Rome en i655, pendant l'ambassade 
de son père. <c Quelque intrigue, qui lui réussit mal, le dé- 
. goûta du monde si subitement qu'il demeura dans une 
église, y versa beaucoup de larmes, y resta longtemps et 
en sortit pour aller se cacher dans une retraite dont il fit un 
mystère à sa propre famille pendant quelque temps. Quand 
il eut été formé à la piété, il entra dans l'état ecclésiastique 5 .» 
11 devint abbé de l'abbaye de Cercamp, qu'il résigna en 
faveur de son frère Jules, en 1671, évêque de Rosalie in 
partibus, premier vicaire apostolique de Suachen en Chine, 
sacré à Canton le 3o novembre 1699. Après avoir fait un 
établissement à Nien-Tchéou, il revint en France en 1686 



(i) Hugues de Lionne avait donné à M. et M. mt de Cœuvres un loge- 
ment dans son vaste hôtel, situé entre la rue Montmartre et la rue N. D. 
des Victoires. 

(2) François-Emmanuel de Bonne de Créqui d*Agoult, né en 1645, pair 
de France, gouverneur du Dauphiné, mort le 3 mai 1681. Il fut appelé 
comte de Sault jusqu'à la mort de son père, en 1667. 

(3) Suivant Madame de Sévigné, le ministre de Lionne aurait été beau- 
• coup plus sensible aux griefs de son gendre qu'à sa propre disgrâce. 

(4) Ce portrait est inscrit dans l'inventaire de la galerie de l'abbé de 
Lesseins sous cette désignation :] Madame de Cœuvres en sainte Agnès, 
par Mignard, 

(5) Moréri, Dictionnaire supplément., t. i, p. 2o5. 



200 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

avec les ambassadeurs de Siam, qu'il ramena dans leur 
pays. Il se rendit à Rome en 1703, pour y soutenir la cause 
des Jésuites, De retour à Paris, il y mourut le 2 août 1703, 
au séminaire des missions étrangères, où,il fut inhumé. 
« Il avait le dessein de retourner aux Jésuites, ce qui lui 
avait toujours fait conserver sa grande barbe. » 



III e Branche y de Grenoble. 

XIII. Humbert, né vers 1597, « homme fort sage, de 
grand mérite et d'un savoir tout singulier, qui avait de belles 
et profondes connaissances touchant l'histoire et savait ac- 
commoder la bonté de ses mœurs avec celles de tous ceux 
qui le pratiquaient * ». Seigneur des maisons fortes de 
Bussieu , Veyssilieu et Plaisance de Grave. Conseiller en la 
chambre des comptes de Dauphiné en 1620, intendant en 
Bretagne pendant la Régence. Il refusa l'ambassade en 
Savoie et à Venise. Il fut recoflnu ancien noble par juge- 
ment de l'intendant Chazey du 19 janvier 1629 et par un 
autre jugement du 10 juin 1641. Cest à lui que sont adres- 
sées les lettres intimes de Hugues de Lionne, son neveu, de 
i655 à 1671. Il eut pour femme Virginie Rabot d'Avrillac, 
fille de Laurent, seigneur de Veyssilieu et de Fontaine, 
conseiller au parlement , et de Marguerite de Lacroix-Che- 
vrières. Elle mourut en mars i665, après avoir eu trois 
enfants : 



(1} Guy Allard, Biblioth. histor. de Dauphiné, t. 1, p. 33, éd. Gariel, 
1864. 



NOTICE SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 201 

i° Joseph, mort en 1640. 

2 Virginie, qui fut unie à Laurent Le Bout , sieur de 
Saint-Didier, de Fromentières , des Orres et autres lieux, 
conseiller au parlement de Grenoble. Elle acheta, le 23 jan- 
vier i665, de Sixte-Michel, sieur de Beauregard, la terre 
et seigneurie de Pellafol. 

3° Joachim, comte de Lionne, reçu docteur en droit à 
l'université de Valence le 24 octobre i658, nommé conseiller 
au parlement par lettres du i5 janvier 16 5g, avec dispense 
d'âge et de parenté. Il n'eut jamais beaucoup de goût pour 
la jurisprudence : il préférait la vie agitée d'un homme du 
monde. Il fit de fréquents voyages et de longs séjours à 
Paris, sous le prétexte d'y régler diverses créances. Mais, 
au milieu des plaisirs, il y contracta plus de dettes qu'il n'en 
recouvra. Son père et son cousin le ministre se plaignent 
dans leur correspondance de sa conduite, qu'ils qualifient 
de libertine. Désirant suivre la carrière des armes, il ne 
tarda pas à quitter le parlement et à vendre sa charge de 
conseiller, dans laquelle il fut remplacé, le 3 1 mars 1 664, par 
Etienne Eyraud de Saint-Marcel. C'est ainsi que de mé- 
diocre magistrat il devint un brave capitaine de cavalerie et 
même un bon diplomate. Il se distingua à Gigeri (Djidjelly), 
où il fut blessé de deux coups d'arquebuse. Son courage fut 
loué de tout le monde, de Louis XIV lui-même, qui, en 
récompense, le nomma capitaine de chevau-légers par bre- 
vet du 7 décembre i665. Il fit ensuite plusieurs campagnes, 
en Flandres , en Franche - Comté , en Hollande , à la tête 
d'un escadron du régiment de mestre de camp. A son retour 
il reçut les provisions, signées à Versailles le 28 décembre 
167 1, de premier écuyer du roi, commandant la grande 
écurie du Louvre. Après avoir déployé de la bravoure sur 
les champs de bataille, il montra des talents dans la carrière 
diplomatique, et même son parent le ministre dit qu'il fit 
Tome XL — 1877. 14 



202 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

« merveilles » à la cour de Berlin. Il fut successivement 
chargé d'aller en Pologne pour complimenter le roi Michel 
sur son avènement à la couronne, à Vienne, à l'occasion 
du mariage de la sœur de l'empereur, l'archiduchesse 
d'Inspruck, puis envoyé extraordinaire près de l'électeur 
de Brandebourg, enfin ambassadeur vers le czar de Mos- 
covie. 

Joachim de Lionne mourut sans alliance le 3i mars 17 16. 
Dans l'inventaire après le décès il est fait mention d'une 
belle bibliothèque. Les livres qui la composaient, vendus 
aux enchères et dispersés, sont encore de nos jours bien 
connus et recherchés des amateurs. Le commandant de la 
grande écurie était trop peu instruit, trop ami des plaisirs 
et trop mal dans ses finances pour avoir jamais songé" à 
former une pareille collection. Il en avait vraisemblable- 
ment hérité de son père , magistrat érudit , et de son cousin 
l'abbé de Lesseins , grand seigneur lettré. 

D. r Ulysse CHEVALIER. 



POÈTES DE LA DROME, 2o3 



PETITE ANTHOLOGIE 



DES 



POÈTES DE LA DROME. 



TROISIÈME PARTIE, 



(AUTEURS VIVANTS.) 



(Suite. — Voir les 32% 33% 35% 36% 37% 38» et 40* livr.) 



VIL 



GRANDET (Léon). 



Poète et romancier de talent, né à Romans, M. Léon 
Grandet débuta dans les lettres, à Paris, en 1866, par la 
publication de Donaniel (1 vol. in- 16 de 173 p.). Ce poème 
de cape et crêpée a pour épigraphe deux vers de Petrus 
Borel, qui en font connaître le ton : 

Ne chanter pour aucun et n'avoir rien sur terre 
Qu'une cape trouée, un poignard et les cieux ! 



204 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

L'année suivante notre poète aborda le roman en écrivant 
Yolande (i vol. in-12 de 333 p., Paris, 1877). Cet ou- 
vrage, daté de Saint- Donat, contient de belles descriptions 
de certains paysages de notre département. 

Gui (1 vol. in-16 de i3i p., Paris, 1870) est un poème 
qui peut faire suite à Donaniel, mais qui est écrit avec 
moins de feu. 

Le volume qui, sans contredit, fait le plus d'honneur à 
M. Léon Grandet, est Jeannette (1 vol. in-12 de 177 p., 
Paris, 1872). Ce poème, qui a pour cadre des épisodes de 
notre dernière guerre et de la Commune, est plein de nobles 
sentiments exprimés en beaux vers. Sans une invraisem- 
blance un peu trop grande, ce livre serait un petit chef- 
d'œuvre. Malheureusement il n'en est pas de même de 
L'Enragé, poème (1 vol. in-12 de io5 p., Paris, 1873). 
L'auteur nous doit une revanche. 

Ajoutons, pour compléter le bilan littéraire de M. Léon 
Grandet, qu'il a composé plusieurs nouvelles pleines de 
fraîcheur et d'originalité, qui ont été insérées dans divers 
journaux , mais n'ont pas été réunies en volume. Nous pou- 
vons citer entre autres Pierrette et Mademoiselle de Val- 
combre. 

Les vers suivants sont extraits du poème de Donaniel : 

O vous, que nous cachions au fond de nos pupitres, 
Sous le poudreux amas des classiques auteurs , 
Et dont nous dévorions ardemment les chapitres, 
Beaux livres défendus, ô romans tentateurs ! 
Livres au doux papier, aux couvertures roses , 
Qui nous avez conté de si divines choses , 
Qui nous avez charmés au son de votre voix , 
Comme on Test aux chansons des sylphes et des elfes , 
Et que nous écoutions, tremblants, comme autrefois 
Les vieux Grecs écoutaient les oracles de Delphes ! 



POÈTES DE LA DROME. 205 

Vous, que dans le silence, au fond du dortoir blanc, 

A la pâle lueur des mourantes veilleuses, 

Nous avons savourés , — tournant d'un doigt prudent , 

De peur 4 'être surpris , vos pages tapageuses ! 

Vous, qui nous dévoiliez les bonheurs d'ici-bas, 

Vous ne nous disiez pas qu'il en faudrait rabattre , 

Que vos contes étaient tous faux , ou que sur quatre 

Un à peine était vrai , — vous ne le disiez pas ! 

Vous avez dans nos cœurs répandu vos ivresses; 

Mais de vos songes d'or les réveils sont venus ! 

Vous nous fîtes à to\js de charmantes promesses : 

Mais vos serments d'alors , les avez- vous tenus ? 

Où les trouverons-nous, vos belles héroïnes, 

Vos immenses amours, vos grands soleils couchants, 

Vos barques, sur les lacs, au sein des nuits divines, 

Si pleines de parfums , de mollesse et de chants ? 

Nous les avons cherchés , comptant sur vos paroles , 

Vos bonheurs si vantés, vos aventures folles, 

Vos paradis à deux, vos rendez- vous joyeux ! 

Le gardien qu'on corrompt, le mur qu'on escalade, 

Sous les arbres du parc la lente promenade , 

Et l'alcôve embaumée , et les tristes adieux 

Sur le balcon gothique, aux rayons de l'aurore , 

Les cheveux de rosée et de larmes trempés , 

Nous les avons cherchés, nous les cherchons encore !... 

— Enchanteurs ! enchanteurs ! vous nous avez trompés ! 



Hélas ! qu'en ont-ils fait de mon Paris gothique ? 
Celui que, loin d'ici, jeune, j'allais rêvant , 
Demandant aux auteurs son passé poétique ; 
Celui que me vantait l'école romantique , 
Et que je comptais bien trouver en arrivant ? 



20Ô SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Mon vieux Paris , au loin dressant sa masse grise , 
Son fouillis de maisons avec leurs toits pointus, 
Ses cloches de couvents, de nos jours abattus , 
Et ses tours de prison, et ses flèches d'église 
Semblables à des mâts de vaisseaux dans un port ! 
Mon Paris moyen-âge, et ses étroites rues, 
Dans l'antique cité rampant sombres et drues, 
Comme les noirs anneaux d'un serpent qui se tord ; 
Et ses vieux monuments, qu'on aime et qu'on vénère ! 
O débris, souvenirs , ruines , mes amours ! 
Grands hôtels blasonnés , cachets et monastère ! 
O vous tous sur lesquels le charme des vieux jours 
Avec la poésie ont mis leur auréole ! 
Toi , que maître Villon célébrait , où souvent 
Sa muse s'enivrait , mélancolique et folle , 
Taverne des grands jours, où sous le vieil auvent 
L'enseigne aux gonds rouilles se balançait au vent , 
Hélas ! qu'en ont-ils fait ? Qu'ont-ils fait de ma ville ? 
O noirs démolisseurs, tourbe exécrable et vile, 
Je ne vois que la place où Paris s'éleva !... 



VIII. 
GRAS (Louis). 



« M. Louis Gras, poète-ouvrier, né à Dieulefit ou plutôt 
» à Montélimar en 1821. Il exerça longtemps la profession 
» d'armurier et celle de mécanicien avant de se mettre à 
» écrire. » 

Nous ne savons absolument rien sur ce poète, et nous 
avons copié les quatre lignes précédentes dans La litté- 
rature française du lieutenant-colonel Staaf. 



POETES DE LA DROME. 207 

Nous avons cependant entre les mains son recueil poétique 
Les Insomnies (i vol. in-8° de 366 p., Montélimar, i856), 
le seul, croyons-nous, qu'il ait publié et dont nous extra- 
yons la pièce suivante : 

Vers écrits au clair de lune. 

Le cortège des nuits brille dans l'étendue, 
Aucun voile indiscret ne te cache à ma vue , 

La nature veille sans bruit... 
J'aime les doux rayons de ta pâle lumière, 
Quand la voix de l'airain du sombre monastère 

Vient de gémir : Il est minuit... . 

Lune, j'aime à te voir, nocturne souveraine , 
Comme une veuve en pleurs sur ton trône d ebène , 

Veillant sur tes nombreux états. 
Sans toi , le voyageur, perdu dans la nuit sombre , 
Seul, dans l'isolement, ne verrait pas son ombre 

Le suivre partout pas à pas. 

Quand dans l'accablement, en proie à l'insomnie, 
Je vois partout l'orgueil et l'audace , et l'impie 

Vivre sans justice et sans foi, 
Alors je fuis mon toit , je gravis la montagne , 
Pour te voir de plus près, ô ma blanche compagne, 

Qui semblés languir comme moi. 

Quand je ne viendrai plus à ta clarté chérie , 
C'est que la froide mort aura glacé ma vie... 

Toi que j'aimai dès le berceau ! 
Qu'on me laisse dormir sans nom et sans couronne. 
Si, quand viendra la nuit, le monde m'abandonne, 

Tu veilleras sur mon tombeau ! 



208 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 



IX. 



LAIRE (Raymond). 



M. Raymond Laire, né à Saint- Paul-trois-Châteaux en 
1 848 , débuta dans les lettres par sa poésie Melpomène au 
tombeau de Ponsard (in-8° de 4 p., Vienne, 1867). L'année 
suivante il composa un petit poème sur Vienne, qui fut 
inséré dans un recueil poétique publié à l'occasion des fêtes 
de bienfaisance données par la ville de Vienne en 1868. Par 
la publication de son poème Macéda (petit in- 12 de 20 p., 
1869), M. Raymond Laire conquit une place honorable 
parmi les poètes de notre département. 

Un document intéressant pour l'histoire locale étant tombé 
entre les mains de notre jeune écrivain, il s'empressa de le 
livrer à l'impression , en le signant de son nom véritable, mais 
sans renoncer toutefois au pseudonyme avec lequel il avait 
signé ses œuvres poétiques. Voici le titre exact du docu- 
ment dont nous parlons : Etat des biens du monastère des 
Bénédictines de Sainte-Colombe -lès- Vienne, par A. L. 
Julien, d'après le manuscrit appartenant au cabinet de 
M. le D. r Brye (petit in-8° de 12 p., Vienne, 1874). 

Les salons de Vienne ont chanté pendant plusieurs hivers 
une romance au titre gracieux : Aimons ! et qui était due à 
l'auteur de Macéda. 

M. Raymond Laire va réunir incessamment ses poésies 
en volume. Mais, pour le moment, nous en sommes réduit 
à citer deux pièces, que nous avons choisies parmi celles 
qu'il a éparpillées dans divers journaux et revues litté- 
raires. 



POÈTES DE LA DROME. 209 



Le son du cor. 



J'aime le son du cor le soir au fond des bois. 
» [Alfred de Vigny.] 

Doux et triste le son du cor, les soirs d'été, 

Quand le voile des nuits tombe sur la cité. 

Doux comme un chant d'oiseau que de sa fraîche haleine 

La brise bercerait des coteaux à la plaine ; 

Triste comme un plaintif et long gémissement , 

Si doux qu'on se sent pris d'un attendrissement 

Voluptueux, qui vous mène au pays du songe, 

Et qu'on prête l'oreille au son qui se prolonge, 

Tandis que l'âme rit au bonheur défendu; 

Si triste qu'on voudrait n'avoir pas entendu, 

Tant il a d'amertume et de mélancolie. 

Le cœur, tout palpitant d'amoureuse folie, 

Du fond de sa nuit cherche un lendemain riant , 

Comme un pâtre au matin les blancheurs d'Orient. 

Puis c'est hier, avec ses regrets pleins de charmes, 

Qui reluit, et les yeux se remplissent de larmes. 

Doux et triste le son du cor. — Le dernier bruit 
De la cité s'envole aux souffles de la nuit ; 
Dans l'air tiède se fait l'ineffable accalmie 
Où semble respirer la nature endormie. 

Plus vague qu'un frisson courant dans les roseaux , * 
Discrète, pour ne pas éveiller les oiseaux, 
Triste et douce > parmi l'universel silence , 
Une musique au loin dans l'ombre se balance. 
C'est le cor d'Hernani , que rêvait dona Sol. 
Au fond des bois, pareil au chant du rossignol, 
Le son court dans la nuit calme et délicieuse, 
Exhalant de l'amour la plainte harmonieuse. 



2IO SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

C'est le cor de Roland , strident , précipité , 
Dont l'appel , aux échos de Roncevaux jeté , 
Sonne lugubrement dans les vallons sauvages. 
Alors , dans le lointain mystérieux des âges , 
J'évoque par le rêve une apparition, 
Vers qui s'en va mon cœur chargé d'affection , 
Et dont le vague attrait m'attendrit et m'enchante. 
C'est une belle enfant , bien douce et bien touchante , 
Qu'un tyran jaloux garde au sommet d'une tour 
De hauteur à lasser les ailes de l'autour. 
~ Voilà bien de longs mois qu'elle est là prisonnière ! 
Elle prie en songeant à son heure dernière, 
Car le bon Dieu la veut en son saint paradis. 
Pâle et blonde , avec des yeux bleus qu'ont agrandis 
Les larmes , tristement elle pense à sa mère , 
Au bonheur d'autrefois, qui n'est plus que chimère , 
Aux anges, aux démons, à la peur de l'enfer, 
Aux guerriers effrayants sous leurs habits de fer, 
Au bon soleil , aux grands arbres, aux libres courses 
Dans les bois, où s'éteint le murmure des sources, 
A la rencontre faite un jour d'un jouvencel, 
Aux vieux saints du vitrail, au merveilleux missel, 
Dont sa lèvre pieuse aimait baiser la page , 
Aux longs récits d'hiver, à la chanson du page, 
A tout ce qui peuplait le paternel manoir : 
Brillant passé, qui fait le présent bien plus noir ! 
Elle est ainsi priant et pleurant , la captive. 
Mais quel son a frappé son oreille attentive ? 
Écoutez ! le cor chante au loin sur le coteau ; 
Sa voix grave, éveillant le féodal château , 
jusqu'au donjon sinistre où gémit la souffrance 
Monte, monte et s'en vient parler de délivrance. 

Doux et triste le son du cor, les soirs d'été, 
Quand le voile des nuits tombe sur la cité. 



POÈTES DE LA DRQME. 2 1 I 



L'Aveugle. 

m 

Il a pour toit le ciel , la rue est son domaine. 

Il murmure, sans voir si nous les écoutons, 

Des prières toujours les mêmes. A tâtons 

Il va , morne, où le gré du hasard le promène. 

Il n'a de bon vraiment qu'un jour de la semaine : 

Le dimanche, où ses doigts serrent quelques jetons. 

— O Caïn ! c'est encore un de tes rejetons ; 

Il sait les profondeurs de la misère humaine. 

Sur son visage rude et son front basané 

On lit le calme , bien que le malheur sans trêve 

L'ait depuis sa naissance horriblement damné. 

Il entend comme un bruit d'océan sur la grève. 

Son œil , qui ne voit pas , toujours aux deux tourné , 

Erre dans l'infini vague et sombre du rêve. 



X. 



MONIER de LA SIZERANNE (Comte Henri). 



Ancien député de la Drôme, ancien sénateur, M . le comte 
Monier de La Sizeranne ne fut pas toujours absorbé par des 
préoccupations politiques. Dans sa jeunesse, il fit représenter 
deux pièces au Théâtre - Français : L'amitié des deux 
âges, comédie en trois actes, en vers (février 1826), et 
Corinne, drame en trois actes, en vers (septembre i83o), 



212 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

qui fut lu à l'Abbaye-aux-Bois, devant Chateaubriand et 
Madame Récamier. 

On trouve dans la Biographie du Dauphinê, de M . Rochas, 
la liste complète des publications littéraires et politiques de 
notre compatriote. Mais dernièrement il les a réunies en trois 
volumes (in-8° de 126 à 226 p., Valence et Nice, 1872-73), 
sous le titre de Recueil des écrits littéraires et politiques 
du comte Mortier de La Si\eranne, ancien député et ancien 
sénateur. 

Ne se trouvent pas contenues dans ce recueil les deux 
brochures suivantes, parues récemment : Au Maréchal de 
Mac-Mahon, — à l'Empereur Alexandre, — au Prince 
impérial (broch. in-8° de 16 p., Paris, 1875), et Lettre aux 
sectateurs de la Libre-Pensée (broch. in-8°de 8 p., Valence, 
1876). 

M. le comte de La Sizeranne est né à Tain en 1 797. 

Nous reproduisons la gracieuse poésie adressée par le 
grand-père à son petit-fils. 

A mon petit -fils, le jour de sa naissance. 

Rêve d'un père heureux , d'une mère ravie , 
Tu viens , et moi je pars : cher enfant , c'est la vie ! 
L'aïeul doit fairè place au nouvel arrivé. 
Mais chaque jour que Dieu peut m'avoir réservé 
Me trouvera formant le vœu que ta jeune âme 
Aux épreuves du temps se grandisse , s'enflamme 
Et te rende , plus tard , digne d'être de ceux 
Qui servent leur pays , et le servent le mieux. 



POÈTES DE LA DROME. 21 3 

Les quelques strophes suivantes ont été écrites à l'occa- 
sion du mariage de M. Uo de Larnage, nièce du poète. 

O Marie ! elle est arrivée 
L'heure qui t'appelle à l'autel, 
Où vers Dieu ton âme élevée 
Redescendra sur un mortel. 

Qu'aucun trouble, même éphémère, 
N'envahisse ton jeune cœur : 
Tu fis le bonheur de ta mère, 
Un autre fera ton bonheur. 

Si Dieu bénit la fleur qui tombe, 
Alors que l'encens monte aux cieux ; 
S'il bénit la blanche colombe 
Qui s'abrite dans les saints lieux ; 

S'il bénit l'âme où nul orage 
Jusqu'à ce jour ne pénétra ; 
S'il bénit enfin son ouvrage, 
O Marie ! il te bénira. 



XI. 



MORNANS (A. M. de) 



« Il n'existe plus de famille qui porte le nom de Mornans. 
» Si l'auteur de ces vers a caché le sien sous ce pseudonyme, 
» ce n'est pas qu'il redoute jamais de signer ce qu'il écrit ; 



214 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

» mais ses occupations , habituellement plus sérieuses , pa- 
» raîtraient peut-être aux yeux de certaines personnes 
» s'allier difficilement avec la poésie. » (Préface éCAlberte 
de Poitiers.) 

Nous n'arracherons pas le voile qui couvre ce poète, puis- 
qu'il désire laisser son nom dans l'ombre ; mais nous savons 
<ort bien qu'à côté de sa lyre de poète il possède la plume de 
l'historien. 

M. de Mornans a publié un petit poème : Alberte de 
Poitiers (broch. in-8°, Valence, i838), dont le sujet est 
tiré des annales du Dauphiné, et un recueil de poésies 
variées, sous le titre de Les Néolyres (i vol. in-16 de 137 
p., Valence, i838). 

L'Automne. 



On dit que de Léda l'oiseau mélodieux 
Dans les chants les plus doux à mourir se résigne. 
De la nature , hélas ! est-ce le chant du cygne ? 
Les beaux jours en sont-ils à leurs derniers adieux ? 

Jamais plus vivement les feuilles de la vigne 
N'ont encor découpé leur pourpre sur les cieux ; 
Le phare , en expirant , semble plus radieux : 
Est-ce la mort qu'aussi cet éclat nous désigne ? 

Les prés dans tout leur lustre apparaissent encor; 

Le peuplier royal verse des larmes d'or ; 

Le bois , à l'horizon , prend un manteau de flamme. 

Les monts sont couronnés de panaches vermeils... 

Ah ! que ces jours d'automne , à nos printemps pareils , 

Ont de mélancolie et d'attraits pour mon âme ! 



POÈTES DE LA DRÔME. 2l5 



XII. 



PERROSSIER (Le Commandant Ernest) 



La guerre d'Italie, à laquelle prit une part brillante M. le 
commandant Ernest Perrossier, de Romans, fut un sujet 
heureux qui lui inspira de nombreuses poésies pleines de 
patriotisme. En lisant ces pages vigoureuses, on sent que le 
poète sait tenir l'épée aussi bien que la lyre et qu'il peut 
dire, sans forfanterie, en parlant de batailles : « J'étais là; 
telle chose m'advint. » 

Aux poésies guerrières qu'il avait déjà composées l'auteur 
adjoignit celles que lui inspira sa sympathie pour la Pologne, 
et qui réunies formèrent un volume dont le titre est : Les 
résurrections (i vol. grand in-18 de i38 p., Paris, 1864). 
Ce recueil est complètement épuisé en. librairie. 

En 1873 M. le commandant Perrossier fut couronné aux 
Jeux floraux de Toulouse, pour son idylle Avril. Nous 
avons rarement lu une poésie plus gracieuse, et nous re- 
grettons bien vivement que la longueur de cette pièce ne. 
nous permette pas de la citer en entier. 

Après ce succès, notre poète eut l'heureuse idée de réunir 
en une brochure celles de ses poésies qui furent couronnées 
ou mentionnées dans divers concours de l'académie toulou- 
saine. Mais, comme ce recueil n'était destiné qu'à un petit 
nombre d'amis, l'auteur s'est contenté de le faire autogra- 
phier, ce qui en a. fait une rareté bibliographique. Ce petit 
volume porte pour titre : Académie des Jeux floraux. — 



2l6 SOCIÉTÉ D* ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Pièces couronnées ou distinguées dans divers concours 
(in-i6 de 44 p., Toulouse, 1873). 

Deux ans plus tard M. E. Perrassier publia un poème : 
Fabrice (in-8* de 14 p., Toulouse, 1875), qui fut remarqué 
au concours des Jeux floraux de 1875 et qui faillit procurer 
une fleur nouvelle à son auteur. 

Avril. 



Un éternel printemps sous un ciel toujours bleu. 

[Ballade de Mignon.] 

Avril renaît : les autans 
Ont fui devant le printemps; 
Le ciel est bleu, les bois sombres, 
Et sur les prés verdoyants 
Les peupliers ondoyants 
Étalent {purs grandes ombres. 

Le soleil longtemps voilé, 
Hier monarque exilé , 
A reconquis son empire 
Et baigne de ses rayons 
Les prés , les bois , les sillons 
Altérés de son sourire. 



L'oiseau reprend sa chanson , 
Et, sitôt que l'horizon 
D'un premier rayon se dore , 
Tous les hôtes des forêts 
Viennent , quittant leurs retraits , 
Faire leur cour à l'aurore. 



POÈTES DE LA DRÔME. 217 

• 

L'écho répète leur voix , 
Et la brise quelquefois 
Nous apporte sur ses ailes , 
Quand ils cessent de jaser, 
Le murmure d'un baiser 
Qu'échangent deux tourterelles. 

Mignonne, quand tout fleurit, 
Quand tout aime, chante et rit, 
Ne sens-tu pas dans ton âme, 
Comme un reflet enchanté 
De cette félicité, 
Passer une vive flamme ? 

Ne sens-tu pas que le cœur 
S'emplit d'un vague bonheur 
A ce parfum de jeunesse 
Qu'on respire au jour naissant, 
Et dont s'imprègne en passant 
Le zéphyr qui nous caresse ? 



Viens, mignonne : au fond des bois 

Chante une si douce voix 

Que le cœur bat à l'entendre ; 

Ce concert harmonieux 

A des sons mystérieux 

Qu'à deux nous pourrons surprendre. 



Tome XL — 1877. 15 



I 



2 1 8 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Mais je sens ta main trembler ; 
Je vois ton sein se gonfler 
De soupirs... ta voix s'altère... 
Pourquoi ces pleurs dans tes yeux ? 
Pourquoi ton front soucieux 
S'incline-t-il vers la terre ? 

Ai-je d'un. lointain regret 
Par quelque mot indiscret 
Réveillé la souvenance ? 
Est-ce qu'au fond de ton cœur 
J'ai d'une intime douleur 
Irrité la violence ? 

Non. Tu songes, n'est-ce pas? 
En effleurant de tes pas 
Le tapis vert des prairies , 
Que ces fragiles couleurs 
Dont l'éclat pare les fleurs 
Avant peu seront flétries. 

Quand ce gai soleil d'avril 
Retournera dans l'exil , 
Tu songes que l'hirondelle 
Fuira devant les frimas, 
Cherchant sous d'autres climats 
Une demeure nouvelle. 



Au lieu des folles chansons 
Que de buissons en buissons 
Le rossignol improvise, 
Tu frissonneras au bruit 
Si lugubre dans la nuit 
Des sifflements de la bise ; 



POÈTES DE LA DRÔME. 219 

Et dans les bois dépouillés 
Les grands arbres effeuillés, 
Par l'effort de là tempête 
A demi déracinés, 
Tordront leurs bras décharnés 
Comme les bras d'un squelette. 

Tu songes à tout cela 
Chemin faisant , et voilà 
Pourquoi ta bouche rieuse 
A perdu son gai babil; 
Comme au chemin de l'exil 
Tu marches silencieuse. 

Va , ne crains rien des autans , 
Mignonne : si du printemps 
Les roses sont desséchées , 
Celles que dans notre cœur 
Fait éclore le bonheur 
N'en seront point arrachées ; 

Car le coeur ne vieillit pas, 
Et ton bras peut sur mon bras 
S'appuyer sans défiance. 
Que nous importe l'hiver, 
Si d'un printemps toujours vert 
Dieu nous donne l'espérance ? 

Jusqu'à la fin de nos jours , 

Crois-moi , nous saurons toujours 

Chanter ce divin poème 

Dont le refrain est si doux 

Qu'on le répète à genoux , 

Et qui n'a qu'un mot : « Je t'aime î » 



220 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 



XIII. 



RIVIÈRE (Auguste) 



M. Auguste Rivière* n'appartient pas, croyons-nous, à 
notre département par sa naissance; mais par un long séjour 
parmi nous il a acquis droit de cité et peut donc figurer 
dans notre Petite anthologie. 

Nous ne connaissons de ce poète que ses Aubes et Cou- 
chants (i vol. in-8° de 159 p., Valence, 1874), où nous 
puisons les deux sonnets qui suivent : 



L'Art, c'est l'ami fidèle et qui ne ment jamais. 
Que des horizons noirs la brume réunie 
Monte, voilant l'azur, il a, lui , des sommets 
Que baigne des grands cieux la splendeur infinie. 

Rappelant du tombeau cette âme que j'aimais, 
Il la montre à mes yeux rayonnante, bénie; 
Il m'a tracé la voie où je vais désormais ; 
Il condense mes pleurs en perles d'harmonie. 

Et quand de nouveaux deuils effondrent mon chemin , 
Lorsque je bronche et tombe, il me prend par la main 
Et ranime en mon cœur mon courage qui sombre. 

— Gravis la rude pente où je guide tes pas, 
Me dit-il; sur le mont tu ne trouveras pas, 
Pour rayer le ciel pur, un seul nuage sombre. — 



POÈTES DE LA DRÔME. 221 

i 



Enfants, quand je vous vois, je souris et soupire. 
Vous chantez, vous dansez vos rondes, vous allez, 
Insoucieux, cueillant les bluets dans les blés, 
Et dans vos grands yeux purs le bleu du ciel se mire. 

Le temps fuit , l'âge vient , et votre joie expire. 
Courez, riez, enfants! Plus tard sombres, troublés 
Se lèveront les jours sur vos fronts accablés ; 
Plus tard des passions vous maudirez l'empire , 

Et vous direz alors : — Oh î que sont devenus 
Ces courses dans les champs , ces rires ingénus ? 
Fêtes et fleurs, quel vent vous a sitôt fanées ? — 

Jeune , j'ai comme vous pillé dans le buisson 

L'églantine, éveillé l'écho de ma chanson 

Que reste-t-il, hélas ! de ces fraîches années? 



XIV. 



SOUCHIER (Adèle). 



Une bonne fée a dû présider à la naissance de Made- 
moiselle Souchier, car ses débuts littéraires, si difficiles 
pour tous les auteurs , ont été sans aridité pour elle. Ses 
premières compositions parurent sous de simples initiales 
dans la Repue du Lyonnais, et c'est là que Joséphin Sou- 



222 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

lary, réminent poète, les ayant remarquées, voulut con- 
naître la plume qui les avait écrites.. 

Sur les vives instances de l'auteur des Figulines et des 
Éphémères, M. lle Souchier se décida à réunir et à publier 
sous son nom ses premières poésies , et c'est grâce à cette 
intervention que nous vîmes éclore Les Roses du Dauphiné 
(i vol. in-12 de 323 p., Lyon, 1870). 

Notre poète nous a donné aussi deux volumes en prose : 
une nouvelle, La Fontaine du diable (in-8° de 84 p., Lyon, 
1872), et un roman, Denise de Romans et Guillaume des 
Autel\ (in-16 de 285 p., Paris, 1875), dont les sujets sont 
essentiellement dauphinois. D'ailleurs, il règne dans toutes 
les publications de M." 6 Souchier un profond amour de 
notre chère province, et plus spécialement encore dans le 
dernier recueil poétique publié sous le titre : Branches de 
lilas offertes à mon pays (in-16 de 239 p., Paris, 1874). 
« A mon beau Dauphiné j'ai consacré ma lyre, » nous dit 
l'auteur dans ce volume, et jamais affirmation ne fut plus 
véridique. 

La Société littéraire, historique et archéologique de 
Lyon voulut avoir parmi ses membres le poète dont elle 
aimait les chants et qui avait si souvent célébré sa ville. Ce 
désir dut flatter M. Ue Souchier, car, depuis M. me Desbordes- 
Valmore, aucune femme ne fit partie de cette Société. 

Disons, en terminant, que Mistral et Soulary ont dédié 
plusieurs pièces à l'auteur des Roses du Dauphiné et des 
Branches de lilas. 

M. 1Ie Adèle Souchier est née à Romans, mais elle est 
devenue Valentinoise par sa résidence. 



POETES DE LA DROME. 223 



A Mademoiselle Agar 

Après l'avoir entendue à Valence. 

O prêtresse de l'Art , ô muse aux noirs cheveux , 
J'admire ton talent, véritable merveille. 
Toi , le brillant écho des accents généreux , 
Tu nous as (ait bénir notre maître Corneille. 

Ah ! c'est dans ton pays, le noble Dauphiné, 
Que Ton vient t'applaudir, grande tragédienne. 
Écoute les bravos de ce jour fortuné 
Où ta province émue a dit : « Agar est mienne ! » 

Ton profil est si pur, si fièrement romain ! 
Nous aimons ta beauté t nous aimons ton génie , 
Les éclairs de tes yeux , le geste de ta main , 
Ta voix vibrant ainsi qu'une mâle harmonie. 

Si l'on te fait partout un chaleureux accueil , 
Frémissant devant toi , ma brûlante Camille, 
Si Rachel, à ton nom, tressaille en son cercueil/ 
Le beau sol de Ponsard te réclame pour fille. 

Comme la Melpomène antique , tu nous dis 
Des vers que les lettrés écoutent dans l'ivresse , 
Oui, de sublimes vers, retentissants, hardis. 
Le souffle d'Apollon t'anime et te caresse. 

Les plus beaux jours de l'Art renaissent à ta voix. 
Que la France reprenne enfin sa forte sève , 
La moelle des héros qu'on avait autrefois, 
Et qu'à ton fier aspect tout un peuple se lève ! 



1 

1 1 

* 

1 

I 



224 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Les Alpes dauphinoises. 

O mes belles Alpes bleuâtres, 
Que les artistes idolâtres 
Adorent au fond de leurs cœurs , 
Vous que je vois de ma fenêtre, 
Souvent vous me faites connaître 
Toutes vos royales splendeurs. 

Après les perles de l'aurore, 
Le soleil du matin vous dore 
De mille reflets radieux; 
Sur le granit de votre faîte 
L'aigle vient reposer sa tête, 
Portant le tonnerre des dieux. 

C'est là qu'il pousse un cri sauvage 
D'indépendance et de carnage, 
Hymne ardent à la liberté. 
Roi des Alpes , je te salue, 
Toi qui t'élèves dans la nue 
Avec tant de fière beauté. 

Dieu, qui veille sur un brin d'herbe, 
A créé votre front superbe, 
Front d'améthyste ou de lapis. 
En bas sont d'agrestes fleurettes , 
Œillets, pervenches, violettes, 
Digitales, muguets et lis. 

On aspire dans votre espace 
Une douce brise qui passe 
Comme passe un frisson d'amour. 
Nobles Alpes , c'est votre haleine ; 
De cent arômes elle est pleine, 
Elle rafraîchit nuit et jour. 



POÈTES DE LÀ DRÔME. 225 



Sous votre fiobe virginale, 

Votre voile de neige pâle 

Vous avez des attraits nouveaux. 

Toujours brillantes, élancées, 

Vous ressemblez aux fiancées , 

Blanches fleurs sous de blancs manteaux. 

Oui, dans votre horizon immense 
La grandeur de Dieu , sa puissance 
Se révèlent à chaque instant. 
Vous êtes son œuvre sublime, 
Comme le cèdre dont la cime 
Tremble près du gouffre béant. 

Écoutez la voix des rafales , 
Qui redit, de ses accents mâles, 
Votre gloire des temps passés. 
O monts à la mine orgueilleuse, 
Dans son allure impétueuse 
Annibal vous a traversés f 

Ah f vous retentissez encore 
Du nom éclatant et sonore 
Des Dauphins, rudes guerroyeurs. 
Jaloux de leurs Alpes si belles , 
Ils s'en faisaient les sentinelles. 
On craignait ces hardis seigneurs. 

Dans les archives delphinales 
De ces époques féodales 
On retrouve leurs fiers exploits; 
Et sur les massives tourelles 
Viennent gémir les hirondelles, 
Comme pour pleurer sur ces rois. 



2 26 SOCIÉTÉ d'aBCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQCE. 

Vous avez vu plus d'un orage 
Depuis ce douloureux pac«gf» 
D'un saint vieillard , d'un vrai martvr. 
Avez-vous besoin qu'on le nomme ? 
Auguste pontife de Rome , 
Il souffre et ne sait que bénir. 

Voici le temps de la victoire 
Qui grandit encor dans l'histoire , 
Voici le moderne César î 
Les Alpes et les Pyramides 
Tressaillent sous ses pas rapides; 
L'enthousiasme suit son char. 

O mes belles Alpes bleuâtres , 

Mieux vaut le doux chant de vos pâtres 

Respirant un calme enchanteur, 

Mieux vaut une vie écoulée 

Au fond d'une pauvre vallée 

Que l'éclat même d'un vainqueur* 



XV. 



VIEL (Momce). 



Etant encore sur les bancs du collège, M. Morice Viel 
publia son poème Les Nonnes du lac (in-8 c de i5 p., Mon- 
télimar, 1870). C'était là une vocation précoce. Il recueillit 
ensuite pendant plusieurs années tous les documents qu'il 
put se procurer sur Puygiron, son pays natal, toutes les 
légendes qui s'y rattachaient, et il écrivit l'historique de son 



POETES DE LA DROME. Î2*J 

village, sous le titre de : Au bord du Jabron (in-8 ft de 172 p., 
Montélimar, 1875). On trouve dans ce volume un conte tout 
en vers parfaitement écrit , Jean Bridante, qui fait épanouir 
sur les lèvres du lecteur le rire gaulois de Rabelais. 

En dernier lieu , notre jeune poète a livré à l'impression 
un petit poème plein d'humour : Les glands de Fanchette 
(in-8° de i5 p., Montélimar, 1876). 

Nous savons que M. Viel a sur le chantier plusieurs 
ouvrages importants, entre autres un recueil de poésies; 
aussi, afin de ne pas citer des fragments de poèmes, avons- 
nous dû glaner les vers suivants dans diverses feuilles pé- 
riodiques. 

Les feuilles jaunes. 

I 

Les voyez-vous les feuilles jaunes 
Au moindre souffle, ce matin, 
Se détacher du front des aunes 
Et valser le long du chemin ? 

Les voyez-vous ? Ainsi naguère, 
Pour venir valser dans le bois , 
De la demeure de leur mère 
Elles s'échappaient toutes trois... 

Marguerite, Clotilde, Hermance, 
C'étaient leurs noms. — Je crois les voir, 
Quand sur la mousse, après la danse, 
Nous nous reposions chaque soir... 

Oh ! comme le temps passait vite 1 
Que de chants, de rires, de jeux !,.. 
— Etait-ce le vent , Marguerite, 
Qui dénouait vos longs cheveux ? 



* __ : 



228 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE, 



II 



Les voyez-vous les feuilles jaunes , 
Au moindre souffle, ce matin , 
Se détacher du front des aunes 
Et valser le long du chemin ? 

» 

Pauvres feuilles , tombez des branches. 
Pour nous, sous les arbres touffus, 
Avec les filles aux mains blanches 
Nous ne danserons jamais plus. 

Adieu les doux regards de flamme , 
Adieu les rêves d'aVenir ! 
Clotilde est maintenant Madame, 
Hermance va le devenir... 

Et Marguerite ? La mignonne 
Au couvent voisin vient d'entrer... 
Mais mon œil se mouille... En automne 
Qu'on est bête ! Un rien fait pleurer... 



A Mademoiselle Adèle Souchier. 

Nous cueillerons les lilas et les roses. 

[Valse connue.] 

En ce monde pervers j'aime plus d'une chose: 
Les femmes, les oiseaux, les bois, le firmament, 
Le vent même , l'hiver, — lorsque ma porte est close 
Et que mon bois est sec, tout naturellement. — 



POETES DE LA DROME. 229 

J'aime les fleurs aussi; — mais, pour certaine cause, 
Il en est deux surtout que j'aime éperdument. 
Lesquelles ? direz-vous. — Le lilas et la rose , 
Comme dans le vieil air de valse, absolument... 

Cet amour-là remonte au temps où votre plume 
Leur prit à toutes deux le titre d'un volume 
Plein de vers délicats, sublimes ou touchants. 

Depuis lors, quand je vois la fleur, songeant au livre, 
Je sens aux voluptés du parfum qui m'enivre 
S'ajouter la douceur céleste de vos chants. 



Sans doute, le département de la Drôme ne possède pas 
que les quinze poètes que nous venons de nommer ; mais, 
si nous passons les autres sous silence , c'est qu'ils n'ont 
publié que quelques bluettes éphémères , disparues avec les 
neiges d'antan. 

Cependant , si par hasard nous avions omis un poète vé- 
ritable, qu'il veuille bien nous pardonner, en songeant que 
nous avons péché par ignorance. 

Jules SAINT-RÉMY. 



230 SOCIÉTÉ d'abghédlogie bt m STATXSTIQUS. 



Kscwraoss 



DECOUVERTES A VAISON. 



Nous recevons de M. Allmer la communication suivante : 

Yaisox. — Minuscule autel trouvé à Taison; actuellement 
dans la collection de M. Eugène Raspail, à Gigondas. 

M- 

SCOTA 

VS V 
S LM 

Lettres de forme rustique , assex grossièrement gravées ; l'A 
de la deuxième ligne à barre tombante parallèlement au jam- 
bage gauche. 

M..... (?,, Scotavus votum solvit libens mcrito. 

« A M (?), 

» Scotavus avec reconnaissance en accomplissement de son 
9 vœu. » 

A quelle divinité dont le nom commençait par une M était 
dédié ce petit autel ? Très-probablement à Mercure ou à Mars. 
Le culte de Mercure à Vaison est affirmé par deux inscriptions 
qui en proviennent (Long, p. 144, 198) et sont aujourd'hui au 
musée d'Avignon; celui de Mars, par une inscription de 
Vaison, consacrée MARTI ET VASIONI ( Id., p. 68). actuel- 
lement perdue. 



INSCRIPTIONS DIVERSES. 231 

Les déesses Mères ou Mères augustes pourraient peut-êjre 
aussi le revendiquer pour elles. Une inscription en leur hon- 
neur a été autrefois découverte à Yaison (Id., 68). 

Le nom du dévot SGOTAYS est un nom barbare. Il apparaît, 
croyons-nous, pour la première fois. Nous pensons qu'il doit 
se lire Scotavus, de même que BATAVS, FLAVS, PRIMITIVS, 
etc., doivent se lire Batavus, Flavus, Primitiws. Ce n'est pas 
une orthographe fautive , c'est l'observation d'une règle men- 
tionnée par Quintilien (1, 7; voy. Renier, Mil. d'épigr., p. 66), 
qui autorisait la suppression ou le remplacement par o du v 
voyelle à côté du v consonne. On voit , par cette faculté du 
remplacement (Yu par o, que Vu des anciens se prononçait avec 
le son de Yo, et, par la faculté de sa suppression, que ce son 
identique à celui de Yo se rapprochait beaucoup de celui de 
notre e muet. On ne concevrait pas la possibilité de supprimer 
une voyelle à. son plein et fortement accusé. Dans notre langage 
vulgaire, l'élision de Ye muet entre deux consonnes est des 
plus fréquentes. 

* * 

Vaison. — Tablette carrée, trouvée également à Vaison et 
passée pareillement dans la collection de M. Eugène Raspail. 
La partie supérieure est décorée d'une rainure décrivant une 
ligne cintrée au-dessus de l'inscription. 

d m 
PRIMVLI PRIMI F 
IN AGROPXXV 
IN FR • P XII 

Diis Manibus Primuli, Primi filii. In agro pedes XXV; in fronte 
pedes XII. 

t Aux dieux Mânes de Primulus, fils de Primus. 

» Vingt-cinq pieds dans le champ ; douze pieds de front. » 

L'individu rappelé par cette épitaphe était de condition libre. 



232 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE 8TATISTIQUE. 

Esclave ou affranchi , il n'y aurait pas eu lieu , à son égard , à 
la mention de la filiation. Il n'est toutefois désigné que par son 
surnom , et son père n'est désigné aussi que de la même ma- 
nière ; c'est que le nom se lisait sur quelque autre inscription 
appartenant au même monument sépulcral , sans doute com- 
mun à plusieurs membres de la famille. On voit que son 
surnom était emprunté par diminutif à celui de son père , con- 
formément à un usage très-répandu. 

C'était l'usage aussi de placer les tombeaux le long des 
chemins. Le terrain funéraire de celui dont il s'agit, terrain 
probablement enclos, avait douze pieds infronte, c'est-à-dire 
du côté qui bordait le chemin; il avait en s'en éloignant, 
c'est-à-dire in agro, vingt-cinq pieds. 

Ces deux inscriptions ont été , dit-on , extraites du fond d'un 
puits. 

A. ALLMBR. 



l'imprimerie A TOURNON. 233 



L'IMPRIMERIE A TOURNON 



Perdue dans ses montagnes, où les châteaux forts, en 
ruines depuis les guerres de religion, dominent le cours des 
torrents, dépourvue de voies de communication et de villes 
importantes, absorbée de bonne heure dans le vaste terri- 
toire du Languedoc, qui lui donna, aux points de vue 
administratif et judiciaire, deux capitales lointaines, Tou- 
louse et Montpellier, la petite province du Viyarais ne pré- 
sentait aucune des conditions nécessaires à l'existence d'un 
centre littéraire. Si Tournon fit un moment exception, il dut 
ce privilège à des causes toutes particulières. La position de 
cette ville sur le grand fleuve lui ouvrait le facile accès de 
toutes les directions; elle était le chef-lieu de petits états 
s'étendant sur les deux rives dû Rhône. 

La maison de Tournon , qui avait perdu son allodialité 
sous Philippe-Auguste et accolé, en signe d'allégeance, au 
lion primitif de son écu les fleurs de lis de France, s'élevait 
au XVI e siècle au plus haut point de splendeur et de puis- 
sance. Le cardinal, l'illustration de cette antique race, mi- 
nistre sous François I er , Henri II, François II et Charles IX, 
doyen du sacré collège, gouverneur en même temps qu'ar- 
chevêque de Lyon, entraîné par les affaires de l'État, qu'il 
domina de longues années, résida rarement à Tournon; 
mais sa sollicitude n'oublia ni sa ville natale , ni le manoir 
féodal de ses ancêtres, sur lesquels il se plut à répandre 
une bonne partie du revenu de ses opulents bénéfices. Du 
château , que sa nièce , la vaillante Claudine de La Tour- 
Tome XL — 1877. 16 



2 34 société d'archéologie et de statistique. 

Turcnnc, allait bientôt agrandir dans le style florentin, alors 
en vogue, il fit un Louvre en raccourci. Il remplit la grosse 
tour, qui retint le nom de tour des Marbres, de statues 
antiques, de tableaux précieux apportés d'Italie. Aimanta 
s'entourer de savants et d'artistes , il avait ramené de Rome 
un élève de Raphaël, le Florentin Jean Capacin (ce nom sans 
doute a été francisé), dont la renommée s'est éteinte dans 
l'obscurité de la province. Paul Sévin parie avec admiration 
des tableaux de ce peintre , conservés de son temps à l'église 
paroissiale de Saint-Julien, dans la chapelle et à la biblio- 
thèque du collège *. Il fut le maître de Martel- Ange, frère 
du Jésuite Etienne Martellange, architecte célèbre par la 
construction de plusieurs églises de Tordre. 

Protecteur des savants appelés en France de tous les 
points de l'Europe, le cardinal, qui obtint de François I er 
l'établissement de la bibliothèque et de l'imprimerie royales, 
se préoccupait de l'instruction publique avec l'ardeur qu'il 
apportait en toute chose. D'accord avec son neveu Just 1 er , 
il fonda en i536 le collège de Tournon. Il fit venir comme 
principal Jean Pélisson, prêtre originaire de Condrieu, au- 
teur d'une grammaire latine en faveur à cette époque. Les 
maisons d'éducation étaient rares alors, et Tournon réunit 
bientôt douze cents élèves, la plupart externes, logés chez 
les bourgeois de la ville. Mais les idées de la Réforme furent 
introduites au milieu d'eux par des professeurs venus de 
divers endroits de France et d'Allemagne. Le cardinal, 
visitant son collège en revenant de Rome, fut accueilli par 
des huées. En voyant le triste résultat de ses efforts, des 
larmes amères échappèrent à ce vieux lutteur habitué à re- 
pousser l'hérésie d'une main inflexible. Il prit un moment 



(i) Capacin ou Capassin vivait encore à Tournon en i554. Il avait épousé 
Marguerite du Myet, veuve d'un bourgeois de cette ville nommé Gabriel 
Giraud. 



l'imprimerie A TOURNON. 235 

la résolution de transformer en grenier public destiné à 
la nourriture des pauvres cette maison, qui avait si mal 
répondu à ses espérances. Mais, sur les observations de 
Pélisson lui-même, il se détermina à confier à la Société 
naissante des Jésuites rétablissement qu'il avait fondé. 
Pontan fut le premier recteur. Sous sa direction les Pères 
Edmond Auger, devenu plus tard célèbre , Claude Mat- 
thieu, Antoine Tracose, Jacques Silvestre, J. B. Viole, 
Annibal de Codret , Etienne Mirabel enseignèrent la théo- 
logie, la logique, la physique, les mathématiques, la rhéto- 
rique et la grammaire. Une bulle du pape et des lettres 
patentes de Charles IX, en date du 23 décembre 1662, 
érigèrent le collège en université, avec licence de conférer 
les grades, droit qui fut retiré en 1626, sur les réclamations 
des universités voisines. Entre ces deux dates se place la 
plus grande prospérité de rétablissement. Le nombre des 
étudiants s'éleva bientôt à deux mille. Le cardinal légua au 
collège sa magnifique bibliothèque, qui périt dans les in- 
cendies de 1649 et du 3 avril 17 14. Là fut anéanti un ma- 
nuscrit de saint Marner, archevêque de Vienne *. Selon son 
intention , le corps* du cardinal , mort à Saint-Germain-en- 
Laye, fut inhumé dans l'église du collège, où Ton voyait 
encore son épitaphe avant la Révolution 2 . 

Par son alliance avec Jeanne de Vissac, Just I ,r avait 
apporté dans sa famille la charge héréditaire de sénéchal 
d'Auvergne. Plusieurs de ses descendants furent lieutenants 
généraux pour le roi en Languedoc ou en Dauphiné. Dans 



(1) Chaxvet, Histoire de l'église de Vienne, p. 72. 

(2) L'histoire du cardinal de Tournon a été écrite par le Jésuite Charles 
Fleury, né à Tain, le 29 janvier 1692, mort à Romans, le 7 août 1768. 
M. le marquis de La Jonquière, ancien préfet, prépare une nouvelle vie du 
cardinal , d'après les manuscrits de la Bibliothèque nationale. 



236 société d'archéologie et de statistique. 

toute la région les Tournon devinrent les missionnaires 
armés de la foi catholique. En i562, du haut des remparts 
du château , Claude de La Tour, dame d 1 honneur de la reine 
Marguerite de Valois , dont nous avons déjà parlé , assista 
au sac de la ville par le baron des Adrets, à la profanation 
des vases sacrés , mis à l'encan sous ses yeux en signe de 
défi. Selon les rudes coutumes du temps, elle tira bientôt 
une vengeance éclatante des huguenots restés dans la ville 
après le départ de leur chef. 

Le fils de l'héroïne, Just-Louis I er , maintint à Tournon, 
malgré un arrêt du parlement de Paris du I er octobre 1597, 
les Jésuites, alors bannis de France. Menacé de la confis- 
cation de ses biens et de ses charges, il tint bravement tête 
à l'orage et entraîna dans sa cause le parlement de Toulouse, 
outré de voir que l'on empiétait sur sa juridiction. Dès le 
28 novembre, le pape lui-même intervint, protestant par 
l'intermédiaire de son légat, et quelques mois plus tard il 
recommandait avec beaucoup de chaleur le seigneur de 
Tournon à l'ambassadeur de France. La rentrée des Jésuites 
dans le royaume termina bientôt cette affaire '. Du reste, 
pendant le conflit, M. de Tournon paraît n'avoir rien perdu 
de la confiance et de l'estime de Henri IV, dont la sagesse 
ne se laissait pas aller à l'irréflexion des passions populaires, 
ni à l'animosité des magistrats parisiens. Aussi, sans trop 
forcer la note, le P. Jean Arnoux, prononçant, le 29 juillet 
16 10, dans la collégiale Saint- Julien de Tournon, l'oraison 
funèbre du grand roi, devant le comte de Tournon, a-t-il 



(1) Le marquis de Wargemont, Œuvres diverses, Basle, 1783, Description 
géogr. et hist. de la ville de Tournon, p. i5i. — Le P. Prat, Recherches 
historiques et critiques sur la Compagnie de Jésus en France au temps du 
P. Cotton, Lyon, 1876, t. 1", p. 336-356. — Dépêche orig. de François de 
Luxembourg au roi , Rome le 7 mars 1*598 (en notre possession). 



l'imprimerie a tournon. 237 

pu dire : « Quel estoit le crédit de voz mérites vers un roy 
qui, pouvant tout, ne vouloit autre chose que ce que vous 
vouliez, et sur cela laissoit choquer et débattre les hommes 
pour et contre vostre personne pour faire ouvrir les yeux à 
l'amitié qu'il vous portoit et au cas qu'il faisoit de voz vertus, 
fidélité à la coronne, services anciens et nouveaux rendus à 
sa maison et au sceptre françois *. » 

L'imprimerie à Tournon fleurit et décroît avec l'université 
et le milieu littéraire qui s'était formé autour des Jésuites ; 
elle achève de disparaître en même temps que ses protec- 
teurs, les seigneurs de Tournon. Il semble qu'en dépouillant 
le château des trésors d'art qu'il contenait, les successeurs 
indifférents de la petite dynastie autochthone emportent avec 
eux l'âme et la prospérité de la vieille cité. 

M. Rousset, avoué à Tournon, mort il y a une trentaine 
d'années, s'était le premier préoccupé de recueillir les livres 
sortis des presses de cette petite ville. Nous ignorons ce 
qu'est devenue sa collection, qu'il ne nous a pas été donné 
de parcourir. L»'auteur du Dictionnaire de géographie à 
l'usage du libraire et de V amateur de livres *, M. P. Des- 
champs, a, d'après nos indications, donné sur ce sujet quel- 
ques renseignements sommaires, où s'est mêlé plus d'une 
erreur, que nous relèverons en son lieu. Déjà connu par 
d'intéressants travaux sur le Vivarais, M. Henri Vaschalde 
va publier dans la nouvelle Revue du Dauphiné une bi- 
bliographie du département de l'Ardèche, que Tournon, 
comme on devait s'y attendre , remplit presque en entier. 
Si, à notre tour, nous nous décidons à livrer au public le 
résultat de recherches commencées depuis bien des années, 



(1) Les oraisons et discours funèbres de divers auteurs sur le trespas de 
Henry le Grand, par G. du Peyrat. Paris, 161 1, i* partie, p. 69. 

(2) Paris, Didot, 1870, gr. in-8°. 



î38 société d'archéologie et de statistique. 

c'est qu'ayant à parler d'une localité qui est presque la nôtre, 
nous avons pu consulter des documents jusqu'ici inconnus 
et que nous aurons peut-être la chance d'apporter quelques 
éléments nouveaux. Notre modeste essai servira donc, et 
ce sera son excuse, à compléter sur certains points l'étude 
de notre consciencieux confrère. 

Avant de procéder, en quelque sorte, à l'inventaire des 
livres sortis des presses tournonnaises , et avant de discuter 
la date précise de l'introduction de l'imprimerie en Vivarais, 
nous allons, pour plus de clarté, donner la chronologie 
succincte dès imprimeurs et des libraires parvenus à notre 
Connaissance. En i586 nous trouvons Thomas Bertrand, 
libraire. En i588 apparaît l'imprimeur Claude* Michel, que 
nous ne rencontrons plus après 1620. C'est lui, sans con- 
tredit, qui a donné le plus grand essor à la typographie dans 
la ville dont nous nous occupons. Sur le frontispice de son 
édition des Confessions de saint Augustin, i588, on voit la 
marque suivante : Une tour sur un rocher chargé en cœur 
des armoiries des Jésuites, environnée de la^devise : Turris 
fortissima. Aux quatre coins de la devise une tête d'ange. 
La même année, on rencontre le même motif beaucoup plus 
orné sur une édition des harangues latines du Jésuite Va- 
lencien Perpinan. Cette fois l'emblème de la Compagnie est 
surmonté du Saint-Esprit (cimier des armes de la ville de 
Tournon) et accosté de trophées. Du milieu de la tour s'élève 
un donjon. A droite de l'écusson et au-dessous des armoiries 
du cardinal de Tournon la religion foule le démon aux 
pieds, tandis que du côté opposé le blason de M. de Tour- 
non , comte de Roussillon (écartelé au 1 et 4 de Tournon , 
au 2 et 3 de Roussillon, sur le tout de Vissac), est placé au- 
dessus d'une figure allégorique, symbolisant sans doute la 
force , tenant de la droite un miroir et s'appuyant de l'autre 
main sur un écu , qui semble chargé du lion de Tournon. 



l'imprimerie a tournon. 239 

A côté de Michel, typographe de l'université, se place 
nécessairement son collaborateur le plus important, et le 
plus actif,, le libraire Guillaume Linocier. Originaire de 
Tournon % il était établi en 1687 à Paris et Ton voit son 
nom sur diverses publications de circonstance qu'il édita et 
dont une au moins prouve qu'il n'avait pas oublié sa pro- 
vince 2 . Il se fixa en 1589 dans sa ville natale, appelé sans 
doute par les Jésuites. Il avait son habitation rue Bozonnet, 
comme nous le voyons dans le cadastre de Tournon de 1648, 
t° i3o. L'Antéchrist démasqué, de Claude Caron, porte la 
marque ci - après : Sur un ovale un personnage de profil 
tourné à droite et drapé de vêtements flottants verse de TeaU 
d'une aiguière dans un vase. Devise : Imbuta recens servabit 
odorem. En haut et en dehors du cadre, d'un côté un pal- 
mier, de l'autre deux branches de laurier retenues par un 
lien flottant; en bas, à droite de l'écu un rhinocéros, à gauche 
un lion vu de face. D'autres fois , comme pour •/. Tardini 
disquisitio physiologie* de pilis, 1609, ces ornements ex- 
térieurs sont remplacés par des bouquets de fleurs. Sur le 
titre de L'âme dépote délaissant le corps, par le P. Richeome, 
1 593, où les noms de Claude Michel et Guillaume Linocier 



(1) Nous possédons un exemplaire d'un livre intitulé : Histoire des 
plantes, traduite du latin en françois, avec leurs portraicts, noms, qualité^ 
et lieux où elles croissent, a laquelle sont adroutées celles des simples aro- 
matiques, animaux a quatre pieds , oiseaux, serpent et autres bettes veni- 
meuses , ensemble les distillations. Avec deux tables, Vune des mots latins, 
Vautre des françois, par Geofroy Linocier, médecin de Tournon en Vivarois. 
A Monseigneur dt Tournon. A Paris, chez Charles Macé, au mont Saint- 
Hilaire, à l'enseigne de la Pyramide, M.D.LXXXUII, avec privilège du roy. 
In- 16, fig. sur bois. — Geofroy Linocier exerçait la médecine à la Ferté-sous- 
Jouare, ainsi que nous l'apprend la dédicace au comte de Tournon. Il devait 
être parent du libraire. 

(2) Catalogue de l'histoire de France (Bibliothèque nationale, département 
des imprimés), t. r r , LI, 34, N.° 343 (La prise d'Aubenas, ville capitale du 
Vivarois, par M. le comte de Tournon), 363, 366, 391, 392. 



24O SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE* ET DE STATISTIQUE. 

sont réunis, on voit les armes des Jésuites, avec la devise : 
In nomine Jesu omne genu flectatur. 

. En 1604 le nom de Thomas Soubron apparaît, après 
celui de Claude Michel, qui se Tétait sans doute associé. 
Sur l'édition des Diverses leçons de Pierre Messie, imprimée 
cette année-là même, ils ont pour marque collective : Une 
main issant d'un nuage à gauche de l'écu et tenant un 
compas ouvert dans un cadre ovale portant cette devise : 
Tout par compas. Aux quatre angles, des enfants nus ayant 
dans leurs mains des instruments de mathématiques. Quel- 
quefois , comme dans la Théologie naturelle de Raymond 
Sebbon, traduite par Montaigne, i6o5, la devise est sup- 
primée. Après 1608 je ne trouve plus Soubron, qui se sera 
brouillé avec son associé. 

Un certain nombre de volumes portent l'indication de 
libraires, dont plusieurs ne sont pas cependant établis à 
Tournon : en 1595 , Jacques Faure, à Avignon; en 1606 et 
1614, le célèbre Horace Cardon , libraire à Lyon; en 161 3, 
Gabriel Roy; en 1614, R* Reynaud, à Arles; en 1628, 
Pierre Drobet, à Lyon ; en i633, Laurent Durand, (à Lyon ?}; 
en i638, Antoine Pichon. Laurent Durand a seul une mar- 
que (Aphorismi inquisitorum) : Le char du soleil, avec la 
devise : Invia virtuti nul la est via. En bas, à gauche, un 

écusson ovale de à la fasce de , accompagné en 

chef d'un soleil rayonnant de et en pointe d'une mon- 
tagne surmontée de trois étoiles de A droite, le mono- 
gramme du libraire. Quelques-uns de ces livres ont dû être 
imprimés par Claude Michel, d'autres par Germain Long, 
dont les hoirs possédaient une maison dans la grand'rue 
tendant au collège (Cadastre de 1648-1649, folio 143). Enfin 
un au moins sort des presses d'Alexandre de La Clostre, 
bourgeois de Valence. 

(A continuer.) Anatole de GALLIER. 



UNE MEPRISE GEOGRAPHIQUE: 24 1 



TOURNON ET COURTHENAY 

OU 

UHJE M&FSJSE GÉOG%^PHIQUE. 



Le Spicilége et le Recueil de D. Bouquet ' renferment 
l'un et Pautre deux chartes qui, citées, commentées et quel- 
quefois reproduites par les divers historiens de l'église métro- 
politaine de Lyon ou du Vivarais à l'époque carolingienne, 
ont donné lieu à une méprise aussi générale qu'excusable. 

Émanée de Charles, troisième fils de l'empereur Lothaire 
et roi de Provence (855-863), la première est une reconnais- 
sance des droits de l'église de Lyon sur le château ou ville 
de Tornone, qnod situm in pago Lugdunensi juxtàfluvium 
Rhodanum, à elle restitué jadis par cet empereur. L'autre, 
qui est un corollaire de la première, porte confirmation par 
Lothaire II, frère et héritier de Charles (863-869), des 
droits et actions de cette même église sur Turnonem et 
Curtenacum, cum ecclesiis, villulis ac rébus et mancipiis. 

Tournon, ville importante de l'ancien Vivarais, aujour- 
d'hui chef- lieu d'un arrondissement du département de 
l'Ardèche, étant sur le Rhône , les auteurs de Y Histoire de 
Languedoc se sont empressés de lui faire honneur de ces 
chartes 2 , et les historiens venus après eux n'ont pas manqué 
de suivre cet exemple, la plupart sans même songer aux' 
objections qui leur pouvaient être faites. Seul, M. le cha- 



(1) Spicilége, t. xii; — Rer. Franc, script., t. vin, p. 33c, 410. 

(2) D. de Vie et D. Vaissette, Hist. de Languedoc, 1. 11, p. 282. 



242 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

noine Rouchier % tout en se rendant à l'évidence de ce qu'il 
croit être un fait, s'étonne de l'ancienneté qui résulte de ces 
actes pour une ville dont il ne lui est pas possible d'établir 
l'existence avant le IX* siècle. A l'aide de deux chartes du 
cartulairede Saint-Chaffre, dont une (956-974) contient la 
donation d'une manse in pago Lugdunensi, in vicaria 
Soionense, l'autre, celte de l'église de Macheville *, in pago 
quondam Lugdunensi, quod nunc est in episcopatu Valen- 
tinensi 3 , il constate, avec non moins d'étonnement, que lç 
pagus Lugdunensis comprenait alors toute la partie du 
diocèse de Vienne et presque toute celle du diocèse de 
Valence qui étaient sur la rive droite du Rhône, Macheville 
et Soyons ayant jusqu'en 1790 fait partie de ce dernier 
diocèse. 

Quant à M. Auguste Bernard, appelé à se prononcer sur 
cette question dans sa Nomenclature des subdivisions du 
diocèse de Lyon et des pays circonvoisins , aux IX e , X e et 
XP siècles 4 , il admet sans commentaire que le Tornone de 
Charles , roi de Provence , et le Turnonem de Lothaire sont 
bien Tournon en Vi va rais, mais pour en conclure que, 
comme dans les chartes du cartulaire de Saint-Chaffre dont 
il a été question plus haut , la mention in pago Lugdunensi 
est incontestablement le résultat d'une inadvertance de scribe, 
qui a mis Lugdunensi pour Viennensi. 

Cette" hypothèse est d'autant plus vraisemblable , pour ce 
qui regarde les chartes du cartulaire de Saint-Chaffre, 



(1) Hist. rel., civ. et polit, du Vivarais, par l'abbé Rouchier, Paris, 1861, 
p. 358 et suiv. 

(2) Macheville, comm. de Lamastre, arrond. de Tournon (Ardèche). 

. (3) M. l'abbé U. Chevalier pense que ces mots, qui sont en tête de la 
charte, ont été ajoutés par l'analyste. 

(4) Cartul. de Savigny et d'Ainay, ir partie, p. 1071. 



UNE MÉPRISE GEOGRAPHIQUE. 243 

qu'elles sont Tune et l'autre de 975 ou environ, tandis qu'il 
est démontré par une charte de l'empereur Louis l'Aveugle 
qu'en 885, c'est-à-dire 86 ans plus tôt, le territoire de 
Tournon faisait déjà partie du pagus Viennensis, et que 
nous savons d'ailleurs qu'il fat ensuite compris jusqu'en 
1790 dans le diocèse de Valence. Mais il n'en est pas de 
même des chartes émanées des rois de Provence et de Lor- 
raine, car, outre que ce serait peut-être abuser de l'hypo- 
thèse d'une copie fautive, alors qu'il s'agit d'une erreur 
commise par des copistes d'actes complètement étrangers, 
il y a toute raison de croire que ces chartes sont parfaitement 
libellées. Celle de Lot ha ire, en effet, ne parle pas seulement 
d'une localité, mais de deux, et cela en des termes qui per- 
mettent de les supposer voisines et peut-être limitrophes : 
Turnonem et Curtenacum , cum ecclesiis et villulis ac ' 
rébus et mancipiis. 

Or, il est évident que Curtenacum est Courthenay, village 
du canton de Morestel (Isère) et autrefois dans le diocèse de 
Lyon. Cela étant, il faut donc chercher Turnonem dans 
son voisinage et non dans le département de PAxdèche, qui 
en est à 80 ou 100 kilomètres; et c'est là ce qui nous donne 
la certitude qu'il ne s'agit nullement de Tournon en Viva- 
rais, ville qui ne fit jamais partie du diocèse de Lyon et sur 
laquelle cette église n'eut jamais aucun droit, particulière- 
ment avant le IX e siècle, puisque, de l'aveu de ses histo- 
riens, on ne trouve pas alors de traces de son existence, 
mais d'une petite localité de la commune d'Amblagnieu , 
appelée Tarnond ou Turnon par Cassini et Tournon par 
Guy Allard, tout à fait voisine du Rhône, laquelle formait 
très-anciennement, de même que Courthenay, une paroisse 
de Tarchiprêtré de Morestel , diocèse de Lyon. 

J. BRUN-DURAND. 



244 société d'archéologie et de statistique. 



LE PHYLLOXERA DEVANT L'HISTOIRE. 



Plusieurs personnes m'ont demandé si les archives renfer- 
maient des indications précises sur la maladie mystérieuse qui 
depuis plusieurs années détruit les vignobles de la Drôme : je 
réponds négativement. 

Des journaux ont prétendu, à la vérité, que la Bible faisait 
mention de l'insecte ravageur sous le nom de bruchus, et le 
prophète Joël exprimerait énergiquement , selon eux , le déses- 
poir des buveurs de vin. Le texte du prophète, en effet, paraît 
assez formel : « Réveillez- vous , hommes ivres; pleurez et hur- 
» lez , vous qui aimez le vin et ses délices, car il vous est ôté 
» de la bouche. Une foule (gens) vient sur ma terre; elle est 
» forte et innombrable; ses dents sont celles du lion et ses 
» molaires celles des lionceaux : elle a fait de ma vigne un 
» désert.... » 

Au mémo endroit (chap. I , versets 4 et suivants) , le prophète 
distinguo quatre ennemis de la vigne : la sauterelle, la chenille, 
le bruchus et la nielle ou la rouille , et il les mentionne encore 
au chapitre suivant (verset 25). 

Les ravages de la sauterelle sont parfaitement connus en 
Afrique et môme en France. 

Ceux des chenilles sont rappelés en différentes pièces conser- 
vées dans le dépôt départemental. Ainsi, en 1525, les consuls 
et habitants do Peyrins faisaient faire le procès de certains 
animaux appelés serpelliers, chanilias, limassias ac panerolhes, 
pour dégâts aux récoltes 4 ; en 1546 de nouvelles procédures sont 



(1) Inventaire sommaire des archives de la Drame, E, 3792, 



LE PHYLLOXÉRA DEVANT L'HISTOIRE. 245 

instruites contre « les serpillers, chanilhes, lymaces, petits rats 
» et murgues gastant, au terretoyre de Romans et aultres lieux 
» circonvoysins, les vignes, couppant et mangeant le brout, 
> feulhes et raysins des vignes et aultres fruicts de la terre { »; 
en 1585, Chorier raconte avec détails une autre invasion de 
chenilles, couvrant les murailles, les fenêtres et les cheminées 2 ; 
enfin, en 1662, à Pierrelatte , les ravages des chenilles, saute- 
relles et autres insectes nécessitent des prières publiques 8 . 

Par nielle ou rouille, en Dauphiné manne, on désigne surtout 
une maladie qui s'attaque aux blés. Cependant, un auteur an- 
glais, Bradeley, fait apporter par les vents d'Orient une infinité 
d'insectes qui causent la rouille des plantes 4 . 

Est-ce là l'oïdium ; est-ce le phylloxéra ? Je l'ignore. 

Il reste le bruchus, mentionné dans la Bible en plusieurs 
endroits. Le Lèvitique (chap. XI, versets 21 et 22) le range, avec 
Yattacus , la sauterelle, etc., parmi les animaux qui peuvent 
être mangés. Le bruchus n'est donc pas l'insecte appelé phyllo- 
xéra. Les Paralipomènes (chap. II, verset 28) placent le bruchus 
à côté de la peste, de la rouille et de la jaunisse, ce qui est vrai 
pour la vigne. Le prophète Nahum lui donne des ailes. Saint 
Augustin appelle bruchus une jeune sauterelle sans ailes, et 
locusta une sauterelle parfaite. 

Richard Simon , D. Calmet et les autres commentateurs sont 
peu explicites.. 

En somme, le passage du prophète Joël s'explique très-bien 
par les ravages des sauterelles, alors que le phylloxéra s'attache 
plus aux radicelles de la vigne qu'à ses feuilles. 

Pline, dans son Histoire naturelle, parle assez longuement de 
la vigne et de ses maladies; Charles Estienne, dans sa 'Maison 



(1) Inventaire sommaire des archives de la Drame , E , 3794. 

(2) Histoire générale , t. n, p. 712. 

(3) Inventaire sommaire des archives de la Drame, E , 3484. 

(4) Dictionnaire domestique portatif , t. m (Paris, 1765). 



246 société d'archéologie et de statistique. 

rustique t Olivier de Serres, dans son Théâtre d'agriculture, et 
l'abbé Rozier donnent aussi de nombreux détails; aucun d'eux 
no mentionne le phylloxéra. 

J'en conclus qu'il faut attendre des textes d'auteurs anciens 
plus concluants et des révélations tirées des archives plus claires 
pour reconnaître le phylloxéra dans les maladies citées. 

Au moyen-âge et dans les temps modernes, où la dîme du 
vin se payait au clergé et la taille au roi , on n'aurait pas 
manqué de réclamer une décharge pour une maladie aussi 
grave. Si les documents en co genre ne disent rien , c'est qu'elle 
était inconnue. Il y a encore une autre raison : c'est que la 
Bible, ou le livre par excellence, a eu des commentateurs dans 
tous les siècles chrétiens, et s'il avait existé un insecte nuisible 
à la vigne ou une maladie semblable à celles dont parlent le 
prophète Joël et le psaume 104, ils n'auraient pas manqué de 
les signaler. 

r 

A. LACROIX. 



NÉCROLOGIE. 247 



NÉCROLOGIE. 



M. GELLY de MONTGLA (Jules-Frédéric). 

Dans les premiers jours de mars dernier, la Société perdait 
un de ses membres les plus honorables et les plus distingués , 
M. Jules -Frédéric Gelly de Montcla, commandeur de la Lé- 
gion d'honneur, général de brigade depuis le 26 mai 1859. 

C'était pendant son séjour à Valence, où il commandait la 
subdivision militaire de la Drôme et de l'Ardèche , qu'il était 
entré dans notre association comme membre titulaire , et , 
depuis lors , il n'avait jamais cessé de s'intéresser aux travaux 
d'histoire locale , aux découvertes archéologiques et aux œuvres 
d'art se rattachant à la province. » 

Sa famille descend de Jacques Gelly de Montcla, mandataire, 
en 1705, de François Ferrand, chargé de la recherche des 
usurpateurs des titres de noblesse en Dauphiné. On trouve , en 
1771, parmi ses ancêtres, un conseiller maître en la Cour des 
comptes de Grenoble , un, officier aux gardes du corps du roi 
Louis XVI , un capitaine d'infanterie au régiment de Rohan- 
Soubise et un autre au régiment do Vexin. 

Un de ses frères mourut en Hollande, major d'infanterie; 
l'autre fut tué dans un combat dans la province de Constantine, 
en 1838. 

Lui-même occupa avec distinction les différents grades 
militaires , et là , comme dans la société civile , son caractère 
bienveillant , ses manières polies et sa distinction lui valurent 
d'unanimes sympathies. 

Sa famille , qui a pour armes d'hermine au lion naissant de 
gueules, est représentée aujourd'hui par sa sœur, Madame la 
marquise Jacobi du Vallon et par deux cousines 4 . 



(1) Voir Le Dauphiné, journal de Grenoble, du 9 mai I8C9. 



248 société d'archéologie bt de statistique. 



SÉANCE DU 25 JANVIER 1877. 

PRÉSIDENCE DE M. DE GALL1ER. 



La séance s'ouvre par une visite à la cathédrale, pour 
l'examen des œuvres d'art de ce monument. Un compte-rendu 
des appréciations et renseignements recueillis sera publié à ce 
sujet. Grâce à une bienveillante et gracieuse invitation de 
Mgr. Cotton, évoque de Valence, les membres de la Société 
peuvent visiter en même temps les galeries et "chambres de 
l'évêché. Une étude sur les portraits des prélats valentinois 
pourrait révéler des détails historiques intéressants : elle sera 
faite sans doute dans une prochaine livraison. Une chambre 
peinte , donnant sur les jardins de la Robine ou de l'Eparvière 
et sur la belle vallée du Rhône, porte les armes des Leberon , 
famille qui eut trois de ses membres sur le siège épiscopal de 
Valence. La chapelle particulière de Mgr. Cotton renferme un 
bon tableau représentant la Sainte- Vierge tenant son fils après 
la descente de la croix. Après cette visite , la séance se continue 
à la bibliothèque de la ville. 

M. lo Président présente comme membre titulaire : 

M. Adolphe Morin , de Dieuleflt ; 
Et comme membres correspondants : 

M. Amédée Julien , littérateur à Vienne ; 

M. Augustin Blanchet, grand manufacturier à Rives; 

M. le marquis de Virieu , au château de Pupetières , près 
Virieu. 

A l'unanimité des voix leur admission est approuvée. 

Il est ensuite donné lecture d'un projet de délibération pour 



SÉANCE OU 25 JANVIER 1877. 249 

obtenir la reconnaissance de la Société comme établissement 
d'utilité publique, lequel devra être transmis au Gouver- 
nement, par les soins du bureau , avec les autres pièces néces- 
saires. 

M. le Président recommande aux membres de la Société la 
nouvelle Revue du Dauphiné et du Vivarais qui va. paraître à 
Vienne, chez M. Savigné, un travail de M. l'abbé Terris sur 
les évêques d'Apt, une Revue viticole éditée par tin de nos 
compatriotes, M. Robin, de Làpeyrouse-Mornay, et imprimée 
à Vienne, et une nouvelle histoire d'Annonay par M. l'abbé 
Filhol. Il fait aussi connaître les sujets mis au concours par 
l'Académie delphinale. 

M. de Bouffler soumet à la Société un tableau du XVI e siècle 
présentant une satire de l'époque contre le clergé et d'autres 
corps de l'Etat. M. Vallentin s'offre d'en soumettre la photo- 
graphie à la Société des Antiquaires de France pour avoir son 
avis. 

La séance est terminée par des renseignements oraux fort 
intéressants de M. Alphonse Nugues sur les richesses d'art de 
Romans, et cet habile archéologue est «prié de donner un 
travail écrit sur le même sujet au Bulletin, afin que tous les 
membres de l'association Connaissent les œuvres d'art locales 
qu'il vient de révéler avec savoir et talent. 

M. l'abbé Perrossier, qui connaît si bien le diocèse , signale 
à son tour une croix processionnelle du XIV e au XV e siècle à 
Vers, canton de Séderon; un plat pour la quête à Saint - 
Gervais; un groupe en marbre blanc représentant N. S. J.-C. 
à Eyzahut; un tableau de Se vin, peintre de Tournon, à Saint- 
Donat; un tableau curieux de saint Antoine de Padoue au 
même lieu et la pierre tumulaire de Béatrix de Genève , qu'il 
faudrait placer ailleurs pour la conserver ; une croix en pierre 
à Montchenu, déjà décrite par M. l'abbé Jassoud ; un rétable à 
Grépol; les fonts baptismaux d'Onay ; la fresque de ClatVeyson ; 
la fresque de Gharrièro, près de Châteauneuf-de-Galaure , 
TombXI. — 1877. 17 



250 société d'archéologie et de statistique. 

représentant saiat François dans l'ancienne église des Corde- 
lière. 

Un travail de notre savant collègue , comme celui qu'il a 
donné au Bulletin sur la fresque de Claveyson , assurerait à 
chacun de ces objets une notoriété plus certaine et plus du- 
rable, et la Société l'accueillerait avec reconnaissance. 

Dans un autre ordre d'idées, le même membre fait con- 
naître l'existence à Derbières, commune de Savasse, d'une 
enseigne d'auberge peinte à fresque au XVI e siècle , dans la 
rue longeant l'ancienne voie romaine, mais malheureusement 
endommagée. 

M. Yallentin appelle l'attention sur une peinture murale de 
l'ancienne chapelle Sainte-Guitte (Marguerite) de Montélimar, 
dans le vieux château des Àdhémar et plus tard des papes , qui 
sert aujourd'hui de prison; sur les tapisseries des Gobelins de 
la cure de Grignan et sur la chaire de l'église de Die. 

M. Sollier recommande aussi la chaire de Saint- Vallier. 

Le Secrétaire de la Société rappelle, en dernier lieu, que, 
d'après tous les guides , un tableau de l'hôpital de Grignan est 
attribué au Carrache et représente les anges au tombeau de 
Jésus ; qu'il reste seulement deux panneaux de la boiserie de 
l'église de Saint -Jean -en -Roy ans; que l'église d'Hauterives 
possède une très-bonne toile représentant saint François d'As- 
sise recevant les stigmates, et que celles du Puy-Saint-Martin, 
de Montélimar, de Margerie et de Saint-Paul-trois-Châteaux 
en ont d'autres données par le Gouvernement depuis quinze ou 
vingt ans. A propos des tableaux de l'église du Bourg-lès- 
Valence, M. Thannaron apprend à la Société que celui de 
saint Jean à Patmos et une Sainte Famille avaient été donnés 
par une abbessc de Soyons , et que le premier, d'après une 
gravure , serait du peintre Lebrun. 

De tous ces objets d'art, quelques-uns, sans doute, n'ont 
pas une importance réelle ; cependant , le rôle de la Société est 
de les signaler, de les décrire et d'en surveiller la conservation. 



CHRONIQUE. 251 



CHRONIQUE. 



Le fait saillant du trimestre est la réunion des délégués des 
Sociétés savantes à la Sorbonne, les 5, 6 et 7 'avril, où M. 
l'abbé Chevalier, représentant de la Société d'archéologie de la 
Drôme , a reçu la croix de la Légion d'honneur pour ses nom- 
breux et importants travaux d'histoire locale et d'histoire géné- 
rale, et M. Brun-Durand, les palmes d'officier d'académie pour 
ses publications si judicieuses et si remarquées. 

Aucune découverte n'a été signalée , sauf celle d'un fragment 
d'inscription tumulaire romaine à Alixan. Comme il présente 
seulement une lettre pour chaque ligne, aucun renseignement 
ne peut en être tiré. 

M. Gamet, instituteur à Lourmarin, membre correspondant, 
signale à un kilomètre de cette localité , sur le versant méri- 
dional du Lubéron, les ruines d'un ancien village, appelé 
Château- Sarrasin. La culture y a fait découvrir des épées , des 
lances , des boucliers , des médailles , des statuettes , etc. La 
plupart de ces objets et plus de quinze cents médailles sont mis 
en vente par Madame veuve Perrin , et il engage la Société à 
les acquérir. Le manque de local et les ressources budgétaires 
ne permettent pas d'accéder à ce vœu , fort légitime du reste. 
Le château féodal de Lourmarin , construit en 1329, comme 
l'indique une inscription, fut conservé en 1789 par un excel- 
lent citoyen nommé Goulin. « Mes amis, dit-il aux démolis- 
9 seurs , laissez debout cet édifice : il servira à loger les mal- 
y> heureux, et*, tandis que tous ceux du voisinage seront 
» détruits , nous aurons encore le nôtre. » On crut cet honnête 



252 SOCIÉTÉ d'archéologie bt db statistique. 

homme, et aujourd'hui encore trois ou quatre familles pauvres 
sont logées gratuitement dans cette vaste construction. 

Pourquoi un si naturel et si sage conseil ne fut -il pas donné 
et suivi partout? A qui profitent les ruines amoncelées au 
XVP siècle et en 1789? 

M. Gamet nous lait espérer de nouvelles communications 
sur sa localité; nous les accueillerons avec reconnaissance. 
Seulement, qu'il se défie des traditions populaires qui con- 
fondent les Vaudois et les soldats de Raymond de Turenne 
avec les Sarrasins. 

La prochaine livraison contiendra des notices sur les œuvres 
d'art de toute nature du département. Nous prions instamment 
tous les membres de nous adresser au plus tôt leurs communi- 
cations, notices et rapports. Quelques-uns d'entre eux, MM. 
N ugues (Alphonse) et Roberti, par exemple, nous ont déjà 
adressé l'un un article complet sur Saint-Barnard, l'autre des 
notes sur les tableaux de la cathédrale de Valence. Que chacun 
les imite, et la Drôme artistique sera révélée dans cette li- 
vraison. 

De nombreux dons de livres ont été faits à la Société pendant 
ce trimestre. Signalons d'abord une notice descriptive, avec 
gravures sur acier, de l'ancienne cathédrale de Saint-Paul- 
trois-Châteaux , donnée par M. le Ministre de l'instruction pu- 
blique. 

Le Catalogue de la bibliothèque de la Commission des monu- 
ments historiques. Paris, 1875, in-8°. 

Les monuments historiques de France à l'exposition universelle 
de Vienne, par M. du Sommerard, commissaire général. Paris, 
1876, 1 vol. in -4°. On y trouve des rapports de M. Questel sur 
la restauration du temple d'Auguste et de Livie , à Vienne , et 
sur la translation du musée dans l'église de l'ancienne abbaye 
de Saint-Pierre; de M. Bœswil wald > inspecteur général , et de 
M. Constant Dufeux sur le même sujet, etc. 

Expositions internationales de Londres, 1874. France. Commis- 
sion supérieure. — Rapports. Paris, 1875, un vol. in-4°. 



CHRONIQUE. 253 

Carte des monuments historiques de Frcmce , avec une notice. 

Commission des monuments historiques : Notice historique, br. 
in-12, et Circulaires ministérielles relatives à la conservation des 
monuments historiques, avec la liste des monuments classés. 

Revue des Sociétés savantes des départements , mai et juin 1876. 

Antiquités et monuments du département de V Aisne, par 
Edouard Fleury. Impartie, accompagnée de 140 gravures par 
le même. Paris, 1877, un vol. in-fol. Ce splendide et savant 
travail a été édité aux frais du département et de l'auteur, le 
Conseil général ayant voté 4,000 francs et l'auteur payant le 
surplus, moyennant 150 exemplaires. Comme tout en cette 
affaire a été accompli sur de larges bases, il a été distribué 
gratuitement 350 exemplaires aux Sociétés savantes : voilà 
pourquoi la Société d'archéologie a reçu l'exemplaire annoncé. 
Cette première partie est consacrée aux temps préhistoriques 
(villages souterrains, menhirs et hautes bornes, alignements 
mégalithiques et dolmens), à l'âge de bronze, à l'époque gau- 
loise et à l'époque gallo-romaine (camps et forteresses , chaus- 
sées romaines, enceintes fortifiées, palais, bains, théâtres et 
villas). De tels développements exigent une érudition prodi- 
gieuse, et nous félicitons bien vivement M. Éd. Fleury d'avoir 
mené à bien une œuvre si remarquable et le Conseil général 
de l'Aisne d'avoir concouru à une si belle publication. 

Collection Caranda aux époques préhistorique , gauloise , ro- 
maine et franque. Album des principaux objets recueillis dans les 
sépultures de Caranda (Aisne), par MM. Frédéric Moreau , pen- 
dant les années 1873, 1874 et 1875. Saint-Quentin, Ch. Poette, 
1877; un vol. in-fol. 

Ce premier envoi fait à la Société comprend un atlas composé 
de fort belles gravures coloriées. Le texte et le complément ont 
été promis , mais ne sont pas encore arrivés. 

De semblables publications font honneur à l'érudition et au 
patriotisme de leurs auteurs et servent d'encouragement et de 
leçon à tous ceux qui s'occupent de l'histoire du passé et de 
l'homme préhistorique. 

Dante Alighieri. Bio-bibliographie, par l'abbé Ulysse Chevalier. 



254 société d'archéologie et de statistique. 

Montbéliard, P. Hoffmann, 1877. L'indication des ouvrages à 
consulter sur le grand poète florentin , né le 8 mai 1265 et décédé 
à Ravenne le 14 septembre 1321, ne renferme pas moins de 22 
pages et donne une idée de l'immense et fructueux travail en- 
trepris par notre savant collègue sur les Sources de l'histoire au 
moyen-âge. A lui seul il méritait la juste récompense décernée 
à l'auteur par M. le Ministre de l'instruction publique, et 
cependant que ne doit pas aussi notre histoire de la province 
au vaillant éditeur des Cartulaires du Bourg-lès-Valence , de 
Montélimar, de Léoncel , de Die, des Templiers, de Saint-André- 
le-Bas, etc., etc. ? 

Sur les Ammonites de la zone de A. Tenuilobatus de Crussol t 
par M. Fon tannes (extrait du Bulletin de la Société géologique de 
France). Etude fort intéressante pour notre géologie locale et 
dontja Société accepte avec reconnaissance le gracieux hom- 
mage de l'auteur. 

Du môme auteur : Notes sur une coupe de l'infra lias, prise au 
sommet du Narcel (Mont-d'Or), sur la coupe de la gare de Saint- 
Paul , à Lyon , et sur les sables mio pliocènes du bas Dauphiné sep- 
tentrional; — A propos de quelques notes prises à Athènes. 

Notice sur la vie et les travaux de Vincent-Eugène Dumortier, 
président de la Société d'agriculture, histoire naturelle et arts utiles 
de Lyon , ancien vice-président de la Société géologique de la 
France , membre de l'Académie de Lyon, officier d'académie, etc., 
par A. Faisan. Lyon, in -4°, 1877. Notre cher collègue n'est 
pas seulement habile géologue, il est aussi écrivain de cœur 
et de talent. Son article sur le regrettable M. Dumortier est 
un modèle du genre. 

Notes historiques sur l'évêché de Grenoble, de 1237 à 1338, 
Pierre II Equa, Pierre III, Pierre Falques, Guillaume II. 
Guillaume III de Royn , Guillaume IV de Royn , par Edmond 
Maignien. Grenoble, 1877, broch. in-8°. Il y a là beaucoup de 
recherches et une excellente exposition. Notre jeune et labo- 
rieux collègue voudra bien sans doute élucider d'autres points 
obscurs de notre histoire ecclésiastique. 

Tableaux généalogiques et raisonnes de la maison de La Tour»du- 



CHRONIQUE. 255 

Pin, dressés en 1788, par M. Jean-Baptiste Moulinet, secrétaire- 
archiviste de la Chambre des Comptes de Dauphiné , et con- 
tinués jusqu'à nos jours (1870, in-fol.), ot la photographie d'une 
gravure de 1695 représentant Phylis de La Tour-du-Pin-la- 
Charce , avec ces vers : 

C édite Amazonides, dura Phyllis amazone major 
Virginis aurelix fortia facta refert. 

Cessez de nous vanter vostre gloire immortelle ; 
Amazones , cédez : Phylis , par sa valeur, 

Ranime l'illustre pucelle 
Qui vengea nos ayeux d'un insolent vainqueur. 
Etc. 

Ce sont là de précieux documents pour l'histoire des Baron- 
nies, et la Société remercie M. le baron de La Tour-duJPin- 
Chambly d'avoir bien voulu les lui offrir. 

La proie et l'ombre, poème par Ernest Perrossier. Vienne, 
1877, br. in-8°. C'est l'histoire d'un jeune homme séduit par 
une fille de marbre et sauvé par un amour plus pur, le tout 
exprimé en vers élégants, faciles et harmonieux. 

Abbaye de Bonnevaux, au diocèse de Vienne, règle de saint 
Bernard, ordre de Cîteaux, par Emmanuel Pilot de Thorey. 
Grenoble, 1875, b. in-8°. Cette monographie de notre savant 
collègue est remplie de détails inédits et de faits intéressants. 
Elle fait pressentir des travaux semblables sur toutes les insti- 
tutions religieuses de la province, et ce sera là une œuvre des 
plus recommandables. 

Revue du Dauphiné et du Vivarais (Isère, Drame, Hautes-Alpes, 
Ardèche). Recueil mensuel historique, archéologique et littéraire. 
Trois numéros de cette nouvelle publication ont déjà paru cette 
année et , par la variété de ses articles et de ses gravures , 
mérité l'approbation générale. C'est un auxiliaire vaillant qui 
secondera l'œuvre que nous poursuivons : faire connaître et 
aimer notre province. Qu'il soit donc le bienvenu. 

Bulletin de la Société de statistique, des sciences naturelles et des 
arts industriels du département de V Isère, 3* série , t. v. Il y a un 



256 société d'archéologie bt de statistique. 

très-curieux mémoire sur la campagne de 1692 dans le haut 
Dauphiné, par M. A. de Rochas, et la relation d'un notaire de 
Grenoble sur l'inondation du 15 septembre 1733. 

Bulletin de l'Académie dclphinalc, 3° série, t. x et xi, 1874 et 
1875, 2 vol. in-8°. L'histoire locale s'y trouve représentée par 
un savant travail de M. Gaillemer, sous le titre d 1 Épisodes de 
l'histoire des Burg ondes, par une notice biographique de M. 
Maxime Villars sur Mgr Raillon , par une notice historique de 
M. Gauthier sur l'Académie delphinale, par une étude de M. 
Burdet sur les origines et les progrès de la maison de Savoie 
et sur les Etats généraux de Savoie. 

Chroniques du Languedoc , Revue du Midi historique, archéolo- 
gique, consacrée à la publication de documents rares et inédits, etc. 
Elle a déjà donné trois volumes et commencé le 4* : c'est la 
meilleure preuve des services qu'elle rend à la province de 
Languedoc. 

r 

Revue des documents historiques, par Etienne Charavay (dé- 
cembre 1876), et Inventaire des autographes et des documents his- 
toriques composant la collection de Benjamin FilUm^ par le même. 
2 br. in-4°, avec fac-similé. 

Revue savoisienne , journal publié par la Société florimontane 
d'Annecy. N.°* de Tannée 1877. 

Les échanges des Sociétés savantes seront mentionnés dans 
une autre livraison. 

Annonçons en terminant une Revue étrangère , qui va s'oc- 
cuper de nos pays et dont le nom des rédacteurs est une garantie 
de succès : 

Archaeologisch-epigraphische Miltheilungen aus osterreich he- 
rausgegeben von den professorem A. Gonze und O. HirschfeldL . 

Enûn, M. le Ministre de l'instruction publique a souscrit 
pour 25 exemplaires au savant travail de notre collègue M. E. 
Arnaud , intitulé : Histoire des Protestants du Dauphiné : c'est la 
dernière nouvelle pour ce trimestre. 

A. LACROIX. 



Pilier carré monolithe présume du X> siècle pièce dunsla nef 
dol'EgliM S-B«rn«rd à ROMANS, drame. - A /\q\ de 

ail* 

grandeur (lot. _ mai 1877 — 



NOTES SUR I/ÉGUSE DE SAINT-BARNARD. 257 



NOTES 



SUR 



L'ÉGLISE DE SAINT-BARNARD 



-A ROMANS (Drome) 



Fondée au milieu du IX siècle par saint Barnard , archevê- 
que de Vienne , l'abbaye fut ravagée , incendiée et reconstruite 
à plusieurs époques 4 . L'église actuelle, intéressante par les 
divers styles de ses constructions , est un bel et vaste édifice, 
plus remarquable par la majesté et la simplicité de l'ensemble 
que par les détails d'ornement. 

Orientée suivant la règle commune , elle se compose à I'ex- 
térieur : 

1° D'une façade occidentale, dans laquelle est percé le grand 
portail à plein cintre, construit au XII e siècle avec une assez 
grande richesse d'ornementation. L'ébrasement en est décoré 
de six colonnes monocylindriques, dont deux en retour sur la 
façade, à fûts diversement ornementés, couronnés de chapiteaux 
historiés et de quatre statues, savoir : saint Pierre, saint Jean 



(1) Voir pour les détails Y Essai historique sur l'abbaye de Saint- 
Barnard et sur la ville de Romans, par M. Giraud, ancien député. Lyon, 
Auguste Brun. 

Tome XL — 1877. 18 



258 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE 8TATI8TIQUE. 

et deux autres auxquelles il est difficile d'attribuer un nom. 
Les bandeaux et corniches sont très-richement ornés de pal- 
mettes, fleurons, rinceaux, rangs de perles, etc. Les colonnes 
et statues ont pour baso un stylobate élevé, décoré de deux 
lions , terrassant à droite un taureau et à gauche un homme. 
Les figures de ce portail , mutilées pendant les guerres de reli- 
gion, paraissent avoir été couvertes primitivement, ainsi que 
les colonnes et les ornements, d'une peinture à la cire, qui 
donne à l'ensemble une patine sombre, pleine de majesté. Ce 
portail formait l'arc oriental d'un porche à quatre arcs de même 
ouverture, démoli à une époque inconnue. A droite et à gauche 
existent deux pilastres, qui recevaient la retombée des arcs nord 
et sud, dont on distingue les arrachements dans le mur de 
façade. Au-dessus du portail sont percées trois fenêtres carrées 
surmontées d'une grande fenêtre ogivale géminée, avec un 
large oculus au-dessus; cette fenêtre a été postérieurement sub- 
divisée en quatre baies par des meneaux en chêne. L'amortisse- 
ment de cette façade est formé d'un pignon en manière de 
fronton sans caractère, dont le sommet s'élève à 28 mètres 
au-dessus du sol. L'angle sud de la façade est contre-buté par 
un contre-fort roman contemporain du portail, et l'angle nord 
par le clocher. 

Ce clocher carré , dont la base appartient au XIII 6 siècle et 
la partie supérieure au XIV e siècle, est divisé par des corniches 
saillantes en plusieurs étages, dont le troisième, auquel il est 
fort difficile d'accéder, montre à l'intérieur, sur son mur sud , 
le parement extérieur nord d'un clocher roman , englobé dans 
les constructions postérieures; ce sont des arcatures à plein 
cintre dont les retombées portent sur des colonnettes et des 
pilastres surmontés de chapiteaux et d'épais tailloirs paraissant 
appartenir à la fin du XI 6 siècle ou au commencement du XII e . 
L'angle nord-est du clocher est muni jusqu'à moitié de sa hau- 
teur environ d'un contre-fort du XIV e siècle , terminé par des 
gables, que devaient couronner des statues ou des fleurons dont 
les bases seules subsistent. Les gargouilles qui séparent les 
rampants sont formées de monstres chimériques vigoureusement 



NOTES SUR L ÉGLISE DE SAINT-BARNARD. 259 

sculptés. Ce contre-fort, du reste, est caché, comme toute la 
partie nord de l'église, par des constructions particulières '. 

Le dernier étage actuel du clocher est percé de quatre grandes 
baies ogivales divisées par des meneaux prismatiques s'épa- 
nouissant en quatre-feuilles aigus dans le style de la fin du 
XIV siècle, ef décoré sur les quatre faces de colonnettes enga- 
gées au quart supportant une série d'arcatures en plein cintre 
trilobé. Les fûts de ces colonnettes ont ceci de particulier qu'ils 
portent une décoration évidemment copiée sur celle des colonnes 
du portail roman. Leurs chapiteaux , ainsi que ceux des pilastres 
d'angle, sont uniformément ornés de crosses végétales à peine 
saillantes et timidement exécutées. Cette décoration rappelle 
les formes de la fin du XII e siècle, et pourtant rien dans cette 
partie supérieure n'est antérieur au XIV e . L'angle sud-ouest 
est cantonné d'une tourelle polygonale renfermant l'escalier. 

2° De deux faces, nord et sud , dont la base est romane et la 
partie supérieure ogivale, dans le style du XIII e siècle, mais 
d'une époque bien postérieure. Ces faces sont, comme la façade 
occidentale, percées de petites fenêtres carrées, lesquelles* sont 
surmontées de grandes et larges fenêtres divisées en trois baies 
ogivales chacune ; celle du milieu , . plus haute quo les deux 
autres, a six mètres d'élévation. Chaque face nord et sud est 
divisée en quatre travées par des contre-forts très-larges, mais 
peu saillants, dans les intervalles desquels apparaissent des 
fenêtres romanes aveuglées et de petits contre-forts romans a . 



(1) Deux inscriptions, l'une du XIII e siècle, l'autre du XIV e , sont en- 
castrées dans les murs intérieurs du bas du clocher. Les armes du cha- 
pitre de Saint-Barnard , une tour terminée par une main de bénédiction, 
sont sculptées à l'angle sud-ouest et sur la face nord. Avant les guerres 
de religion du XVI e siècle ce clocher était surmonté d'une grande ai- 
guille , qui fut abattue par les protestants , ainsi qu'une autre moindre. 
(Voir l'enquête faite en 1 567, dont la copie se trouve entre les mains de 
M. P. Emile Giraud.) 

(2) Les pierres de la partie inférieure sud , à laquelle étaient adossés 



260 société d'archéologie et de statistique. 

Toute la partie supérieure de ces faces accuse un mauvais 
travail : l'appareillage et la sculpture en laissent beaucoup à 
désirer ; les matériaux , d'ailleurs, ne sont pas de môme nature 
que ceux de la partie romane et le point de suture entre les 
deux constructions se distingue aisément. 

Dans la face nord est percée une porto d'un" assez grand 
caractère , dite porto Saint-Jean ; l'arcature plein-cintre en est 
décorée de dents de scie, ainsi que le bandeau qui la surmonte 
et Tébrasement cantonné de deux colonnes à fût renflé, dont 
les bases et chapiteaux sont malheureusement assez frustes; les 
profils des corniches et moulures ont conservé toute la finesse 
de leurs arêtes, et l'ensemble accuse la première moitié du 
XI e siècle. 

3° D'un transept appartenant entièrement au XIII e siècle, 
dont le bras sud , flanqué à son angle sud-ouest d'une tourelle 
polygonale, est percé de trois étages de fenêtres, les inférieures 
et supérieures ogivales , les intermédiaires carrées. Une porte 
de l'époque donne accès dans chacun des deux bras. 

4°' D'une abside polygonale du XIII e siècle , à sept travées 
séparées par des contre-forts à ressauts et divisée en trois étages, 
dont chacun est ajouré par d'élégantes fenêtres en tiers-point 
surmontées de vigoureuses archivoltes largement profilées i. 
Les fenêtres supérieures ont conservé leurs colonnettes, tandis 
que les chapiteaux seuls et les bases de l'étage inférieur subsis- 
tent encore. Les fûts en ont-ils été abattus ou n'ont-ils jamais 
existé? Il serait difficile de se prononcer. A la jonction du 
bras nord du transept avec l'abside s'élève une tour carrée de 



les bâtiments claustraux , portent les traces évidentes des incendies qui 
ont à plusieurs reprises dévoré l'abbaye. 

(1) Dans un des contre-forts a été encastrée, par les soins de M. Emile 
Giraud, une pierre trouvée dans les démolitions de la chapelle Saint-Michel, 
qui était du XII e siècle. Cette pierre porte un fragment d'inscription du 
XI e siècle , qui doit avoir fait partie du tombeau de saint Barnard t re- 
construit à cette époque. 



NOTES SUR L'ÉGLISE DE SAINT-BARNARD. 261 

la môme époque , dont la partie supérieure est moderne , et , 
comme pendant, à la jonction de l'abside avec le bras sud, il 
existe une charmante petite chapelle à deux étages, appartenant 
de môme au XIII e siècle ; elle a été surmontée d'un troisième 
étage moderne. A la naissance du bras sud s'élève, au-dessus 
de la toiture , un petit clocher formé d'un simple mur percé 
d'une ouverture *. 

lia partie supérieure de l'abside et du transept, immédiate- 
ment sous la toiture, est décorée d'une frise sculptée, qui en 
épouse tous les contours et va se perdre à la rencontre des murs 
de la nef, où elle semble pénétrer ; cette frise en effet n'est pas 
interrompue; elle continue directement du nord au sud, en 
passant sous la toiture par-dessus la voûte actuelle. La partie 
cachée en est à peu de chose près aussi fruste que l'apparento , 
d'où l'on peut conclure qu'elle a été pendant des siècles exposée 
à l'air et aux intempéries *, donc elle dominait la toiture de la * 
nef romane, beaucoup moins élevée. Ce fait confirme notre 
assertion que la partie supérieure de la nef, loin d'appartenir 
au XIII e ou au XIV e siècle, comme on l'a cru longtemps, est 
d'une époque comparativement bien moderne. 
Intérieurement, l'église Saint-Barnard se compose : 
1° D'une nef unique, d'environ 40 mètres de longueur, sur 
i 1 do largeur et 25 (l'élévation sous clé , divisée en 4 travées 
par des piles saillantes faisant corps avec les contre-forts exté- 
rieurs et munies de deux colonnes engagées au quart , allant 
d'un seul jet recevoir la retombée des doubleaux. Tout ce 
système de piles et de colonnes est le fait d'une construction 



(1) Sur chaque contre-fort de l'abside, à quelques mètres plus haut 
que les archivoltes des fenêtres inférieures, il existe un ressaut, que nous 
avions pris tout d'abord pour la trace d'une reprise de la construction ; 
mais, en examinant les choses do plus près, nous avons constaté que ce 
ressaut était taillé dans la pierre même , et nous en avons conclu qu'il 
devait servir d'appui à des toits ou auvents très-inclinés destinés à pro- 
téger les fenêtres inférieures contre les intempéries. 



262 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

moderne appliquée sur les constructions anciennes. La partie 
inférieure de cette nef est romane et accuse des remaniements 
successifs; la plus grande partie doit en être attribuée au XI 6 
siècle , comme la porte Saint-Jean déjà décrite. Dans le pare- 
ment des murs , on distingue les traces de moulures et d'ar- 
ceaux ravalés plus tard, lorsqu'au XII e siècle, après les in- 
cendies et dévastations du siècle précédent, on reconstruisit 
l'église en tirant parti de tout ce qui pouvait être conservé. 

Une chapelle latérale, portant dans les anciennes chartes le 
nom de Saint- Bamard-lc- Vieux et actuellement aménagée en 
sacristie, ouvre sur la deuxième travée nord de la nef; elle 
porte sur son mur sud la continuation des dents de scie de la 
porte Saint-Jean , dont elle est voisine J . Le mur nord est creusé 
d'une sorte de petite abside demi-circulaire, ou plutôt d'une 
cheminée, qui aurait pu servir à l'époque du baptême par im- 
mersion. Cette chapelle passe pour la partie la plus ancienne 
de l'église, et peut-être était-ce un véritable baptistère dans les 
premiers siècles qui suivirent la fondation de l'abbaye a . Dans 
cette hypothèse , il est permis de croire que là se trouvait la 
cuve baptismale en marbre actuellement placée dans la nef, à 
droite en entrant par le portail occidental. Cette cuve, sans 
autre ornement que des pans coupés dans la partie supérieure 
et supportée par un chapiteau du XI e ou du XII e siècle très- 
fruste , est elle-même recouverte d'un grand bénitier moderne ; 
elle paraît avoir été primitivement fixée à un mur, car la pierre 
sur un des côtés n'est que dégrossie 3 . 



(1) Ces dents de scie ne sont plus apparentes ; les creux triangulaires 
en ont été remplis de mortier et la face du mur parait entièrement 
plane. 

(2) Au-dessus de la voûte actuelle , qui date du XVII e siècle , et sous 
la toiture se voient les amorces d'une voûte d'arêtes du XII e siècle. 

(3) Dans cette chapelle il a été trouvé un parement d'autel en pierre 
sculptée, paraissant appartenir à la première moitié du XI e siècle, peut- 



NOTES SUR L'ÉGLISE DE SAINT-BARNARD. 263 

Au milieu de la face sud de la nef s'ouvre une porte du XII e 
siècle, dont Tare est décoré de palrnettes et autres ornementa; 
elle donne accès dans une vasto chapelle, dite de Saint-Maurice 
ou du Saint-Sacrement , construite dans l'angle formé par l'in- 
tersection des faces extérieures de la nef et du transept. Cette 
chapelle est divisée en deux parties communiquant entre elles 
par deux larges ouvertures que sépare un énorme pilier carré. 
La voûte do la partie est est élégamment supportée par une 
colonne centrale, dont le fût en marbre est tellement encroûté de 
plâtre et de badigeon qu'il est impossible d'en déterminer exac- 
tement la forme. Les bases et les chapiteaux des colonneltes 
engagées, leurs tailloirs, les nervures et clés de la voûte, ainsi 
quo les compartiments des fenêtres accusent le style élégant do 
la fin du XIII e siècle. Les nervures de la voûte de la partie ouest 
sont simplement épannelées; cotte voûte, du reste, paraît plus 
moderne que la précédente. La décollation do saint Maurice, 
entourée do l'inscription en relief Sanctus Mauritius, la lapi- 
dation de saint Etienne, l'Agneau portant sa croix, un calice, 
des feuillages finement fouillés forment les motifs de déco- 
ration des six clés do voûte, dont plusieurs portaient naguère 
des traces de peinture, qui ont disparu sous le badigeon. 

Revenant à la nef, nous voyons se développer sur chaque 
face, et à mi-hauteur environ, une série d'arcatures à plein 
cintre, actuellement aveugles, mais autrefois ajourées par des 
fenêtres romanes dont on voit les traces à l'extérieur. Les arcs 
sont soutenus par des colonnes à demi-engagées , dont les cha- 
piteaux variés sont fort intéressants à étudier. Ces colonnes ont 
pour la plupart été tronquées à une époque postérieure; mais 
elles descendaient primitivement soit jusqu'au sol , soit jusqu'au 
tailloir de piliers dont on aperçoit les traces sur le parement 
des murs, ainsi que celles d'autres arcs de même ouverture 



être même au X 6 . La table supérieure était fragmentée, mais une partie 
de la moulure terminale subsistait. On y a trouvé également une auge 
en pierre renfermant des ossements et de la terre. 



264 société d'archéologie et de statistique. 

que les précédents et placés symétriquement en dessous. Ces 
traces pourraient faire, supposer l'existence antérieure de bas 
côtés. Nous disons que la plupart seulement de ces colonnes 
ont été tronquées , car il en existe encore trois qui ont conservé 
leur base , portant sur une console du temps ; ce sont les deux 
premières à l'ouest et la première à droite à Test. On peut con- 
clure de la position des deux premières qu'il existait autrefois 
dans la première travée romane ouest une tribune adossée au 
mur de façade. La plus grande partie de ces constructions doit 
appartenir au XII e siècle. 

Au-dessus des arcatures règne sur toute l'étendue de la nef 
une corniche de la môme époque, dont la moitié est seulement 
se trouve sculptée de billettes ,' de palmettcs, etc.; la partie 
ouest n'est décorée d'aucun ornement. 

Là s'arrêtait l'église romane ; elle devait être couverte d'une 
voûte en berceau d'une faible poussée, à en juger par l'exiguité 
des contre-forts primitifs encore visibles à l'extérieur, ou même 
d'un simple lambris 4 . L'abside demi-circulaire de cet ancien 
édifice se terminait à 5 ou 6 mètres à l'est de la nef, au milieu 
de la croisée actuelle ; on en a retrouvé les traces lors de la 
restauration du dallage de l'église, il y a environ vingt-cinq 
ans. 

Nous ne terminerons pas cette description de la partie romane 
de l'édifice sans signaler un petit pilier carré monolithe, avec 
base et chapiteau, paraissant appartenir au X e siècle. Ce pilier, 
actuellement placé contre le mur sud de la nef et près de la 
porte romane qui communique avec la chapelle Saint-Maurice, 
porte sur sa face antérieure des enroulements très-élégants, 



(1) Ce qui nous ferait pencher vers cette dernière opinion, c'est que 
sur un plan de Romans, pris dans l'ouvrage de Belleforest (1575), la 
partie supérieure de la nef parait munie de poutres. Dans ce plan les 
murs de la nef ne dépassent pas la partie romane, ce qui confirmerait 
notre assertion que toute la partie supérieure de la nef est postérieure 
aux guerres de religion. 



NOTES SUR L'ÉGLISE DE SAINT- BARNARD. 265 

ménagés sur le champ qui a été évidé ; les trois autres faces en 
sont unies; le chapiteau, portant aux quatre angles des figures 
d'un caractère barbare séparées par des feuilles d'acanthe gros- 
sièrement exécutées, est en assez mauvais état, ainsi que la 
base; mais, tel qu'il est, ce pilier nous paraît intéressant 
comme le témoin le plus ancien peut-être des constructions 
primitives de notre église. 

2° D'un transept de 34 mètres de longueur, y compris la 
croisée, ayant environ 12 mètres do largeur et 25 d'élévation. 
Les deux bras n'en sont pas complètement symétriques : le 
bras nord est divisé en deux travées d'inégale largeur par des 
colonnes engagées , qui reçoivent la retombée des doublcaux. 
Dans la face est il existe une arcature ogivale, supportée par des 
piliers à chapiteaux ornés de crosses végétales , qui semble une 
amorce de déambulatoire et dans le bas de laquelle est percée 
une porte donnant accès à l'escalier de la tour carrée dont nous 
avons parlé plus haut. Dans l'angle nord-est se trouve une jolie 
porte ogivale, dont la partie extérieure est surtout intéressante. 
Deux seules fenêtres ogivales à une seule baie éclairent ce bras 
du transept, avec quelques rares fenêtres en meurtrière donnant 
sur le îriforiwn. La voûte , maintenue par de vigoureux dou- 
blcaux, paraît avoir en partie résisté aux efforts des protestants; 
on ne peut en dire autant de celle du bras sud , complètement 
reconstruite, à part les doubleaux et les naissances des forme- 
rets sur une longueur do quelques mètres. Ce bras sud, formé 
d'une seule travée dans le bas, est divisé en deux dans la partie 
supérieure par un formeret faisant fonction de doubleau, dont 
les retombées portent sur deux colonnes engagées qui s'arrê- 
tent à dix mètres du sol environ ; les bases en sont supportées 
par des culs-de-lampe du temps. Plusieurs portes ouvrent sur 
ce bras ; l'une d'elles , celle du sud , ornée extérieurement de 
moulures toriques et d'une archivolte , a dû être cantonnée de 
deux colonnes , qui ont disparu ; cette porte a d'ailleurs -été 
mutilée. La face sud du transop 1 . est éclairée à l'étage inférieur 
par une belle fenêtre à deux baies ; l'ébrasement intérieur en 
est supporté au centro par uno colonne moderne assise sur la 



266 société d'archéologie et de statistique. 

base d'une ancienne , qui avait' aussi laissé la trace de son cha- 
piteau. 

Au-dessus du premier étage du transept, il existe une tri- 
bune ou triforium, qui se prolonge sans interruption sur tout 
le pourtour du chœur et môme de la nef; mais cette dernière 
partie n'est qu'un pastiche. Les arcades ogivales qui surmon- 
tent cette tribune, formées d'un tore bordé de gorges profondes, 
ont pour retombée une série de colonnettes à chapiteaux variés ; 
malheureusement presque toutes sont le fait d'une restauration 
moderne, que nous ne serions pas éloigné d'attribuer à Charles 
de Lionne, dit l'abbé de Lesseins, dont les armes ont été pla- 
cées à la clé do voûte du chœur ^ Les chapiteaux modernes sont 
tous copiés sur un unique et mauvais modèle , et le travail on 
est lourd et grossier. Il n'existe en fait d'anciennes colonnettes 
que celles faisant corps avec les piles auxquelles sont adossées 
les grandes colonnes qui reçoivent la retombée des voûtes et 
sept ou huit autres dans le bras nord. 

L'étage supérieur du bras sud était éclairé sur chacune des 
faces est et ouest par deux fenêtres ogivales géminées surmon- 
tées d'une rose ; celles de l'ouest ont été aveuglées sans doute à 
une époque où la solidité de cette partie paraissait compromise. 
La partie supérieure de la face sud est percée d'une grande 
fenêtre ogivale à trois baies, la centrale plus élevée que les 
deux autres, qui a servi de modèle à toutes celles de la nef. 
Cette forme très-simple était en effet assez facile à copier. 

3° D'un chœur polygonal profond de 13 mètres environ , un 
peu plus large que la nef, dont il est le prolongement, sans in- 
flexion aucune et d'une hauteur égale de voûte; ce qui donne, 
pour la longueur totale de l'édifice dans œuvre 64 mètres en- 
viron. 



(1) Voir la Notice sur la famille de Lionne, par le docteur Ulysse 
Chevalier, dans le Bulletin de la Société départementale d'archéologie de 
la Drôme, année 1877, 40° livraison. 

Aux deux clés de voûte du bras nord du transept ont aussi été placées 
les armes de deux branches de la famille de Gillicr. 



NOTES SUR L'ÉGLISE DK SAINT- BARNARD. 267 

Co chœur, remarquable par la pureté de ses formes et l'har- 
monie de ses proportions , se compose de sept travées, séparées 
par des colonnes à peine engagées qui reçoivent la retombée 
des nervuros de la voûte et dont aucune moulure horizontale 
n'interrompt la ligne verticale des fûts. Les deux premières 
travées à droite et à gauche , plus larges que les autres , sont 
percées de deux ouvertures ogivales, dont les arcs sont sup- 
portés par des colonnes, tandis que les arcs des cinq autres 
travées , percées de fenêtres en tiers- point , portent sur des 
pilastres. Colonnes et pilastres sont ornés de chapiteaux à 
crochets primitifs; les bases, les puissants tailloirs à gorges 
profondes, l'archaïsme des crochets, tout dans cette partie 
inférieure du chœur, soit intérieurement, soit extérieurement, 
accuserait plutôt le style de transition du roman à l'ogival que 
celui du XIIP siècle, et c'est pourtant à la fin du premier tiers 
de co sièclo que la construction en a été commencée , ainsi que 
celle du transept, par l'archevêque de Vienno Jean de Bernin, 
lequel avait pour saint Barnard une dévotion particulière 4 . 
Comme dans le transept, les colonnettes du iriforium sont toutes 
modernes, sauf celles qui cantonnent les grandes colonnes; 
une seule fait exception , mais elle porte les traces évidentes des 
efforts faits pour l'abattre. La destruction de ces colonnettes est 
d'autant plus regrettable que les quelques échantillons qui 
nous en restent offrent des détails de sculpture d'une grande 



(1) Voir Y Essai historique de M. E. Giraud, déjà cité. 

De même que dans le bras sud du transept , toute la voûte du chœur 
est moderne ; il ne subsiste de la voûte primitive que la naissance des 
nervures et les doubleaux de la croisée. Dans le bas de la première 
travée de gauche du choeur est creusée une piscine ou crédence, dont 
l'arc est trilobé. La base d'une colonne voisine parait avoir appartenu 
à un édifice antérieur ; on y lit , gravée en creux , l'inscription incom- 
plète suivante, gravée en belles capitales : 

LASSE PO 
DVMA 



268 société d'archéologie et de statistique. 

finesse. Au-dessus du triforium, au point do naissance de la 
voûte, règne, de même que dans le transept et la nef, une 
galerie, qui était autrefois munie d'un parapet, dont il reste 
quelques pierres d'amorce seulement; elle a sans doute été 
abattue pendant les guerres de religion. 

La croisée, à l'intersection do la nef avec le transept et 
le chœur, est supportée par quatre piliers d'angle cantonnés 
chacun de quatre colonnes recevant la retombée desdoubleaux, 
lesquels appartiennent à la construction primitive. Toute cette 
partie de l'église , c'est-à-dire le chœur et le transept , est bien 
du XIII e siècle ; mais il paraît y avoir une différence notable 
de style entre les parties inférieure et supérieure. Tandis que 
les chapiteaux du bas sont exclusivement décorés de crosses 
végétales à peine détachées et d'une physionomie tout à fait 
romane, la partie supérieure accuse plus d'indépendance artis- 
tique : les chapiteaux en sont ornés de feuillages divers, profon- 
dément refouillés, sans présenter nulle part la forme caracté- 
ristique du crochet. Cette différence de stylo doit tenir au laps 
de temps qui se sera écoulé entre la construction des dpux 
parties 4 . 

On voit encore dans le chœur, dans les bandeaux des dou- 
bleaux de la croisée et dans les parties hautes du transept des 
traces de fresques, dont quelques-unes paraissent appartenir au 
XIV e siècle italien. 

La partie supérieure de la nef, à partir de la corniche romane, 
est, comme nous l'avons dit , de construction moderne , mais il 
est bien difficile d'assigner une date à cotte partie, surtout à 
cause du soin qu'ont mis les constructeurs à copier le stylo du 
chœur et du transept; cependant il nous semble, d'après cer- 
taines formes particulières remarquées sur les chapiteaux des 
colonnettes du triforium, et notamment un écu en accolade 
timbré do trois fleurs de lis à galbe épais, que ces construc- 
tions pourraient remonter au milieu du XVII e siècle. 



(1) Nous avons relevé dans le chœur et le transept un assez grand 
nombre de marques d'appareil intéressantes. 



NOTES SUR L'ÉGLISE DE SAINT-BARNARD. 269 

Dans le bas de la nef el dans l'épaisseur des murs ont été 
creusées en sous-œuvre des chapelles peu profondes , dont Tare 
en plein - cintre de mauvais aloi paraît appartenir au XV ou 
au XVI e siècle. La tribune qui supporte l'orgue ne paraît pas 
antérieure au XVIII e siècle et provient de l'ancienne église des 
Cordeliers de Romans, qui avait été, comme Saint- Barnard et 
toutes les autres églises de la ville, ruinée par les protestants. 

L'église de Saint-Barnard était autrefois garnie sur sa façade 
extérieure nord d'une série de chapelles, dont trois subsistent 
encore en totalité ou en partie. Ces trois chapelles sont : 1° la 
chapelle Saint-Barnard, convertie en sacristie, déjà décrite; 
2° la chapelle Saint-Dominique, dont la base seule existe encore; 
on y accédait par une porte donnant sur le passage qui mène à 
la porte Saint- Jean, à l'est de la chapelle Saint-Barnard; 3° la 
chapelle Sainte-Madeleine , construite sur la voûte qui précède 
au nord la porte Saint-Jean ; cette chapelle, dont l'intérieur a 
été divisé en plusieurs étages, se composait d'une nef terminée 
par une petite abside en cul-de-four et n'était éclairée que par un 
oculus percé au-dessus de l'abside. Cette abside, demi-circulaire, 
d'un diamètre extérieur de deux mètres environ et couverte en 
dalles imbriquées, est supportée à l'extérieur par une colonne, 
dont le fût est couvert d'enroulements de feuillage , auxquels 
sont adossés Adam et Eve, séparés par le serpent. Sur le cha- 
piteau, très-richement décoré d'une couronne de feuilles d'a- 
canthe dans sa partie inférieure , est sculptée la résurrection de 
Lazare ; la partie supérieure du chapiteau porte une inscription 
à peu près illisible aujourd'hui. La voûte en berceau de cotte 
cbàpelle subsiste encore. Entre cette chapelle et le bras nord du 
transept devaient exister quelques constructions anciennes dont 
il no nous a pas été possible de nous rendre compte aujour- 
d'hui. Puis à l'est du même bras se trouvait la chapelle Saint- 
Michel, démolie lors du dégagement de l'église, vers 1845, et 
dans les matériaux de laquelle a été trouvée l'inscription du 
tombeau de saint Barnard, mentionnée plus haut. Toutes ces 
chapelles sont ou étaient romanes. 

Au sud-ouest de l'église existait un cloître, du XI e ou XII e 



270 société d'archéologie et de statistique. 

siècle, démoli sous la pression des ponts et chaussées pour dès 
exigences de voirie. Les colonnes lourdes et trapues qui en sou- 
tenaieDt les arcs à plein cintre avaient leurs fûts- diversement 
ornés de godrons, de bâtons rompus, de spirales ; les chapiteaux 
à physionomie toscane n'étaient ornés que d'une volute aux 
angles, les tailloirs très-proéminents, les bases largement épa- 
tées. Les galeries da cloître portaient sur leurs murs quelques 
inscriptions tumulaires et des traces de peintures décoratives ; 
on y voyait aussi un tombeau du XIV 6 siècle f . 

Nous mentionnerons dans l'église de Saint-Barnard divers 
objets intéressants, savoir : 

Au fond de la première chapolle est de la façade nord de la 
nef, une jolie crédenco du XV e siècle. Au-dessus de cette cha- 
pelle, encastrée dans la muraille, une Vierge tenant l'enfant 
Jésus, haut -relief en marbre blanc, grandeur demi-nature 
environ, travail du XVI e siècle, portant encore des traces de 
peinture. La grille de cette même chapelle paraît appartenir 
aussi au XVI* siècle. 

A gauche et à droite de l'entrée du chœur, sur la partie 
antérieure des stalles, deux statues en bois, probablement 
du commencement du XVI siècle : l'une représentant saint 
Roch, avec le costume de l'époque, un chien est à ses pieds ; 
l'autre, saint Sébastien , sans vêtements, lié à un tronc d'arbre. 
Ces statues, peintes toutes deux , sont des ex-voto offerts par la 
ville et les consuls pendant la peste qui désola Romans au com- 
mencement du XVII e siècle. Il existe aussi quelques tableaux 
anciens intéressants , notamment une Vierge mère , panneau à 
fond d'or placé dans le bras sud du transept. 



(1) M. Questel, architecte du Gouvernement sous Louis-Philippe, a 
fait un rapport sur les bâtiments do Saint-Barnard, où doivent ètro 
mentionnés tous les détails ci-dessus. Ce rapport était accompagné de 
plans, coupes et élévations, dont une copie se trouve entre les mains 
de M. E. Giraud. Dans ces dessins et lavis il y a plusieurs inexactitudes 
faciles à reconnaître. 



NOTES SUR L'ÉGLISE DE SAINT-BARNARD. 271 

Enfin , dos tapisseries de la fin du XV e ou du commencement 
du XVI e siècle étaient autrefois suspendues dans le chœur, 
dont elles garnissaient le pourtour. Ces tapisseries se composent 
de neuf panneaux d'inégale largeur, mais d'une hauteur uni- 
forme do trois mètres environ 4 ; leur développement bout à 
bout est de près de trente mètres ; le sujet en est la Passion de 
Notre Seigneur Jésus-Christ. Ces tapisseries sont faites à la 
main et par pièces rapportées ; les figures et les mains sont en 
général peintes sur le fond de grosse toile; quelques figures 
portent des rehauts de soie dans les parties éclairées ; les vête- 
ments portent aussi quelques rehauts de soie. La peinture des 
figures est fort inégale : les unes accusent une main très-expé- 
rimentée , le dessin en est pur, le modelé savant ; tandis que les 
autres sont au-dessous du médiocre. L'ensemble de la tapisserie 
est en laine, qui a conservé de Péclat dans certaines nuances. 
Nous avons reconnu sur des vêtements quelques caractères, 
dont nous n'avons pas su découvrir le sens. 

Il serait à désirer que ces panneaux pussent être utilisés 
comme décoration ; mais il est fort difficile de trouver une place 
où ils fussent bien en vue. Au choeur ils cachaient la moitié 
inférieure des fenêtres, et dans la nef, à cause de la disposition 
des chapelles, il serait impossible de les placer à la suite les 
uns des autres. Nous espérons que Ton. trouvera un emploi 
utile de ces curieuses tapisseries , reste précieux de l'art du 
moyen-âge. 

A. NUGUES. 



(1) Ce sont évidemment les tapisseries données à Saint-Barnard par 
l'abbé de Losseins (Charles de Lionne) (voir la note de la pago 266); 
seulement, d'après M. Chevalier, le nombre des pièces était de huit, 
et nous en avons neuf faisant partie du même tout : probablement l'une 
d'elles aura été coupée en deux. 



' ' _1 



272 SOCIETE d: ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 



LETTRES INÉDITES 



DE 



HUGUES DE LIONNE 



La correspondance diplomatique de Hugues de Lionne 
existe dans les dépôts publics. Une partie a été publiée et 
imprimée; l'autre partie est plus ou moins connue I . Il 
n'en est pas de même de sa correspondance privée. On a 
vu l'homme d'Etat, le diplomate traitant des affaires pu- 
bliques, des intérêts du prince et du pays, mais on ne 
connaissait pas l'homme d'intérieur, s'occupant de ses 
intérêts particuliers et de ses affaires de famille. Cette 
correspondance , tout à fait inconnue et qui n'était pas faite 
pour la publicité, comprend 94 lettres, toutes, sauf 5, 
adressées, du 8 février i655 au 18 mai 1671, par l'auteur 
à son oncle, Humbert de Lionne, doyen de la Chambre des 
comptes de Grenoble. On y trouve une foule de révélations, 
de confidences sous le sceau du secret, comme on peut en 
attendre de la part d'un ministre des affaires étrangères, qui 



(1) M. L. Valfray, sous-directeur au Ministère des affaires étrangères, 
prépare en ce moment une histoire des ambassades et du ministère de 
Lionne , avec la correspondance conservée aux archives. Cette publication, 
dont l'auteur a bien voulu nous faire part, comblera une grande lacune 
dans l'histoire diplomatique du règne de Louis XIV. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 27 3 

mena à bonne fin de si grandes choses et eut des relations 
avec de si grands personnages. 

Nous ne savons rien de positif sur l'existence des lettres 
de Hugues de Lionne; mais il est permis de conjecturer 
qu'elles étaient si flatteuses pour celui à qui elles étaient 
adressées, si honorables pour la famille et intéressantes 
pour la postérité , qu'elles durent être soigneusement con- 
servées et ensuite transcrites sur un registre. Joachim de 
Lionne, fils et héritier de Humbert, y a placé des notes 
marginales plus nombreuses qu'intéressantes, ayant seule- 
ment pour but d'appeler l'attention sur certains passages, 
particulièrement sur ceux qui le concernent. L'écriture de 
cette transcription, nette, soignée et méthodique, est celle 
d'un scribe de profession, qui n'a épargné ni le temps ni le 
papier. Malheureusement peu instruit et peu habile à dé- 
chiffrer, il a défiguré la plupart des noms propres, fait usage 
d'une orthographe et d'une ponctuation arbitraires, variant 
d'une page à l'autre, et laissé en blanc un certain nombre 
de mots. Privé des lettres originales, que nous aurions peut- 
être reproduites telles quelles , nous avons cru devoir, mal- 
gré un léger anachronisme, faire usage de l'orthographe 
moderne, tout en respectant scrupuleusement le texte. 

Le registre qui contient cette correspondance a fait partie 
de la riche bibliothèque d'un amateur éclairé des lettres et 
des arts, M. de Pina \ Il nous a été communiqué par son 
fils, M. Humbert de Pina, capitaine de vaisseau, qui, 



(1) Jean-François-Calixte de Pina, marquis de Saint- Didier, chevalier de 
Malte, de la Légion d'honneur et de l'ordre de François I er de Naples, 
ancien capitaine de cavalerie, maire de Grenoble et député de l'Isère sous 
la Restauration, décédé dans cette ville le 20 juillet 1842. Il avait épousé 
à Romans, le 6 mai 1806, Françoise-Gabrielle-Olympe-Bruno du Vivier. 

Tome XI. — 1877. 19 



274 société d'archéologie ej de statistique. 

grâce à l'obligeant intermédiaire de M. P. E. Giraud, a 
bien voulu nous en laisser prendre une copie. 

Ces lettres sont , comme il a été dit , au nombre de 94, 
parmi lesquelles 40 sont datées de Paris, i3 de Saint- 
Germain, 9 de Fontainebleau, 5 de Rome, 4 de Lyon, 
4 d'Hendaye, 3 de Berni, 2 de Francfort, 2 de Saint- Jean- 
de-Luz, 1 de Mayence, 1 de Candillac, 1 d'Aix, 1 de 
Montpellier, 1 de Versailles, 1 de Suresnes, 1 de Vincenoes, 
1 de Dunkerque et 4 sans indication de lieu. Le style en est 
un peu dur et négligé, mais simple, sobre et clair, con- 
forme à l'esprit essentiellement positif de Hugues de Lionne; 
car, malgré une instruction classique remarquable, il n'eut 
guère que des correspondances d'affaires, même avec d'émi- 
nents littérateurs, tels que Saint- Evremond. 

Afin d'épargner au lecteur de fastidieuses recherches, 
nous avons mis tous nos soins à donner des notes biogra- 
phiques sur les personnages plus ou moins connus qui, au 
nombre d'environ trois cents, figurent à un titre quelconque 
dans la correspondance privée de Hugues de Lionne. Ce 
travail était assez difficile, parce que beaucoup de noms de 
famille sont remplacés par 'des noms de terre ou de fan- 
taisie. Nous avons cru devoir donner aussi sur certains faits 
et événements insuffisamment. indiqués les appréciations et 
les renseignements les plus indispensables. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 275 



LETTRES 



DU 



GRAND LIONNE, le ministre, 
A son oncle, Monsieur de Lionne, 

conseiller d'État, doyen des Comptes de Vauphiné, 

nommé ambassadeur à Venise et en Savoie, 

qu'il refusa, père du comte de Lionne, 

premier écuyer de la grande écurie 

du Roi W. 



(1) Il y a un sous-titre un peu trop familier, qui est ainsi conçu \ Lettres 
du ministre Léonidor au vieux Léonidor, son oncle, depuis i655 jusqu'en 
1671. 

Léonidor, amplification de Lionne, était probablement une sorte de so- 
briquet qui se donnait dans l'intimité de la famille. 



276 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 



I 



A Rome, ce 8 février i655. 

Quoique toutes choses ne s'avançassent pas beaucoup 
dans le conclave pour nous faire espérer d'avoir bientôt un 
pape, elles étaient au moins en telle disposition qu'on pou-, 
vait espérer d'en avoir un bon jusqu'à hier, que l'ambassa- 
deur d'Espagne, accompagnant le cardinal d'Arac ■ à son 
entrée dans le conclave, prit cette occasion pour rendre 
publique l'exclusion qu'il faisait à Sachetti a de la part du 
roi d'Espagne 3 , son maître, au nom duquel il défendait à 
tous les cardinaux sujets dépendants ou amis de la couronne 
d'Espagne de ne plus concourir à l'élection de ce sujet, et il 
passa outre à l'égard du cardinal Aquaviva 4 , Napolitain ; 
car il le menaça que le roi , son maître, se ressentirait contre 
lui et contre ses parents, qui sont ses sujets, de ce que ce 
cardinal , à l'exemple de la plus grande partie presque du 
sacré collège, avait cru être obligé en conscience de donner 
son vœu à Sachetti , comme au plus digne. Cette exclusion 



(1) Ernest- Albert, comte de Harrach, né à Vienne en Autriche, le 25 
octobre i5g8, archevêque de Prague et évêque de Trente, cardinal le 9 
janvier 1626, mort le i5 octobre 1667. 

(2) Jules Sachetti, Florentin, évêque de Gravina, cardinal de la pro- 
motion de 1626, ensuite évêque de Frascati, mort en i663. 

(3) Philippe IV, Dominique-Victor, monté sur le trôné d'Espagne en 
i52i, décédé le 14 septembre i665, âgé de 60 ans. 

m (4) Octave Aquaviva, né le 23 septembre 1609, cardinal le 9 mars i652, 
décédé à Rome le 20 septembre 1674. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 277 

si ouverte et si formelle pourrait peut-être changer de face 
les affaires, car il y en a beaucoup qui n'attendaient que la 
ruine de Sachetti , sans laquelle personne n'osait rien pré- 
tendre pour paraître. Entre ceux-là j'avoue qu'il y a beau- 
coup de bons sujets et que nous pouvons encore espérer à 
' avoir un bon pape. Mais si l'exclusion de Sachetti rebute 
ses amis et a lieu, on peut dire que les Espagnols, qui la 
lui ont procurée par des raisons, je crois, fort peu chré- 
tiennes, font un insigne tort à l'Eglise, et je craindrais pour 
quelque couronne que ce fût, si dans le besoin que l'Eglise 
a maintenant, plus que jamais, d'un excellent pape, elle 
était cause que celui qui est jugé tel, et désiré par cette 
considération de tous les chrétiens, ne le fût pas. Mais 
j'apprends avec grande consolation, par des nouvelles que 
je viens de recevoir tout présentement du dedans du con- 
clave, que l'action de l'ambassadeur n'a fait qu'échauffer 
ses amis ' et addere calcaria sponte currentibus, et que 
les sujets même napolitains et milanais ont déclaré que 
semblables violences ne pouvaient servir qu'à faire mettre 
sur leurs palais les armes de France 2 . 

On écrit de Florence du i I e que le 9 e précédent le général 
Blake 3 s'était retiré de devant le port de Ligourne 4 et qu'il 
avait fait voile du côté de Sardaigne. . 



(1) Fabio Chigi, né £ Sienne, le i3 février 1^99, cardinal le 29 février 
i652, fut élu pape le 7 avril i655 et prit le nom d'Alexandre VII. 

(2) Les ecclésiastiques qui se plaçaient sous le drapeau de la France par- 
ticipaient aux franchises dont, à Rome, jouissaient l'ambassadeur de cette 
puissance et les personnes de sa suite. 

(3) Robert Blake, célèbre amiral anglais au service de Cromwel, né en 
159g, m °rt en 1657. 

(4) Livourne, port de Toscane; en anglais Leghorn. 



278 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Le duc de Parme x fait des levées par jalousie qu'il a du 
duc de Modène % qui en fait aussi. 

Les Génois commencent à désespérer de leur accommo- 
dement avec T Espagne, le marquis de Caracenne 3 y appor- 
tant tous les jours de nouvelles difficultés. Cependant la 
république se prépare à une bonne guerre et fait faire * 
plusieurs vaisseaux , dont il en est déjà arrivé trois au port 
de Gênes. 



II 



A Rome, le 9* août i65b. 



J'ai appris avec joie, par votre lettre du 18 juillet, l'heu- 
reuse arrivée de mon cousin de Lesseins 4 et de nos autres 
MM. Dauphinois. J'ai peine à croire que ceux-ci aient 
regret de quitter Rome, car rien ne les y a obligés que leur 
propre volonté. M. de Ponnat 5 eût volontiers attendu le 



(1) Ranuce II Farnèse, duc de Parme, mort en 1694, à 62 ans. 

(2) François d'Est, duc de Modène, né en 1610, mort en i658. 

(3) François-Gaspard Tellez Giron , duc d'Ossuna, marquis de Caracène, 
grand écuyer de la reine d'Espagne, décédé en 1694*. 

(4) Charles de Lionne , abbé de Lesseins , son cousin. 

(5) François de Ponnat, baron de Gresse, d'une famille venue de Gap, 
docteur en droit, conseiller au parlement de Grenoble par lettres du 28 
août 1628, en remplacement de son père, décédé le \ décembre 1669, étant 
doyen du parlement et laissant quatre enfants de Louise Jomaron. 

« Sa belle et nombreuse bibliothèque étoit un témoignage certain de 
» l'amour qu'il avoit pour les livres et savoit les mettre en bons usages. » 
Guy Allard, Dict. histor. du Dauphiné, éd. Gariel. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 279 

mois de septembre, mais M. de Quinsonnas ' Pa entraîné. 
Je suis encore pour longtemps vraisemblablement. Je ne 
laisse pas de disposer les choses en sorte que je puisse éviter 
la mer à mon retour et faire le voyage par terre, pour passer 
à Gap et à Grenoble. Je vous prie de vous enquérir, sans 
faire semblant de rien, si, quand M. Servien a y a passé, en 
qualité d'ambassadeur extraordinaire , le canon de l'arsenal 
ne tira pas, comme on me le tire dans toutes les villes 
d'Italie; et à Gênes même, où réside le corps de la répu- 
blique , to.ute l'artillerie fut déchargée quand j'entrai dans le 



(1) Aimar Pourroy de Quinsonnas, d'une famille originaire du Royans, 
seigneur de Vaulserrc, d'abord juge royal de Créât, puis président à mortier 
au parlement de Grenoble, du rg novembre i655, sur la résignation de 
Sébastien Pourroy, son père, fils de Paul, tige de la branche de Quin- 
sonnas, et d'Elisabeth du Faure. II décéda en i683. H avait épousé Françoise 
Vidaud de Latour. Guy Allard dit qu'il aimait les livres et la jurisprudence 
et qu'il avait fait un recueil des arrêts du parlement. 

(2) Ennemond Servien, seigneur de Cossey et de La Balme, né en i5g6, 
trésorier en Dauphiné en 1623, président de la Chambre des comptes en 
1642, commissaire général des guerres en i633, conseiller d'État en i635, 
garde des sceaux, président du conseil souverain de Pignerol en 1645, 
gratifié en 1664 d'une pen ù\ m de 6,000 livres, enfin ambassadeur en Savoie 
de 1648 à 1676, -décédé à Grenoble le 3 juin 1679. Il s'était marié à Justine 
de Bressac, fille de Henri, vibailli de Valence, et de Justine de Costaing, 
dont il eut sept enfants : 

i° Abel , qui fut président à la Chambre des comptes et mourut avant 

son père ; 

2 Maurice- Amédée , seigneur de Cossey, capitaine de chevau- légers; 

3° Hugues-Humbert, abbé de Cruas, premier abbé commendataire de 
Léoncel, camérier des papes Clément IX et Innocent XI; 

4 Ennemonde, mariée à François Charron, marquis de Saint-Ange, 
premier maître d'hôtel de la reine; 

5° Justine, superieure.de la Visitation de Valence; 

6° Françoise-Innocente, supérieure de la Visitation de Montélimar, puis 
de Valence, où elle succéda à sa soeur; 

7 Charlotte-Christine, femme de Joseph de La Porte, président à la 
Chambre des comptes de Dauphiné. 



280 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

port et quand j'en sortis. J'ai déjà obtenu un passeport des 
ministres d'Espagne pour passer par l'Etat de Milan, en 
cas qu'alors les affaires y soient au même état pour eux 
qu'elles sont aujourd'hui. 

J'ai été obligé de renvoyer en France un de mes pages, 
qui se débauchait. Je vous prie de voir si vous ne pourriez 
point m'envoyer quelque jeune gentilhomme ou de bonne 
famille, qui eût bonne façon et ne fût ni trop petit ni trop 
grand, c'est-à-dire depuis quinze ans jusqu'à dix-neuf. 
Sans doute que beaucoup de personnes voudraient avoir 
cette commodité de se décharger de la dépense d'un de leurs 
enfants et lui faire voir l'Italie sans qu'il leur en coûtât rien. 
En ce cas il suffira qu'ils l'envoient à Marseille et l'adressent 
à M. d'Arène f , lequel lui donnera de l'argent pour passer 
jusqu'ici et lui en trouvera les moyens sûrs et prompts. Si , 
après quelques recherches, vous ne trouviez personne à 
propos ni à la ville, ni à la campagne, je vous prie d'en 
donner avis à M. de Rue a , afin qu'il m'en envoie un de 
Paris même. 

Quand mon père pourra me faire tenir ici les cinq cents 
pistoles qu'il a prêtées à la ville de Gap, elles viendront fort 
à propos, car je suis obligé à de grandes dépenses, qui 
augmenteront encore par l'arrivée de M. de Brienne 3 , que 
je fais état de loger et tout son train. 

Je vous renvoie une lettre qui a pris le chemin de Rome, 
au lieu de celui de Grenoble. 



(i) Paul-Émile d'Arènes, conseiller, avocat du roi en la sénéchaussée de 
Marseille, premier consul de cette ville, marié à sa cousine, Madeleine 
d'Arènes. 

(2) Joachim de Rue, conseiller en la Chambre des comptes, dont la fille 
Jeanne épousa Jean Jomaron, conseiller au parlement. 

(3) Loménie de Brienne, fils du ministre des amures étrangères. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 28 1 

Je n'ai point eu des nouvelles de M. le président de Che- 
vrières l depuis son arrivée, dans la province. Je vous prie 
de lui baiser les mains de ma part et à mes cousins de 
Lesseins a . 



III 



A Berni, ce 27* novembre i655. 

Je vous adresse trois lettres : Tune de remercîment à 
M. le duc 3 , Tautre de compliment à votre nouveau pre- 



(1) Jean IV de La Croix-Chevrières , comte de Saint-ValHer, marquis 
d'Ornacieu, etc., d'une famille originaire de Romans, docteur en droit, 
conseiller au parlement de Grenoble du 20 juillet i633, présidente mortier 
au parlement de Dijon du 6 octobre 1642, ambassadeur à Rome en 1644, 
conseiller d'État du i n février 1646, président au parlement de Grenoble 
du 25 juin i65o, en remplacement de Pierre Gratet du Bouchage, mort 
en 1680. Il s'était marié, par contrat du 29 avril 1642, à Marie de Sayve, 
fille unique de Jacques de Sayve, seigneur d'Échigey et de Chamblant, 
président au parlement de Dijon, laquelle lui donna dix enfants et mourut 
en 1702. 

Jean de La Croix était un homme inquiet, tracassier, avare, qui, quoique 
possesseur de dix-neuf grandes seigneuries, avait toujours peur de n'avoir 
pas de quoi vivre. 

(2) Ses cousins de Lesseins étaient les trois fils de Hugues de Lionne 
et de Clémence de Claveyson, savoir : Sébastien, marquis de Claveyson, 
Humbert, seigneur de Flandènes, et Charles, abbé de Lesseins. 

(3) François-Paule de Créqui, comte de Sault, duc de Lesdiguières, pair 
de France, gouverneur du Dauphinéen i65i, maréchal de France en 1668, 
mort le 4 février 1687, âgé de 63 ans. Il avait épousé en premières noces 
Catherine de Bonne, sa tante, et en secondes noces Madeleine de Ragny. 



282 SOCIÉTÉ DARCHÉOLOG1E ET DE STATISTIQUE. 

mier président * et la troisième en réponse à M. de Chapolay, 
le père % sur un remerciaient qu'il m'avait fait pour son 
fils 3 . Cependant pour la seconde du maître des requêtes, 
comme je connais le personnage mieux que personne et qu'il 
pourrait bien avoir vécu incivilement avec vous, je vous 
prie, si cela était, de la supprimer comme non écrite. 

Avant que passer outre, je vous dirai, de peur d'oubli, 
que le Père Merle 4 , Jacobin, se trouve mon aumônier, 
qui vient dire la messe toutes les fêtes et dimanches à Berni 5 , 
moyennant cent francs, que j'ai été bien aise de lui payer, 
parce que c'est la même pension qu'il est obligé de bailler au 
couvent où il est pour étudier et y pouvoir demeurer. 

Ne pensez pas que je vous remercie des soins que vous 
avez pris d'éclaircir avec mon père l'emploi des deniers que 
vous aviez touchés pour l'affaire que j'avais avec les rece- 



(1) Denis Legoux de La Berchère , maître des requêtes , premier président 
au parlement de Grenoble, de i655 à 1679, en remplacement de son frère, 
Pierre Legoux, marquis dlnterville, comte de Rochepot, d'abord premier 
président au parlement de Dijon et ensuite de Grenoble en 1644, et décédé 
le 29 novembre i653. II fut père d'Urbain Legoux, maître des requêtes, 
intendant des finances, et de Charles Legoux de La Berchère, qui fut 
évêque de Lavaur, ensuite archevêque d'Aix , après de Toulouse et enfin 
de Narbonne, et décéda le 2 juin 17 10. 

(2) Aimar Guigou de Chapolay, président au conseil des finances de Dau- 
phiné, fils de Henri, procureur général en la Chambre des comptes, marié 
à Gasparde de Ruins, décédé à Romans, le 21 juin i656. 

(3) Gaspard Guigou de Chapolay, fils du précédent et comme lui président 
du bureau des finances, mort le 24 juin 1681 et enterré dans l'église de 
Sainte-Claire de Grenoble. Oe Renée Brenier il n'eut qu'une fille, qui fut 
religieuse à Saint-Just. 

(4) La famille de Merle, originaire de Bresse, vint s'établir en Dauphiné. 
Elle est aujourd'hui fixée à Romans et à Malaucène (Vaucluse). 

(5) Berni, seigneurie dans les environs d'Orléans, dont Hugues de Lionne 
et son fils aîné portèrent le titre. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 283 

veurs. Je m'en suis tenu son obligé et ai brûlé à l'instant 
même, sans le voir, tout le grand compte que vous aviez bien 
pris de la peine à dresser. Jn quantum possum et tu indiges, 
je vous donne de nouveau pleine absolution et décharge de 
tout ce maniement-là. Mais j'avoue en même temps que je 
suis hors de moyens de vous remercier jamais assez digne- 
ment, ni en paroles, ni en effets, de ce que vous avez con- 
tribué pour me faire payer de cette somme très-considé- 
rable , dont je vois bien que sans vous j'aurais perdu la 
meilleure partie et possible le tout. 

Vous ne vous arrêtez pas là, car votre bonté pour moi 
n'a point de bornes. J'en ai ressenti les effets encore à votre 
dernier voyage de Gap, quoiqu'à dire vrai vous m'aviez, 
par une apostille de lettre , fait entrer tellement en goût que 
vous pourriez peut-être disposer mon père de venir voir 
Berni (dont vous ne m'avez plus parlé après l'avoir entre- 
tenu), que toutes les grâces qu'il m'a accordées par votre 
moyen, et qui sont grandes selon ses forces, ne m'ont touché 
que par l'endroit de l'affection et de la tendresse que je vois 
bien qu'il a pour moi. 

J'ai envoyé parler à M. Amat I sur ce que vous m'avez 
mandé que mon père voulait me faire toucher à la- fin de 
l'année 8,856 livres, et je l'ai fait hardiment sur votre lettre, 
car mon père ne m'en marque rien par la sienne. Ledit 
sieur Amat a répondu qu'en cinquante ans il ne saurait que 
faire de cette somme-là à Gap; mais que si on la faisait 
porter à Grenoble, son commis avait ordre de lui de rece- 
voir tout et de tirer lettre de change sur lui, qu'il acquitterait 
ponctuellement. Je vous prie d'y tenir la main et de donner 
les ordres nécessaires pour l'exécution de la chose. 



m i 



(i) Mathieu Amat, notaire à Gap. Guy, fils d'Etienne, fut secrétaire en 
la Chambre des comptes de Grenoble. 



284 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

J'ai impatience de voir M. Ebrart 1 , pour lui témoigner 
mon ressentiment de la pensée qu'il a eue de vous faire 
payer vos gages du conseil et pour l'en solliciter vivement. 

Je ne comprends pas pourquoi M. Troilleur a ni aucun 
autre se peuvent refroidir pour la prétention de M. Gensac 3 , 
puisque je vendrai en l'état que les choses sont et garantirai 
contre cette prétention. Je vous prie, autant que vous 
m'aimez, d'y faire tout ce que vous pourrez. Je prétends au 
lieu de cela, quand la vente sera faite, donner à mon père 
2,000 livres par an, ou pour mieux dire, comme il a la bonté 
de vouloir me gratifier des revenus de Solignac 4 , des 2,000 
écus qu'il est affermé , je n 5 en prendrai que 4,000 livres et 
lui ferai tenir le reste fort ponctuellement et, s'il veut, par 
avance. Je vous prie d'y engager ma parole, quoiqu'il ne 
soit pas fort nécessaire , car d'autorité il pourrait toujours 
prendre tout le revenu de Solignac. Mais j'ai grand besoin 
d'assembler des sommes considérables, car, entre vous et 
moi, je dois entre -ci et deux ans payer à M. le premier 
président 240,000 francs v en six paiements de 40,000 francs 
chacun 5 . Ainsi, le secours que mon père m'envoie est grand 



(1) Jean Hébrard, sieur de Villeneuve, conseiller du roi, originaire du 
Champsaur. Son testament est du 28 juillet 1690. 

(2) Jacques Troilleur, conseiller à la Chambre des comptes en i65o. Il 
laissa une fille, nommée Françoise, qui fut mariée à Claude Thibault, sieur 
de Pierreux. 

(3) Etienne Gilbat de Gensac, de Die, député du tiers état aux États 
généraux du royaume, décédé en 1672. 

(4) L'abbaye de Saint-Pierre de Solignac, ordre de Saint-Benoît, à deux 
lieues de Limoges. Sa fondation remontait à Tan 63 1. Artus de Lionne, 
évêque de Gap, en fut le lx* abbé. M. Chassaing, juge au Puy, a fait con- 
naître Tobituaire de cette abbaye, en 1872. 

(5) C'était la somme qui restait due par Hugues de Lionne sur. le prix 
d'achat de la charge de grand-maître des cérémonies de l'ordre du Saint- 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 285 , 

pour lui , mais ne m'accommode pas tant comme ferait la 
. vente de La Terrasse * et, si l'on pouvait , même des rentes 
qu'il a sur le chapitre de Grenoble et sur M. me de Gordes % 
en les garantissant, afin de me faire une somme de 3o,ooo 
francs ou plus. Je ne comprends pas comme quoi il ne se 
trouve pas cent marchands d'une chose qu'on veut bailler à 
1,000 écus de bon marché et dans un temps que chacun 
doit appréhender de perdre sur son argent. Il faut que tout 
l'argent de vous autres Messieurs soit dans les banques de 
* Lyon, et je ne l'y tiens pas mieux. Je vous conjure de nou- 
veau de vous appliquer à cet article. 

J'ai une pensée en tête, que je ne sais si vous n'estimerez 
point folle, mais je ne laisserai pas de vous la dire : c'est que 
je voudrais bien voir ma tante de Lesseins 3 à Berni et l'y 
tenir ce printemps ou cet été. Il me semble qu'ayant la santé 
qu'elle a, elle pourrait faire ce voyage avec plaisir et sans 
incommodité, venant en litière jusqu'à Roanne, en bateau 
. jusqu'à Orléans, et dans mon carrosse de là à Berni. Vous 
voyez bien que je voudrais que ce fût à condition que vous 
seriez de la partie. Peut-être serait-ce un moyen d'en faire 
prendre envie à mon père. 



Esprit, acquise en février i653 de Louis Phélipeaux, seigneur de La 
Vrillière. Cette gêne ne s'explique guère, si, comme on le lit dans un 
inventaire, sa femme avait eu une dot de 5oo,ooo livres, dont 25o,ooo 
argent comptant. 

(i) La Terrasse, paroisse dans le Graisivaudan , près de Voreppe. Fran- 
çois de Simiane de La Coste en était à cette date le seigneur. 

(2) Anne Escoubleau, fille de François, marquis .d'Allure et de Sourdis, 
et femme de François de Simiane, marquis de Gordes, lieutenant général 
en Provence, décédée le 8 février 1681. 

(3) Catherine-Béatrix Robert de Saint-Germain , femme de Sébastien de 
Lionne. 



286 société d'archéologie et de statistique. 

Je suis dans une sensible affliction d'un accident apoplec- 
tique qui arriva il y a quelques jours à mon second fils % 
dont j'appréhende bien les suites , lui ayant pris en si bas 
âge. On y apportera tous les remèdes et toutes les précau- 
tions possibles ; mais je n'oserais hasarder des bénéfices sur 
sa tête. C'est un des plus beaux enfants qui se puissent voir, 
et le plus doux et le meilleur. 



IV 



A Rome, ce 6* décembre i655. 

J'ai reçu la lettre dont vous m'avez favorisé du i5 e du 

> 

mois passé et vu avec déplaisir la perte du paquet dans 
lequel étaient les grâces et facultés accordées par le pape à 
mon père. Je m'en vais travailler à en tirer un duplicata, et, 
si j'ai le temps, je le joindrai à cette lettre. 

Le fils de M. Robert est arrivé en bonne santé avec le 
ministre de Portugal. Je vous prie d'assurer tous Messieurs 
ses parents que j'en aurai grand soin. Il fut vêtu comme les 
autres deux jours après son arrivée. 

Monsieur le président de Saint- André a fera toujours des 



(i) Jules-Paul de Lionne, qui fut ecclésiastique et qui mourut prieur de 
Saint-Martin-des-Champs, à l'âge de 66 ans. 

(2) Nicolas Prunier, seigneur de Saint-André , marquis de Virîeu, né en 
162g, fils de Laurent et de Marie de Bellièvre de Pomponne, * dont la 
» sagesse est consommée et qui s'est fait une habitude de protéger les gens 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 287 

merveilles dans toutes les occasions qu'il aura de faire éclater 
sa suffisance. Nous n'avons certainement guère ou point de 
compatriotes de son poids , et je souhaite fort d'avoir quel- 
que part en l'honneur de ses bonnes grâces et vous prie de 
m'aider à acquérir ou conserver ce bien. 

Le bruit de la défaite du marquis de Ville 1 est faux. J'ai 
été ravi d'apprendre que mon cousin l'abbé de Lesseins fût 
entré en possession de son emploi a . Notre prince 3 sera 
bien mortifié de son exclusion , mais il s'en pourra consoler 
s'il est nommé au cardinalat, auquel il avait tant de part à 
l'entrée de la Régence. Il est vrai que pour la perfection de 
la chose, tant que je serai ici, il devait me rendre plus favo- 
rable à ses intérêts en concourant, ce qu'il n'a pas fait, à la 
réputation de mon cousin. 



» de lettres (Guy Allard), » conseiller au parlement de Grenoble du 9 sep- 
tembre 1645, président du 17 novembre 1650, en remplacement de son 
père, conseiller d'État en i655, ambassadeur à Venise en 1669, où il sou- 
tint vigoureusement la préséance de la France sur l'Espagne, commandant 
de la province en l'absence du lieutenant général , enfin premier président 
du parlement par lettres du 9 août 1679, décédé le 22 juillet 1692. Il avait 
épousé, le 16 février i658, Marie du Faure, dont il n'eut que deux filles : 
Justine, qui s'allia au marquis de Sassenage, et Marie-Claudine, qui épousa 
Joseph Forbin, marquis de J an son. 

(1) Jérôme, marquis de Ville, lieutenant général, commandant l'armée 
d'Italie. Il a publié le récit de son voyage en Dalmatie et à Candie. 

(2) Celui d'agent général du clergé de France. 

(3) Armand de Bourbon, prince de Conti, né à Paris en 1629. Il était 
extrêmement contrefait. Après la mort de son père, il quitta l'état ecclé- 
siastique et fut fait gouverneur de Guyenne et de Languedoc et grand- 
maître de la maison du roi. Il mourut dans son château de Pézénas, le 22 
février 1666. Il avait épousé Anne Martinozzi, nièce du cardinal Mazarin. 



288 société d'archéologie et de statistique. 



i655 *. 

M. le président de Portes a doit bien se garder de faire 
aucune dépense sous prétexte de mettre en équipage mon 
cousin d'Amblérieux 3 , pour la charge de la compagnie de 
M. le prince de Salm 4 , car S. M. veut absolument soutenir 
l'ancien lieutenant, que ledit prince avait cassé, et même 
Ta déjà fait rétablir, prétendant qu'autre qu'Elle, même 
dans les régiments étrangers , n'a pouvpir de destituer des 
officiers. 

Ledit prince m'avait écrit de Bruxelles pour en parler à 
S. M., et je l'ai fait d'autant plus volontiers qu'il s'agissait 
de l'avantage dudit sieur d'Amblérieux, lui ayant même 



(i) Cette lettre ne porte point de nom de lieu, ni d'autre date que celle 
de Tannée. 

(2) François de Portes , seigneur de La Balme , le Ch&telet et autres 
lieux, fils de Claude et de Louise Coste, conseiller en la Chambre des 
comptes de Dauphiné en 1620, président en 1637, marié en i632 à Mar- 
guerite Murât de Lestang, dame d'Amblérieux. Son frère, Pierre d'Am- 
blérieux, trésorier-receveur général de la province, épousa la célèbre 
Françoise Mignot, qui se remaria avec le maréchal de Lhôpital et ensuite 
avec Jean-Casimir, roi de Pologne. 

(3) Jean-Pierre de Portes d'Amblérieux servit longtemps dans le régiment 
des gardes françaises, il vendit sa charge et ne put rentrer dans le service. 
Il succéda, en i663 à François de Portes, son père, en qualité de président 
en la Chambre des comptes. Il épousa, le i3 août 1672, Virginie Peloux 
de Clérivaux. 

(4) François-Léopold, ctmte de Salm, né en i638 , mort en 1697. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 289 

dit qu'il était mon parent. Mais j % ai eu le déplaisir de me 
voir répartir par Sadite Majesté ces propres termes : que 
javais un parent fort déréglé et qu'il avait eu occasion de 
le connaître fort particulièrement. Je répliquai que lorsqu'il 
vendit sa charge aux gardes, ce fut un effet de jeunesse, 
dont son père, qui n'en savait rien, eut un très-grand dé- 
plaisir. La chose en demeura là. Mais, tant du côté dudit 
prince de Salm que de celui de M. d'Amblérieux, l'affaire 
ne réussira pas. 



VI 



A Rome , ce 14* février i656. 

Je n'ai pu répondre plus tôt à la lettre dont vous m'avez 
favorisé du 9 e janvier. Je vous remercie de toutes vos nou- 
velles et vous prie de faire un compliment de ma part à 
M. le président du Faure f sur la mort de Madame de Cla- 
veyson a . Je vous laisse à juger s'il devait être de conjouis- 
sance ou de condoléance. Je suis très-fâché de l'embarras 
où se trouve M. de La Tivollière 3 . Il croit facilement, ce 
que je vous prie de lui dire, que si j'étais en place pour le 



(1) Antoine du Faure, sieur de La Rivière, conseiller au parlement du 
23 juillet 1628, président du 21 août 1649, décédé le 28 novembre 1657. 
Sa fille unique, Marie , s'allia à Nicolas Prunier de Saint-André. M. Marc 
de La Rivière rut abbé de Léoncel de i652 à 1680, et M. de La Rivière, 
son neveu, était capitaine des gardes du maréchal de Villeroy. 

(2) Laurence de Claveyson, veuve de Hugues de Lionne. 

(3) Dorgeoise de La Tivollière, branche de la famille de Maugiron, qui 
s'est éteinte en la personne de Jean de Dorgeoise , maréchal de camp à 

Tome XL — 1877. 20 



29O SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

servir je ne m'épargnerais pas pour le faire aussi solidement 
et avec la même chaleur que j'ai fait autrefois; peut-être 
aussi qu'il ne se trouverait pas aujourd'hui attaqué si on 
m'avait vu dans la même place. Je ne pensais pas si bien 
dire quand je vous mandais cet apophthegme dont vous me 
faites souvenir : qu'il ne faut avoir qu'une fois en sa vie de 
pareils démêlés à celui qu'il eut alors avec le feu premier 
président \ 

J'espère de vous revoir bientôt, ne croyant pas que mon 
congé, sur lequel j'insiste il y a longtemps, me soit plus 
guère différé. Vous en serez* averti aussitôt que je l'aurai 
reçu. Je prendrai le même chemin par lequel je suis venu et 
laisserai ici mon dernier fils a jusqu'à ce qu'il soit sevré, ce 
que nous autres Italiens disons disve^ato; mais vous ne 
l'auriez pas entendu. 

Je ne sais si je vous quitterai, à moins de venir jusqu'à 
Marseille, mais tout au moins en Avignon. Vous ne vous 
en sauriez défendre, et M. de Franc 5 encore moins, ayant 
toujours sur le cœur de ne l'y avoir pas mené de Valence. 
Pour mon cousin de Lesseins, je ne crois pas, à présent 
qu'il se porte bien , qu'il me voulût donner la mortification 
de n'être pas de la partie. 



l'armée d'Allemagne en 1Ç74, ne laissant qu'une fille, Catherine, qui se 
maria deux fois : i° à Jacques Pourroy, 2 à Claude de Grolée. 

(i) Pierre Legoux. 

(2) Artus de Lionne , né à Rome l'année précédente. 

(3) Antoine de Franc fut, comme son père et son grand-père, trésorier 
général en Dauphiné. Il mourut sans enfant en 1690. Sa famille finit en 
Madeleine de Franc, qui rat la femme de Louis Briançon, seigneur de 
Varces. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 2QI 



VII 



A Rome, ce i3* mai? i656. 

J'ai reçu la lettre dont vous m'avez honoré du 20 e du 
mois passé. Il y a quatre mois que je presse à Paris mon 
congé, après avoir vu qu'il n'y avait rien à faire ici de bon 
ni de grand pour le service du roi ni pour le repos de la 
chrétienté % et on me le fait espérer au printemps en tels 
termes que je n'en puis quasi pas douter, dont je vous avoue 
que j'ai une joie inexprimable et particulièrement quand je 
me propose les satisfactions que je goûterai en vous voyant 
et tous mes parents et amis sur la lisière du Dauphiné, que 
je ne me presserai pas si fort de quitter que quand je vins, 
et j'aurai le loisir d'y faire diverses stations. Je vous prie de 
commencer à ajuster avec mon père en quel lieu nous pour- 
rons nous rencontrer. Je crois que Valence serait le plus 
propre, où il pourra descendre de Grenoble dans une journée. 
Mais pour vous, M. de Lesseins et M. de Franc, je ne sais 
si je vous pourrai quitter à moins d'Avignon. Néanmoins, 
votre commodité sur toutes choses. 

Je vous prie de conclure avec M. Le Bergier a le marché 
de La Terrasse, au prix que vous aviserez. Je me conten- 
terai de 25,ooo francs comptant. S'il ne les a pas comptant, 



(1) C'est-à-dire que la mission pour laquelle il était venu à Rome n'avait 
pas réussi. Il avait été chargé par Mazarin de demander au pape qu'il fît 
traduire le cardinal de Retz devant une commission ecclésiastique comme 
criminel de lèse-majesté. 

(2) Le Bergier de Moidieu, qui fut vibailli de Vienne de 1670 à 1692. 



2Ç)2 SOCIÉTÉ D ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

il faudra essayer d'en avoir 27,000 ou au moins 26. Il me 
semble, si on vend en Dauphiné comme on fait en France, 
qu'il n'importe pas beaucoup qu'il ait son argent comptant, 
pourvu que d'abord il en fournisse une partie considérable, 
car le bien vendu demeure toujours hypothéqué pour le 
surplus/On n'y saurait jamais rien perdre. 

J'ai bien du déplaisir de la dureté de MM. des finances 
pour vos gages du conseil. Peut-être qu'à mon arrivée je la 
surmonterai. 

Si j'avais été à Paris, je suis assuré que M. de Beauchêne * 
en serait revenu procureur général. Le mal vient de ce que 
je juge qu'il ne s'est trouvé personne (hors peut-être M. le 
premier président , qui paraissait intéressé pour son parent) 
qui ait informé Mgr le cardinal a de la différence qu'il y a 
pour la naissance et la qualité dudit sieur dé Beauchêne avec 
les autres prétendants à la charge 3 . J'ai rendu moi-même, 
allant chez M. le cardinal Bichi 4 , la lettre que vous m'avez 



(1) Gabriel Prunier de Saint-André, baron de Laval et de Beauchêne, 
conseiller au parlement du i5 mai i65i, en remplacement de Nicolas, son 
frère, nomme président à mortier le i" août i658, sur la résignation 
d'Antoine du Faure, décédé le i5 mars 1696. Il s'était marié, le 6 août 
i655, avec Anne de La Croix- Chevrières, laquelle vendit, au nom de 
Nicolas, son fils, le 24 juillet 1696, à Antoine Murât, seigneur de Sablon, 
l'office de président à mortier au parlement de Grenoble, au prix de 
110,000 livres. 

(2) Jules Mazarin, né le 14 juillet 1602, cardinal en 1641, premier mi- 
nistre pendant la minorité de Louis XIV, mort à Vincennes, le 9 mars 
1661. Il avait un évéché, sept abbayes et une fortune exagérée, scandaleuse 
et mal acquise. 

(3) Cette charge de procureur général au parlement de Grenoble fut 
donnée à Jean-Baptiste Gallien de Chambons, par lettres du 11 avril i656. 

(4) Alexandre Bichi, né à Braûn, évêque de Carpentras, nonce aposto- 
lique en France, cardinal en 16 34, abbé de Montmajour près d'Arles, pro- 
tecteur des églises de France, mort à Rome, le 25 mai 1657. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 2Ç)5 

adressée. J'ai ici un petit Romain qui sera un Sa m son. Il 
n'a que quatre mois et paraît avoir plus d'un an à sa grosseur 
et à sa force. Il épuise ses nourrices et ne veut jamais quitter 
le téton. 



VIII 



A Paris , ce i8* décembre i656. 

Je ne prends pas souvent la plume pour vous entretenir, 
quoique j'y prenne un plaisir indicible, parce que les affaires 
ou les divertissements occupent tout mon. temps et que je sais 
que vous avez assez de bonté pour tout excuser. Aujourd'hui 
que Ton m'a ordonné de garder la chambre pour m'être fait 
arracher une dent ce matin, de crainte de quelque fluxion 
en cette partie-là, si je prenais l'air, j'anticipe l'ordinaire l 
d'un jour afin d'employer au moins celui-ci en l'occupation 
la plus agréable qu'il m'est possible, en vous rendant compte 
de ce qui m'arrive, à quoi je sais que vous prenez autant 
de part que moi-même. 

Je vous dirai donc que je ne pense pas avoir en toute ma 
vie employé deux mois de temps plus heureusement et plus 
utilement que j'ai fait depuis mon retour d'Espagne. 

Premièrement, je crois et avec raison être aussi avant 



(i) Le courrier de la poste aux lettres pour le midi de la France ne par- 
tait alors ordinairement de Paris que deux fois la semaine. Une lettre 
simple coûtait 5 sols de Paris à Grenoble. 



294 SOCIETE D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

dans les bonnes grâces et l'estime de Mgr le cardinal que 
j'ai jamais été et ensuite celles de Leurs Majestés. 

En second lieu , j'ai eu le plaisir de gagner au jeu cent 
mille francs \ 

En troisième, lieu , j'ai assuré, cent mille francs d'un prêt 
que j'avais fait au roi et dont le remboursement traînait 
depuis plusieurs années. 

En quatrième lieu, j'ai fait passer mes preuves de noblesse 
au chapitre de l'ordre que nous avons tenu il y a aujourd'hui 
huit jours a . 

En cinquième lieu, «nous avons fait exclure dudit chapitre 
la proposition qui avait été faite de créer de nouvelles charges 
dans l'ordre, qui eussent ruiné entièrement et la beauté et la 
valeur des nôtres, ayant fait voir que cette création n'était 
pas au pouvoir du roi, étant formellement et contre le statut 
et contre le vœu que Sa Majesté fit le jour de son sacre, 
renouvelé le lendemain. 

En sixième lieu , cette exclusion m'a été si avantageuse 
que, comme il y a quantité de prétendants à cet honneur 
qui mettent le prix à la marchandise pour l'emporter les uns 
sur les autres, j'ai traité hier de ma charge avec un homme 
qui m'en donne comptant 36o,ooo livres, une chaîne de 
5oo louis d'or pour ma femme et les droits de la première 



(i) La joie d'avoir gagné au jeu une somme considérable le fait dénoncer 
lui-même une passion que lui reproche l'abbé de Choisy dans ses Mé- 
moires. 

(2) Ce sont les titres et mémoires dressés dans ce but, sur les notes du 
ministre, par Guy Allard, qui furent présentes et adoptés le 10 décembre 
i656 par les commissaires de Tordre du Saint-Esprit, duc de La Rochefou- 
cauld et marquis de Saint-Simon. 

Joachim de Lionne a mis en marge ces mots : Oublié que le roy lui 
donna un brevet de porter r habit et k collier, comme les chevaliers. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 2g5 

promotion des chevaliers, qui fnontent à 16,000 francs. De 
sorte qu'en une affaire qu'on croyait mauvaise quand je 
Tachetai et que je payai trop cher, il se trouvera que j aurai 
gagné 43,000 écus x et le cordon pour le reste de ma vie, 
qui est un honneur d'un prix inestimable pour une personne 
de la condition dont je suis né a . Il est vrai que celui avec 
qui j'ai traité peut-être n'aura pas la charge, parce que 
Mgr le cardinal a quelque engagement de faire tomber un 
cordon bleu à M. de Bourdeaux, l'ambassadeur d'Angle- 
terre 3 . Mais cela me sert toujours pour mettre le pied du 
prix à cette vente, et il faudra que M. de Bourdeaux passe 
par les mêmes conditions ou qu'il laisse passer l'autre devant 
lui, ce qui m'est indifférent. Ce qui me fâche un peu, c'est 
qu'il faudra attendre la réponse d'Angleterre avant que 
pouvoir exécuter la chose de façorf ou d'autre 4 . 



(1) Ce qui fait connaître qu'il avait acheté cette charge de prévôt et grand- 
maître des cérémonies au prix de 260,000 livres. 

(2) Joachim de Lionne a eu soin de souligner ces mots afin de signaler 
au lecteur la modestie de ce grand ministre, qui , revêtu des plus hautes 
fonctions de l'État, ne se méconnaissait pas, comme on disait alors. 

(3) M. de Bourdeaux, mort ambassadeur à Londres, dont la fille épousa 
M. de Fontaine Martel, qui fut écuyer de la duchesse de Chartres. 

(4) Voici l'indication des lettres patentes délivrées à l'occasion de cette 
charge : 

1" Démission de Louis Phélippeaux, seigneur de La Vrillière, de la 
charge de grand-maître des cérémonies de Tordre du Saint-Esprit, en faveur 
de Hugues de Lionne, du 8 février i653; 

. 2 Provisions de la charge de commandeur, prévôt et maître des céré- 
monies de Tordre du Saint-Esprit en faveur de Hugues de Lionne, du 28 
février i653; 

3° Brevet de retenue en faveur des héritiers de M. Hugues de Lionne de 
200,000 livres de la charge de grand-maître des cérémonies de Tordre du 
Saint-Esprit, du i5 juillet i653; 

4° Permission de jouir des droits et honneurs de Tordre du Saint-Esprit, 
en se défaisant de sa charge, du 26 mai i656; 



296 SOCIÉTÉ D' ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

En septième lieu, M. le duc d'Orléans 1 me paie une 
dette de 20,000 francs , qu'il me devait il y a six ans. Et 
enfin je vois clair c pouvoir tirer une somme considérable 
de mon procès de l'extraordinaire des guerres, quoique je 
n'eusse jamais compté cette partie que comme assez incer- 
taine dans le reste de mon bien. Cependant, par l'accommo- 
dement que mes parties me proposent, je vois déjà que j'en 
tirerai pour ma part 200,000 francs, sans le surplus pour 
lequel nous disputons. 

Vous jugerez, je m'assure, qu'en voilà bien assez pour 
être content de ces deux mois-ci. Cependant j'ai encore une 
autre satisfaction très-sensible de ce que Dieu a préservé 
jusqu'ici ma petite famille de la petite vérole, qui a eu un si 
grand cours en ces quartiers, et de ce que mon fils l'abbé 
est entièrement guéri du mal que vous savez qu'il avait, qui 
était très-fâcheux et pour lequel un des plus habiles méde- 
cins d'Italie l'avait tourmenté deux ans durant par des 
remèdes inutiles : ça été une des plus belles cures qui se pût 
faire, et à présent que je le vois en bon état, je me suis 
résolu de ne tarder pas davantage à faire expédier pour lui 
les bulles de l'abbaye de Solignac , et j'en écrivis vendredi 
dernier au pape pour avoir le gratis. Il est vrai que j'ai pris 
en même temps une résolution sur son sujet, qui est comme 
il manque d'application pour l'étude et qu'il a grande in- 
clination pour les armes, paraissant même intrépide et rien 
ne lui ayant jamais pu faire peur, je le veux faire chevalier de 



5" Permission de vendre ladite charge, du 18 mai 1657. 
(Elle fut vendue à Eugène Rogier, comte de Villeneuve, marquis de 
Caveno.) 

(1) Gaston de France, duc d'Orléans, 3 # fils de Henri IV et de Marie de 
Médicis, frère de Louis XIII, né le 2b avril 1608, mort relégué à Blois, 
le 2 février 1660. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 297 

Malte l et abbé. Cette dernière qualité lui donnera moyen 
de soutenir l'autre, sans incommodité. Cependant la pre- 
mière l'obligeant à renoncer à la succession de nos biens, 
ses frères.et sœurs en seraient mieux partagés. Il lui man- 
quera peut-être quelques quartiers pour les preuves du côté 
de sa mère, mais j'ai déjà fait écrire k Malte par le bailli de 
Souvré% ambassadeur de la religion, qui s'est chargé de 
surmonter toutes les difficultés. 

J'avais oublié, dans mon travail des deux mois, une ac- 
quisition que j'ai faite de 6,000 livres de rente sur les aides, 
dont j'ai déjà payé le principal, et pourvu que je me puisse 
sauver des taxes, je n'aurai pas fait une mauvaise affaire, 
et j'espère que , au moins tant que je vivrai, cela me sera 
assez facile. 

J'oubliais encore de vous dire que Mgr le cardinal m'a 
promis positivement et bientôt une autre abbaye pour mon 
fils l'abbé. 

Vous ne sauriez croire le progrès que l'aîné fait dans ses 
études. On m'a montré ce matin de lui trois longues compo- 
sitions que je vous jure que j'ai prises pour être du latin de 
Cicéron. Il fait d'ailleurs des vers latins et est assez avancé 
au grec, sait mieux toute la métamorphose et les histoires 
que je n'ai jamais sues, même en rhétorique, et sait aussi 
fort bien la géographie et commence à étudier la sphère. 



(1) Paul-Luc de Lionne, qui fut en effet chevalier de Malte, mais qui 
mourut jeune. 

(2) Jacques de Souvré, commandeur et ambassadeur de l'ordre de Malte 
à Paris. Après avoir commandé pendant quatorze ans un régiment de 
cavalerie et les galères de France avec le grade de lieutenant général, il 
parvint, en 1667, au grand prieuré de France. Il fit bâtir le superbe trftel 
du Temple, pour être la demeure des grands prieurs. Il mourut le 22 mai 
1670, à Tâge de 70 ans. 



298 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Mon dessein, si je puis, est de faire le seigneur Pupo 
auditeur de Rote et lui faire pousser sa fortune à Rome, et 
pour le quatrième lui faire prendre la profession ecclésias- 
tique et lui faire tomber les collations et les bénéfices du 
chevalier : ce sont mes projets, dont Dieu disposera peut- 
être tout autrement. - 

Ma pensée est aussi , dès que j'aurai tiré l'abbaye que me 
promet Mgr le cardinal, de supplier mon père de résigner 
son évêché à mon cousin l'abbé de Lesseins, me contentant 
des bénéfices qu'il a présentement et de quelque autre que 
S. E. lui fait aussi espérer. Mais quand il ne pourrait pas 
avoir ce dernier, je suis tout résolu à la chose, espérant qu'il 
aura assez dç gratitude pour traiter un jour mon quatrième 
fils comme je l'aurai traité. 

En même temps, afin que mon père ait moyen de soutenir 
sa condition , se défaisant de son évêché , il aura les trois 
mille livres qu'il s'est réservées sur l'abbaye de Solignac, 
trois mille.autres que lui cédera mon cousin l'abbé de Les- 
seins, et ce qu'il me dira qu'il lui faut de plus, je lui en ferai 
une donation irrévocable entre vifs sur tout mon bien ; ainsi 
il gagnera plutôt qu'il ne perdra au change. 

Comme il témoigna de fort bonne grâce et, à mon avis, 
de bon cœur à ma femme qu'il viendrait avec plaisir passer le 
reste de ses jours avec nous, pourvu que ce fût en résignant 
son évêché, en sorte qu'il ne fut plus obligé à y retourner, 
je fais état de le loger dans une des quatre maisons que j'ai 
devant mon logis et de lui donner mes* deux aînés chez lui 
pour le divertir. Ainsi il ne se contraindra pas pour s'ac- 
commoder à nos heures, et nous ne laisserons pas de nous 
voir tout aussi souvent que s'il était logé chez moi. Je 
pourrais même l'y loger dans dix-huit mois; car, ayant 
acheté une place à côté de ma maison , je m'en vais y faire 
bâtir l'année qui vient et des deux n'en faire qu'une, sui- 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 299 

vant un plan qu'un architecte m'a donné et qui est tel qu'il 
n'y aura guère d'homme dans Paris qui soit mieux logé ni 
plus spacieusement que moi. J'y dépenserai. 3o,ooo écus ou 
ioo^ooo francs, mais ce sera un logis que je vendrai après, 
du soir au lendemain, 200,000 francs. Dans ce projet, 
j'abattrai le corps de logis de derrière et aurai un grand air 
et la vue par une terrasse sur le jardin des Petits Pères, qui 
est de la grandeur que vous savez \ 

Je vous prie d'envoyer cette lettre même à mon père, afin 
qu'il la voie et que hofs lui âme qui vive, sans exception,' 
ne pénètre aucune des particularités que je vous mande, car 
il est très-important que toutes demeurent dans le dernier 
secret , et principalement celle de la vente de- ma charge , 
jusqu'à ce qu'elle soit exécutée, et celle de l'accommodement 
de mon procès. 

Je renverrai à mon cousin de Lesseins les originaux qu'il 
m'a prêtés de nos titres. Mais comme j'en aurai encore 
besoin pour les preuves qui seront à faire envers la religion 
de Malte, peut-être les pourrai-je garder jusqu'après l'affaire 
faite, qui sera un nouveau titre pour toute la famille. Je 
souhaiterais seulement que vous trouvassiez le moyen d'en- 
voyer, s'il est possible, un autre acte authentique par-devant 
notaires où cette qualité de Sébastien de Lionne, le contrô- 
leur des greniers à sel ne fût point. Vous voyez combien elle 
peut et doit choquer, et je crois qu'ayant quelque notaire 
affectionné et secret, il ne fera pas difficulté de l'omettre, 
puisque ce n'est pas pour faire tort à aucun tiers*. 



(1) Cet hôtel était par conséquent situé entre la rue Montmartre et la 
rue Notre-Dame-des- Victoires. 

(1) Cette qualité de contrôleur des greniers à sel, qui choquait tant 
Hugues de Lionne, a été en effet omise dans l'expédition des actes par les 
notaires , de même que dans le mémoire de Guy Allard. 



3oo société d'archéologie ct de statistique. 

J'ai dit à Sibut que je ne laisserais point ma maison de La 
Terrasse à moins de 28,000 francs, dont il ne m'a offert 
que 23. Il m'a promis d'en écrire et de me rendre réponse. 
Vous ne m'avez rien mandé de ce qu'on a dit dans vos 
quartiers de mon voyage d'Espagne \ Je ne sais pas si on y 
a bien considéré que jamais personne de ma portée n'a eu un 
si grand honneur que d'être seul plénipotentiaire de son roi 
pour des intérêts si considérables, qui font la fortune de 
deux monarchies, après vingt-deux ans de guerre, et je 
vous réponds que quand j'en pourrai divulguer les particu- 
larités, j'en tirerai encore plus de gloire que de la qualité 
de plénipotentiaire. 

Je vous prie de me mander, en cas que le sieur Renaud, 
le Suisse, soit en vos quartiers, s'il irait jusqu'à 5o,ooo fr. 
en assignations pour La Terrasse et quelles assignations il 
me pourrait céder a . Il me faudrait envoyer un mémoire de 
toutes celles qu'il a. 

Entre vous et moi, je ne trouve pas que mon cousin de 
Lesseins, qui est arrivé depuis deux jours, soit si satisfait 
que vous me l'aviez mandé de ce qui s'est passé de là entre 
Madame sa mère, son frère et lui 3 . 



L'illustre famille de Villars avait eu aussi un membre qui était, en ib8g, 
garde du grenier à sel de Condrieu. Cependant le maréchal de Villars, au 
comble des honneurs et de la fortune, loin de cacher ce fait, ajoutait 
volontiers qu'il descendait d'un modeste greffier de la judicature de 
Condrieu. 

(1) Hugues de Lionne revenait de Madrid, où il avait traité seul de la 
paix. 

(2) C'étaient des mandats assignés sur certains revenus que l'État donnait 
pour le paiement de ses dettes. On voit que ces sortes d'assignats devaient 
alors perdre environ i>o pour 100 de leur valeur. Mais il est probable que 
grâce à sa position, Hugues de Lionne espérait en tirer un meilleur parti. 

(3) Clémence de Claveyson , Humbert et Charles de Lionne. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 3ûl 



Du 22 # . 



Il y a cinq jours que cette lettre était prête; mais m'étant 
retiré à minuit le jour suivant qu'elle devait partir par l'or- 
dinaire de mardi dernier, elle fut oubliée dans mon cabinet. 



IX 



A Paris, ce i2 # janvier 1657. 

J'ai reçu la lettre dont vous m'avez favorisé du -3 e jour de 
l'an, en réponse des longs verbaux que je vous avais en- 
voyés le 1 8 e de l'autre mois , et j'attendrai maintenant les 
sentiments de mon père, après qu'il en aura eu la lecture et 
considéré le contenu. 

Le mot que vous avez lâché dans votre lettre du souhait 
que vous faites de pouvoir être déchargé du prêt de la 
Paulette *, n'est pas tombé à terre, et je vous assure que, 
aussitôt que je verrai quel train prendra cette affaire et 
quelle résolution on y doit prendre pour ce qui regarde les 
compagnies souveraines des provinces, je ferai tous les efforts 
possibles pour trouver les moyens de vous procurer par 
quelque voie cette satisfaction. 



(1) La Paulette était un droit fiscal équivalant à un soixantième annuel 
du prix des charges, ainsi nommé de Paulet, traitant, qui l'inspira à 
Henri IV, en 1604, ce qui amena la vénalité des offices, après les avoir 
rendus héréditaires. 



302 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Il y aura du temps à pourvoir à l'acte où Sébastien de 
Lionne est qualifié de contrôleur : je crois que c'est son 
mariage ou son testament ou le mariage de mon père. Je 
n'ai pas le temps d'en faire à présent la perquisition. Je 
joins ici un mémoire qu'on m'avait donné il y a quelque 
temps qui regarde M., de Saint-Didier *. J'en avais été 
prié par M. de Rambouillet le fils 2 , qui est fort mon ami. 
Si vous pouvez accommoder la chose, je vous en aurai 
obligation. Nous verrons ce que diront Sibut, Derion et 
Renaud, en cas qu'ils viennent sur le sujet de La Terrasse. 
Je vous adresse la réponse de M. Marchier 3 . 



A Pari» , ce 26* janvier 1657. 

Je vous adresse l'acte que m'a donné M. de Bonn elles 4 , 
secrétaire de l'ordre , de l'admission de mes preuves de 



(1) OronceLe Bout de Saint- Didier, conseiller au parlement du 1* avril 
1642, en remplacement d'Antoine, son frère, mort le 6 octobre 1689. Il 
avait épousé Virginie, fille de Humbert de Lionne, de la branche de 
Grenoble. 

(2) Fils de Charles, marquis de Rambouillet de la maison d'Angennes, 
et de Catherine de Vivonne, et frère de la duchesse de Montausier et de la 
comtesse de Grignan. Rambouillet fut vendu en 1705 par Armenon ville 
au comte de Toulouse , en faveur de qui cette terre fut érigée en duché- 
pairie. 

(3) Antoine Marchier, fils d'Ennemond , avocat distingué de Grenoble, et 
de Marie de Villeneuve, capitaine au régiment de Sault çt dont la fille 
Marie épousa Pierre Ponnat du Merlet. 

(4) Noël de Bullion , seigneur de Bonnettes ,* marquis de Gaillardon, pré- 
sident au parlement de Paris, pourvu de la charge de grenier ou secrétaire 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 3o3 

noblesse au chapitre qui fut tenu il y a quelque tetpps % 
m'étant souvenu que vous me Tavez autrefois demandé pour 
le faire, ce me semble , enregistrer dans votre Chambre des 
comptes , avec dessein même, si ma mémoire ne me trompe, 
de tirer (c'est-à-dire ôter) des registres de la Chambre cer- 
taines choses qui ne vous plaisaient pas. Je vous prie de 
me le renvoyer quand vous vous en serez servi selon votre 
projet. Mon cousin de Lesseins , de la manche % a trouvé 
que nous avons failli en une chose (et il me semble qu'il a 
raison), de n'avoir point fourni d'acte (comme il eût été facile 
avec un peu plus de recherches) qui prouve la descendance 
de Berton de ces autres dont il est fait mention dans les 
registres de la Chambre. La qualité de contrôleur, etc., de 
Sébastien de Lionne n'est, ce me semble, que dans le con- 
trat de mariage de mon père ; pour le moins elle est bien 
certainement dans cet acte-là. 

J'ai hésité quelque temps à vous mander ou non une chose 
qui se passe de deçà de quelque importance pour moi et 
pour toute la famille. Ma raison de douter était de ne vous 
pas donner une espérance dont vous eussiez après le dé- 
plaisir de vous voir frustré, l'affaire ne réussissant pas, 
comme il est plus vraisemblable qu'elle manquera qu'on 



des ordres du roi le 24 juin 1643 , intendant de ces ordres en 1654, mort 
le 3 août 1670. Son père, surintendant des finances, président au même 
parlement, avait été garde des sceaux de Tordre et avait vendu cette charge 
en i632 à M. de Ressey. Il eut deux fils de Charlotte de Prie, qui mourut 
le 14 novembre 1700, à l'âge de 78 ans. 

(1) Ce qui eut lieu sur le rapport du duc de Mortemart au chapitre de 
Tordre tenu parle roi, au château du Louvre, le 11 décembre i656. 

(2) Humbert de Lionne, de Romans, avait la charge de gentilhomme de 
la manche du roi , qu'il ne paraît pas avoir exercée. Louis XIV en avait 
deux, qui jouissaient de 6,000 livres de gages. Ce nombre fut plus tard 
porté à six. 



304 société d'archéologie et de statistique. 

ne doit s'en promettre le succès que je pourrais désirer. 
Néanmoins , en vous disant de ne vous y attendre point , je 
crois avoir remédié au premier inconvénient et satisfaire 
aussi à ce que je vous dois, qui est de ne vous laisser pas 
dans l'ignorance de pareilles choses. 

Je suis en traité avec M. de Brienne K de sa charge de 
secrétaire d'Etat des étrangers. Il a envie et besoin de s'en 
défaire , étant chargé de dettes qui le consomment ; mais il 
en veut un grand argent et je suis résolu de le lui donner ; 
ainsi la difficulté ne consistera pas là, en ce que son fils % 
qui a sa survivance et en a déjà prêté le serment, dit qu'il se 
fera plutôt déchirer par morceaux que de donner sa démis- 
sion, et que ce fils-là ayant épousé une fille de M. Cha- 



(i) Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne et de Montberon, né en 
1595 à Paris, où il est mort en 1666. Il remplaça en 161 5 son père dans 
la charge de secrétaire d'État et en i638 il lui succéda en titre. Après 
avoir cédé momentanément ses fonctions à Chavigny, il les reprit, pour 
les garder jusqu'en 166 3 , époque à laquelle il les résigna en faveur de 
Hugues de Lionne. Il avait épousé, en 1623, Louise de Béon de Masses, 
qui décéda à 63 ans, le 2 septembre i665. On a de lui des Mémoires con- 
tenant les événements les plus remarquables du règne de Louis XIII et ceux 
du règne de Louis XIV , jusqu'à la mort du cardinal Maçarin. Amsterdam, 
1717-1723. 3 vol. in-12. 

(2) Henri-Louis de Loménie, comte de Brienne, fils du précédent, né en 
1625. Il fut pourvu en i65i de la survivance de la charge de son père. Il 
épousa Henriette Le Boutillier, fille du comte de Chavigny et sœur de 
la maréchale de Clairembault et de l'évêque de Troyes, et qui décéda en 
1664, à Tâge de 27 ans. Le roi ayant refusé son agrément à la survivance, 
il revêtit l'habit d'Oratorien. A la suite de quelques marques d'extrava- 
gance, il fut enfermé dans l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, puis à 
Saint-Lazare et enfin mourut, le 27 avril 1698, dans l'abbaye de Saint- 
Severin. Dans les loisirs d'une longue réclusion il a produit des travaux 
littéraires, prose et vers, aussi nombreux que bizarres. Cependant il a 
laissé de curieux Mémoires inédits, qui n'ont été publiés qu'en 1828, par 
Fr. Barrière. Paris. 2 vol. in-8°. 



LETTRES INÉDITES DE KUGUES DE LIONNE. 3û5 

vigny *, toute cette parenté se remue étrangement pour le 
faire tenir bon dans ce dessein et empêcher que cette charge 
ne sorte de leur maison. J'ai promis 100,000 livres comp- 
tant à Madame de Brienne la mère, et de les lui faire tou- 
cher hors du prix de la charge et sans que personne en 
sache rien. Le père et la mère sont d'accord et ont désir de 
vendre, mais le fils tient ferme pour le prix. Ils disent qu'ils 
ont eu des offres jusqu'à 1,600,000 francs; à quoi je ré- 
ponds que, si elles sont vraies, elles ont été faites par des 
personnes qui ne seraient pas agréées, et qu'ainsi elles 
doivent être comptées pour rien ou au moins comme non 
faites. La charge, compris divers droits de consulats étran- 
gers, rend 25,ooo écus par an. Ma résolution est de ne 
passer pas 3oo,ooo écus de mon bien. Mgr le cardinal m'a 
fait la grâce de me promettre que le roi m'assistera de 
100,000 écus, c'est-à-dire que je toucherai de l'épargne en 
trois ou quatre ans, et si les difficultés se réduisent là, je 
pourrai bien faire encore l'avance de ces 100,000 écus-ci, 
c'est-à-dire convenir du prix de 400,000 écus. On me de- 
mande aussi une abbaye pour le second fils, et en cas 
que je ne la leur puisse procurer du roi., je suis résolu de 
lâcher Solignac, pourvu qu'il se trouve des moyens qui 
n'intéressent point la conscience des uns et des autres a . 
M. le procureur général 3 est d'avis que, quoi qu'il en coûte, 



(1) Léon Le Boutillier, comte de Chavigny, secrétaire d'État des affaires 
étrangères et ministre en 1643, commandeur et grand -trésorier des ordres 
du roi, mort le 11 octobre i652, à 44 ans. 

(2) Nous ferons remarquer à quel point était alors arrivé le trafic des 
choses de la religion , que le don d'une abbaye figurait dans un marché à 
titre de pot de vin. 

(3) Nicolas Fouquet, marquis de Belisle, né en i6i5, intendant à Grenoble 
en 1644, procureur général au parlement de Paris en i65o, surintendant 

Tome XI. — 1877. 21 



3o6 société d'archéologie et de statistique. 

il n'est que d'y etitrer. Je ne vais et n'irai pas tout à fait si 
vite; car encore que ce soit la plus belle charge du royaume 
et la plus importante, comme la plus confidente , je ne veux 
pas me nlettre en état que ma mort ou une disgrâce de cour 
envoyât mes enfants à l'hôpital. Ainsi ne conclurai-je rien 
que je n'assure la survivance à mon fils aîné et de ne pou- 
voir être dépossédé pour quelque prétexte ou raison que ce 
soit , sans être remboursé du prix que j'en aurai payé» 

Je voulais vous entretenir plus longtemps, mais M. le 
maréchal de Grammont ■ entre céans et il faut que je quitte 
la plume. Je vous prie d'envoyer cette lettre à mon père et 
de n'en parler de delà à âme qui vive, sans exception. 



des finances en 1 65 2, à la mort de La Vieuville, arrêté le 5 septembre 166 1 
à Nantes, mort prisonnier à Pignerol en mars 1680. « Après sa chute, on 
vit des ministres aussi fastueux, plus insolents et qui n'avaient pas ses 
talents. » 

(1) Antoine de Grammont, nommé maréchal de France en 1641, pair en 
i663, ministre plénipotentiaire avec Hugues de Lionne pour l'élection de 
l'empereur, mort à Bayonne en 1678. 

(A continuer.) 

D. r Ulysse CHEVALIER. 



LES OEUVRES d'aRT DE LA DRÔME. 307 



LES ŒUVRES D'ART 



DE LA DROME 



La Société (^'archéologie avait accepté la mission de recher- 
cher les œuvres d'art du département placées dans les églises, 
les mairies, les hôpitaux et les autres édifices publics. 

Elle a terminé à peu près ses travaux aujourd'hui et m'a 
chargé d'en présenter un résumé succinct. 

Grâce au concours bienveillant de plusieurs membres, et 
notamment de M. le chanoine Didelot et do M. Roberti, bi- 
bliothécaire de la ville, cette tâche m'a été rendue extrêmement 
facile , et je les prie d'agréer mes remercîments pour leurs inté- 
ressantes communications, dont j'ai souvent copié les princi- 
paux détails. 

§ i m . — Architecture. 

Deux monuments surtout méritaient un examen attentif : 
Saint- Apollinaire , à Valence, et Saint-Bamard , à Romans. 
MM. Epailly et Nugues ont bien voulu se charger de ce soin. 

Les autres ont été décrits déjà très-sommairement dans le 
Bulletin de te Société, t. vin , p. 99. 

Quant aux photographies , il n'a pas été possible encore d'en 
obtenir d'autres que celles de la tour de Crest , de la tour do 
Chamaret, de la porte de Chabeuil, de la façade sud de la 
cathédrale de Valence , de la Maison des Têtes , des châteaux 
de Suze-la-Rousse et de Grignan. Elles ont été adressées à la 
commission des monuments historiques te 2 mai 1877. 



308 SOCIÉTÉ DARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 



§2. — Sculptures. 



Deux statues en bronze ornent les places publiques de nos 
villes : celle de Championnct à Valence et celle de M. me de 
Sévigné à Grignan. La première est de M. Sapey, sculpteur 
grenoblois, et la seconde de MM. Rochet frères, de Paris. 

Ghampionnet est représenté au moment de l'installation du 
gouvernement provisoire de Naples, le 25 janvier 1799, et les 
inscriptions gravées sur le piédestal rappellent les victoires du 
général valentinois, né en 1762 et décédé le 9 janvier 1800. 

Inaugurée solennellement le 4 octobre 1857, la statue de 
M. mo de Sévigné représente l'illustre marquise détournée un 
instant do sa correspondance immortelle par un bruit de fête 
donnée à sa fille sans doute. La ressemblance n'est peut-être 
pas bien parfaite , ni la pose bien réussie ; mais les artistes 
n'avaient pas la somme suffisante pour faire du grandiose et ils 
ont donné pour leur part une somme de 20,000 francs environ , 
ce qui sollicite quelque indulgence. 

Il existe dans le chœur de la cathédrale de Valence un buste 
en marbre blanc du pape Pie VI, sculpté par Le Laboureur, 
d'après les dessins de Canova * à ce que l'on rapporte. Le pre- 
mier point ne fait pas de doute ; le second n'est pas prouvé. 
Tous les connaisseurs admirent la finesse de ce travail cons- 
ciencieux, acquis par le ministre plénipotentiaire Çacault, sur 
les fonds de l'Etat , et dirigé sur Valence en Tan XI. 

Au palais de justice du chef-lieu un autre buste, dû au ciseau 
dé M. Sapey, représente M. Biousse-Duplan , président du tri- 
bunal civil , mort il y a quelque vingt ans. 

Enfin , le Gouvernement a donné à la cathédrale de Saint- 
Paul-trois-Châteaux le buste de Mgr Sibour, archevêque de 
Paris, par M. Ramus. 

N'oublions pas non plus le mausolée en haut -relief de 
M. Delacroix, au cimetière de Valence, œuvre de M. Sapey. 



LES OEUVRES D'ART DE LA DIlÔME. 309 

La ville, sous les traits d'une jeune femme couronnée de tours, 
dépose des fleurs sur la tombe de son ancien maire et député. 

Le groupe en marbre blanc qui représente Notre-Seigneur 
dans l'église d'Eyzahut ne nous a pas été décrit. Cette église 
appartenait à Tordre de Malte. 

Une Pieta aussi en marbre, signalée à Châtillon-Saint-Jean, 
n'est pas mieux connue. 

Mais, grâce à M. le Maire de Peyrus, nous savons que l'église 
do cette commune possède un bas-relief en bois de chêne et de 
noyer, où est figurée la mort de la Sainte- Vierge, entourée des 
apôtres; travail admiré par tous les étrangers qui visitent ce 
village. Il faut en dire autant des boiseries du chœur, très- 
habilement sculptées au XVII e siècle par quelque artiste in- 
connu ou par quelque religieux de Léoncel. 

Rappelons pour mémoire treize petites statues en bois doré 
de l'église du Pègue (Jésus-Christ et les apôtres) et le bas-relief 
de l'hôtel de ville de Crest , reproduit en lithographie dans le 
Bulletin, t. v, p. 222. 

§ 3. — Tableaux. 

Les mairies sont généralement dépourvues d'œuvres d'art, et 
c'est à peine si celle de Crest conserve quelques portraits au 
pastel, confisqués à la Révolution, et celle de Romans, d'autres 
portraits de personnages do la cour, dus à un pinceau peut-être 
plus fidèle que savant du XVIII e siècle. 

Toutefois il convient, pour être juste , de faire une exception 
en faveur d'une toile, venue sans doute de la galerie do l'abbé 
de Lesseins, peinte vers 1660, sur laquelle Paulc Payen, 
debout, tient de la main gauche le portrait de son mari, en 
forme de médaillon , et le présente à ses deux jeunes fils, vus h 
mi-corps *. 



(1) Voir Bulletin de la Société, t. xr, p. 188, note. 



310 société d'archéologie st de statistique. 

Une étude spéciale pour le musée, adressée directement au 
Ministère, nous dispense de la description de ses statues et 
tableaux. 

Restent ceux des églises de la ville. 

Celle de Saint- Jean, d'une construction toute récente, pos- 
sède non loin de la porte sud une bonne reproduction du 
Miracle de Bolsena, peint par Raphaël, où un prêtre incrédule, 
célébrant la messe , voit l'hostie se couvrir de gouttes de sang. 
M. Roberti attribue cette copie, de la an du XVI e siècle, à un 
peintre habile. Plus haut, du même côté, c une sainte Cathe- 
» rine fait, dit- il, en quelque sorte, le pendant d'un saint 
» François d'Assise dans le bas côté gauche. Ces deux toiles, 
» peu remarquables comme exécution, ont cependant l'im- 
» mensc mérite d'être pour la ville d'excellents spécimens de 
» l'état do l'art sous le règne de Henri III et de Henri IV. 
» C'est, en effet, bien là le genïe do la peinture moitié asec- 
» tique, moitié flamande du siècle de saint François-Xavier, 
» de sainte Thérèse, de la Ligue et de Philippe II. Le saint 
» Dominique et la femme agenouillée qui figurent à côté de 
» saint François d'Assise sont d'une grâce naïve achevée ». 
Abraham renvoyant Agar, à gauche, est une bonne toile du 
commencement du XVIII e siècle ; mais le chef-d'œuvre de cette 
église , dans la chapelle du côté de l'évangile , est sans contre- 
dit la grande composition des Ames du Purgatoire délivrées par 
la Sainte- Vierge. Au double point de vue artistique et archéo- 
logique, ce tableau mérite l'attention des curieux et des érudits 
par la finesse des tons et l'expression des figures. 

Au-dessus de la porte d'entrée de la cathédrale, du côté 
nord, M. Roberti signale une Assomption ayant quelque chose 
des tons suaves des écoles italiennes de la première partie du 
XVI e siècle , avec un cadre assez beau du XVII* siècle. 

Du même côté , dans la chapelle du Saint-Sacrement , voici 
d'abord, à gauche, Saint Sébastien, lié à l'arbre du supplice. 
Ses blessures à peine fermées saignent encore ; mais des femmes 
chrétiennes l'entourent et viennent alléger les souffrances du 
martyr. L'une est debout; elle porte d'une main un vase et do 



liES OEUVRES D'ART DE LA DROME. 311 

Vautre una sorto d'épongé pour laver les plaies et les panser ; 
l'autre, à genou*, arrache Tune après Vautre, d'une main 
délicate et dévote, les flèches dont le saint a eu le corps trans- 
percé. 

Cette explication est la seule admissible. Faire des trois 
dames pieuses les symboles de la foi, de l'espérance et de la 
charité, comme on l'a prétendu, c'est sortir de la vraisemblance 
pour se réftzgier dans les hypothèses. 

La finesse du coloris de ce tableau , le réussi des clairs obs- 
curs, l'heureuse ordonnance de ses personnages, tout dénote 
une main de maître» Il a été effectivement attribué k l'un des 
trois Garracho, k Annibal en particulier, d'après la légende. 
Toutefois , il est bon do noter au passage une opinion nouvollo 
qui le donnerait & Subleyras (Pierre), né à Uzès en 1699, mort 
en 1749. S'il n'est pas facile de décider la question, le tableau 
mérite sa renommée incontestablement. 

Comme pendant, le Bon Samaritain, placé du môme côté, a 
passé longtemps pour une toile contemporaine de l'autre. 

Or, en consultant les archives de la préfecture, on voit clai- 
rement son origine. Il est de M. Schenetz, ancien directeur de 
l'Ecole française à Rome , et fut donné par le Gouvernement 
en 1820. Les formes académiques du jeune et beau Samaritain 
accusent une exécution soignée. 

A droite, dans la même chapelle, Sainte Madeleine est la copie 
d'un tableau du Guide (Guido Reni), remarquable parla finesse 
et l'harmonie des tons. 

La sainte est devant le crucifix , dans l'attitude de la contenu 
plation , et l'extase est fort bien rendue. On reconnaît là le faire 
d'un pinceau habile, et, bien que certaines qualités de l'ori- 
ginal ne s'y rencontrent pas, il est juste d'y trouver une œuvre 
de mérite. 

Malheureusement cette toile, fort endommagée, réclame une 
réparation sérieuse, et attendre que le mal soit irréparable 
serait une faute. 

Dans la même chapelle , à droite encore, existe une copie de 
la Samu Famille d'Andréa del Sarte, conservée au Louvre; elle 



312 société d'archéologie et de statistique. 

est un peu inachevée et les tons présentent quoique chose do 
dur, à côté du fini si pur et si doux do l'original. 

Quittons la chapelle du Saint-Sacrement pour le déambu- 
latoire. • 

Là , en face du maître-autel , dans une chapelle dédiée à saint 
Joseph, un tableau sur bois, de l^ôO do haut, sollicite l'atten- 

9 

tion. Il représente la Sainte Famille et appartient à l'Ecole 
romaine. C'eàt sans contredit la plus belle œuvre do peinture 
que possède la cathédrale. La tête do la Vierge rappelle le genre 
de Raphaël ; l'expression en est ravissante ; l'enfant Jésus et 
saint Jean-Baptiste sont admirablement bien faits ; le paysago 
du fond est d'une finesse exquise. On est porté à croire que 
l'œuvre a été inspirée par Raphaël lui-même et exécutée sous 
ses yeux. Cependant quelques personnes l'attribuent soit à un 
élève, soit à un contemporain du Giorgion, cet illustre maître 
de Raphaël, et signalent comme particularité le nimbe archaï- 
que de la Vierge. 

Quoi qu'il en soit , ce panneau a de telles qualités qu'il est 
permis de le regarder en même temps comme un original et 
comme l'œuvre d'un grand artiste. 

La chapelle de la sacristie offre d'abord une Résurrection, 
donnée par l'Etat en 1827, attribuée à Senties ou à Ànsiaux. 
C'est l'œuvre d'une main savante et habile et d'une grande 
largeur de dessin. Lo Christ, sorti du tombeau, s'élève dans 
les airs avec une majesté pleine d'aisance et de dignité. L'en- 
semble de la scène , en dehors du Christ , affecte une allure un 
peu forcée et théâtrale, quelques détails manquent même de 
vérité. 

La Sainte Famille, malgré l'injure de quelques retouches in- 
intelligentes, qui affadissent plusieurs détails, gagne beaucoup 
à être étudiée ; car à première vue on est tenté d'y retrouver 
une œuvre toute vulgaire. Il n'en est rien pourtant, et un exa- 
men attentif y fait découvrir do très-grandes qualités. C'est là 
un tableau de l'Ecole italienne et probablement une copie très- 
soignée de Fra Bartholomeo. 

En face do la Résurrection, vous avez une Adoration des Mages, 



LES OEUVRES d'aRT DE LA DROME. 313 

toile grande aussi et dont il est difficile do spécifier l'Ecole. 
Cependant M. Roberti l'attribue à quelque bon peintre de la 
vieille Ecole française. A côté de détails importants, qui pa- 
raissent des réminiscences d'autres œuvres, certains morceaux, 
Tcnfant Jésus notamment , révèlent un maître véritable. Comme 
particularité, signalons le roi Louis XIII parmi les rois mages. 

A gauche de ce tableau, qui est placé au-dessus de la porte 
de la sacristie , n'avez- vous pas remarqué une autre peinture 
qui semble provenir de l'Ecole flamande ? C'est Jacob recevant 
la robe ensanglantée de Joseph. Le vénérable patriarche est re- 
présenté au premier moment et comme au plus vif de la dou- 
leur : il rejette la tête en arrière pour détourner les yeux; ses 
mains se portent convulsivement sur sa poitrine ; il saisit ses 
vêtements et va les déchirer. La tête du vieillard est d'un bon 
rendu ; le ton, du reste, est chaud , le dessin fort soigné et les 
personnages s'y groupent avec un art plein de naturel et d'har- 
monie. Toutefois, quelques parties semblent inachevées. 

Pendant longtemps on a ignoré le nom du peintre qui a traité 
cette scène biblique ; mais la lecture du testament de Mgr Milon 
nous a appris quelques détails importants sur son origine et sur 
celle des autres toiles. 

Le généreux- prélat lègue, en effet, à la cathédrale : 1° « le 
» tableau original de Dominique qui représente la douleur de 
» Jacob , environné de ses enfants, sur la robe de Joseph, qu'il 
» croit mort : » 2° son lustre de cristal , des chandeliers et un 
ciboire; 3° les tableaux de l'Ancien et du Nouveau Testament 

r 

de sa galerie à la chapelle Saint-Etienne, « incendiée et rebâtie 
par ses soins » ; 4° ses estampes au collège de Tournon. 

Michel Forest, annaliste contemporain, évalue les tableaux 
de piété de l'évêché légués à la chapelle des Pénitents à plus de 
20,000 livres. Il ajoute que le prélat bienfaisant acheta l'orgue 
et dota l'organiste de la cathédrale , donna trois autels en mar- 
bre à la même église , six chandeliers et un ciboire % digne 
d'admiration », la riche tapisserie du chœur représentant l'his- 
toire de saint Paul , un lustre de cristal , estimé 2,000 livres, et 
les trois tableaux de la sacristie. 



314 société d'archéologie et de statistique. 

D'après lo mémo auteur, Thôtol do ville hérita aussi d'un 
portrait de Louis XV, dont lo cadre doré valait seul 1,200 
livres. 

Ces détails prouvent surabondamment que les tableaux de la 
cathédrale, depuis surtout l'extinction de la confrérie des Péni- 
tents , sous Mgr Ghatrousse , et la démolition ultérieure de la 
chapelle Saint-Etienne, proviennent de la succession d'Alex- 
andre Milon, nommé évêque de Valence le 31 mars 1726, abbé 
de Léoncel en 1729, de Valsecret en 1735 et de Saint-Benoît- 
sur-Loire en 1742, décédé le 11 octobre 1771 , après avoir dis- 
posé de ses biens en faveur des pauvres (Je Valence. 

Il reste à examiner maintenant quoi peut être le Dominique 
mentionné dans le testament du prélat. 

Est-ce Domenico de Venise, qui apporta le premier à Florence, 
au XV e siècle, le secret .de la peinture et fut assassiné par Le 
Gastagno , qui voulait rester seul maître de la découverte ? La 
date s'y oppose. 

Est-ce Dominique db Babbiebt , dit Domenico Florentino, né à 
Florence en 1506, mort en 1560, peintre, sculpteur et graveur, 
qui travailla au château de Fontainebleau? Le tableau de la 
cathédrale no paraît pas remonter au XVP siècle. 

Est-ce Dominique, dit le Grec, peintre, sculpteur et architecte, 
né dans une île de l'Archipel en 1548 et décédé à Tolède en 
1625 ? La même raison l'exclut. 

Est-ce Dominici (Bernardo de), peintre napolitain de la fin du 
XVIP et du commencement du XVIII e siècle, qui a laissé des 
paysages et des sujets de genre à la manière des Flamands et 
la Vie des peintres, sculpteurs et architectes napolitains? Rien ne 
le prouve. 

Est-ce Domenech (Antonio), l'élève et l'émule de Nicolas 
Boiras, qui vers 1560 travaillait en Espagne, sa patrie, sur 
l'histoire sainte ? L'époque est un peu reculée. 

Est-<& enfin Domenico Zampieri, dit Le Dominiquin? Après 
quelques études 1 sous le Flamand Denis Calvaert, disent les 
biographes , il entra dans l'école des Garrache , où il contracta 
une amitié durable avec L'Àlbane. Dessinateur exact, bon 



LES OEUVRES D'ART DE LÀ DROME. 315 

coloriste , habile à adapter les physionomies aux caractères , il 
pèche par rajustement et les draperies, qui étaient à cette 
époque d'un stylo lourd et négligé. 

Les qualités et les défauts de Jacob recevant la robe ensanglantée 
de Joseph révèlent assez clairement son auteur. 

Le Dominiquin ou le petit Dominique était de Bologne, où il 
naquit en 1581 , et il mourut à Naples en 1641 ; mais ses ta- 
bleaux étaient connus en France , et Mgr Milon , qui était un 
collectionneur éclairé , avait acquis celui de Jacob pour sa riche 
galerie de l'évêché. 

Cet édifice possède aujourd'hui , à la môme place , un assez 
grand nombre do portraits d'évéques de Valence et entre autres 
celui de Mgr Milon , par Rigaud. Toutefois, la principale pein- 
ture d'un mérite incontestable de Pévêché ne saurait être que 
la Pieta de la chapelle épiscopale, paraissant appartenir à 
l'Ecole bolonaise. Le corps du Christ est sobre de dessin , mais 
d'une saisissante vérité comme ton et comme poso. 

M. G. Lafenestre , chef de bureau à la direction des Beaux- 
Arts et secrétaire du comité supérieur , est d'avis quo cette 
œuvre de premier ordre est un original jusqu'ici probablement 
ignoré. Cela étant, ne peut-on pas en faire honneur à l'un des 
Carracho? La pâleur exsangue du corps du Sauveur et les 
belles carnations des jeunes anges qui Ta voisinent et le touchent 
forment une opposition tranchée, qui accuse hautement le faire 
de ces trois grands artistes. 

Après Valence, il y a quelque justice à ne pas oublier le 
Bourg , dont l'église relevait de la cathédrale depuis l'union 
des deux chapitres. 

Or, cette église présente, dans la chapelle latérale à droite, 
une Sainte Famille d'une valeur artistique réelle et d'une anti- 
quité certaine; au chœur, une Madeleine, original ou copie, 
d'un bon peintre italien du XVI* siècle ; un Christ en croix, une 
Assomption et un Saint Pierre très-appréciés. Toutefois, le chef- 
d'œuvre est le tableau de Saint Jean à Patmos, attribué à Lebrun 
ou à Jouvenet, son élève, don d'une abbesse de Soyons, au 
témoignage de- M. Thannaron, ancien maire du Bourg. 



316 société d'archéologie et de statistique. 

Romans a dans l'église Saint - Barnard quelques tableaux 
modernes provenant de la libéralité du Gouvernement, comme 
la Communion de saint Barnard , la Conversion de saint Paul et 
le Bon Samaritain de M. Dupré. 

Tous les Guides placent dans la chapelle de l'hôpital do 
Grignan un tableau de l'un des Carrache : Les anges au tombeau 
de Jésus. Ce que Ton sait de positif à cet égard , c'est qu'il pro- 
vient du château et que le gendre de M. mc de Sévigné aimait la 
peinture. 

Près de là , l'église do Margerio sur Colonzelle et , plus au 
nord, celle du Puy-Saint-Martin ont des toiles de M. me Hébert 
et de M. Nouvel (La Vierge à la grappe de Mignard et la Vierge 
et V enfant Jésus de Simon Vouet). 

Enfin, Hautorives possède, outre un Ensevelissement de Jésus, 

r 

donné par l'Etat , un excellent Saint François d'Assise recevant 
les stigmates, acheté à Rome ou à Naples par M. Saint-Lager, 
il y a 30 ou 35 ans. 

Tel est dans son ensemble le relevé des richesses artistiques 
de la Drôme, sauf omission bien involontaire de quelque autre 
travail de mérite, inconnu des amateurs. 



§4. — Mosaïques, Tapisseries, Fresques et Vitraux. 



À la peinture se rattachent encore les mosaïques, les tapis- 
series, les fresques et les vitraux. 

Mosaïques. — Celle de Die a été décrite avec soin et avec 
savoir par M. Gustave Vallier dans le Bulletin (t. x, p. 57). Celle 
de Valence, actuellemcnfperdue pour les curieux , Ta été aussi 
fort doctement par M. Charles do Rostaing (t. i, p. 212). 

Fresques. — M. l'abbé Perrossier a révélé celle do Claveyson 
(t. i, p.»86) et signalé colle de Charrières sur Châteauneuf-de- 
Galaurc. Si nous avions à parler des édifices privés, il y aurait 
justice à rappeler celle de Condillac, si intelligemment restaurée 
par les soins de M. mo la comtesse d'Andigné et représentant les 



LES OEUVRES d'àHT DE Là DROME. 317 

épisodes de la ruine de Troie, en souvenir de la famille de 
Priani. 

Tapisseries. — M. Alphonse Nugues fait la description de 
celle de Saint-Barnard de Romans dans cette même livraison ; 
quant à celle de la mairie de Grignan , aujourd'hui à la cure 
du même bourg , elle sort des Gobelins et représente en 6 pan- 
neaux des faits de l'histoire romaine. 

Vitraux. — Quelques rares auteurs ont prétendu que les 
vitraux dans les églises étaient préférables aux peintures. Si 
Ton veut parler des peintures de mauvais goût, soit; si Ton 
veut faire allusion aux œuvres des maîtres, c'est une hérésie 
artistique. 

La cathédrale de Valence renferme quelques bonnes verrières 
déjà anciennes; l'église de Peyrus en a aussi, mais contempo- 
raines, et il ne serait peut-être pas difficile d'en compter d'autres 
dans le département. 

Pour notre part, nous y renonçons, faute de compétence et 
de temps. 

De nouveaux renseignements émanés de sources .diverses 
me permettent do compléter les détails précédents sur les œu- 
vres d'art de la Drôme. 

Sculpture, — Le bas -relief de l'église de Peyrus mesure 
2 m 35 de largeur sur l m 60 de hauteur. Il représente, d'après 
M. Barnasson, maire de la commune, la mort de la Sainte- 
Vierge, entourée des apôtres, les uns priant et pleurant, les 
autres , l'encensoir à la main , lisant des prières ou portant des 
torches enflammées. Au-dessus du ciel de lit, des anges con- 
templent ce spectacle. 

M. l'abbé Perrossier reporte ce travail à la fin du XVI e siècle, 
à cause du style général et du costume des personnages. Selon 
lui, ce sont des enfants de chœur et non les apôtres qui tiennent 
l'encensoir et des touches. 

Le même archéologue signale le rétable de l'église de Mont- 
brun-les-Bains et M. Bonnet, maire de la commune, nous 
confirme l'existence- et la bonne conservation de cette œuvre 



318 SOCIÉTÉ D* ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

d'art. Barjavel attribue à Bernus, sculpteur de Mazan, né en 
1650, une Notre-Dame de Pitié dans la même église, en bois 
doré; mais la lettre do M. le Maire n'en parle pas. 

M. Jouve, dans sa Statistique monumentale de la Drame, 
attribue à Bernus la magnifique boiserie qui couvre tout le 
mur du fond de l'église paroissiale. « Le maître-autel en bois 
» doré colorié est d'un travail fini , de môme que les anges 
» adorateurs et les autres personnages dont il est orné. Il est 
» surmonté d'un beau tableau original de Parrocel, d'Avignon, 
» réprésentant la Sainte-Vierge. Ce tableau de maître est en- 
» cadré par deux colonnes torses entrelacées d'une branche de 
» laurier jusqu'à leurs volutes. Il y a une corniche qui con- 
» tourne toute la boiserie jusqu'à deux colonnes torses ontro- 
» lacées d'une branche de vigne, » qui encadrent tout l'ouvrage. 
Une statue de grandeur naturelle les surmonte, avec des bou- 
quets, des fruits et d'autres ornements finement travaillés. Au- 
dessus du tableau et de la corniche, une Gloire avec des anges 
adorateurs rappelle celle de Saint-Siffrein de Carpentras, œuvre 
authentique de Bernus. 

Quant à la cheminée du même artiste dans une maison du 
village, elle périt, en 1793, dans l'incendie du château, dont 
les ruines imposantes dominent encore la gracieuse vallée qui 
s'étend jusqu'à Reilhanette , au pied même du Mont Ventoux. 

Il y aurait aussi d'excellents détails à relever dans les boise- 
ries du chœur des églises do Saint-Jean-en-Royans , de Die et 
de Montélimar ; mais la description ne nous en est point par- 
venue. 

Les chaires de Saint-Vallior et de Die ont été présentées 
comme œuvres d'art dans une séance de la Société. On voit par 
le registre des délibérations consulaires de Die que la dernière 
fut donnée en 1698 par Mgr Pajot du Plouy, évêque du dio- 
ceso. 

Il résulte d'une lettre de M. l'abbé Perrossier que le marbre 
d'Byzahut, près Dieulefit, représente seulement la tête de N. S. 
J. G. émergeant en haut-relief et portant sur ses épaules une 
croix échancrée aux extrémités, sur laquelle une banderole 



LES ŒUVRES D'ART DE LA DROME. 319 

repliée en volute porte : Langores nostros ipse tullit, en carac- 
tères bizarres. 

L'église de Châtillon-Saint-Jean possède une Pieta en marbre, 
sur laquelle la tradition est muette. 

Peinture. — Il se trouve dans l'église de Die un tableau excel- 
lent représentant la Sainte-Vierge et sainte Anne , sa mère. 

A Saint-Donat, M. l'abbé Perrossier a vu , à côté de plusieurs 
tableaux venus d'Italie et rappelant des miracles de saint 
Antoine de Padoue , un saint Donat , de Paul Sevin , on habit 
ecclésiastique du dernier siècle , avec soutano , surplis et rabat ; 
le dragon symbolique est à ses pieds. Saint Firmin, à côté de 
saint Donat, porte le costume épiscopal, et au-dessus d'eux la 
Sainte Trinité apparaît dans un ciol d'azur. 

Il ne faut pas oublier que les Jésuites de Tournon , prieurs 
de Saint-Donat, avaient des relations avec le peintre. 

A. LACROIX. 



— *^AAAAA/^AAAAAA/V^n— — 



320 société d'archéologie et de statistique. 



GRIGNAN RELIGIEUX 



CHAPITRE I. 



Paroisse et église paroissiale anciennes. 

Plusieurs auteurs déjà ont touché à l'histoire religieuse de 
Grignan, et bien qu'aucun n'en ait fait l'objet d'un travail 
spécial, deux d'entre eux cependant, MM. Nadal et Lacroix, 
ont donné sur le chapitre et sur quelques monuments de cette 
localité des détails considérables et intéressants. 

Néanmoins , la découverte do nombreux documents , pour la 
plupart originaux et inédits , nous permet de compléter sensi- 
blement les notices données et d'offrir un travail nouveau et 
spécial sur l'histoire religieuse de la paroisse. 

Malgré l'absence de tout renseignement spécial antérieur au 
XII e siècle , il n'est pas trop téméraire d'affirmer que Grignan 
eut sa paroisse et son église dès le VI e siècle. Les monuments 
découverts y supposent, en effet, une population agglomérée, 
et les actes du concile d'Epaone et des deuxièmes conciles de 
Vaison et de Châlons-sur-Saône prouvent que les paroisses 
étaient, du moins en partie, constituées dans nos contrées à la 
même époque. 

Qu'on ne nous oppose pas l'absence de toute preuve maté- 
rielle confirmative de notre affirmation. On sait ce que sont 
devenus les documents dfc ce genre relatifs à l'histoire des 
siècles même postérieurs. Le temps et surtout les Barbares, qui 
ont sqpcessivement ravagé le pays, auraient anéanti des monu- 



GRIGNAN RELIGIEUX. 321 

ments plus résistants que ne Tétaient généralement les églises 
élevées par les chrétiens des VI e et VIP siècles. Les trois siècles 
suivants surtout furent sujets à tant de sccoussbs et de désastres 
que Ton vit tour à tour s'élever et disparaître plusicuis églises 
et monastères dans les mêmes localités. 

Mais le XI e fut, sous le rapport religieux, un siècle de re- 
naissance. L'an 1000, en disparaissant, éloigna les craintes 
chimériques do la fin du monde, et on vit les populations, 
lasses do désordres , de guerres et de terreur, se grouper autour 
du château féodal , entre des remparts destinés à les protéger 
contre des voisins agresseurs ou des bandes errantes. Or l'église 
était le complément et le couronnement indispensable des 
bourgs comme des cités , et là où il n'en existait pas on s'em- 
pressa d'en construire. 

Ces données générales nous paraissent convenir à Grignan. 
Elles sont en parfait accord avec les renseignements subsé- 
quents, fournis par les monuments et les chartes que nous 
allons explorer. 

Le document le plus ancien que l'on connaisse sur l'histoire 
religieuse de Grignan est une bulle du 8 des calendes de mai 
1105, par laquelle le pape Pascal II confirme à l'abbaye de 
Tournus , diocèse de Châlons-sur-Saône, les possessions qu'elle 
avait dans divers diocèses, et parmi lesquelles figurent l'église 
proprement dite de la place fortifiée de Grignan, celle do Saint- 
Vincent, celle de Saint -Romain et l'église des Tourrettes, au 
diocèse do Die , et l'église de Sainte - Mario de Grignan , au 
diocèse de Trois-Châteaux. D'autres bulles de 1119, 1132, 1144, 
1 179 et 1246 confirment au même monastère les mêmes églises, 
qui étaient toutes sur le territoire de Grignan *, 

Mais à quelle époque, par qui,*à quelle occasion l'abbaye de 
Tournus fut-elle mise en possession de ces églises et des béné- 



(t) Chifflet, Hist. de V abbaye.., de Tournus, preuves, p. 400-6 et 454 ; 
— Juénin, Nouvelle hist. de V abbaye... de Tournus, preuves, p. 145-8 
et 174-7; — Migne, Patrol. lat., t. clxiii, col. 161-2. 

Tome XI. — 1877. 22 



322 société d'archéologie et de statistique. 

fices annexés? C'est ce que nous chercherons plus loin, en par- 
lant des Tourrettes. Occupons -nous ici seulement de l'église 
proprement dite de Grignan , que nos bulles appellent ecclesiam 
de Castro Grainan. 

Cette église était située dans l'enceinte même des murs de 
Grignan, celle de Saint-Romain dans l'enceinte du château et 
les autres en dehors du bourg. Elle servait au culte paroissial, 
comme celle des Tourrettes pour son quartier, et les autres 
avaient des affectations particulières. Son existence est prouvée 
jusqu'en 1246, puisque la bulle de cette date est, comme celles 
de 1132, de 1144 et de 1179, identique pour l'objet à celle de 
1119. 

Le curé qui la desservait devait être élu par les religieux de 
Tournus, présenté à l'évêque de Die et approuvé par ce dernier. 
Aussi devait -il compte de la charge d'âmes à ce prélat et du 
temporel aux religieux. C'est ce qu'explique la bulle de 1179. 

Qu'est devenue cette église paroissiale ? Quand a-t-clle dis- 
paru ? Nous l'ignorons. Il est toutefois certain qu'elle n'existait 
plus en 1337 ; et l'absence de tout vestige ainsi que l'obligation 
où fut la communauté d'acheter de particuliers un emplacement 
pour construire celle de Saint-Jean, au commencement du 
XV e siècle, font présumer que notre ancienne église avait dis- 
paru peu après 1246. Quant à son titre de paroissiale, il fut 
recueilli par celle de Saint- Vincent. 



GRIGNAN RELIGIEUX. 323 



CHAPITRE II. 



Église Saint- Vincent. 

Les nombreux tombeaux à auge en molasse , découverts dans 
le cimetière actuel de Grignan, reculent jusqu'à l'époque romaine 
l'existence de ce cimetière , qui paraît avoir toujours été depuis 
lors le lieu de sépulture commune des habitants de Grignan. 

Mais ce cimetière est encore moins remarquable par son an- 
tiquité et ses tombeaux en pierre que par une chapelle dédiée 
à saint Vincent, qu'il avait déjà au commencement du XII e 
siècle , qu'il conserve encore aujourd'hui , quoique modifiée, et 
dont nous allons rechercher l'origine et les diverses phases 
d'existence et de destination. 

« Autrefois, dit M. l'abbé Gyprien Perrossier j , les cimetières 
étaient toujours autour de l'église ; et lorsque des circonstances 
ne permettaient pas cette disposition , on élevait au cimetière 
une chapelle pour y suppléer. * Dans ces dernières paroles , 
notre savant ami donne précisément la raison de la chapelle de 
Saint- Vincent au cimetière de Grignan. 

En effet , Grignan avait une église dans son enceinte. Mais le 
cimetière n'aurait pu y trouver place. Grignan dut donc établir 
son cimetière non loin , mais en dehors de ses murs, et dès lors 
la présence d'une chapelle y devint nécessaire. On construisit 
colle de Saint- Vincent. Il est vrai que les chapelles de ce genre 
furent le plus souvent dédiées à l'archange Saint-Michel , pro- 
tecteur des âmes et gardien des corps des fidèles défunts *; mais 



(t) Journal de Montélimar, 6 juillet 1867. 

(2) Dan., xii, 1; — S. Thom. Aquin., Sum. theol., suppl., lxxvii, 3. 
resp. ad 2nm ; — Breviar. rom~, in dedic. S. Mich. archang. 



324 société d'archéologie et de statistique. 

quelquefois aussi on les dédiait à d'autres saints. C'est ainsi que 
celle de l'ancien cimetière de Colonzclle, près le chemin de 
Margcrie, le fut à saint Pierre *, et celle du cimetière du Pèguo 
à sainte Anne. Il n'est donc pas étonnant que celle du cimetière 
de Grignan ait été dédiée à saint Vincent , titulaire aussi de 
l'église paroissiale de Taulignan , autrefois entourée de son ci- 
metière paroissial a . Qu'on ne s'étonne pas d'ailleurs de la 
dimension considérable de cette chapelle; car les chapelles des 
cimetières prenaient quelquefois des pioportions considérables, 
à raison de l'importance des paroisses et des populations appelées 
à assister aux funérailles. D'ailleurs nous verrons bientôt que 
Saint- Vincent avait primitivement les deux tiers seulement de 
sa dimension actuelle. 

Mais, à quelle époque remonte cette chapelle? 

Faute de date précise, nous en donnerons une approximative, 
basée sur les caractères architecturaux du monument, dont 
voici la description d'après les parties conservées de son état 
primitif. 

L'intérieur de l'édifice présentait un vaisseau unique, divisé 
en deux travées par des pilastres de 0™ 25 de saillie. La déco- 
ration fort sobre était tempérée par de grands arcs formés dans 
l'épaisseur des murs et s'étondant d'un pilastre à l'autre, des 
deux côtés de la nef. L'abside , terminant celle-ci au levant , 
était un peu plus étroite et moins haute qu'elle et se composait 
d'une cavité demi-circulaire. Deux fenêtres seulement éclai- 
raient cette chapelle : un œil - do - bœuf circulaire , d'environ 
1™ 50 de diamètre, placé au-dessus de la porte d'entrée dans la 
façade du couchant, et un autre, de forme ovale , au-dessus de 
l'abside. 



(1) Journal de Die, 7 fév. et 30 mai 1869; — Lacroix, ouvr. cit., t. n, 
p. 370, 382 et 405 ; — Dullet. de la Soc. d'arch. et de stat. de la Drame, 
t. vi, p. 377-8. 

(2) Archives de la mairie de Taulignan, orig. parch. lat. du 10 mars 
1462. 



orignan religieux: 325 

La nef avait 15 mètres dans œuvre, depuis la porte jusqu'à 
l'abside , qui avait elle-même environ 2 mètres de profondeur ; 
ce qui , en y ajoutant l'épaisseur des murs de la façade et de 
l'abside, d'un mètre chacun, donnait une longueur totale d'en- 
viron 19 mètres. La largeur dans œuvre était de 4 m 80 et hors 
œuvre de 7 m 50. La hauteur dos murs, à part celui de la 
façade, exhaussé par l'angle du pignon, et celui de l'abside, 
plus bas que ceux des côtés , était d'environ 7 mètres. 

Si cette chapelle fut primitivement voûtée , co fut certaine- 
ment à plein cintre. Mais M. l'abbé Bourassé * fait remarquer 
que l'on trouve souvent des églises romano-byzantines qui ne 
furent voûtées que postérieurement et d'après les procédés du 
style ogival. Or, nous soupçonnons fort que cette observation 
générale soit applicable à Saint- Vincent ; car si , d'une part , 
les arcs et pilastres dont nous avons parlé semblent accuser une 
voûte primitive , d'autro part , le peu d'uniformité de style des 
contra-forts extérieurs actuels et leur simple adhésion au mur 
supposent une construction postérieure et l'absence de contre- 
forts primitifs , sans lesquels cependant les murs , malgré leur 
épaisseur, n'eussent guère pu soutenir une voûte. 
• L'orientation de l'édifice était parfaite, et son extérieur re- 
marquable par une noble simplicité. La façade offrait une porte 
à plein cintre d'environ 4 mètres de hauteur sur 2 de largeur. 
Elle était entourée, pour tout ornement, de quelques moulures 
fort simples mais bien accentuées, et surmontée de l'œil-de- 
bœuf mentionné plus haut. Tous les murs, les angles comme 
le reste, étaient en pierres de petit appareil, carrées, d'une 
taille assez grossière , mesurant de 35 à 37 centimètres de lon- 
gueur sur 10 à 1 1 d'épaisseur, et jointées ensemble avec du mor- 
tier. Les pierres formant les arcs des ouvertures étaient plus 
grosses, mieux taillées, plus polies et séparées par une quantité 
très-faible de mortier. 

Voilà ce qu'était la chapelle de Saint- Vincent dans son état 



(1) Archéologie chrétienne, p. 140-1. 



326 SOCIÉTÉ I\ ARCHÉOLOGIE ET DB STATISTIQUE. 

primitif. Or ces caractères, qui sont ceux du roman primordial, 
en reculent la construction jusque la fin du X e siècle ou au 
commencement du XI e . Notre classification est du reste con- 
forme à celle de la Commission archéologique réunie à Valence, 
le 10 novembre 1873, sous la présidence de M. Epailly, archi- 
tecte du département, avec lequel nous avions étudié cette cha- 
pelle trois ou quatre ans auparavant *. 

Telle était la môme chapelle dès 1105 et encore en 1246, dates 
où elle figure parmi les églises confirmées à Tournus. Mais 
lorsque, sans doute peu après 1246, l'église située dans Tinté- 
rieur do Grignan eut cessé d'exister, les habitants , incapables 
de faire construire une nouvelle église, eurent recours à Saint- 
Vincent, peu éloignée de leurs murs, pour y remplir leurs 
devoirs religieux. Toutefois cette dernière était insuffisante 
pour contenir le peuple. On l'augmenta d'une troisième travée 
égale aux deux anciennes, du côté de la façade, dont les pierres, 
surtout celles de la porte et de l'œil-do-bœuf qui la dominait, 
furent employées , sans aucune nouvelle taille , à la construc- 
tion de la nouvelle façade , de la nouvelle porte et du nouvel 
œil-de-bœuf, que Ton voit encore aujourd'hui parfaitement 
conservés. De plus, on adapta sur tout l'édifice une voûte du 
style de l'époque , en berceau pressentant fortement l'ogive et 



(1) Bullet. de la Soc. d'arch. et de stat. de la Drame, t. vm, p. 102. — 
Nous nous permettrons toutefois de relever dans le rapport de la Com- 
mission deux inexactitudes sur la chapelle Saint- Vincent. Il y est dit 
que ce monument n'a pas de sculptures. Il n'en a que peu, mais il en a. 
Notre chapelle y est justement classée parmi les monuments d'un roman 
pur ; mais n'a-t-on pas tort de baser cette attribution sur l'ensemble des 
formes actuelles ? Cette attribution , très-exacte si on ne tient compte 
que des parties primitives , l'est-elle si on vise le tout actuel , dont des 
parties appartiennent incontestablement au roman tertiaire ou de tran- 
sition, comme on pourra en juger par les détails qui nous restent à 
donner sur cet édifice ? 



GRIGNÀN BELHHEUX. 327 

coupée dans sa longueur par deux arcs correspondant aux 
deux paires de pilastres qui séparent les trois travées '. 

Ainsi s'explique l'existence de deux styles différents dans 
notre monument, et en particulier celle du petit module essen- 
tiellement roman et de la taille très-romane de la porte et de 
l'œil-do-bœuf dans uno façade dont les autres parties accusent 
évidemment le XlIP siècle , ainsi que les autres murs de cette 
dernière travée. Ces explications et ces faits sont d'ailleurs con- 
firmés par une ligne verticale et droite de séparation entre les 
murs latéraux de cette troisième travée et ceux de la travée du 
milieu, murs qui se joignent parfaitement, mais sans se con- 
fondre et sans aucun enchevêtrement des pierres de l'un entre 
les pierres de l'autre. L'œil distingue sans peine vers cette ligne 
de jonction la différence notable des styles et l'antériorité des 
murs de la travée moyenne par rapport à ceux de la travée 
extrême vers la porte. Cette distinction se fait particulièrement 
du côté du midi , où aucun contre-fort n'a été ajouté vers cette 
ligne , bien qu'on en ait construit un vers la ligne correspon- 
dante dés murs du nord. 

Ce dernier contre-fort , plus saillant que ceux apposés vers la 
jonction des deux premières travées , et surtout que ceiuf qui 
correspondent à la jonction des murs absidaires avec les murs 
de la travée voisine, a l m 50 de saillie. D'autres contre-forts, de 
2 m 50 de saillie , ont été adossés aux deux extrémités de la nou- 
velle façade , dé sorte que les contre-forts de cette chapelle vont 
toujours en augmentant, depuis l'abside jusqu'à la façade. 

Telle était la chapelle Saint- Vincent vers la fin du XIIP 
siècle, époque où elle était certainement affectée à tous les actes 
du service paroissial de Grignan, ainsi que le prouvent de 



(1) L'identité du style de cette voûte avec celui des murs latéraux de 
la dernière travée, les caractères de la ligne de jonction de celle-là avec 
les murs de la nef en entier, la pose des pierres, tout montre que cette 
voûte fut faite en entier au XIII e siècle , à l'époque même de l'agran- 
dissement et par les mômes ouvriers. 



328 société d'archéologie et de statistique. 

nombreux documents de la première moitié du siècle suivant 4 . 
Sans être grande, elle suffisait rigoureusement; car Grignan 
ne contenait alors qu'environ 800 habitants et avait, outre la 
messe du curé, celle de son secondaire ou vicaire 2 . 

La destination désormais importante de Saint- Vincent lui 
attira quelques modifications accessoires. Ainsi, c'est du XIII e 
au XIV e siècle , sinon de plus haut , que date une porte étroite 
pratiquée à l'extrémité orientale du mur latéral du midi, près 
de l'abside , porte dont plus tard la partie supérieure a été con- 
vertie en fenêtre et la partie inférieure bouchée, avec ménage- 
ment d'une cavité à l'intérieur, munie d'un trou allant en 
remontant vers l'extérieur de la chapelle, do manière à former 
un tronc , aujourd'hui, hélas! toujours vide. 

C'est du même temps que date une ouverture d'une largeur 
considérable et couronnée d'une arcature , pratiquée au midi , 
dans le mur de la deuxième travée. Cette ouverture, refermée 
depuis plusieurs siècles, devait servir de communication entre 
la nef de Saint-Vincent et une chapelle latérale , peut-être à 
l'usage du baron de Grignan et de sa famille , pour l'assistance 
aux offices paroissiaux. On peut encore mesurer approximati- 
vement la hauteur et la largeur do cette chapelle latérale, grâce 
à une. entaille pratiquée à l'extérieur du mur de Saint- Vincent 
et destinée à l'emboîture du toit. 

D'après l'habitude qu'avaient les curés do se faire enterrer 
dans leurs églises et non loin de l'autel où ils avaient célébré le 
saint sacrifice , nous pensons que c'est encore au même temps 
qu'il faut reporter la confection d'un caveau funéraire situé 
près de l'abside , devant l'autol , caveau que nous avons vu en 
1 866 , lors de la réfection du dallage. Chacun de ses côtés me- 
sure environ 2 mètres. Quelques ossements épars en sont le 



(1) Minutes de M Long, notaire à Grignan, protoc. RicJiardi, de 
1337-45; — Fonds Morin-Pons, testam. orig. pap. lat. du 27 avril 1347. 

(2) Minutes cit., protoc. cit.; — Archives de la mairie de Grignan, 
reg. des transcriptions de Louis Pays, fol. 124-5. 



GRIGNAN RELIGIEUX. 329 

seul contenu. Il n'y a pas trace d'inscription. Le testament do 
Guigues Vincent, curé de Grignan, du 6 décembre 1495, nous 
apprend qu'on y déposait la dépouille mortelle de ses prédéces- 
seurs, et qu'il voulait y être inhumé * . 

Saint- Vincent avait servi pendant plus de deux siècles d'église 
paroissiale, lorsque sur la fin du XV siècle celle de Saint-Jean- 
Baptiste , construite dans les murs de Grignan , la réduisit à 
son humble destination primitive. Le dernier acte qualifiant 
Saint - Vincent de paroissiale est du 6 décembre 1495 a . Un 
autre, de 1513, ne l'appelle plus que Saint-Vincent près les murs 
de Grignan 3 . 

Néanmoins elle ne fut pas toujours depuis lors exclusivement 
réservée aux funérailles. En 1644 elle servait de lieu de réunion 
à la confrérie des Pénitents pour la récitation de l'office. Mgr 
de Cosnac, évêque de' Die, faisant alors sa visite à Grignan, 
ordonna à cette société de faire changer l'armoire où était en- 
fermée la relique de saint Vincent et enchâsser les fragments 
séparés de cette relique avec la partie principale 4 . Grignan 
possède toujours cette relique, os considérable d'un bras du 
saint diacre martyr; elle est enfermée dans un reliquaire en 
bois doré ayant la forme d'un bras. 

En 1667, les Pénitents, s'étant procuré pour leur office une 
chapelle mieux à leur portée , qui fut dédiée à saint Louis, 
quittèrent Saint- Vincent , entretenue en 1693 par les vignerons 
du pays 5 . On sait qu'à la fin du XVII e siècle les vignerons 
s'organisèrent parfois en sociétés sous le vocable de Saint- 
Vincent et dont les statuts étaient soumis à l'approbation épis- 
copale. 



(1) Min. cit., reg. coté obedire, fol. eviii verso et suiv. 

(2) Ibid. 

(3) \^jp. cit., reg. coté mortis, fol. 35. 

(4) Archives de la Drôme, visites de Die de 1664, fol. 33-4. 

(5) Archives de l'hôpital de Grignan, orig. pap.; — Lacroix, L'arron- 
dissent, de Montèlimar, t. iv, p. 334. 



330 société d'archéologie et dk statistique. 

On a depuis lors modifié le mur absidaire, qui, par une 
contradiction curieuse, est ainsi aujourd'hui pentagone à l'ex- 
térieur, bien qu'il soit demeuré demi-circulaire à l'intérieur. 
Le mobilier- s'est enrichi , au commencement de notre siècle, de 
divers objets , comme d'un autel de la chapelle de Saint-Louis, 
des rétable et tableau de sainte Agnès, dépouilles de N. D. de 
Boaulicu , du tableau de sainte Elisabeth venu de la chapelle 
de la Visitation , et de plusieurs autres tableaux recueillis de 
divers côtés. 

A la même époque une petite fenêtre fut percée dans chacun 
des murs latéraux de ses deux dernières travées ; la construction 
d'une toiture en pierres s'acheva et sur le pignon de sa façade 
on construisit un petit clocher arcade en pierre, muni d'une 
cloche. Enfin on lui donna le nom de Notre-Dame de Grâces, le 
10 août 1806, en souvenir de la chapelle de Beaulieu, détruite 
vers ce temps 1 . 

Son dallage en pierre, fait en 1866 , est une excellente amé- 
lioration, en harmonie avec l'édifice, qui, en élevant le sol de 
20 centimètres , l'a heureusement assaini. 

C'est en restaurant le côté méridional de la porte d'entrée 
qu'on y a placé une pierre carrée et oblongue , tirée du cime- 
tière, portant : Gcorgivs. manc. L'inscription n'a pu être terminée 
que sur une pierre aujourd'hui perdue. Nous serions étonné 
<jue ce no fût un reste du monument funéraire dressé pour 
noble Georges Manchin de Gampobasso, attiré à Grignan en 
1523, sans doute par Diane de Montfort, baronne du lieu, et 
pour lequel le Chapitre célébrait encore en 1585 une messe 
mensuelle 2 . 



(1) Le nouveau nom de Notre-Dame de Grâces, autrefois titre de cha- 
pellenie en Notre-Dame de Beaulieu, a été cause de nombreuses mé- 
prises, et M. Lacroix, d'après MM. les abbés Nadal (Mois jte Marie, 
p. 231-33), et Perrossier (Journal de Montélimar, 1867), dit de Saint- 
Vincent ce qui se rapporte à Notre-Dame et réciproquement. 

(2) Fonds Morin-Pons et Archives de la Drôme, Evéché de Die. 



GRIGNAN RELIGIEUX. 331 

La rieille et précieuse chapelle est encore visitée pieusement 
de nos jours par les habitants de la paroisse , qui vont prier sur 
la tombe do leurs parents défunts. On y respire le parfum de la 
piété. Quelques ex-voto appendus aux murs attestent les grâces 
reçues , et le jour de l'Assomption toute la population s'y rend 
en procession le soir et à la messe du matin. 

(A continuer.) 

L'abbé FILLET. 



332 société d'archéologie et de statistique. 



L'IMPRIMERIE A TOURNON ' 



(Suite. —Voir la 41* livraison.) 



Les savants parisiens, dont quelques-uns jouissent à bon 
droit d'une réputation européenne, ont une incontestable 
supériorité, en ce qui touche à l'histoire générale, sur les 
modestes chercheurs des départements, n'ayant pas comme 
eux sous la main les trésors des grandes bibliothèques et les 
archives de l'hôtel Soubise. Mais, en dépit de l'axiome, 
souvent invoqué mal à propos, « qui peut le plus peut le 
moins, » ils perdent cet avantage quand il s'agit de la pro- 
vince, qu'ils connaissent mal, dédaignent un peu et ne se 
donnent guère la peine d'étudier. Sur ce terrain, nouveau 
pour eux, bien différents des Bénédictins, auxquels leur 
forte organisation scientifique permettait de s'aider des 
efforts simultanés des érudits sur tous les points du terri- 
toire à la fois, ils s'exposent à des erreurs impossibles à 
commettre sur les lieux. Aussi sur ce chapitre leurs critiques, 
de même que leurs éloges, n'offrent qu'une valeur très- 
relative, et il arrive que leur férule pédagogique retombe 
souvent à faux. 

On se souvient de la grotesque méprise récemment com- 



(1) Une erreur d'impression me fait dire dans mon précédent article, 
p. 234, 1. 11, que le peintre Martel Ange éiait le frère du Jésuite Etienne 
Martellange. Il faut lire le père. — Jean Pélisson, principal du collège, 
n'était point prêtre, comme je l'ai avancé; il avait épousé Suzanne Truf- 
fe! le, en faveur de laquelle il testa le 12 décembre i568. (Arch. du Lycée.) 



l'imprimerie a tournon. 333 

mise par un bibliographe bien connu , personnage presque 
officiel , prenant pour un membre actuel de l'Académie ou 
de la Société littéraire de Lvon le conseiller de ville Etienne 

a/ 

de Villeneuve, qui fit transcrire au XV e siècle les privilèges 
de Lyon dans le cartulaire municipal , publié de notre temps 
par le savant M. Guigue. On rencontre dans les volumes 
du Gallia christiana publiés par M. Hauréau des lacunes 
qui étonnent de la part d'un homme de ce mérite et de ce 
savoir. Pour suivre la marche tracée par ses illustres prédé- 
cesseurs, pour mener à complète fin une entfeprise aussi 
capitale, il eût fallu avec une laborieuse persévérance fouiller 
'les archives départementales et même privées. Les entraîne- 
ments de la vie de Paris ne sont pas compatibles avec ces 
longs déplacements. 

C'est dans les localités mêmes où l'on a chance de re- 
trouver des actes notariés et d'autres documents inédits de 
nature à jeter quelque lumière, bien plus encore qu'au centre 
des grandes bibliothèques, que peuvent être, selon nous, 
agitées utilement les questions se rattachant à l'introduction 
de l'imprimerie dans les diverses villes de France. 

Lyon, la seconde ville de France où la typographie s'éta- 
blit, en 1473, mit, surtout pendant les XV e et XVI e siècles, 
ses presses au service d'une grande partie de notre région, 
dont elle était comme la capitale. C'est là probablement que 
fut tiré en 1&01 un placard in-folio en caractères gothiques, 
de cinquante lignes à la page, dont nous devons la commu- 
nication à M. l'abbé Vincent, auteur de nombreuses et 
intéressantes notices sur des communes de la Drôme. Par 
cette pièce, le vicaire-général de l'ordre de Sainte-Marie- 
du-Mont-Carmel accorde l'indulgence plénière, selon les 
formes et aux conditions accoutumées, à ceux qui auront 
donné pour eux et leurs familles trois sols tournois au cou- 
vent des Carmes de Tournon. Jean (d'Épinay), évêque de 



334 SOCIÉTÉ D 1 ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Valence, associe ces bienfaiteurs à toutes les prières qui se 
feront dans le diocèse de Valence, dont Tournon faisait 
alors partie. En tête de la feuille , à droite et à gauche, deux 
bois gravés représentant l'un la Crucifixion, l'autre l'An- 
nonciation. Voici le commencement et la fin de ce curieux 
document : « Universis présentes litteras inspecturis salutem 
in Domino Jhesu Christo. Nos frater Stephanus Maysonati 
sacrarum litterarum doctor : ac vicarius reverendissimi in 
Christo patris : ac domini generalis totius ordinis fratrum 
ac sororurrf ordinis béate Marie de Monte Carmelli una 
cum omnibus fratribus conventus Turnonis pia voluntate 

moti. Notum facimus per présentes Datum sub sigillo 

conventui ad hoc ordinato. Anno Domini millesimo quin- 
gentesimo primo. » 

Ce ne fut que bien des années après, dans le même siècle, 
que les presses de Tournon commencèrent à fonctionner. 
Falkenstein et Cotton assignent à ces débuts la date de 1 564. 
L'assertion de ces bibliographes étrangers , ne reposant sur 
aucune preuve, n'a pas lieu d'être discutée. M. P. Des- 
champs (Dict. de géographie, col. 1248), donnant une 
fausse interprétation à un passage de la préface de Y Anti- 
moine de Jean Hay, que nous lui avions communiqué et 
qui est ainsi conçu : « L'imprimerie que Monseigneur de 
Tournon y (à Tournon) a fait nouvellement dresser pour la 
décoration de son Académie, » en conclut qu'il s'agit ici du 
cardinal de Tournon, mort en 1662. Mais il oublie qu'à 
cette époque la qualification de monseigneur était fréquem- 
ment donnée aux grands seigneurs et leur appartenait sans 
conteste par toute l'étendue de leurs terres. Dans les actes 
par-devant notaire passés à Tournon et à Tain aux. XVI* et 
XVII e siècles, dans les pièces de procès, même quand il 
n'est question d'eux qu'incidemment, en tête des lettres qui 
leur sont adressées , ce titre est invariablement attribué aux 



l'imprimerie a tournon. 335 

seigneurs de Tournon *. Un manuscrit autographe, en notre 
possession , dé Jean Pélisson , ancien principal du collège , 
resté serviteur pensionné du cardinal et de sa famille, nous 
en offre un exemple : « Feu Monseigneur de saincte mé- 
moire le réverendissime doyen du très sacré collège des 
cardinaulx de Rome , maistre François de Tournon , grand 
oncle de Monseigneur d'aujourdhuy de Tournon , comte de 
Roscilhon, etc. » Monseigneur sans plus et par excellence, 
c'est le seigneur dans son grand fief, où ses vassaux se 
disent ses sujets. Facilement ce titre était employé à l'égard 
des capitaines de cinquante hommes d'armes. Dans le Loyal 
serviteur, le preux chevalier est appelé Monseigneur de 
Bayard par le duc de Nemours et les plus illustres chefs 
des deux armées. L'historien Guichardin ne s'exprime pas 
autrement. Saint-Simon nous apprend que cette qualifi- 
cationfie se généralisa pour les évêques que sous Louis XIV. 
Peu à peu on en vint à donner aussi du Monseigneur aux 
gens de robe, tels que les intendants de province, les prési- 
dents de parlement et chambre des comptes. 

M. Vaschalde croit pouvoir fixer la date que noue cher- 
chons à i582 et il s'appuie sur un passage de Ribadaneira, 
le plus ancien bibliographe des Jésuites, que ses continua- 
teurs et amplificateurs Alegambe et Soutwel ont retenu sans 
y rien changer et que les Pères de Backer citent à leur tour. 
Il s'agit des ouvrages du P. André des Freux, qui, selon 
l'usage, avait latinisé son nom en celui de Frusius. Dans 
cette nomenclature assez longue se trouve la mention sui- 



(1) J ac q ues de Tournon, père du cardinal, signait, comme un prince, de 
son seul prénom, et la formule employée dans les actes pour Jacques I", 
tué à la bataille de Nicopolis, témoigne de son autorité : a Serenissimo do- 
mino Karolo Dei gratia Francorum rege régnante et nobili et potenti viro 
Jacobo domino Turnoni» eadem gratia existente. » Il y a là un souvenir de 
l'ancienne allodialité. 



336 SOCIÉTÉ D 1 ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

vante : Epigrammata in hœreticos. Coloniae, apud Gode- 
fridum Campensem, [582, et apud Joachinium Trognae- 
sium, Antverpiœ; Lugduni quoque apud Joannem Pille- 
hotte et Turnoni apud Claudium Michaelem, ubi adjunctus 
perelegans ejusdem Tractatus de simplicitate ad P. Pas- 
chasium Broetum simplicitatis christianae amantissimum \ » 
Pour nous il résulte que les Epigrammes de Frusius, pu- 
bliées d'abord à Cologne en i582, furent réimprimées à 
Anvers, à Lyon, enfin à Tournon par Claude Michel, sans 
que le millésime de ces trois dernières éditions soit le moins 
du monde indiqué, et nous ne nous regardons comme nulle- 
ment autorisé à conclure, à l'exemple de M. Vaschalde, 
qu'elles aient toutes paru la même année, ce qui est d'ailleurs 
peu probable. Si donc, ainsi que le pense M. Vaschalde, 
il y a eu à Tournon en 1 594 une édition de ce petit livre , 
c'est évidemment à celle-là que se rapporte le passage de 
Ribadaneira. 

Nous sommes d'autant plus éloigné d'adopter cette hypo- 
thèse gratuite que nous voyons en i583 les Jésuites de 
Tournon recourir à Lyon pour l'impression d'une relation 
d'un intérêt tout local : La triomphante entrée de très 
illustre dame madame Magdeleine de la Rochefocavd, 
espouse de hault et puissant seigneur messire Just Lqys 
de Tournon 9 seigneur et baron dudict lieu, comte de 
Roussillon, etc. Faicte en la ville et vniversité de Tournon, 
le dimenche vingt quatriesme du moys d'avril i583. A 
Lyon par Jean Pillehotte, à l'Enseigne du Jésus, m.d.lxxxiii. 
Avec permission (petit in-8°). Quoique l'épître dédicatoire 



(1) Bibliotheca scriptorum Societatis Jesu R. P. Pétri Ribada- 

neirœ nunc hoc novo apparatu librorum ad annum 1642 concinnata et 
illustrium virorum elogiis adornata a Ph. Alkgambe, Antverpiae, 1643, 
in-fol., p. 27. 



l'imprimerie a tournon. 337 

à M. de Tournon soit signée par le futur auteur de VAstrée, 
Honoré d'Urfé , alors élève au collège % et que dans le cou- 
rant du volume on trouve plusieurs pièces de vers dues à 
sa précoce muse, la bibliothèque françoise de du Verdier, 
éd. Rigoley de Juvigny, t. u , p. 232, nous apprend que les 
Jésuites sont ici les véritables auteurs. 

Dans la relation de la splendide réception faite à M. me de 
Tournon on trouve beaucoup de poésies composées à sa' 
louange en diverses langues par des élèves, dont plusieurs 
appartiennent aux plus illustres races de Languedoc, Dau- 
phiné, Provence et Italie. Les détails que Ton rencontre ici 
fournissent, avec les Travaux sans travail du poète tour- 
nonnais Pierre Davity (Lyon, 160 1), des renseignements 
curieux sur la société de Tournon à cette époque et les 
familles notables de la contrée. Page 38, on raconte que 
dans une ile en face du château, mais plus rapprochée de 
la rive gauche du Rhône, et qui n'existe plus aujourd'hui, 
les habitants de Tain, vassaux de la comtesse, avaient 
construit une sorte de fort en bois , qui fut attaqué et dé- 
fendu par deux troupes. Cette petite guerre se termina par 
l'incendie du fort, qui fit éclater un beau feu d'artifice. 

Nous demandons la permission de mettre sous les yeux 
du lecteur un document inédit en notre possession, destiné 
à servir de complément à cette relation. 

« Je Mathieu Martin Adam, M e ingényeur de Lyon, 
certiffie avoir receu de honneste Gaspard Finet, consul de 
Teing , la somme de trente sept escus d'or sol et dix sols 
tournois pour payement de l'artiffice et paincture par moy 
faict au chasteau que les consuls et communauté de Teing 



(1) Quoique encore au collège, d'Urfé, se sentant d'aussi grande maison 
que le seigneur de Tournon), ne l'appelle que Monsieur. 

Tome XL — 1877. 23 



338 société d'archéologie et de statistique. 

ont faict faire pour l'entrée de Monsieur et Madame de 
Tournon. De quoy je les quicte, en foy de quoy je me suys 
soubs. né le xxvn e jour du moys d'apvril l'an mil cinq cents 
huictantê troys. 

» J'ai sine (sic) M. Martin. 
» Alloué aux comptes de sire Gaspard Finet \ » 

En i585, selon toute apparence, l'imprimerie n'existait 
pas encore à Tournon. Le P. Jacques Gautier envoie à 
Lyon la traduction latine destinée à la jeunesse de Tournon 
d'un traité de rhétorique alors en vogue : Elegantiœ Aldi 
Manutii, Lugduni, Pillehotte. La même année Jean Pélis- 
son, resté à Tournon, confie aux presses parisiennes de 
Robert Estienne un autre traité pédagogique : Modus exa- 
minandœ constructionis in oratione. De pareils faits, qui 
deviendraient désormais des anomalies, ne se renouvelle- 
ront plus à partir de i586. 

Cependant, d'après le Dictionnaire typographique du 
libraire Osmont (Paris, 1768), que nous n'avons pas sous 
les yeux, M. Vaschalde indique comme donné à Tournon 
en 1684 le Compseutique ou traie té facétieux, par Antoine 
Duverdier. Mais Duverdier lui-même, dans sa Bibliothèque 
(éd. Rigoley de Juvigny, t. i cr , p. i44\ déclare que ce livre 
parut chez Jean d'OgerolIes, dont il n'indique pas la rési- 
dence , mais qui tenait, comme nous le verrons, sa boutique 
d'imprimeur ou de libraire à Lyon. Brunet [Manuel du 



(1) Nous possédons un magnifique exemplaire de La triomphante entrée, 
précieux souvenir de la bienveillance du regretté M." Léon Costa de Beau- 
regard, grand écuyer du roi Charles- Albert. Un des précédents proprié- 
taires de ce beau volume y a joint des vers grecs à la louante de M."* de 
Tournon par François Catini, de Chambéry, qui ne furent point imprimé» 
avec les autres. Ce Catinus est sans doute l'auteur du livre de i586 Uni- 
versitatum.... libellus. Voy. plus loin. 



l'imprimerie a tournon. 339 

libraire, 5 e éd., 186 f, t. 11, col. 928) parle du Compseutique 
(Lyon, J. d'Ogerolles, 1584) comme d'un livre extrême- 
ment rare qu'il n'a jamais vu , et il ajoute qu'il s'en trouve 
des extraits dans une édition des Escraignes dijonnoises 
de Tabourot. Quant à la réimpression qui aurait eu lieu à 
Tournon, il ne s'en inquiète pas plus que Duverclier lui- 
même. Je sais bien que dans son plan, bien différent de 
celui qui a présidé à La France littéraire de Quérard, il 
n'a pas prétendu enfermer tous les livres possibles : cin- 
quante volumes n'auraient pas suffi à réaliser cette entre- 
prise; et la mention inconnu à Brunet , si prodiguée dans 
les catalogues, ne prouve en général qu'une chose, c'est que 
l'ouvrage n'a qu'une valeur ou un intérêt secondaire. Mais 
il est ici évident que s'il eût cru à l'existence de l'édition attri- 
buée par Osmont à Claude Michel, il se fût gardé de 
l'omettre. 

Avant de passer des prolégomènes, qui nous ont semblé 
indispensables et que nous avons tâché de condenser autant 
que possible , au sujet que nous nous sommes proposé de 
traiter, nous indiquons les signes et les abréviations dont 
nous nous sommes servi pour éviter les répétitions trop 
fréquentes. Un astérisque indique les livres de notre collec- 
tion, B veut dire bibliothèque, BA, Bibliothèque des écri- 
vains de la Compagnie de Jésus.... par Augustin et Aloïs 
de Backer, de la même Compagnie, Liège, i853-i86i, 7 vol. 
gr. in-8°. C'est la première édition que M. Vaschalde a 
consultée et citée comme moi et le même exemplaire nous a 
servi à tous deux. Il y en a une autre en cours de publi- 
cation, corrigée et augmentée par le savant P. Sommervogel. 
Enfin V signale les articles dont M. Vaschalde nous a appris 
l'existence. Suum cuique. L'absence de provenance concerne 
les livres que nous avons pu compulser chez des libraires à 
Paris ou à Lyon et dont nous ignorons le sort actuel. Toutes 



340 société d'archéologie et de statistique. 

les fois qu'un ouvrage s'est rencontré dans une bibliothèque 
à notre portée, nous nous empressons de revendiquer la 
responsabilité de nos indications; mais il nous est impossible 
de répondre de l'exactitude des renseignements fournis par 
les traités spéciaux ou les catalogues de libraires. On sait 
en effet que des bibliographes ont quelquefois pris Tournay 
pour Tournon et réciproquement, de même que la con- 
fusion s'est facilement établie entre Valence en Dauphiné et 
Valence d'Espagne. 

Jusqu'à ce que de nouvelles découvertes puissent amener 
d'autres conclusions, pour nous, le premier livre imprimé 
à Tournon avec date certaine est : Universitatum totius 
orbis et collegiorum libellus. Nunc primum in lucem 
editus opéra Franc. Catinij artium liberalium in Aca- 
demia Turnonia magistri. Turnoni, apud Thomam Ber- 
trandum, i586. In-8° de 61 pp., sans l'index. Dédié au 
poète Charles de Claveson. Le P. Jean Hay paraît avoir eu 
part à cette publication (BA). 

Ce Thomas Bertrand était - il imprimeur ou libraire ? 
Rien ne nous l'apprend. En tout cas, nul autre livre que 
celui que nous indiquons ne vient témoigner de son activité. 
M. P. Deschamps nous semble s'aventurer un peu lors- 
qu'il dit : « A la date de i588 la typographie prend un 
grand développement (à Tournon), du à la concurrence de 
nombreuses imprimeries. Nous avons déjà vu Claude Michel 
et Thomas Bertrandi; nous trouvons encore en même temps 
Guillaume Linocier. Trois imprimeries pour une ville de 
cette mince importance, c'est un fait remarquable à cette 
époque. » Malheureusement, Linocier n'a jamais été que 
libraire, et de ces nombreuses imprimeries il ne reste en 
définitive que celle de Claude Michel. 

En i588 les presses de Tournon mettent au jour plusieurs 
volumes. 



l'imprimerie a tournon. 341 

L'Antimoine aux responses que Th. de Be\efaict à trente 
sept demandée des deux cents et six proposées aux ministres 
d'Escosse, par M. Jan Hay, professeur ordinaire en théo- 
logie en F Université de Tournon. Tournon, par Claude 
Michel , imprimeur de l'Université cidioxxcvih. In-8° de 8 
feuillets pour le titre et les pièces liminaires, 287 pp. pour 
le texte et 8 ff. pour Findex (B. de M. Emile Giraud, ancien 
député de Romans). Dédié à Monseigneur Messire Charles 
de Claveson , chevalier de Fordre du roy, seigneur de Cla- 
veson, Ostun, Mercurol et Mureil, dont les armes sont 
gravées au verso du titre. Nous citerons de cette dédicace 
le passage suivant : « Lorsque nos escollierç se débandèrent 
à cause de la contagion , vous me retirastes en vostre chas- 
teau et quelques autres de nostre Compagnie, avec de telles 
démonstrations d'amitié et nous y caressâtes si bien durant 
trois mois que je ne sçay comme de mon costé je me pourray 
jamais acquitter de la moindre de voz courtoisies. Outre la 
lecture que j'y faisois privéement à d'aucuns en philosophie, 
je me mis à dresser par manière de passe temps quelques 
petits mémoires pour servir de Réplique aux responses que 
Théodore de Beze venoit fraischement de faire à quelques 
unes dé mes demandes proposées aux ministres d'Escosse 
et long temps a mises en françois... Je me suis enfin délibéré 
de mettre enfin ce mien petit labeur soubs la presse : mesme 
que nous en avions icy maintenant une si belle commodité 
par le moyen de l'imprimerie que Monseigneur de Tournon 
y a fait nouvellement dresser pour la plus grande déco- 
ration de son Académie. » 

On lit à la fin du volume, avant la table : « Achevé d'im- 
primer le second jour de Fan mdlxxxvih. » 

On trouve des détails biographiques sur le Jésuite écossais 
Jean Hay et l'histoire de la controverse qui a donné lieu à 
L'Antimoine dans les Recherches hist. et critiques sur la 



$4 2 société d'archéologie et de statistique. 

Compagnie de Jésus du temps du P. Coton, par le P. Prat, 

t. 1*% p. 108 à 1 15 et 1X0. • 

De i55o à i58o le nom de Claude Michel, cordier à 
Tain, parait fréquemment dans les minutes de notaires. Cet 
artisan, peut-être le père de notre imprimeur, jouissait 
d'une certaine aisance, ainsi que le prouvent diverses acqui- 
sitions en son nom. Rabelais livre h, chap. iv) vante les 
cordes fabriquées à Tain. Le typographe Claude Michel 
vivait encore en 1629. Le 10 juin de cette année-là on le 
voit figurer comme témoin, avec Germain Long (sans doute 
son associé, comme quelques années auparavant Thomas 
Soubron), au ipariage de Charles Bachelier avec Jeanne 
Grangeon (Arch. de la mairie de Tournon, registre des 
mariages). 

* D. Aurelii Augustini, Hipponensis Episcopi Confes- 
sionum libri tredecim , quibus nunc primum adjectus 
Rerum et Verborum index. Turnoni , apud Claudium 
Michaejem, Vniversitatis Typographum, m.d.lxxxviii. In- 
12 de 448 pp., sans l'index. (Exemplaire aux armes de La 
Guiche.) 

Thésaurus rerum et verborum Virgiliv in academta 
Turnonia Soc. Jesu collectus. Turnoni, apud Claudium 
Michalem... i588. In-8° (BA). 

Nous trouverons à Tannée 1 597 un autre ouvrage sur le 
même sujet. 

Pétri Fonseca, lusitani D. theologi societatis Jesu Insti- 
tutionum Dialecticarum libri ocio. Quibus nunc primum 
additus est Rerum et Verborum index locupletissimus . 
Turnoni, apud Claudium Michaelem, i588. In-8° de 35 1 
pp., sans Tindex (BA\ 

* Pétri Joannis Perpiniani, Valentini è Societate Jesu, 
Orationes duodeviginti. Addita sunt acta Legationis 
Japonicœ cum aliquot orationibus, quarum auc tores et 



l'imprimerie a tournon. 343 

argumentum post Catalogum Orationum Perpiniani re- 
peries. Juxta exemplar Rotnœ editum. Turnoni, apud 
Claudium Michaelem, cid.id.xxciix. In-8° de 255 feuillets 
et 40 pour l'appendice. Les Pères de Backer ne parlent pas 
de cette édition , mais en citent une autre donnée à Paris 
la même année, apud Joannem Corbonium, contenant le 
même nombre de feuillets. Il est probable que Ton n'aura 
fait que rafraîchir le titre. Laquelle des deux éditions est la 
première ? 

Nous passons aux années suivantes. 

* L'Antéchrist démasqué, par Claude Garon, docteur 
médecin d' Annonay en Vivarois, avec une table très-ample. 
Lilium inter spinas. A Tournon, pour Guillaume Linocier, 
m.d.lxxxix. Avec privilège. In-8° de 486 pp., sans les pièces 
liminaires et la table. Deux dédicaces, Tune à Monseigneur 
de Tournon, seigneur et baron dudit lieu, l'autre au peuple 
d'Annonay de la religion prétendue réformée. 

Curieux livre de controverse. On trouve à la p. 5j et 
suiv. la relation de démoniaques exorcisés à Annonay en 
i58i et de tourments infligés à une prétendue sorcière. 
Esclave des préjugés de son temps, comme des hommes 
qui lui étaient fort supérieurs par l'intelligence, l'auteur n'a 
que de l'approbation pour ces horreurs. II paraît que l'exer- 
cice de la médecine était héréditaire dans la famille Garon. 
Dans un acte de vente de i58i figure noble et égrége per- 
sonne M r M e Gillibert Caron , docteur en médecine, habi- 
tant à Annonay. 

Traicté du sacrement de baptême et des cérémonies 
d'iceluy, par Claude Caron. Tournon, i5go. In-8° (V). 

Responses aux blasphesmes d'un ministre de Calvin 
sacramentaire seme\ dans ses escris contre le S. Sacrifice 
de l'autel, par Claude Caron. Tournon, 1690. In-8°. (Note 
comm. par M. Arnaud , pasteur à Crest.) 



344 société d'archéologie et de statistique. 

L'adieu de l'âme dévote laissant le corps, avec les moyens 
de combattre la mort par la mort et l'appareil pour heu- 
reusement se partir de cette vie mortelle, composé par le 
R. P. Loys Richeome, de la Compagnie de Jésus. Tournon," 
1590. In-8° (Catalogue Antoine Greppo, Lyon, Scheuring, 
1854). 

* Seconde édition reveu et corrigé de nouveau. A Tour- 
non, par Claude Michel, imprimeur, et Guillaume Linocier, 
libraire juré de l'Université, 1693. In-8° de 564 pp., S3ins 
les pièces liminaires , les approbations, et la table. Au verso 
du titre sont gravées les armes de Loyse d'Ancezune, dame 
douairière de Saint-Chamond , à qui le livre est dédié. Vient 
ensuite une autre dédicace à Diane de Cursol (Crussol), 
demoiselle d'Acier. Le privilège, placé avant la table, est 
accordé à G. Linocier. 

Les Pères de Backer, qui ne mentionnent pas ces deux 
éditions tournonnaises, rapportent cependant un permis 
donné à Avignon, le i er janvier 1597, en faveur de Jean 
Linocier, libraire à Tournon. Selon toute apparence, ce 
Jean, que l'on ne retrouve nulle part, doit son existence à 
une faute d'impression. Un lapsus a fait substituer le pré- 
nom de Jean à l'initiale G. (Guillaume). Il y a une traduction 
latine de ce livre imprimée à Cologne en 1610 et 1617. Rien 
n'indique qu'elle ait reparu à Tournon. Le P. Ribadaneira, 
écrivant en latin, traduit les titres dans cette langue. Il dit 
en parlant de Richeome : « Scripsit materna linguâ (c'est-à- 
dire, apparemment, en français).... » De ratione migrandi 
ad meliorem vitam (Ed. donnée par Alegambe, Anvers, 
1643, p. 317). M. Vaschalde a donc tort de croire à un 
ouvrage différent de Y Adieu de l'âme. 

* Enchiridion controversiarum prœcipuarum nostri 
temporis de Religione in gratiam sodalitatis Beatissimœ 
Virginis Mariœ, authore reverendo pâtre Francisco Cos- 



l'imprimerie a tournon. 345 

tero, Doctore theologo Societ. Jesu, nuper ab eodem ali- 
quoi lotis , ac bona controversiarum parte locupletatum 
atque emendatum. Accessit et in hac ultimâ editione cet as 
ac séries Summorum Pontificum, duo item Indices ad 
calcem adjecti sunt, quorum alter res prœcipuas, alter 
difficiliora quœdam Scripturœ loco in hoc opère explanata 
continet. Turnoni, apud Claudium Michaelem, m.d.xci. 
Cum privilegio. In-8° de 5i6 pp., sans les pièces liminaires 
et les index. A la fin deux feuillets non chiffrés contenant 
des vers latins et les errata. 

Mie h. Pselli Arithmetica, Musica et Geometria; item 
Procli Sphœrea, Elia Vineto Santone interprète. Turnoni, 
ap. Claudium Michaelem, 1592. Petit in-12. 

Élie Vinet naquit au hameau des Vinets, près Barbezieux 
(Saintonge), en 1509. (Claudin,' -4 rch. du bibliophile, oct. 
1869, N.° 908.) 

* Epistres de L. Annaee Sénéque philosophe très excellent 
traduictes enfrançois, reveu et augmenté de nouveau des 
Epistres du mesme autheur avec le Cléandre ou de l'hon- 
neur et de la vaillance. Quatriesme édition. A Tournon, 
par Claude Michel, m.d.xcih. In-8° de 367 pp., sans les 
pièces liminaires et la table. La dédicace, non signée, au 
roi est datée de Pressac, le 18 janv. i582. Ni Barbier, ni 
Brunet ne nous apprennent le nom du traducteur. 

Une bienveillante communication de M. Tamizey de 
Larroque, si particulièrement au courant de tout ce qui 
touche au sud-ouest de la France , vient trancher ce point 
d'histoire littéraire." L'auteur du Cléandre, le traducteur des 
Epîtres de Sénèque, n'est autre que Geoffroy de la Chas- 
sagne, sieur de Pressac en Périgord, gentilhomme ordinaire 
de la chambre du roi Henri III, poète et historien. Sa sœur, 
Françoise, avait épousé l'illustre Montaigne. (Voy. la Biblio- 
thèque françoise de La Croix du Maine, éd. Rigoley de 
Juvigny, 1. 1, p. 274.) 



3_|6 SOCIÉTÉ DARCHÉOLOG1E ET DE STATISTIQUE. 

Ici M. Vaschalde place comme sortie des presses de 
Toumon une édition des Commentaires de Mont lue, pu- 
bliée sous la rubrique de Lyon, Loys Clésinct, i593, 2 
tomes en un vol. in~8°. Il base son hypothèse sur ce que la 
marque omant le titre de chaque volume se retrouverait 
sur un livre imprimé à Toumon. Cette preuve est-elle bien 
solide ? Nous nous souvenons d'avoir entendu répéter à feu 
M. A. Péricaud, ancien bibliothécaire de la ville de Lyon, 
auteur, entre autres ouvrages d'un intérêt local, de re- 
cherches fort complètes sur les origines de la typographie 
dans cette ville, que des imprimeurs lyonnais prêtaient 
souvent à leurs confrères d'autres résidences moins bien 
pourvues les bois gravés des bandeaux, des fleurons, des 
lettres ornées. Cest ce qui explique comment les mêmes 
ornements ont servi à des publications faites dans des villes 
souvent fort éloignées les unes des autres. 

* Historia di Corsica nella quale si narrano tutte le 
case seguite da che si comincio habitare insino alVcamo 
mille cinque cento novanto quatro. Con una générale des- 
crittione dell'isola tut ta divisa in tredici libri de' quali i 
primi nove hebbero principio da Giovanni délia Grossa, 
proseguendo anchora à quello, Pier Antonio Monteggiani, 
e doppo Marc Antonio Ceccaldi, efurono raccolti et am- 
pliati dal molto Reverendo Antonpietro Fiupwxi , archi- 
diacono di Mariana; e li quatro ultimifatti da lui stesso. 
Revista con diligen\a e data in luce dal medesimo archi- 
diacono. In Turnon , nelia stamparia di Claudio Michaeli , 
stampatordeirVniversita, m.d.xciv. In-fol. de 563 pp., sans 
les pièces liminaires et la table. Exemplaire aux armes de 
l'historien de Thou et de sa première femme, Marie Bar- 
bancon/ 

Au verso du titre le portrait sur bois de Fauteur. Vient 
ensuite la dédicace à Alphonse cTOrnano. Parmi les pièces 



l'imprimerie a tournon. 347 

de vers à la louange de l'historien, deux sonnets, Tun en 
italien, l'autre en français, par Jean de La Croix, seigneur 
de Chevrières. Voici la seconde de ces pièces, à laquelle la 
célébrité de son auteur, mort évêque de Grenoble, après 
avoir rempli de hautes fonctions dans le parlement de 
Dauphiné, donne un intérêt particulier. 

Comme souvent Ton voit une plante flétrie 
Par la force du froid reprendre sa vigueur, 
Lorsque survient Phœbus , distillant sa chaleur 
Dans les my-mortz conduitz d'où elle prenoit vie, 

De mesme (Filippin) ton illustre patrie , 
Ayant par un oubly fanée la grandeur 
De ton lustre envers nous, puisque pour chroniqueur 
Elle a ce tien escrit tousiours sera fleurie. 

Mais repren tes espritz , fay un plus haut dessein , 
Car Alfonse desia dans sa guerrière main 
Tient mille verdz lauriers, qui te seront matière, 

Qui te seront subiect de mille grands escriptz , 
Esquelz s'occuperont les plus braves espritz , 
Si tost que les auras fait paroistre en lumière. 

L'ouvrage de Filippini a été réimprimé par les soins de 
G. Carlo Gregori, à Pise, 1827-183 1, 5 vol. gr. in-8°. 

Alphabet anatomique par Barthélémy Cabrol, deGaillac. 
Tournon, 1594. In-4 (V). 



(A continuer.) 



Anatole de GALLIER. 



?rfo ^jfAtTt t> AkCHZOU&tZ ET M STATTSTTô 



LE THEATRE 



A. DIE & A. ROMANS 



La Revue des Sociétés savantes a publié un travail intéressant 
sur les représentations théâtrales dans le Yar pendant les der- 
nier* siècles. Avant qu'une étude analogue pour la Drome 
puisse être commencée t il est utile de réunir les matériaux et 
lf* renseignements authentiques. 

Dans ce but , je signalerai à Die une délibération consulaire, 
du 9 avril 1484, qui alloue 5 florins pour y représenter la 
Passion , le jour des Rameaux et le vendredi saint. Lusoribus 
qui ludent passionem lam in festo ramspadarum quam in die 
veneris sancte, in adjutorium chaffaldorum et aliarum expensa- 
rum que fient in dicto ludo per ipsos lusores et eos qui conducunt 
dictum lusum. 

Le 5 mai 1493, le sujet tout profane choisi amène le vote de 
2 florins. C'était une moralité appelée Le poble commun, qui 
devait se jouer sur la place. Lusoribus quifacient ludum inplatea 
et quanulam moralitatem vocatam Le poble commun , lam pro 
accornmodando plateam in adjutorium chaffaldi et pro aliis ex- 
pensi*. 

De 1490 h 1497, le compte consulaire de Jean d'Archiane 
riiuiitioimo 20 gros donnés à ceux qui jouèrent une histoire, 
horx le pont do Suzon, à l'arrivée de Févêque, et 4 gros pour 
iitm collation donnée à Jean de Sauze (de Salice) quand on dis- 
tribua 1<!8 rolcH. 

Ce Jean do Sauze était prieur do Sainte-Agathe et écrivain 



LE THÉÂTRE A DIE ET A ROMANS. 349 

dramatique. Sa moralité ou son histoire ne nous est pas autre- 
ment connue , et Manhan , qui avait écrit les rôles , reçut pour 
sa peine 6 gros. 

En 1541, Peyrol obtint 6 florins « pour le mystère du cheva- 
lier qui avet doné sa famé au diable ». 

En 1625 il fut délibéré de faire rendre, par les écoliers qui 
avaient joué depuis peu de jours la comédie « faicte par M. 
Escoffier », les habits dont ils s'étaient servis, et de ne rien leur 
promettre ni donner, afin de ne pas créer de précédent. 

Toujours généreux nos administrateurs municipaux! 

En 1634, le 24 mai , l'arrivée prochaine de l'évêque de Valence 
et Die provoque la résolution de faire représenter la pièce qui 
porto le titre de Pastourelle et de requérir le concours 1° des 
instituteurs catholiques pour le choix des élèves t qu'ils cognois- 
» tront les plus propres pour l'action dont s'agit », et de celui 
qui sera chargé de les exercer; 2° des directeurs du collège 
« estably pour ceux de la religion reformée », à la charge 
néanmoins de soumettre la pièce à l'examen des consuls et des 
avocats Gilbert et Peyrol. 

Les délibérations de l'académie de Die nous apprennent que 
les Jésuites, chargés du séminaire établi alors dans la maison 
épiscopale, accordèrent plusieurs élèves pour cette représenta- 
tion et que la décision suivante fut prise : 

« A esté conclu d'accorder auxdits consuls les escholiers qui 
leur seront nécessaires pour représenter ladite pièce, à la charge 
neantmoins quon ny employera que les originaires de la ville, 
sous ladveu et consentement de leurs pères ou autres, sous la 
conduite desquels ils seront, bien entendu aussi quavant lexhi- 
bition de ladite pièce la compagnie sera certifiée, a la diligence 
desdits consuls, du rapport quen aura fait au conseil de la ville 
le S* Gilbert, nommé par la susdite compagnie pour la voir, 
afin quon sçache sil y a rien contre le service du roy ou qui 
puisse prejudicier a la pieté ou aux bonnes mœurs, et a esté 
nommé le S r Chastet, principal, pour voir exercer lesdits 
escholiers. » (25 mai 1634.) 

Le 3 mai 1643, le consistoire, informé du projet « de quel- 



350 société d'archéologie et de statistique. 

» ques cscoliers publics ou cliniques » de représenter une co- 
médie dans la maison de M* Ezéchiel Benoit, imprimeur de 
l'académie, « sans que la pièce ait esté veue ni approuvée par 
» les commis du consistoire et bureau de ladite académie », 
décide que « défenses seront faictes audit M e Benoict de 
» souffrir de représenter ladite pièce dans ladite maison et aux 
» cscoliers de l'exhiber audit lieu ni en aucun autre, que ladite 
» pièce n'ait esté premièrement veué et examinée, conforme- 
» ment a l'art. 28 du 14* chapitre de la discipline, et que ensuite 
» lesdits cscoliers n'en ayent obtenu la permission de ceslc 
» compagnie par acte » 

La défense fut effectivement signifiée à Benoit . qui en ap- 
pela comme d'abus au prochain synode provincial....; mais la 
pièce ne se joua pas. 

M. Giraud, président honoraire de la Société, a publié le 
budget et le compte de la représentation du mystère des Trois 
Doms à Romans, en 1509, après une peste terrible. 

Le mystère coûta 1,737 florins et la recette atteignit seule- 
ment 738, d'où une différence de 998 florins, à la charge du 
chapitre et de la ville. 

Le chanoine Pra, do Grenoble, auteur du livre du mystère, 
reçut 150 florins, outre 12 florins par mois pour sa dépense per- 
sonnelle et pour celle de son secrétaire. On eut aussi recours 
au poète Chevalet pour corriger et rhabiller la pièce. 

Le manuscrit in-folio de l'œuvre se trouve jugé et apprécié 
dans les Affiches du Dauphinê du 20 juillet 1787, et M. Dochier 
parait l'avoir connu. Il est probable qu'il existe encore à Ro- 
mans, mais dans quelle maison ? M. Giraud n'a pu le retrouver. 

« La pièce est sans caractère moral et écrite froidement. C'est 
un déluge de mots qui exclut toujours» l'expression du senti- 
ment. Les locutions en sont triviales, basses, obscènes. La 
bonne plaisanterie n'y est jamais admise. La scène, ensan- 
glantée par le martyre des trois Doms (Sévcrin, Exupère et 
Félicien), tantôt est à Rome, tantôt à Vienne, tantôt à Lyon, 

d'autres fois dans les Alpes Parmi les 92 personnages, on 

voit la Sainte - Vierge et Dieu le Père. Les noms de ces per- 



LE THÉÂTRE A DIE ET A ROMANS. 351 

sonnages sont (Tune singularité remarquable : il y a un Brise- 
barre, un Ferragus et un Machebourre, un Torchemuseau et 
un Poudrefiiie.... Dame silence, Soûlas humain, Grâce divine 
et Confort divin. 

Détail singulier : « Fofficial de la ville, un ou deux cha- 
noines, un Cordelier parurent comme acteurs, et les reliques 
des saints martyrs ctoient aussi portées sur le théâtre. » 

Aymar du Rivail insinue que ces représentations avaient lieu 
h Romans assez souvent et il exalte le talent des Grenoblois à 
jouer les mystères. 

Valence restait-il donc en dehors des réjouissances littéraires 
de l'époque? Nullement. En 1524, les habitants obtinrent de 
Louise , régente de France , une exemption de péages pour les 
bois destinés à fêter saints Félix , Fortunat et Achillée et à faire 
jouer « leur ystoire ». 

On avait indiqué dans la bibliothèque de M. Long, à Die, un 
fragment imprimé du mystère des martyre valentinois : je l'y 
ai vainement cherché. Tout ce qui se rapporte à notre sujet 
parmi les livres, souvent curieux, de l'archéologue éminent, 
c'est un ouvrage incomplet , contenant le prospectus d'une re- 
présentation de ce mystère ou d'une œuvre semblable, avec 
prologue en vers et le nom des acteurs, devant l'évcque de 
Cosnac....; mais du texte de la pièce, pas un seul mtft. 

Ybod , révélé par M. Chaper, est la gloire de Montélimar. 

A. L. 



352 société d'archéologie et de statistique. 



TABLEAU DES MEMBRES 



« 
DE LA 



SOCIÉTÉ DÉPARTEMENTALE 

D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE 
de la Drôme. 



Président» honoraire*. 

Messieurs 

Le Préfet du département. 

Mojhier de la Sizeranne (le comte) , ancien sénateur, à Tain. 

Giraud (Emile), ancien député, à Romans. 

Mgr Cotton , évèque de Valence. 

Membre» fondateur». 

Messieurs 

Giràud (Emile), ancien député, à Romans. * 

Lacroix Saint-Pierre, ancien député, à Ghabeuil. 

Marquis de Pisançon, à Pisançon. 

Monier de la Sizeranne (le comte), ancien sénateur, à Tain. 

Montluisant (de) , général d'artillerie , à Valence. 

Morin, ancien député, à Dieulefit. 

Mottet-d'Aubenas, à Paris. 



TABLEAU DE LA SOCIÉTÉ. 353 ! 



Membres titulaires* 

Messieurs 

Alléoud, membre du Conseil général, à Luc. 

Abcès (le marquis d') , à Mercurol. 

Arnaud, pasteur, à Crest. 

Aulan (le marquis d') , à Aulan , député à l'Assemblée nationale. 

Baboin (Raymond) , à Saint-Vallier. 

Barracakd, ancien maire de Romans. 

Begou (l'abbé) , vicaire-général , à Valence. 

Bellon, ancien maire de Gbarpey. 

Bernard, maire, membre du Conseil général de la Drôme, à Valence. 

Bernon (le baron Prudent de) , membre du Conseil général, à Saint- 

Sorlin . 
Bernon (J. de), à Paris. 

Bernon (le baron Just de), trésorier-payeur général, à Valence. 
Berlhe (de), inspecteur de l'enregistrement, à Nîmes. 
Berger, avocat, à Valence. 

Besson des Blains, ancien maire d'Albon, à Ambronay (Ain). 
Bimard (le marquis de) , à Cbabeuil. 

Blache, directeur de la compagnie d'assurances l'Union, à Valence. 
Boisson, ancien percepteur, au Pont-Saint-Esprit. 
Bonnet, docteur en médecine, à Valence. 
Borel de Soubetrand (Louis) , à Crest. 
Borel de Soubetrand (Charles) , à Crest. 
Bottc de Verchères, à Saint-Jean-de-Huzols. 
Bovet , notaire , à Crest. 

Bourg (Gontran du), à l'Ile- Vieille, près Hontdragon. 
Bouffier (Amédée de), à Livron. 
Brun-Durand (Justin) , à Crest. 
Brut as (Emile) , à Lyon. 
Chabrières-Arlés , à Lyon. 
Chabrillan (le comte Fortuné de) , à Paris. 
Chabbillan (le comte Paul de) , à Saint- Vallier. 

Toms XI. — 1877. 24 



354 société d'archéologie et de statistique. 

Chansiergues dc Bord (le baron), à Saint-Paul-trois-ChAteaux. 
Chabras (Edouard) , négociant, à Nyoas. 
Chauffeur, architecte, à Valence. 
Ch en évier, imprimeur, à Valence. 
Chevalier (Ulysse) , docteur en médecine , à Romans. 
Chevalier (l'abbé C.U.J.), correspondant du Ministère de l'ins- 
truction publique , à Romans. 
Chevalier (l'abbé Jules), aumônier de Saint-Jnst, à Montélimar. 
Clément, directeur de la Société générale de Vais, à Valence. 
Colomb (Victor), négociant, à Valence. 
Colonjon (de), à Saint-Vallier. 
Coston (le baron de), notaire, à Montélimar. 
Croze (le baron de), à Ponsas. 
Dériard, directeur de la verrerie , à Valence. 
Didelot (l'abbé) , curé de la cathédrale, h Valence. 
Duuonteil (l*abbé), curé, à Upie. 
Duportroox, à Romans. 
Dupré-Latocr (Théophile) , juge , à Cap. 
Dcvernet, ancien secrétaire général de la préfecture, à Valence. 
Épaillv, architecte du département, inspecteur diocésain, à Valence. 
Faure-Bigcet , procureur de la République, à Saint-Étienne. 
Faure , président du tribunal , à Valence. 
Fillet (l'abbé), curé, à Saint-Mai*tin-en-Vercors. 
Florans (le marquis de) , à Tain. 
Forcheron (Emile) , juge, à Valence. 
François (Eugène), à Valence. 
Gallier (Anatole de), président de la Société, à Tain. 
Gap (Lucien), instituteur, à Buisson. 
Gilly (Louis), à Valence. 
Gdilleminet, principal du collège de Romans. 
Jsnard (l'abbé) , curé , à Tulette. 
Jassocd (l'abbé), curé , à Saint-Christophe et le Laris. 
Labaretre (de) , juge, à Valence. 
Lacroix (André), archiviste départemental, à Valence. 
Lambert, ancien maire de Combovin. 
Larnage (le comte Vincent de Garcin de) , à Tain. 



TABLEAU DB LA SOCIÉTÉ. 355 

Latcne (Henri) , à Grest. 

Le Blanc (Fabius) , à Nyons. 

Machon (Henri) , propriétaire , à Tain. 

Malens , sénateur , à Versailles. 

Mabc-Aurel (Jules), à Valence. 

Marcellin , conseiller à la Cour d'appel de Grenoble. 

Marchand, agent- voyer d'arrondissement, à Nyons. 

Marcieu (le marquis de) , à Grépol. 

Martin , docteur en médecine, à Grignau. 

Macrin (Alcide) , docteur en médecine , à Grest. 

Mazet (l'abbé), aumônier, à Valence. 

Messie, avocat, à Montélimar. 

Metnot (aine) , ancien maire de Donzère. 

Miribel (le vicomte de), au Griotier, près Annonay. 

Mon ier de la Sizeranne (le vicomte Fernand), à Beausemblant. 

Montchenu (le vicomte de), à Montchenu.' 

Montetnard (le comte de) , à Montelier. 

Morin-Pons, auteur de la Numismatique féodale du Dauphiné, à 

Lyon. 
Morin (Henri), négociant, à Dieulefit. 
Morin (Adolphe), à Dieulefit. 
Moutier (l'abbé), curé, à Saint-Nazaire-en-Royans. 
Nugoes , banquier, à Romans. 
Ncgues (Alphonse) , à Romans. 

Pampelonne (de), lieutenant de vaisseau en retraite, à Valence. 
Parisot (de la Boisse de), à Étoile. 

Peloci (Jules) , ingénieur en chef des ponts et chaussées , à Valence. 
Perrossier (l'abbé Cyprien), curé, aux Tourettes. 
Poinçot , agent-voyer en chef de la Drôme, à Valence. 
Prompsal (Louis) , contrôleur de l'enregistrement, à Lyon. 
Ricoaud , ancien principal du collège de Valence. 
Robert, ancien avoué, à Valence. 
Rodillon (l'abbé), professeur, à Grest. 
Romain , docteur en médecine , à Valence. 
Rostaing (Charles de), à Valence. 
Srstier , ancien notaire , à Montélimar. 



356 société d'archéologie et de statistique. 

SitiES (le marquis de) , à Valence? 

SitiES (le vicomte de), à Beauchastel. 

Sollier, avocat, & Valence. 

Soulier (l'abbé), curé, à Vesc. 

Tampier, négociant , à Valence. 

THAAiuioa , ancien maire du Bourg-J es- Valence 

TaiBicD (l'abbé) , curé , à Hirmaude. 

Tracol, architecte, à Valence. 

Tripier-Le-Fbanc , à Paris. 

Vallentih , jage d'instruction , à Montélimar. 

Vellot, juge suppléant, à Valence. 

Verdet, membre du Conseil général de la Drôme, à Avignon. 

Vertcpier (Louis) , à Crest. 

Vetieiic (l'abbé) , curé, à Chantemerle (Grignan). 

Vighe (Mgr), évêque d'Oran. 

Viel (Morice) , à Puygiron. 

Membre* correspondant!. 

Messieurs 
Allmeb, à Lyon. 

D'An digne (le marquis), sénateur, à Condillac. 
Baboln (Henri), ancien député, au château d'Alivet sur Renage. 
Barbés , bibliothécaire de la ville , à Carpentras. 
Baume-Plgvinel (le marquis de la) , à Paris. 
Belih, inspecteur d'académie, à Toulouse. 
Belmont, à Lyon. 

Bérard (l'abbé), 4" vicaire, à Bas-en-Basset. 
Bébengei de Sassenage (M. me la marquise de) , à Sassenage. 
Berger (Emile), avocat général, à Grenoble. 
Bernard, juge, à Grenoble. 
Besset, architecte, à Tournon. 
Blanchet (Augustin), manufacturier, à Rives. 
Blancbet (Paul), manufacturier > à Rives. 
Boissieu (Maurice de), à Lyon. 
Boissih (Firmin), rédacteur en chef du Messager de Toulouse. 



TABLEAU DE LA SOCIÉTÉ. 357 

Bouchardon (Gustave) , maire d'Arzai , à Bonnevaux , près la Côte- 
Saint-André. 

Boreld'Hauterive, bibliothécaire à la bibliothèque Sainte-Gene- 
viève, à Paris. 

Brouchoud, avocat à la Cour d'appel de Lyon. 

Bruguier, archéologue, au Pont-Saint-Esprit. 

Bclot, architecte du département , à Melun. 

Caize (Albert) , à Paris. 

Caize , ancien inspecteur divisionnaire des douanes , à Paris. 
. Chaper (Eugène) , ancien député, à Grenoble. 

Charpm-Feugerolles (le comte de) , ancien député , au château de 
Feugerolles. 

Chômer (Louis) , manufacturier, à Renage. 

Chervin (Amédée), directeur de l'Institution des bègues, à Paris. 

Darne de Revilasc, pharmacien , à Saint-Étienne. 

David (Mgr) , évéque de Saint-Brieuc. 

Delloye, conservateur du musée Calvet, à Avignon. 

Dubois, juge de paix , à Tueyts. 

Falavel, notaire, à Saint-Marcellin. 

Fais an , géologue , à Gollonges , près Lyon . 

Fauchée (Paul de), à Bollène. 

Fayard, conseiller à la Cour d'appel de Lyon. 

Fière (Zenon) , employé au Ministère de la guerre , à Paris. 

Flachaire (Marcel) , à Lyon. 

Gallet (Louis) , économe à Thospioe Lariboisière , à Paris. 

Gamet (Fleury), instituteur, à Lourmarin. 

Gardette (La), docteur en médecine , au Cheylard. 

Gariel, bibliothécaire de la ville de Grenoble. 

Gauthier , huissier , à Vaison. 

G enthon , j uge , à Saint-Marcellin . 

Girodet, directeur des contributions directes , à Blois. 

Gréau (Julien) , à Troyes. 

Gceyffier, juge de paix, à Roybon. 

Helme, juge d'instruction, à Saint-Marcellin. 

Jullien (Amédée) , à Vienne. 

Lafaiolle, juge de paix, au Cheylard. 



358 société d'archéologie et de statistique. 

La Fatolle de Mars (Zenon) , à Monistrol-svr-Loire. 

La Fayolle de Mans (Noël) , ingénieur civil , à Chambon-FeugdroHes. 

Lamotte , docteur en médecine , an Pouzin. 

La Roque (Louis) , avocat , à Montpellier. 

Leblanc, bibliothécaire et conservateur du musée de Vienne. * 

Le Guat, architecte, à Paris. 

Lieutàud, bibliothécaire de la ville de Marseille. 

Lombard, procureur de la République, à Saint-Marcellin. 

Macé, doyen de la Faculté de Grenoble. 

Maignien (Edmond) , à Grenoble. 

Marnas (M. me veuve Clotilde de) , à Montfaucon-du-Yelay. 

Macrin (Léopold), à Marseille. 

Muollat de la Porte (J.É.), docteur en médecine, à Monistrol- 
sur-Loire. 

Millet (Martial) , docteur-médecin , à Orange. 

Montalivet (Georges de) , à Paris, 

Monts (le vicomte de) , au château d'Armanais, prés la Côte-Saint- 
André. 

Ollier de Marichard , à Vallon. 

Ollivier , sous-chef de bureau au Ministère des finances. 

Pallias (Honoré), négociant, à Lyon. 

Paian-Dumoclin (de), conseiller à la Cour d'appel d'Aix. 

Perrossier (Ernest), chef de bataillon au 426 e d'infanterie, à Foix. 

Peirot, chef de division à la préfecture de Grenoble. 

Pilot (Emmanuel) , à Grenoble^ 

Poncins (le comte de), à Feurs. 

Prcnières (le comte de) , membre du Conseil général , au château 
de Prunlères , par Chorges. 

Retnaud (Horace) , procureur de la République , à Villefrancbe. 

Robert-Gentil (Charles), à la Ferté-sur-Aube , par Clairvaux. 

Rocher (Henri de) > à Bollène. 

Roman (Joseph), avocat, au château de Picomtal, par Embrun. 

Rooin (Flavien), receveur principal des postes, à Gap. 

Roux (Gustave) , juge, à Bourgoin. 

Rozières (Ernest de) , à Carpentras. 

Saint-Ferréol (le vicomte de) , à Uriage. 



TABLEAU DE LA SOCIÉTÉ. 359 

Saint-Gbius (Victor de) , conservateur des hypothèques , à Chàtel- 

lerault. 
Saint- Victob (Gh. de) , à Lyon. 

Saurel (Alfred), secrétaire de h Société de statistique, à Marseille. 
Siètes (le comte Léo de), à Fontainebleau. 
Taillas (de) , à Tallard. 
Tebbebasse (de), à Ville-sous- Anjou. 
Tour-dc-Pin-Chamblt (le baron de la), à Nantes. 
Troc illier (M. ,,c Marie-Sophie), botaniste, à SWDidier-la-Séauve. 
Uzès (le duc d'), au château de Bonnelle, près Limours. 
Vallier (Gustave) r à Grenoble. 

Vaschalde, directeur de rétablissement thermal de Vais. 
Villeperdrix (l'abbé de), vicaire de la cathédrale , à Nîmes. 
Virieu (le marquis de) , au château de Pupetières, à Virieu. 
Vossier, sous-lieutenant au 429* de ligne, à Dieppe. 

Commune! abonnées. 

AOUSTE. — GREST. — CROZE. — GaRDE-AdHÉMAR. — LARIUGE.. — Mon - 
TÉLIMAB. 



360 société d'archéologie et de statistique. 



NÉCROLOGIE. 



M. le comte de SAINT-FERREOL. 

Les derniers jours d'avril ont vu s'éteindre une noble et sym- 
pathique existence : M. le comte de Saint- Ferréol (Jacques- 
Xavier-Louis de Sibeud), le créateur intelligent d'Uriage, lo 
collaborateur dévoué de toutes les œuvres de bienfaisance et le 
protecteur généreux et discret de toutes les infortunes, était 
accompagné à sa dernière demeure, le 28, par les notabilités de 
Grenoble , par le clergé des paroisses voisines et par tous les 
habitants de la contrée. 

M. m * la marquise de Gauteron , née de Langon , avait chargé 
le regretté défunt de continuer l'œuvre humanitaire d'Uriage. 
Il y consacra ses heureuses facultés et ses longues veilles, 
« retrempant ses forces dans la pratique constante d'une bien- 
faisance qui ne connut pas de limites ». 

Il était fils de Joseph-Armand-Gaspard-Vincent de Paul de 
Sibeud de Saint-Ferréol et de Françoise de Gallien de Chabons, 
et naquit le 9 mai 1814. 

Plusieurs de ses ancêtres avaient eu le gouvernement de la 
ville et de la citadelle de Die, et le 2 juin 1642 une délibération 
consulaire, prise à la suite de l'assassinat de l'un d'eux, porte 
que « attendu lesnormitté du crime commis par le s. r de Saint- 
» Agnan-de-Vorcors en la personne du sieur do Saint-Ferréol, 
» proche de sa maison paternelle , appellée Saint-Ferréol (sur 
> Menglon), distante de 2 lieues d'ici, tous les adeistants ont 
» tesmoigné leur très sensible affliction d'un tel desastre et ont 
» conclu de demeurer fixes et immobiles jusques à la mort dans 



NÉCROLOGIE. 361 

» le service quils doivent à S. M. soubs l'obéissance de la dame 
» de Saint-Ferréol , veufve'du seigneur deffunt , et de M. de La 
» Croix-Haute, son lieutenant ». 

La famille de M. le comte de Saint-Ferréol saura continuer 
les œuvres de bienfaisance qu'il a commencées et créées, et les 
lettres et les sciences dauphinoises trouveront toujours à Uriage 
un favorable accueil. 

Cette assurance est la seule consolation possible dans le deuil 
d'un homme de bien comme lui. 



Nous apprenons aussi au dernier moment la mort de M. Bar- 
thélémy Chalvet , médecin à Nyons , l'un de nos plus agréables 
poètes patois. Une notice sera consacrée à ses œuvres, si la 
communication peut en être obtenue. 

A. L. 



362 société d'archéologie et de statistique. 



SÉANCE DU 26 AVRIL 1877. 



PRÉSIDENCE DE M. DE .GALL1ER. 



M. Thaniiaroii présente un opuscule de M. le docteur Bro- 
chard, intitulé L'ouvrière mère de famille , qu'il prie do recom- 
mander aux lecteurs du Bulletin et que lui-même fait répandre 
dans sa commune, afin de vulgariser l'hygiène du premier âge. 
Le nom de l'auteur et du parrain du livre , la science et la phi- 
lanthropie de tous les deux sont des titres plus que suffisants 
pour engager la Société à seconder de son mieux la propagande 
demandée. 

M. le Président présente ensuite, comme membres titulaires : 

M. le baron de Croze , à Ponsas ; 

M. Vellot, juge suppléant à Valence ; 

M. Romain, docteur en médecine à Valence; 
et comme membres correspondants : 

M. le baron de La Tour-du-Pin-Chambly, à Nantes; 

M. Blanchet (Paul), manufacturier à Rives; 

M. le comte de Charpin-Feugerolles, ancien député, à Feu- 
gerolles ; 

M. Charles de Saint- Victor, à Lyon. 

L'admission de ces membres est votée à l'unanimité. 

Sur la demande de M. le Président de la Société La Diana, 
l'échange des publications de l'une à l'autre est accepté. 

M: le Président se félicite des succès de M. l'abbé Chevalier 
et de M. Brun-Durand , nommés l'un chevalier de la Légion 



SÉANCE DU 26 AVRIL 1877. 363 

d'honneur et l'autre officier d'académie à la dernière réunion 
des Sociétés savantes. 

Un rapport sur les œuvres d'art, lu par le Secrétaire, termine 
la séance. 

m 

L'album du musée Garanda , déposé sur le bureau , est un 
sujet d'admiration pour tous les membres présents, ainsi que la 
publication de M. Fleury sur les monuments de l'Aisne , et fait 
vivement ressortir l'infériorité de nos ressources pour arriver, 
non pas à des publications si remarquables , mais simplement 
à posséder les photographies de nos œuvres d'art locales. 

M. Devès, greffier de la justice de paix à Grignan,- annonce 
qu'il possède les portraits de Jacques de Bathernay, évêque de 
Valence , attribué à Rigaud , et de l'abbé Claude Martin , par 
Chaix, peintre à Valence en 1815. Il y aura lieu de rechercher 
la vie et les œuvres de ce dernier artiste. 



364 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 



CHRONIQUE. 



Une excellente nouvelle pour la Société , c'est le classement 
de la Tour de Crest parmi les monuments historiques de France. 
Voici le texte de l'arrêté ministériel : 

« Le Ministre de l'instruction publique, des cultes et des 
beaux-arts , 

» Sur la proposition de la commission des monuments histo- 
riques ; 

» Considérant l'importance de la Tour de Crest (Drôme) et 
son intérêt comme spécimen de l'architecture militaire au 
moyen-âge ; 

Arrête : 

La Tour de Crest (Drôme) est classée parmi les monuments 
historiques. 

» Paris, le 6 juin 1877. 

Signé : BRUNET. 

Pour ampliation : 
Le Directeur des beaux-arts , 

De Chennevières. 

Le tableau des membres de la Société, publié dans cette 
livraison, d'après les renseignements émanés de M. le Trésorier, 
pouvant renfermer des inexactitudes, sera rectifié dans la livrai- 
son suivante, au premier avis. 

M. l'abbé Perrossier insiste pour la conservation de la dalle 
tumulaire de Béatrix de Genève dans l'église de Saint-Donat. 

« La princesse est représentée étendue sur sa dalle, la tête 
reposant sur un carreau. Au-dessus de la tête Notre-Seigneur 
tient les Evangiles; il est entouré de quatre anges; les douze 
apôtres sont rangés six à six de chaque côté. Le tout jadis était 
en statuettes d'argent , mais il n'en reste plus que les incrusta- 



CHRONIQUE. 365 

ticras, sans cesse usées et détruites par les pieds des fidèles; car 
on a placé cette dalle à l'endroit le plus exposé au passage, sous 
le degré qui précède immédiatement l'entrée du chœur. Il serait 
de toute urgence de la faire enlever de là. Cette dalle mesure 
2 m 55 de longueur sur i m 28 de largeur. Elle occupait autrefois 
le milieu du chœur, élevée sur des colonnettes à hauteur d'ap- 
pui, comme les tombeaux à socles des églises du nord. Mon 
opinion est que le chœur de l'église de Saint-Donat fut cons- 
truit pour recevoir ce tombeau , qui date de la fin du XIV e 
siècle , et ce fut probablement son fils, le cardinal Amédée de 
Sâluces, évêque de Valence et neveu de l'antipape Clément VII, 
qui le fit construire. Il mourut lui-même à Saint-Donat le 28 
juin 1419. » 

Notre zélé collègue nous signale à Ansage un vieux moule à 
hosties , qu'il croit du XVI e siècle. Notre-Seigneur en croix sur 
une empreinte est représenté avec la Sainte- Vierge et saint 
Jean , et la lune et le soleil au-dessus de ses bras rappellent 
l'église et la synagogue. Les personnages, d'une exécution 
grossière , ressemblent fort aux statues informes de la frise de 
Saint-Restitut. Les deux autres empreintes ne sont pas mieux 
finies. Cependant, tel quel , ce moule mérite d'être conservé. 

Nous pourrions en dire autant du plat de Saint-Gervais, où 
Adam et Eve sont figurés par quelque artiste de village fort 
peu versé dans l'art du dessin. L'inscription de la bordure se 
réduit à un mot allemand plusieurs fois répété. 

M. l'abbé Perrossier signale, en finissant sa lettre, l'impor- 
tante restauration accomplie dans leur église par les Pères 
Maristes de Saint-Marcel-lès-Sauzet. 

« Ils ont abaissé le pavé de la nef d'environ 50 centimètres, 
qui était à peu près le niveau de l'aire primitive , et ont mis à 
jour les bases des colonnes, complètement perdues dans cette 
épaisse couche de marin ou de béton. En enlevant cette masse 
considérable de débris, ils ont découvert le fragment d'un tom- 
beau gallo-romain appartenant à l'ère chrétienne, comme l'in- 
dique d'une manière indubitable le chrisme sculpté sur le 



366 société d'archéologie et de statistique. 

milieu de la face antérieure. La partie restante est un petit 
socle rectangulaire, mesurant 42 cent, de hauteur sur 62 cent, 
de face et 35 cent, d'épaisseur. Les angles sont occupés par de 
petites colonnes grossièrement travaillées. Le chrisme, qui 
occupe le milieu , est encadré dans un cercle qui mesure 29 c. 
do diamètre. » 

M. Florian Vallentin, juge suppléant à Saint-Marcellin, nous 
a demandé des renseignements sur les médailles romaines 
trouvées en exécutant le canal de la fiourne et sur les localités 
où se trouvent des hachettes en pierre polie. 

Afin de répondre à la première question, nous avons con- 
sulté notre aimable et zélé collègue M. Dériard, possesseur des 
médailles recueillies vers Saint-Nazaire-en-Royans. Il nous a 
répondu qu'elles n'offraient aucun intérêt, à cause de leur 
mauvais état de conservation. 

Sur la deuxième question , il n'y a pas de réponse positive à 
donner. 

Les hachettes de la Société viennent d'Hauterives , de Mon- 
tauban et de Propiac; mais il y en a dans presque toutes les 
communes. Seulement, pour les découvrir, il faut en montrer 
de pareilles aux cultivateurs , qui n'y attachent aucune impor- 
tance ou , au contraire , en font des talismans précieux contre 
la foudre ou contre les maladies des bêtes à laine. Dans les 
cantons nord du département de la Drôme elles sont connues 
sous Je nom de pierres du tonnerre, et dans le Diois, de pieri m es 
de la boussaa (clavelée). 

Les études préhistoriques sont très-peru avancées dans nos 
pays, pour signaler l'existence d'ateliers à silex, et les excur- 
sions du zélé archéologue dans les environs de Saint-Marcellin 
et dans le Royannais lui permettront certainement de faire d'in- 
téressantes découvertes à ce point de vue. 

Disons à ce propos qu'une exposition des sciences anthropo- 
logiques sera ouverte dans les locaux de l'exposition universelle 
du 1 er mai 1878 au 31 octobre suivant, et que les objets à ex- 
poser comprennent : 



CHRONIQUE. 367 

Les crânes et les ossements , les momies et les pièces con- 
cernant Tanatomie comparée des races humaines; les instru- 
ments et les méthodes d'enseignement ; les collections préhis- 
toriques et ethnographiques; les photographies, peintures et 
dessins , sculptures et modelages ; les cartes géographiques et 
tableaux concernant l'ethnologie, l'archéologie préhistorique, 
la linguistique, la démographie, la géographie médicale, etc.; 
les livres , journaux et brochures. 

Une commission composée d'hommes spéciaux, comme M. de 
Quatrefages, président, Paul Broca, Henri Martin, vice~prési- 
dents, Gabriel de Mortillet, secrétaire, etc., reçoit toutes les 
demandes d'exposition et c'est à elle qu'il faut s'adresser. 

Ne quittons pas la question préhistorique sans parler d^une 
brochure de M. G. Miilescamps sur les Constructions contem- 
poraines de l'dge de la pierre polie ou les Monuments mégalithiques 
de Thimécourt (Seine-et-Oise) *. L'auteur, après des fouilles 
sérieuses, pratiquées avec méthode, y formule l'opinion sui- 
vante : 

t Parmi les monuments mégalithiques, il en est quelques- 
uns, ceux de Thimécourt en particulier, qui sont contempo- 
rains de la pierre taillée. » 

Un membre correspondant de la Société, M. Borel d'Hautc- 
rives, a publié, dans Y Annuaire de la noblesse pour 1877, d'après 
les notes de M. de Coston, une notice généalogique sur la 
famille Gallet, de Montdragon. 

Cette famille a perdu son dernier rejeton mâle le 6 novembre 
1875, on la personne de M. Antoine- Jean-Marie-Théodore 
Gallet , marquis de Montdragon ou Mondragon , qui laissa 
quatre filles. 

Originaire du petit village d'Ancone, près de Montélimar, 
elle était arrivée rapidement, à l'époque du système de Law. à 



(1) Senlis, 1S77. Itt-8°. 



368 société d'archéologie et de statistique. 

une fortune considérable , qui lui permit d'obtenir le titre de 
marquis et des charges très-importantes à la cour. 

Parmi les ouvrages reçus pendant le trimestre nous signale- 
rons : 

La vie de province au XVIII e siècle. Les femmes, les mœurs, les 
usages, par Anatole de Gallier. (Tirage à part d'études intéres- 
santes et remarquées publiées dans le Bulletin.) 

Petite anthologie des poètes de la Drame, 3 e partie. — Auteurs 
vivants, par Jules Saint-Rémy. — (Autre tirage à part d'études 
littéraires parues dans le Bulletin.) 

Notice sur les imprimeurs d Orange et les livres sortis de leurs 
presses, avec un appendice sur les écrits relatifs à l'histoire de 
cette ville, par Martial Millet, docteur -médecin à Orange. 
(Valence, Chenevier, 1877. In-8°.) Il serait bien désirable que 
chaque ville de la province possédât une étude aussi bien faite 
sur les livres imprimés en son sein. La riche bibliothèque de 
l'auteur a été d'un grand secours pour un travail de ce genre ; 
toutefois il lui reste encore le mérite d'une exposition claire et 
d'une critique sûre. 

La pensée d'un octogénaire sur la politique du jour. Paris, 
Debons, 1877. Br. in-8°. Si nos statuts nous interdisent le fond 
du sujet , ils ne nous défendent pas d'en louer la forme. 

Raolin ou aperçu historique sur la république de Marseille au 
XIII 9 siècle, par Alfred Saurel. Marseille, Thomas, 1877. Br. 
in-12. 

Maritima avatkorum ou recherches sur une ville morte située 
dans la commune de Saint-Mitre (Bouches-du-Bhône), par le même. 
Tours, Bonserez, 1877. Br. in-8°. 

Note sur les armoiries municipales de Forcalqùier, par Louis 
de Bresc. Forcalqùier, 1876. Br. in-8°. 

Étude sur le chiendent, par Eugène Plauchud. Forcalqùier, 
1876. Br. in-8°. 

Nous parlerons des périodiques dans une autre livraison. 

A. LACROIX. 



l'imprimerie A tournon. 36g 



L'IMPRIMERIE A TOURNON 



(Suite. — Voir les 41 e et 42* livraisons.) 



Le voyageur qui descend le Rhône est frappé de l'aspect 
pittoresque de Tournon. A côté du chevet de l'ancienne 
collégiale de Saint- J ulien , éclairé par une large fenêtre à 
ogive rayonnante, où se tordent des meneaux entrelacés, le 
vieux château, avec sa terrasse élevée, s'avance presque au 
milieu des flots. A travers les mutilations que lui a fait subir 
depuis quelques années un vandalisme persévérant, il garde 
une attitude fière encore et le lierre couvre de son voile 
discret une portion de cette noble décrépitude. Au-dessus 
se déroule, en suivant les ondulations de la colline, une 
frêle ceinture de murailles, vain simulacre de défense destiné 
à relier ensemble deux tours, l'une au levant, surmontée 
d'une moderne statue de la Vierge et protégeant l'hôpital, 
fondé au XIV e siècle par un bourgeois du nom de Chaste, 
l'autre à l'ouest, dominant les arbres de la promenade. Elle 
a retenu le nom de tour Saint-Jacques, sans doute en mé- 
moire de deux célèbres seigneurs de Tournon. 

Plus bas s'allonge sur le bord du fleuve la massive archi- 
tecture du collège, couronnée de dômes. Si l'on s'engage 
dans les rues étroites des vieux quartiers, on se retrouve en 
pleine fin du moyen-âge. Une partie des remparts est restée 
debout. La double porte de Mauves, à l'intérieur de laquelle 
jouait la herse, a gardé ses sombres arceaux. Çà et là, sur 
Tome XI. — 1877. 25 



370 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

la place du Marché, dans la Grand'rue et la rue du Doux, 
s'élèvent des maisons à tourelles, aux portes à ogives sur- 
baissées , aux fenêtres qui laissaient filtrer comme à regret 
la lumière à travers les meneaux aujourd'hui défoncés. 
C'étaient sans doute les tristes résidences de familles de 
petits gentilshommes, depuis longtemps disparues, en pos- 
session de fournir les seigneurs de Tournon d'écuyers, 
comme les Saint- Vincent , ou de juges, comme les Villiers, 
les Tardin, les Robert, les Lagrange. Si paisibles aujour- 
d'hui, ces voies étroites et boueuses étaient fréquentées par 
une foule très- variée. Fort complètes pour le temps, les 
études à l'université des Jésuites * se prolongeaient assez 
tard , et l'on voit souvent dans les actes les écoliers majeurs 
figurer comme témoins. Comme Avignon, Tournon était la 
ville sonnante, la ville des couvents. Après les Carmes, 
datant de 1 333, et les Cordeliers, établis un siècle et demi 
plus tard et qui comptèrent jusqu'à cent religieux, les Capu- 
cins et les religieuses de Notre-Dame avaient été fondés au 
commencement du règne de Louis XIII. On rencontrait en 
outre une commanderie de l'ordre dauphinois de Saint- 
Antoine, et la collégiale, qui était desservie par des cha- 
noines depuis 1441. 

Tous les actes de la vie publique portaient l'empreinte 
d'une foi profonde. « C'est la troisième fête de la Pentecôte, 
dit le peintre Pierre-Paul Sevin , dans un travail demeuré 
inédit, que l'on fait les consuls, après avoir invoqué les 
lumières du Saint-Esprit, après une messe solennelle à 
l'église collégiale de Saint-Julien , la paroisse. Le jour de la 
Fête-Dieu, les consuls anciens portent les armoiries de la 



(1) Avant les lettres patentes de Charles IX, mentionnées dans notre 
premier article, l'université de Tournon avait été autorisée par Henri II, 
le 9 novembre i552. 



l'imprimerie a tournon. 371 

ville , peintes sur de grands cartons, devant le dais du Saint- 
Sacrement, à la procession qui se fait par toute la ville. Ces 
armes sont attachées à de grands flambeaux de cire blanche, 
qui servent pendant toute l'octave aux chandeliers du maître- 
autel , et après les nouveaux consuls gardent lesdites armes 
dans leur maison, pour marque et mémoire de leur con- 
sulat '. » 

Dans cette petite capitale catholique les productions de 
l'imprimerie devaient répondre aux besoins religieux et in- 
tellectuels d'une population d'étudiants et de moines. Au 
premier rang par leur importance se placent les controverses 
soutenues contre les protestants, et te sont encore les ou-- 
vrages les plus curieux à consulter. Viennent ensuite les 
ascétiques, les livres de théologie et de pédagogie, des 
éditions et des traductions des anciens, la jurisprudence et 
les sciences, parmi lesquelles la médecine, enfin les recueils 
donnés par les poètes, appartenant presque tous à la contrée. 
Un certain nombre est dédié aux seigneurs de Tournon a . 
Quelques volumes sont imprimés pour l'Italie, le Portugal 
ou l'Espagne. En revanche Davity, une des illustrations 
tournonnaises, s'en allait publier des poésies à Lyon ou à 
Paris. 



(1) Généalogie de la très illustre maison det comtes de Tournon, ter- 
minée en janvier 1699. Manuscrit in-4 , aux archives du château de Mont* 
mêlas (Rhône). 

(2) Le nom de Tournon se retrouve dans plusieurs romans du XVII* 
siècle et témoigne du souvenir encore persistant à cette époque de la splen- 
deur de cette maison sous les Valois. Voyez un épisode de La Princesse 
de Clèves, de M" - de La Fayette, et. le Journal amoureux ,' de M -- de 
Villedieu, 3* et 4* parties. Un passage touchant des mémoires de la reine 
Marguerite sur la mort d'Hélène de Tournon a fourni le thème d'une 
nouvelle insérée dans quelques éditions des œuvres de la même M B ° de 
Villedieu, mais plus généralement attribuée au Provençal Vaumorière. Ce 
sujet a été repris de nos jours par M" - de Souza. 



372 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Reprenons notre odyssée à travers les livres oubliés ou 
inconnus. 

* Histoire du royaume de Naples, contenant les choses 
mémorables advenues depuis l'empire d'Auguste iusques à 
nostre temps. Monstrant aussi les droicts de ceux qui de 
nostre temps ont prétendu audit royaume, et l'ont querellé. 
Revue et augmentée de ce qui est advenu depuis l'année 
m.cccc.lix iusques à présent , par P. C. (Pandolfo Colle- 
nuccio.) A Tournon, pour Guillaume Linossier, m.d.xcv. 
in-8° de 5og pp., sans les pièces liminaires. 

Assertiones philosophicœ Annibalis Galiani. A Tornon, 

1695. In-16. (Inventaire après décès du chancelier de Gali- 

* 

gnon, où se trouve le catalogue de sa riche bibliothèque, 
fol. 72 v°, aux arch. du château de Peyrins.) 

Œuvres chrestiennes de feue D 6 Gabriellç de Coignard 
v 6 à M r de Mansancal s r de Miremont, président en la 
cour de parlement de Tholoze. A Tournon, pour Jacques 
Faure, libraire en Avignon, i5g5. In- 12 (B. de M. Emile 
Giraud, ancien député, de Romans). 

Recueil d'arrests notables des cours souveraines de 
France, par Jean Papon, forésien. Tournon, Claude Michel, 
ib95. In-fol. 

Petit sommaire de la doctrine chrestienne mis en vers 

françois avec les hymnes et le*odes spirituelles qu'on chante 

devant et après la leçon d'i celle, Reveu et augmenté en 

ceste sixiesme édition par le P. Michel Coyssard, de la 

Compagnie du nom de Jésus, natif de Besse en Auvergne. 

Le vers s'apprend beaucoup mieux que la prose 
Et se retient bien plus fidellement ; 
Voila pourquoy en carmes maintenant 
De nostre foy le sommaire on propose. 

A Tournon, par Claude Michel, imprimeur de l'univer- 
sité, cid.id.xcvi. Avec privilège du roy. In- 12, 96 pp. (BA). 



l'imprimerie a tournon. 373 

Le P. Michel Coyssard, né en 1547, f ut successivement 
recteur des collèges de Tournon, du Puy, de Vienne, de 
Besançon et de Lyon, et mourut en 1623. 

Les hymnes sacre\ et ■• odes spirituelles pour chanter 
devant et après le catéchisme reveus et augmente^ de beau- 
coup en ceste quatriesme édition, par M . Coyssard, de la 
Compagnie du nom de Jésus. À Tournon, par Claude 
Michel.... m.d.xcvi. In- 12, 188 pp. et 2 ff. de tables. Nouv. 
éd. de ce petit ouvrage en 1609 (BA). Nouv. éd. de YEnchi- 
ridion..., de Coster. Turnoni, Claude Michel, in- 12 (B. 
de M. Vallentin, juge à Montélimar). 

Baccalavreatvs philosophici candidatorvm propositiones 
peripateticœ in academia Tvrnonica societatis IESV 
plvribvs agitatœ circa medivm anni 1 597. 

Cor sapientis quaerit doctrinam et os stultorum pascitur 
imperitia. Prov. xv, 14. 

Tvrnoni, apvdClavdivm Michaelem, typographvm vni- 
versitatis, cid.id.xcvh. Petit in- 12 de iv et 107 pp. 

Dédicace à Claude de Latier, seigneur de Charpey, Va- 
tillieu, Rochefort, etc., un sonnet à M. de Charpey, plu- 
sieurs pièces de vers latins par des élèves du collège, Jean 
Bussod, natif de Charpey, Rostaing d'Eurre, noble dau- 
phinois, François Bovet, de Crest, Gaspard Froment, de 
Valence, Mathieu Payan, de Valence, etc. 

Ce curieux et rare volume fait connaître renseignement 
philosophique des Jésuites (B. des Jésuites de Lyon. Note 
comm. par M. Paul Allut). 

* Pub. Virgilii Maronis opéra, in locos communes di- 
gesta , recognita et abundè locupletata. In gratiam Tur- 
nonicœ Juventutis et omnium poetices studiosorum ( par le 
P. Michel Coyssard). Autour du monogramme des Jésuites : 
Hic musas alis corde. Turnoni, apud Claudium Michaelem, 
typographum vniversitatis, 1597. Cum privilegio régis. In- 



374 société d'archéologie et de statistique. 

12 de 791 pp., sans l'index et les pièces liminaires, où l'on 
trouve des vers latins de Gabriel Pietrequin, Claude de 
Vomas , Henri de Serres, noble Jacques de La Chambre et 
autres élèves. 

Les Pères de Backer indiquent aussi comme imprimé à 
Tournon, mais sans donner la date de l'édition, un autre 
ouvrage sur le même sujet et du même auteur. 

Tabulœ jigurarum et vitiorum orationis, Virgilianis 
exemplis illustratœ. 

Discours de Monseigneur Guillaume Le Blanc, évesque 
de Grasse et de Vence, à ces (sic) diocésains , touchant 
l'affliction qu'ils endurent des loups en leurs personnes et 
des vermisseaux en leurs figuiers en la présente année 1 597. 
Tournon (et aussi Lyon), Claude Michel, m.d.xcviii. Petit 
in-8° de 228 pp. (Brunet, Manuel du libraire. — Catalogue 
Yéménif). 

La grande chirurgie de* M* Guy de Chauliac, composée 
en 1 363, restituée nouvellement à sa dignité par M. Lau- 
rent Joubert, avec des annotations et l'interprétation 
dudit Guy. Tournon, Claude Michel, 1598. In-8°. Il y a 
une-autre édition de Tournon, 1619, avec fig., in-8° de 410 
pp. (Brunet, — P. Allut, Etude sur Symphorien Cham- 
pier, p. 129). ^ 

L'escuirie du s T Féderic Grison , gentilhomme napoli- 
tain, en laquelle est montré l'ordre et l'art de choisyr, 
piquer, monter, dresser et manier les chevaux tant pour 
l'usage de la guerre qu'autre commodité de l'homme, avec 
les figures des diverses sortes de mors de brides, naguéres 
traduite d'italien enfrançois, reveue et corrigée outre les 
précédentes impressions, plus les remèdes très singuliers 
pour les maladies des chevaux adjoutés par le s r Francisco 
Lanfray, escuyer italien. Tournon, Claude Michel, 1599. 
In-4*. 1 f. de dédicace à Monseigneur Just-Louis de Tour- 



l'imprimerie a tournon. 375 

non, 190 pp., plus 9 ff. pour les remèdes de Lanfroy. 

Jacobi Pontani Poeiicarum institutionum libri III. 
Turnoni, 1600. In-16 (BA)- La i re édition fut donnée à 
Ingolstadt en 1597. Né en 1542 à Brugg en Bohême, mort 
à Augsbourg en 1626, Spanmûller avait latinisé son nom 
en celui de Pont anus. 

Institutio privilégia et statuta universitatis Valentinœ, 
cura Andrew Basset rectoris édita. Turnoni, 1601. In-4 . 

(Langlet Dufresnoy, Méthode pour étudier l'histoire). 

De ratione conscribendi epistolas, utilissimœ prœcep- 
tiones, Joanne Voello auctore. Turnoni, 1601. In- 12. 

Réprimandes aux ministres sur la déclaration d'Ed- 
mond , prétendu Jésuite, et de deux autres déserteurs de 
la foi catholique, par Louis de Mortagnes (le P. Louis 
Richeome). Tournon, 1601. In- 12. 

(Prosper Marchand, Dictionnaire historique, verbo 
Serres, N.° 73. — BA). 

Mémorables enseignements et exemples moraux et civils 
tirés des dicts et faicts des hommes illustres grecs et 
romains de Plut arque et de Sénèque, mis par ordre et 
chapitres suivant les matières par Claude Delandes , 
secrétaire de l'université de Valence. Tournon, Claude 
Michel et Linocier, 160 1. Petit in- 12. 

« Les pièces liminaires contiennent Tépître dédicatoire à 
Monseigneur de Poisieu, seigneur du Passage, des distiques 
latins , des stances et des sonnets à la louange de Fauteur.... 
Cette compilation est de la même famille que les Apophteg- 
matagrœca ex Plutarco, le Spéculum exemplorum de 148 1 
et les Lee tiones mirabiles de J. Wolf. Ce dernier ouvrage, 
imprimé en 1600, semble avoir fourni à Delandes le titre : 
Mémorables enseignements » [Bulletin du bibliophile de 
Techener, juillet 1857). 

Claude Delandes était notaire à Valence. 



376 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Titi Livn opéra... Turnoni, 1601. 3 vol. in-16. Nous 
n'avons sous les yeux que le volume suivant : * Titi Livii, 
Patavini latinœ historiée principis Decas quart a, Turnoni, 
apud Claudium Michaelem, typographum universitatis, 
m.d.ci. 646 pp. sans l'index. 

Le titre est décoré d'une marque d'imprimeur ressemblant 
à celle que M. Vaschalde a signalée pour Estienne Michel, 
libraire à Lyon : Un personnage, vêtu à l'orientale -et fou- 
lant aux pieds un serpent, saisit une branche d'un arbre 
qui paraît être un olivier. Autour de l'arbre est enroulée 
cette devise : Virtutes sibi invicem hcerent. Cependant il 
est évident que ce n'est pas le même bois gravé. Plusieurs 
détails diffèrent. 

En i6o5 Claude Michel et Thomas Soubron donnent 
dans le même format une nouvelle édition du même histo- 
rien , dont le titre est cette fois orné du monogramme des 
Jésuites : *Tm Livii patavini, romanae historiae principis, 
libri omnes, quotquot ad nostram œtatem pervenerunt. 
Turnoni, apud Claudium Michaelem et Thomam Soubron, 
m.d.cv. Nous ne possédons que le i €r vol., de ç35 pp. sans 
l'index, contenant la i re décade et l'abrégé de la 2 me . Decas 
tertia (B. de M. Vallentin). La bibliothèque publique de Va- 
lence renferme le dernier volume de cette édition, comprenant 
la 4 e décade, de 640 pp. sans la table, et la 5 e , de 256 pp., id. 

Francisci RiBERiE Presbyteri Societ. Jesu , doctorisque 
theologi villa Castrensis, in epistolam B. Pauli ad Hebraos 
commentarii. Turnoni, apud Claudium Michaelem, 1601. 
In-8° de 763 pp., sans les liminaires et l'index (BA). 

La Lydiade divisée en sept livres. A M. Duvair..., pré- 
sident en la cour du parlement de Provence. Plus autres 
poèmes et meslanges, par le s r Descalis, Provençal. Tour- 
non, Claude Michel, 1602. In- 12. 

(Goujet, Bibliothèque françoise.) 



l'imprimerie a tournon. 377 

Traicté de Vépilepsie, maladie vulgairement appelée au 
pays de Provence la goultete aux petits enfants, avec plu- 
sieurs belles et curieuses questions touchant les causes, 
prognostiques et cured'icelle, composé par M. Jean Taxil, 
docteur en médecine, natif des Sainctes Maries, médecin 
d'Arles. Tournon, Claude Michel , 1602. In-8°. 

(Archives du bibliophile de Claudin, N.° 27,509.) 

* 2-jvYjatou tou Kupévatou tou stooxoicou xroXejxafôoç ùjxvot èv Sia^époiç 
|x%Xeai xai tou èv aftoiç itaTpbç jjpffiv rpYftOptou tou NaÇiavÇ^vou tou 
6soX6you w3at Tiveç xai f'àXXa ttvi. 

Sinesii Cyrenœi Episcopi Ptolemaidos hymni vario génère 
versuum conditi.. Item S. Patris Gregorii Nazianzeni Ode 
aliquot et quœdam omnia sedulo recognita et notis quitus- 
dam non pœni tendis illustrât a. Venundantur Turnoni, 
apud Guillel. Linocerium, i6o3. In-32 de i55 f. 

Brève compendium privilegiorum et gratiarum Socie- 
tatis Jesu ex majori compendio extractum. Turnoni, apud 
Claudium Michaelem, typographum universitatis , m.d.ciii. 
Cum facultate superiorum. In- 16 de g3 pp. (BA). 

Épistre de M. Jean du Ranc, docteur en médecine, 
habitant de la ville d'Aulbenaz en Vivarez, nouvellement 
reduict à la foy catholique, apostolique et romaine. En la- 
quelle sommairement sont déclarez les erreurs , blasphèmes 
et malheurs du calvinisme qui l'ont esmeu à s'en despartir. 
ATournon, par Claude Michel et Thomas Soubron, m.d.ciii. 
In-12. Avec permission. 

Voyez sur cet ouvrage un curieux article de M. Vaschalde 
dans le Journal de VArdeche du 3o avril 1874. 

Officium S. Ruffi extra mœnia Valentiœ pietate et ex- 
pensis Joachimi d'Arzag, prioris in prioratu conventicali 
S ti Valerii. Turnoni, 1604. In- 18 (B. de Valence). 

* Les diverses leçons de Pierre Messie, gentilhomme de 
Sevile, mises de castillan en françois par Cl. Gruget, Pari- 



378 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

sien : avec sept dialogues de Vautheur, dont les quatre 
derniers ont esté de nouveau traduicts en ceste quatriesme 
édition. Plus la suite de celles dT Antoine du Verdier, s. de 
Vauprivaz, augmentée d'un septiesme livre. Ensemble 
quatre tables, deux des chapitres et les autres des prin- 
cipales matières y tr aidées. Reveu et augmenté de nou- 
veau. A Tournon, par Claude Michel et Thomas Soubron, 
1604. In-8° de 738 pp., sans les pièces liminaires et les 
tables. 

Cette médiocre imitation du Banquet d'Athénée, com- 
posée par Pedro Mexia, historiographe de la couronne 
d'Espagne, obtint un grand succès au XVI e siècle, fut tra- 
duite dans les principales langues et eut un grand nombre 
d'éditions. Cependant celle de Tournon ne fut pas d'une 
vente rapide. En 1616 Claude Michel, qui n'avait plus son 
associé Soubron, fit rafraîchir les exemplaires restés en 
magasin en changeant le titre, qui ne porte plus que son 
nom. C'est ce que nous avons pu vérifier sur celui que nous 
possédons à la date de 16 16. 

* Les diverses leçons d' Antoine du Verdier, s. de Val- 
privaz, gentilhomme foresien, et ordinaire de la maison du 
roy, suivant celles de Pierre Messie. Contenans plusieurs 
histoires, discours et f aie t s mémorables. Augmentées par 
Vautheur en ceste cinquiesme édition de trois discours 
trouvées (sic) après le déce\ de Vautheur en ses papiers, du 
dueil de Vhonneur et de la noblesse. Avec deux tables, l'une 
des chapitres, Vautre des principales matières y contenue^ 
A Tournon , par Claude Michel et Thomas Soubron , 
m.d.ciiii. In-8° de 612 pp., sans les liminaires et les tables. 
L'ouvrage est terminé par huit vers grecs de Félix de La 
Croix-Chevrières. 

Ce livre, de l'auteur de la Bibliothèque françoise, com- 
plètement oublié aujourd'hui, comme celui de Mexia, au- 



l'imprimerie a tournon. 379 

quel il fait suite , reparaît en 16 16 chez Claucje Michel, par 
le même procédé. 

* Théologie naturelle de Raymond Sebon. Traduite en 
françois par messire Michel, seigneur de Montaigne, che- 
valier de Tordre du roy et gentilhomme ordinaire de sa 
chambre. Dernière édition, reveue, corrigée et augmentée. 
ATournon, par Claude Michel et Thomas Soubron, m.d.cv. 
In-8° de 891 pp., sans les pièces liminaires et la table. 

Cette traduction de l'Espagnol Sabunde est le premier 
ouvrage de l'illustre auteur des Essais, qu'il dçdia à son 
père : « Monseigneur, lui dit-il, suivant la charge que vous 
me donnantes l'année passée chez vous à Montaigne, j'ay 
taillé et dressé de ma main à Raymon Sebon , ce grand 
théologien et philosophe espagnol , un accoustrement à la 
françoise et l'ay devestu , autant qu'il a esté en moy, de ce 
port farouche et maintien barbaresque que vous luy vites 
premièrement : de manière qu'à mon opinion il a meshuy 
assez de façon et d'entregent pour se présenter en toute 
bonne compagnie. Il pourra bien estre que les personnes 
délicates et curieuses y remarqueront quelque traict et ply 
de gascon : mais ce leur sera d'autant plus de honte d'avoir 
par leur nonchalance laissé prendre sur eux cet advantage à 
un homme de tout poinct nouveau et aprenty en telle be- 
sogne. » 

* Horatii Tursellini Romani , è Societ. Iesu Lauretanœ 
historiœ libri quinque. Turnoni, tipis Claudij Michaelis, 
i6o5. In-12 de 599 pp., sans les liminaires, les approbations 
et l'index. Frontispice gravé. 

Cette histoire de la sauta casa de Lorette, plusieurs fois 
réimprimée et traduite en diverses langues, a paru pour la 
première fois à Rome, 1597, in-4 . 

* Les images des dieux des anciens, contenans les idoles, 
coustumes, cérémonies et autres choses appartenans à la 



I 

I 

f 



38o société d'archéologie et de statistique. 

religion des payent. Recueillies en italien par le sieur Vin- 
cent Cartari, de Rhege, et traduites en françois et aug- 
mentées par Antoine du Verdier, seigneur de Vauprivas, 
etc. Augmenté en ceste édition de la généalogie et origine 
d'iceux. A Tournon, par Claude Michel, imprimeur de 
l'université, m.d.cvi. Nombreuses figures sur bois, beau 
frontispice gravé sur cuivre. In-8° de 804 pp., sans les limi- 
naires et l'index. — L'histoire généalogique des dieux des 
anciens. Recueillie de plusieurs au t heurs grecs et latins 
pour l'intelligence et explication des fables poétiques, par 
E. Laplonce Richette. A Tournon, par Claude Michel et 
Thomas Soubron, imprimeurs en l'université, m.d.cvi. In- 
8° de 224 pp., sans les 10 feuillets de pièces liminaires. 

Quoique sous des titres différents et avec une pagination 
distincte, ces deux parties forment un ensemble, ainsi qu'on 
en est averti en tête des Images des dieux. Nous avons 
toujours trouvé réunies ces deux parties dans les exemplaires 
qui ont passé sous nos yeux, car ce livre n'est pas bien rare. 
M. Vaschalde ne mentionne que V Histoire généalogique 
et, dans son ignorance de l'édition de 1606, il la remplace 
par une autre fort hypothétique de 16 16, qui, selon toute 
apparence, ne doit son existence qu'à une faute d'impression 
glissée dans un catalogue. 11 en profite naturellement pour 
faire revivre , comme imprimeur à Tournon , Thomas Sou- 
bron x , alors qu'il avait cessé ces fonctions depuis long- 
temps. Les Images des dieux sont encore un de ces ouvrages 
qui, après avoir été populaires, sont tombés dans un dis- 
crédit absolu, ne répondant plus aux exigences de la science. 



(1) Pour en finir une bonne fois avec tous les Soubron possibles, même 
ceux qui ne touchent pas à notre sujet, d'après les Pères de Backer, t. 1"% 
p. 547, 1** colonne, avant-dernière ligne, ce n'est pas Thomas, mais A. 
Soubron qui était imprimeur à Lyon en 1622. 



l'imprimerie a tournon. 38 i 

Le texte italien avait eu en son temps une vingtaine d'édi- 
tions, sans compter les traductions. Du Verdier dédia la 
sienne à Monseigneur d'Arqués , chevalier des deux ordres 
du roy, visconte, baron d'Arqués, Puyvert, Sainct-Didier, 
La Mastre, etc., qui n'était autre que le fameux Anne, duc 
de Joyeuse, favori et beau -frère d'Henri III, tué à la 
bataille de Coutras en 1587. La seigneurie d'Arqués (com- 
mune aujourd'hui dans le département de l'Aude) avait été 
apportée, ainsi que Puyvert, par Françoise de Voisins à 
Jean de Joyeuse, seigneur de Saint -Sauveur, lieutenant* 
général pour le roi en Languedoc, qu'elle épousa en i5i8. 

L'auteur de V Histoire généalogique des dieux des an- 
ciens, Etienne Laplonce Richette, fut reçu en 1620 cha- 
noine de Notre-Dame de Grenoble (Edm. Maignien, Re- 
cherches hist. et chron. sur les évêques et le chapitre de 
Grenoble). Il nous apprend « qu'il avoit esté favorisé de ce 
bonheur de demeurer quelques années en la fameuse et 
florissante université de Tournon, séjour bien heureux des 
muses, pépinière de tant de beaux et rares esprits et vray 
Parnasse de la France ». Fevret de Fontette, dans son 
édition de la Bibliothèque historique de la France, du P. 
Lelong, cite Y Histoire généalogique , à cause de l'épître 
dédicatoire à haut et puissant seigneur messire Just Louys 
de Tournon, où se trouvent, non pas, comme on l'a dit, une 
généalogie des Tournon, mais des détails curieux sur divers 
membres de cette maison. Malheureusement, selon l'usage 
du temps, ils ne sont appuyés d'aucunes preuves. L'avertis- 
sement au lecteur est suivi d'un sixain- du médecin Jean 
Tardin. 

* Les secrets et merveilles de nature recueillis de divers 
aut heurs et divise^ en XVII livres, par Jean -Jacques 
Wecker, de Basic, médecin àColmar. Traduits en françois 
selon la traduction latine. Reveu et corrigé de nouveau. Avec 



3$2 SOCIÉTÉ li ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQCE. 

une table très ample. A Touroon, par Claude Michel et 
Thomas Soubron* i(Jo6. In-8* de 1246 pp., sans les lïniï- 
naires et l'index. 

L'auteur de cette traduction, Pierre Meyssonier, la fait 
précéder d'une dédicace à son compatriote noble homme 
M. Hierosme de Chastillon, président au siège présîdial de 
Lyon en la souveraineté de Dombes, dédicace qui avait 
déjà paru dans l'édition de Lyon. 1584, in-4*. La misérable 
compilation de Wecker est de la même famille que Les 
secrets du grand Albert. Cest, comme on doit s y attendre, 
un mélange de charlatanisme, d'inconvenances et de su- 
perstitions. 



(A continuer.) 



Anatole de G ALLIER. 



-x 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 38i 



LETTRES INEDITES 



DE 



i 



t 



HUGUES DE LIONNE 



XI 



A Paris , ce 27* mars 1657. 

1 J'ai reçu la lettre dont il vous a plu de me favoriser du 
14 du courant, avec les pièces touchant mes preuves de 
noblesse que vous m'avez envoyées. 

J'ai parlé au sieur Sibut, qui m'a promis d'écrire atusieur 
de Saint-Nazaire * de vous parler et de conclure avec vous, 
ce que je vous prie de faire, quand enfin il ne vous donnerait 
que 23,ooo francs. 

L'affaire que vous savez est toujours au même état, et 
mes amis travaillent plus que moi et avec plus d'ardeur à 
l'avancer. Je vous avoue que j'y suis extrêmement froid et 
quasi plus. Aussi, à dire vrai, le râtelier est bien. haut et 
demeure toujours au dernier mot à 1,400,000 francs, qui 



(i) André Basset, sieur de Saint-Nazaire, avocat, garde des sceaux au 
parlement de Grenoble. Il fut le dernier de sa branche. 



2&4 société d'archéologie et de statistique. 

est une somme immense pour un homme qui a six enfants, 
qui pourraient aller à l'hôpital , si la mort me surprenait. 

Je vous prie de faire tenir la lettre ci -jointe à M. du 
Passage ', où vous apprendrez qu'il sera. 

M. Cot, qui m'est venu voir, m'a dit qu'étant venu en 
compagnie de M. Aubert*, agent de M. de Chevrières, 
celui-là s'était expliqué en chemin qu'il avait charge de son 
maître de me remettre tous ses intérêts dans le différend 
qu'il a avec mon cousin de Claveyson; mais je n'ai pourtant 
point encore vu ledit Aubert. 



XII 



A Berni, ce 4* mai 1657. 



Je vous supplie de rendre la réponse que je fais à une 
lettre dont M. l'évêque d'Albi 3 m'avait favorisé, et de faire 
tenir aussi ma lettre ci- jointe à M. de La Tivolière. 

J'ai vu enfin M. de Trilleport 4 , qui m'a dit une chose de 
votre'part qui m'a ravi, que mon père souhaitait de quitter 
Gap et de venir achever ses jours dans sa famille. Je suis 



(1) Âimar de Poisieu, marquis du Passage, maistre de camp, mort sans 
alliance, le dernier de sa race, à Lyon, le 8 juin 1688, faisant héritier le 
deuxième fils du maréchal de Créqui. 

(2) Son fils, Pierre, devint seigneur de La Bâtie, trésorier de France en 
Dauphiné et contrôleur général des gabelles de 1696 à 1704. 

(3) Gaspard de Daillon , évêque d'Agen en i63i, transféré à Albi en i635, 
commandeur des ordres du roi en 1662, mort le 24 juillet 1676. Le siège 
d'Albi fut érigé en métropole après la mort de ce prélat, en faveur de 
Hyacinthe de Cerrani, évéque de Mende. 

(4) Louis Aubri , sieur de Trilleport, conseiller du roi en 1645. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 38i 

assuré que, l'exécutant, il en aura plus de satisfaction qu'il 
ne s'en promet et qu'il la trouvera tout autre qu'il ne la 
vit à Saint - Vallier. Il n'est point nécessaire pour cela 
d'attendre qu'il ait résigné son évêché. Au contraire, il me 
semble que je pourrai mieux prendre ces mesures-là avec 
lui-même. Il suffira qu'en venant il soit tout résolu de ne 
plus retourner à Gap, car après nous aurons bientôt mis sa 
conscience à couvert. Je le prendrais au mot dès à cette 
heure et le supplierais de venir sans délai, n'était que je ne 
sais si je pourrai ou mieux dire si je dois refuser l'honneur 
qu'on me veut déférer du plus beau et du plus important 
emploi que le roi puisse jamais donner, qui est celui, d'am- 
bassadeur extraordinaire en Allemagne dans la conjoncture 
de l'élection d'un empereur. Le roi y veut envoyer une 
ambassade d'éclat , comme le fit le feu roi pendant les mou- 
vements de la guerre de Bohême, qui y envoya MM. le duc 
d'Angoulême % de Béthune a et de Châteauneuf 3 . On me 



(i) Charles de Valois, duc d'Angoulême, fils naturel de Charles IX, né 
le 20 avril i5y3, au château du Fayet, près Grenoble. II entra d'abord 
dans l'ordre de Malte, puis épousa en i5gi Charlotte de Montmorency, 
combattit pour Henri IV, ensuite conspira contre lui, ce qui le fit arrêter 
et condamner à mort. Rendu à la liberté en 16 16, il fut mis à la tête de 
l'ambassade envoyée en 1620 à l'empereur Ferdinand II. Il mourut à Paris, 
le 24 septembre i65o. Sa veuve, Henriette de La Guiche, qu'il avait 
épousée en secondes noces très-âgé, lui survécut longtemps et ne décéda 
que le 10 avril 171 3, à 92 ans. 

(2) Philippe de Béthune, comte de Selles et de Charost, lieutenant gé- 
néral en Bretagne, chargé de plusieurs ambassades, mort en 1649, âgé de 
88 ans. 

(3) Charles de L'Aubépire, marquis de Châteauneuf, né en i58o, chan- 
celier de Tordre du Saint-Esprit, conseiller au parlement de Paris, envoyé 
en Allemagne, ambassadeur à Venise et en Angleterre, garde des sceaux 
en i63o, arrêté et détenu prisonnier au château d'Angoulême de i633 à 
1643, rentré en grâce et décédé gouverneur de la Touraine, le 17 sep- 
tembre i653. 

Tomb XI. — 1877. 26 



JJ86 société d'archéologie et de statistique. 

propose d'aller avec un prince, qui supportera la meilleure 
partie de la dépense, pendant que je serai principalement 
chargé des affaires, en quoi consiste le véritable honneur. 
J'ai répondu déjà que je l'accepterais selon la personne à 
laquelle on me voudra joindre \ car il y en a de cette humeur 
avec qui je n'irais pour rien au monde. Entre vous et moi, 
je crois que la chose tombera sur M. le maréchal de Gram- 
mont et sur moi, et, en ce cas, j'irai avec plaisir. Mais il 
faut, s'il vous plaît, le tenir fort secret. Ce ne sera qu'un 
voyage de cinq ou six mois , l'élection devant se faire par la 
bulle d'or l justement trois mois après la mort de l'empe- 
reur a . Ainsi mon père pourrait préparer les choses pour 
venir en automne, quand même alors je ne serais pas de 
retour. 

Pour la charge que vous savez, c'est moi qui ai rompu , 
contre le sentiment de mes amis, voyant qu'on n'en voulait 
rien rabattre au dernier mot de i ,400,000 francs , qui est 
une somme qui a ému mon indignation, quoiqu'on me 
donnât les moyens de n'en fournir du mien qu'un million. 
D'autres plus avides peut-être n'auraient pas usé de la 
sorte. 

Je vous envoie une lettre que Sibut a reçue de Saint- 
Nazaire , avec lequel je vous prie de conclure. Vous verrez 
les conditions qu'il demande, dont la plupart sont bien 
superflues. Je demeure pourtant d'accord de toutes et même 
de celle d'employer ses deniers à l'achat de quelque terre 



(1) La bulle d'or par excellence rendue en i366, résultat des travaux de 
deux diètes et qui a réglé le droit politique de l'Allemagne jusqu'en 1806. 
Elle fixait à sept le nombre des électeurs. 

(2) L'empereur Ferdinand III, né le i3 juillet 160&, roi de Hongrie en 
1625, de Bohême en 1627, des Romains en 1634, succéda à son père en 
1637 et mourut en i6by. Il eut pour successeur Léopold II. 



^ETTftES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 387 

dans dix-huit mois. Il n'y a que celle de la garantie qu'oq 
lui vend lesdits biens pour nobles, sur laquelle il le faut faire 
expliquer. Car je ne prétendrais pas, s'il y avait quelque 
nouveau règlement dans la province sur le fait des tailles , 
être lié à perpétuité. Il semble que cette obligation ne doive 
aller que jusqu'au jour du contrat de vente. 

Je suis bien aise que mon cousin l'abbé de Lesseins vous 
ait envoyé une relation de notre petite fête. J'ai eu depuis 
une seconde visite de Mgr le duc d'Orléans, lorsqu'il s'en 
est retourné à Blois. Cependant j'ai curiosité de voir de 
quelle façon mon cousin vous avait écrit de la première, 
puisque vous me marquez qu'elle a été vue de tant de gens, 
et je vous prie de me l'envoyer. 



^B»VM 



XIII 



A paris, ce 25* mal 1657. 

Le roi a nommé M. le maréchal de Grammont et moi. ses 
ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires en Alle- 
magne. On nous pressera fort de partir, la diète de Franc- 
fort pour l'élection de l'empereur étant intimée au 14 e d'août. 
Je crois que nous prendrons notre chemin par Lyon et de 
là à Brisac, si on nous refuse des passeports en Flandre; 
en ce cas, j'espère l'honneur de vous y embrasser. Selon le 
calcul que je fais et la splendeur avec laquelle je suis résolu 
de soutenir cet honneur, je trouve que je ne serai pas quitte 
des seuls préparatifs de mon équipage* pour 40,000 écus, 
sur laquelle somme sera la dépense courante. Je mène douze 



388 société d'archéologie et de- statistique. 

pages. Si M. Robert * y veut venir, je lui garderai une place. 
Vous direz qu'il est un peu grand ; mais la coutume en ce 
pays-là est de n'en avoir que de 19 à 20 ans. J'écris à mon 
cousin de Champfegot a que s'il veut être de la partie il sera 
le bienvenu 3 . 

Je vous rends mille grâces de m'avoir ouvert les yeux sur 
le danger qu'il y a de traiter avec des esprits tels que le 
sieur de Saint-Nazaire. Je vois très-clairement toutes vos 
raisons, qui ne peuvent être plus fortes, et s'il veut conclure 
avec moi, il faut que ce soit à des conditions honnêtes et 
accoutumées entre gens d'honneur et surtout qui ne laissent 
aucune queue à des procès. Ma femme est majeure il y a 
plus de seize mois 4 et ratifiera le traité dont nous convfen- 



(1) Ce jeune Robert est le page qui avait été envoyé de Grenoble pour 
faire partie de la maison de Hugues de Lionne pendant son ambassade à 
Rome. 

(2) Hugues de Valernod, sieur de Champfagot et du Fay, fils de Jean de 
Valernod et de Louise de Lionne. Il épousa en i63o Anne Mistral, fille de 
Laurent , conseiller au parlement. Cette famille, originaire de Saint-Vallier, 
anoblie en la personne d'Alexandre, maître en la chambre des comptes, 
comptait parmi ses membres, à la même époque, Marie de Valernod, qui 
avait été unie à Jean- Claude Tournet de Theys, seigneur d'HercuIais, 
c l'exemple des vertueuses de son temps, la gloire de son sexe par son 
» esprit, l'honneur de son siècle par sa piété et le modèle des épouses qui 
» veulent plaire à Dieu et s'accommoder aux volontés d'un mari ». (Guy 
Allaro, Dict.) Elle mourut en 1654 et fut inhumée dans l'église des Pères 
Jésuites. Son oraison funèbre fut prononcée par le Père Morin. (Mns. de 
i55 pp., à la biblioth. de Saint-Pétersbourg.) Salvaing de Boissieu a aussi 
composé plusieurs pièces de vers en J'honneur de cette pieuse dame. (Mé- 
l anges. J 

(3) A l'imitation du roi et pour lui faire honneur à l'étranger, ses am- 
bassadeurs avaient toujours une suite aussi nombreuse que fastueuse, 
composée de gentilshommes , de pages , d'artistes et de serviteurs de toute 
sorte , avec de brillants équipages et des chevaux de prix. 

(4) Ce qui fait connaître que Paule Payen, femme du ministre, était née 
au commencement de l'année i63i, et qu'à l'époque de son mariage elle 
n'avait que quatorze ans et demi. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 389 

drons. Je vous renvoie sa lettre.' Je demeure d'accord de la 
somme qu'il veut donner. Si vous pouvez vous accorder 
ensemble des autres conditions , je vous prie d'achever, si- 
non de laisser tout là, attendant quelque meilleure occasion. 
Enfin, je vous conjure de faire comme si c'était pour vous- 
même. 



XIV 



A Paris, ce 5 m juin 1657. 



Je suis si accablé dans les préparatifs de mon équipage 
que je ne puis avoir la satisfaction de vous entretenir qu'un 
moment. Si le petit Robert vient, je crois que je ne lui ferai 
pas prendre la livrée de page, car j'en ai mon nombre com- 
plet, n'ayant pu me défendre d'en prendre quatre ou cinq 
dont je prétendais lui réserver une place ; mais en ce cas je 
m'en servirai pour gentilhomme. 

Si Beaupère songeait à revenir près de moi, je vous prie 
de l'en empêcher. Ce n'est pas que je ne sois satisfait de son 
service et de son affection , mais je ne trouve aucune place 
à lui donner chez moi. Il n'y avait que celle de valet de 
chambre, qu'il ne voulut pas, et quand il la voudrait à 
présent, cela ne se pourrait plus : j'en ai déjà quatre, dont 
l'un est chirurgien et l'autre tapissier. 

Je vous envoie une expédition que j'ai reçue de Rome 
pour mon père, qui est pour sa pension qu'il s'est réservée 
sur Solignac, dont on m'a enfin adressé les bulles pour mon 
fils *. Je vous prie de la lui envoyer. 



(1) Malgré ces bulles, aucun des fils de Hugues de Lionne ne fut abbé 
de Solignac. Anus, évêque de Gap, a été titulaire de cette abbaye jusqu'à 
sa mort. 



3go société d'archéologie et de statistique. 

Mon cousin l'abbé de Lesseins avait comme résolu d'être 
du voyage d'Allemagne, mais il a depuis changé d'avis , je 
ne sais pourquoi. J'oubliai dernièrement de vous marquer 
que si mon cousin, votre fils % voulait être de la partie, il 
serait le très-bien venu. Je crois néanmoins que vous n'en 
aurez pas douté. 

Si jamais vous vous êtes employé avec chaleur et adresse 
pour les choses que j'ai pris la liberté de vous recommander, 
je vous conjure instamment de le faire pour servir M. d'Al- 
bertas % maître des requêtes, à qui j'ai la dernière obligation 
dans ma grande affaire, où il a paru hautement mon prin- 
cipal contre tenant contre le rapporteur, qui m'était con- 
traire. Mon cousin de Lesseins 3 se trouve de ses juges. Son 
père s'est chargé de lui en parler de ma part comme il faut, 
et je vous supplie de le faire envers les autres avec toute 
l'efficace possible. Je vous prie même , dès que vous appren- 
drez son arrivée à Grenoble, où il doit se rendre bientôt, 
de le prévenir et lui aller offrir vos services. Enfin je me suis 
engagé de parole qu'on fera l'imaginable pour lui faire 
avoir raison et principalement daiis son affaire. Je vous 
conjure de supplier M. le président de La Coste 4 de nous 



(i) Joachim de Lionne. 

(a) Pierre d'Albertas, seigneur de Gémenos, de Vers, de La Penne et autres 
lieux, prit d'abord le parti des armes et ensuite celui de la robe; il fut 
conseiller du roi en ses conseils d'État et privé en i65i et maître des re- 
quêtes ordinaires de son hôtel. Il avait épousé i° Isabeau de Vaudestrade, 
a* Jeanne de Rodèze. Il était fils d'Antoine-Nicolas, gentilhomme de la 
chambre du roi et' capitaine de 200 hommes de guerre, et frère cadet de 
Sébastien , conseiller au parlement d'Aix. 

(3) Sébastien de Lionne , conseiller au parlement de Grenoble. 

(4) François de Simiane de La Coste, conseiller au parlement du 4 no- 
vembre 164g, président du 28 février i655, en remplacement de Claude, 
Aon père, décédé le 29 décembre i683. Il avait été marié avec Anne Au- 
deyer, fille de Jean-Claude Audeyer, président au parlement, et en secondes 
noces'avcc Anne Pourroy, dont il eut deux fils. 



LETTRES INÉDITES DB HUGUES DE LIONNE. 3$I 

donner ses amis en cette occasion, qui ne mé saurait jamais 
être plus à cœur. 



XV 



A Francfort, ce 22* mare i658. 

J'aurais bien souhaité que ce voyage d'Allemagne n'eût 
point interrompu notre commerce de lettres , n'ayant guère 
de joie plus sensible que quand je reçois de vos nouvelles ; 
mais j'avoue que j'ai été si paresseux à vous en demander, 
que vous avez eu tout sujet de ne m'accorder cette grâce 
que de loin en loin. Votre dernière lettre est du jour des 
Rois. J'ai lu avec grand plaisir les vers dont elle était ac- 
compagnée, de M. de Saint- Firmin z , sur la fauvette de 
M. Pélisson % qui m'était une pièce connue dès les premiers 
jours de sa naissance. Ainsi je n'ai rien à désirer pour Tin- 



I I 1 ■ M— ^^^A. 



(1) Alphonse de Simiane de La CoBte, abbé de Saint-Firmin et de Saint- 
Chignian , fils de Claude , seigneur de Montbivos , président au parlement, 
et de Louise du Faure de La Rivière, mort à Paris en 168 1. Chorier fait 
l'éloge du talent poétique de ce personnage peu estimable, à qui on attribue 
des vers obscènes. Néanmoins, Guy Allard ajoute ceci : < L'abbé de Saint- 
Firmin, dont la mort fait encore gémir tous les honnêtes gens de notre 
province, qui était l'amour et l'ornement de sa patrie, dont le savoir était 
profond et la bonté admirable. 1 (Bibliot., H ht. de Dauphiné.) 

(2) Paul Pélisson- Fontanier, né à Béziers en 1624., mort à Versailles en 
1693. Enveloppé dans la disgrâce de Fouquet, qui Pavait fait son commis 
et conseiller d'État, il fut détenu pendant quatre ans à la Bastille. Rentré 
en grâce, après avoir abjuré le protestantisme, il devint membre de l'Aca- 
démie française, maître des requêtes , etc. C'est de lui qu'en a dît qu'il 
abusait de la permission qu'ont les hommes d'être laids. 



3g2 société d'archéologie et de statistique. 

telligence de cette seconde. Quand notre parent voudra entre- 
prendre de plus grandes choses, on voit bien qu'il y réussira 
merveilleusement bien, parce qu'il est sorti si galamment 
d'un sujet assez stérile. 

Je ne crois pas que l'élection de l'empereur se fasse guère 
avant le mois de juin, dont celui qui le doit être est sans 
doute encore plus fâché et plus en impatience que moi ; de 
sorte que s'il y a quelques-uns de Messieurs nos compatriotes 
qui veuillent voir la cérémonie, ils ont du temps de reste 
pour se rendre ici. 

Nous avons eu la semaine passée les entrées du comte de 
Pegnarenda * et du roi de Hongrie*, qui, sans vanité, n'ont 
pas effacé la nôtre et n'ont servi qu'à la relever davantage. 
Dans peu de jours nous verrons celle des électeurs de Saxe 3 
et de Trêves 4 et du prince Maurice de Nassau 5 , ambassa- 
deur de Brandebourg. Ainsi nous aurons toute l'assemblée 
complète. 

Je vous envoie un second mémorial 6 , que nous avons 



(i) Gaspard de Bracamonte, comte de Pegnarenda, président du conseil 
des ordres, des Indes et d'Italie, conseiller d'État, vice-roi de Naples, am- 
bassadeur d'Espagne à la paix de Munster, mort à Madrid en 1676. 

(a) Léopold-Ignacè , deuxième fils de Ferdinand III, élu roi de Hongrie 
le 22 juin x655 et empereur d'Allemagne en 1659, mort le 5 mai 1705. 

(3) Jean-Georges II, né le 3i mai 161 3, électeur de Saxe en i656, mort 
le i" septembre 1680. 

(4) Charles-Gaspard de Leyen ou de La Pierre, archidiacre de Trêves, 
puis coadjuteur de l'archevêque Philippe-Christophe de Seteren, inauguré 
le 12 mars i652, mort le i w juin 1676. 

(5) Guillaume-Maurice, prince de Nassau-Siegen , ambassadeur de l'élec- 
teur de Brandebourg Frédéric-Guillaume, décédé le 2 février 1691. 

(6) Hugues de Lionne envoyait régulièrement à son oncle une copie des 
mémoires diplomatiques qu'il avait rédigés : ce qui explique la possession 
par Joachim, fils de ce dernier, de registres très- nombreux. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 5gZ 

présenté au collège électoral il y a quelques jours , par le- 
quel vous comprendrez à peu près toutes les affaires que 
nous pouvons avoir ici et qui sont de quelque conséquence. 
C'est un écrit, quoique court, qui m'a coûté quelque travail, 
parce que, comme il aura ses répliques, il en a fallu peser 
jusqu'aux moindres choses et jusqu'aux mots mêmes. Je 
vous prie de le communiquer à M. de Boissieu * et puis de 
l'envoyer à mon père. Vous ne sauriez croire combien je 
me suis fortifié en mon latin , que je pensais avoir entière- 
ment oublié au sortir de l'école. L'usage fait tout en cela. 
Cependant cette appréhension faillit à me faire refuser cet 
emploi. Vous auriez plaisir à me voir soutenir deux heures 
durant, presque tous les jours, les conversations de nos 
députés allemands, et je puis vous jurer, sans beaucoup de 
vanité , puisque ce n'est pas chose qui vaille, qu'âme qui 
vive, autre que moi, n'a mis un seul mot dans les deux 
mémoires ci-joints. 

Je vous prie de faire un compliment de ma part à M. le 
président de Saint- André sur son mariage 2 et de lui té- 
moigner que personne ne s'intéressera jamais plus que moi 
en toutes ses satisfactions. Madame de La Rivière 3 a fait 



(i) Denis Salvaing de Boissieu, né à Vienne, le 21 avril '1600, lieutenant 
général au bailliage de Graisi vaudan , premier président de la chambre des 
comptes de Dauphiné, mort au château de Vourey, le 10 avril i683. Il 
s'était marié en 16S2 avec Elisabeth Déagent, fille de Guichard, président 
de la chambre des comptes, qui résigna en faveur de son gendre en 1639. 
Salvaing de Boissieu est l'auteur de V Usage des fief*. « Il était pour ainsi 
» dire de toutes les nations, parce qu'il savait tout. Ses écrits témoignent 
y> de son éloquence. Rome en peut parler, y étant été en qualité d'orateur 
» avec feu le maréchal de Créquy. » (Guy Allard, Dict.) 

(2) Nicolas Prunier de Saint- André avait épousé Marie du Faure. 

(3) Louise Frère, veuve d'Antoine du Faure de La Rivière, qui était dé- 
cédé le 8 novembre 1657. 



394 société d'archéologie et de statistique. 

paraître sa prudence en ce rencontre. Il est sans doute qu'elle 
ne pouvait mieux choisir, ni un plus galant homme. 

Je vous prie aussi de baiser les mains de ma part à Madame 
Revol ■ et de lui dire que M. son fils et M. son frère, comme 
elle voudra, est un très-galant homme, très-sage, très-civil, 
et a autant d'esprit que gentilhomme que j'aie encore vu. 

Exhortez mon cousin de Claveyson à surmonter toutes 
les difficultés qui lui peuvent faire obstacle à avoir la charge 
de M. du Faure *. Il reste encore ce pas à faire, à quelque 
prix que ce soit, pour rétablissement de sa fortune et de sa 
maison. 

J'ai payé ici, il y a quelque temps, 40 pistoles 3 pour 
Tachât d'un cheval qu'on lui a envoyé. S'il veut me les faire 
tenir par quelque voie, elles serviront pour payer un jour 
de ma dépense. 



XVI 



A Francfort, ce 9* avril i658. 

J 'ai été surpris d'apprendre que cette bagatelle d'inscription 
que je fis ici dernièrement soit allée jusqu'à vous et même 
par deux voies différentes. Elle ne méritait pas sans doute 



(1) Elle était femme de Pierre de Revol, seigneur des Avenières, d'abord 
procureur général à la cour des aides de Vienne, puis conseiller au parle- 
ment de Metz, mort en 1704, laissant trois fils. 

(2) La place de président au parlement de Grenoble, laissée vacante par 
la mort d'Antoine du Faure, arrivée le 8 novembre précédent. 

(3) Environ 440 francs. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 3g5 

de paraître devant des yeux si délicats que ceux que vous me 
marquez, et je ne l'avais jugée supportable qu'à des yeux 
allemands, noyés pour l'ordinaire dans le vin. Je vous puis 
assurer que je l'écrivis dans un instant, sans l'avoir méditée. 
Il est vrai que la matière m'était assez présente à l'esprit 
pour n'y pas hésiter beaucoup, à présent que je me suis 
fortifié dans mon latin. Mon père n'aurait pas eu occasion 
d'y souhaiter le mot tertium au lieu de tertio, si on vous 
l'avait envoyée fidèlement comme je la mis dans le livre. 
Tertium y est tout de son long *, et tertio aurait été, à mon 
sens, un mot inexcusable, s'il n'y entrait même du solé- 
cisme. Ainsi, il sera aisé de le satisfaire, puisque je l'ai 
prévenu dans son sens. J'en ferai reproche au sieur Guille, 
afin qu'il songe mieux une autre fois à ce qu'il pourrait 
mander de moi. Je vous ai depuis cela adressé un écrit 
d'autre nature, qui m'a coûté un peu plus d'application et 
de travail. Je serais bien aise d'en apprendre le jugement de 
M. de Boissieu, à qui je vous priais de le communiquer. 

Je suis fâché de vos brouilleries provinciales et aurais bien 
souhaité de savoir si M. de Franc s'est disposé à vous com- 
paraître à Paris à son ajournement. J'espérais de ly revoir, 
car ces Messieurs les Électeurs* depuis leur arrivée trouvent 
la cour si incommode à leur bourse, qu'ils se hâtent tous 
plus qu'on croirait pour faire un empereur. 



(i) Le mot tertium figure en effet dans toutes les copies de cette impro- 
visation. 

(2) Dans les dépêches que nous avons sous les yeux on trouve la preuve 
que , à la veille de l'élection de l'empereur, la France disposait des voix 
des électeurs Palatin, de Bavière, de Mayence, de Trêves et de Cologne, 
moyennant une gratification de 100,000 écus à chacun d'eux, dont 60,000 
comptant et le reste après l'élection , si elle était faite à la satisfaction du 
roi. La même somme était promise à rélecteur de Brandebourg, qui eepen- 



3g6 société d'archéologie et de statistique. 

Nous avons eu quelques démêlés ces jours-ci avec celui 
de Saxe, que les Espagnols avaient voulu porter par leurs 
artifices à nous faire une espèce d'affront touchant les visites; 
mais la firi a été qu'il lui est retombé dessus, comme il 
paraîtra si le roi, à qui nous en avons donné part, trouve 
à propos que la relation en soit publiée. 



XVII 



A Mayence, ce 19* août 16S8. 



Nos Dauphinois s'en revont, qui vous diront toutes nou- 
velles '. M. le maréchal de Grammont part dans quatre 
jours, et je m'arrête pour huit ou dix jours de plus, afin de 
mettre la dernière main à une affaire importante qu'il nous 



dant ne s'engageait à rien pour l'élection; 7,200 rixdales au sieur Iena, 
intime confident de ce prince; 3oo pistoles à chacun ides secrétaires d'Etat 
de ces électeurs; 6,000 rixdales aux comtes de Furstemberg; 40 pistoles 
au fils du syndic de Francfort; enfin 3oo,ooo écus au roi de Suède, avec 
qui Louis XIV avait donné pouvoir à ses ambassadeurs de négocier en son 
nom un traité d'alliance. Comme il n'y avait point alors à Francfort de 
banquier qui pût acquitter toutes ces sommes, on envoya une voiture 
chargée d'argent par la Franche-Comté et l'Alsace. Enfin , pour faire la 
part à tout le monde en fait de gratifications, nous ajouterons que le prin- 
cipal négociateur ne fut pas non plus oublié. Ainsi le roi fit don à Hugues 
de Lionne, le 25 novembre 1659, de 25,000 livres de rente sur le duché 
de Bar, et le 4 décembre 1660 il l'autorisa à vendre ces rentes. Il lui per- 
mit, en outre, le 22 août 1661, de recevoir en présent une somme de 
1 5,ooo livres de l'archiduc d'Inspruck, pour la satisfaction du traité de 
Munster, et huit chevaux de carrosse de l'archevêque de Trêves, le 18 juin 
1662. 

(1) Les nouvelles de l'élection de l'empereur Léopold II, fils de Ferdi- 
nand III, qui avait eu lieu le 18 août à Francfort. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 397 

reste à faire *. J'envoie ma vaisselle d'afgent à la suite dudit 
maréchal; mon train le suivra peu de jours après, et, pour 
mon retour, ma femme, mes enfants et moi prenons la voie 
de Hollande et de la mer, qui est un secret, au moins pour 
ce qui regarde ma personne, que nos Dauphinois ne vous 
auraient pas su dire. Je fais état d'être à Amsterdam le 12 e 
du mois prochain et peut-être après cela de toucher l'Angle- 
terre a . Ainsi H y aura peu de parties de l'Europe que je 
n'aie parcourues. C'est travailler pour son épitaphe * et rien 
au delà. 

J'ai reçu la lettre dont vous m'avez favorisé du dernier 

» 

mois passé et vous remercie de toutes vos nouvelles. Mon 
cousin a mal fait , ce me semble , de perdre l'occasion de 
mettre une charge de président dans sa maison. Il est vrai 
qu'il doit mieux savoir ses affaires que les autres. 

Faites, je vous prie, mes compliments à M. d'Albertas, 
à qui je conserve de très-vives obligations. Voici un mot de 
réponse pour M. de Chaulnes 4 . 



(1) La fameuse ligue du Rhin, signée le i5 août, qui lui fit beaucoup 
d'honneur et qui rendit nécessaire la paix des Pyrénées. 

Cette confédération , qui conférait à Louis XIV le protectorat de l'Alle- 
magne occidentale, comprenait les électeurs de Mayence, de Cologne, de 
Trêves, de Bavière, l'évéque de Munster, le roi de Suède, les ducs de 
Brunswick et de Lunébourg, le landgrave de Hesse-Cassel. L'année sui- 
vante, le landgrave de Hesse-Darmstadt, le duc de Wurtemberg, l'électeur 
de Brandebourg, les évêques de Bâle et de Strasbourg, les comtes de 
Waldeck, les margraves d'Anspach accédèrent à la ligue du Rhin. 

(2) Hugues de Lionne n'alla point en Angleterre, à cause de la mort de 
Cromwel, arrivée le i3 septembre i658. 

(3) Allusion à ce passage de l'Écriture : Titulum sepulchri laborant. 

(4) Claude de Chaulnes, a dont l'esprit et le génie ont été si heureux et 
» qui a eu pour amis tous ceux qui l'ont connu i (Guy Allard, Dict.), 
premier président des trésoriers de France en Dauphiné, en remplacement 
d'Antoine de Chaulnes, seigneur de Veurey, son frère, marié à Marguerite 



3g8 société d'archéologie et de statistique. 



XVIII 



A Lyon, ce i8 A décembre 16S8. 

J'ai reçu votre lettre du i5 e et été ravi de voir que vous 
continuiez dans la pensée que je vous ai inspirée pour l'avan- 
cement de mon cousin, et que tout ce que vous avez de 
parents, d'alliés et d'amis vous fortifient dans ce sentiment. 
Pour ce qui regarde mon fait et que je vous ai offert, assurez 
qu'il ne manquera pas et que je vous ai plus d'obligations 
selon mes inclinations de vouloir l'accepter qu'à moi de le 
recevoir. 

Je n'ai point vu M. Servien * depuis la réception de votre 
lettre, et je ne m'en suis pas pressé, parce que j'ai vu dans 
votre billet séparé que vous aviez d'ailleurs trouvé les 26,000 
francs, et qu'aussi M. le président de La Coste m'a fait 
entendre que, quelque chose qu'ait dite M. de Fiançaye*, 
il n'est pas si prêt de payer sa dette , outre que je crois pou- 
voir vous répondre qu'il fera la chose si M. de Fiançaye 
paie, et qu'après tout, quand tout cela manquerait,. je me 



de Chîssé. Son fils, Paul, fut évoque de Sarlat en 1701, puis de Grenoble, 
où il mourut en 1725. La famille de Chaulnes était originaire de Picardie. 
Une branche alla s'établir à Paris et y fit une haute fortune. (Voy. Docum. 
biograph. sur Claude de Chaulnes, par Jules Ollivier.) 

(1) Ennemond Servien, président en la chambre des comptes. 

(2) Louis Bazemont , sieur de Fiançaye et de Saint- Égrève, vibailli de 
Vienne du 27 janvier i652, conseiller au parlement de Grenoble du 12 juin 
i655, marié à Éléonor-Émé de Saint-Julien. Famille fondue en celle de 
Marcieu. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 3g9 

mettrai plutôt en votre place en l'affaire de M. de Bonrepbs * 
et vous fournirai les 26,000 livres, que de permettre que 
vous manquiez ce coup, faute de les avoir. Assurez-vous 
aussi que si on modérait les taxes au-dessous de 80 livres, 
vous jouirez encore du bénéfice autant qu'il sera en mon 
pouvoir, et enfin que je n'oublierai rien de possible pour 
votre séance et votre avantage, en quoi j'aurai bien plus de 
plaisir que s'il s'agissait de me procurer à moi-même un 
avantage bien considérable. 

J« ne sais si vous vous serez souvenu d'envoyer à mon 
père un de ces petits livres, qui sont plus courus que la 
chose ne mérite : il est vrai que c'est plutôt pour la matière 
que pour la forme. 

Quand vous verrez M. de Claveyson, je vous prie de lui 
dire de ma part que j'ai sur ma table son marquisat scellé 
et bridé a et que je ne le retiens que pour y faire mettre la 
signature d'un secrétaire d'Etat, après quoi je le remettrai 
à son frère , quand il sera de retour. 

Si M. de Charmes 3 n'était pas à Grenoble, je vous prie 



(1) Claude Moreau de Bonrepos, avocat consistorial à Grenoble, juge 
général de la baronnie de Serrières, puis ambassadeur à Londres. Il épousa 
le 10 janvier 1659, Dorothée de Montchenu de Beausemblant, dont des- 
cendait au sixième degré Ludovic Saint-Max de Bonrepos, décédé en août 
1876 à Saint-Rambert (Drame), étant trésorier-payeur général du Tarn, et 
laissant deux filles de Fanny Bersolle. 

(2) Sébastien de Lionne, créé marquis de Claveyson par lettres de dé- 
cembre i658. 

(3) Jacques Coste, comte de Charmes, conseiller au parlement du 24 
janvier 1627, en remplacement de Claude de Portes, son oncle, président 
du i5 février 1659 (office créé), décédé le 26 mars 1676. Il acheta la sei- 
gneurie de Peyrins des commissaires du roi et fît ériger en sa faveur, en 
i652, le comté de Charmes. Il eut un fils, nommé comme lui Jacques, 
qui fut aussi président au parlement et qui, n'ayant pas d'enfant, fit héri- 
tière sa tante, Anne - Françoise, femme d'Alexandre Béranger du Gua, 
maréchal de camp. 



400 société d'archéologie et de statistique. 

de Élire présenter ma lettre au parlement par les moyens que 
vous jugerez à propos. 



XIX 

A Lyon, ce 25* décembre i658. 

Je dois réponse à trois de vos lettres. Mon oncle x m'a 
chargé de vous mander que tout l'argent qu'il aura sera 
de tout son cœur à votre disposition, sans parler de substi- 
tution à l'affaire de M. de Bonrepos. 

Je me trouve fort embarrassé deltas la prière que vous me 
faites de la nouvelle remise de 4,000 livres. Dans le même 
temps j'ai une peine indicible du côté de Paris [et ne sais 
même encore ce qu'en réussira' pour maintenir l'affaire aux 
74,000 livres que je vous ai dites, pour ce que M. le procu- 
reur général % sur les avis qu'il a de Grenoble qu'il n'aura 
pas assez de charges pour tous les prétendants à 90,000 
livres, si on les veut vendre toutes à ce prix-là , ne se veut 
point relâcher à les donner aux quatre conseillers de 80,000 
et les droits du marc d'or 3 et croit encore leur faire une 
grâce singulière , puisque le roi y perd 40,000 francs bien 
clairs. 

J'avais vu ce nouvel obstacle peu de jours après votre 
départ et avant qu'avoir reçu votre lettre par laquelle je vois 
que vous désirez ne payer que 70,000 livres. Je lui avais 



(1) Ennemond Servien, alors ambassadeur en Savoie. 

(2) Fouquet, procureur général au parlement de Paris et surintendant 
des finances. 

(3) Le marc d'or était un impôt sur l'achat des offices d'environ six et 
demi pour cent du prix. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 4OI 

écrit fort pressamment pour Pobliger à trouver bon que , 
quelque chose qu'il résolût touchant les quatre conseillers, 
je vous tinsse la parole que je vous ai donnée de sa part et 
de la mienne que vous auriez une charge pour 70,000 livres, 
et même, pour le convier encore plus, je lui mandai que 
vous paieriez comptant les 44,000 livres et que je vous prê- 
terais les 3o,ooo livres restantes, que vous n'aviez pas; de 
sorte que je ne sais comme me retirer aujourd'hui de cette 
avance. Je le ferais pourtant, sï je pouvais espérer d'y réussir. 
Mais je vois clairement que ce serait sans fruit et peut-être 
pour ces 4,000 livres-là nous manquerions le tout et qu'il 
pourrait faire délivrer les provisions à un autre, me payant 
après de quelque prétexte. Vous pouvez bien voir que je 
serais ravi que vous l'eussiez pour 5o,ooo, voir pour rien, 
et que je serais plus aise de vous épargner ces 4,000 livres 
que si j'en gagnais 10,000 moi-même. Ainsi, ce que je ne 
fais pas, vous me ferez la justice d'être persuadé que je le 
tiens absolument impossible. Mandez-moi. donc , s'il vous 
plaît, votre dernière résolution, si vous voulez y entendre 
ou non aux 74,000 livres, en cas que j'écrive une réponse 
favorable pour cela, comme je l'espère, puisque moi au- 
jourd'hui lui écrivant, je lui ferai valoir les services que vous 
rendez et que vous êtes capable de rendre dans la suite \ 
Quand j'aurai la réponse de Paris et la vôtre, la chose sera 
bien aisée à ajuster pour les provisions, qu'il est vrai que 
le sieur Alliez a n'a pas, mais qui viendront bientôt pour 



(1) Il s'agissait de Tachât pour Joachim de Lionne d'une charge de con- 
seiller au parlement de Grenoble, dont les lettres de nomination sont du 
19 janvier suivant. 

(2) Samuel d' Alliez, seigneur de La Tour, receveur des finances en Dau- 
phiné, fils de Guillaume et de Jeanne Odde. Famille originaire de Tou- 
louse. 

Tome XI. — 1877. 27 



402 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

l'obligation des 3o,ooo livres sans intérêts pour quatre ans. 
Envoyez-m'en un projet comme vous l'entendrez et je vous 
en manderai après mon avis. 

J'oubliais de vous dire que je crois même que M. le pro- 
cureur général voudra pour la conséquence que l'achat 
paraisse à 90,000 livres et au moins à 80,000; mais cela ne 
vous importe, pourvu que celui qui sera chargé de la recette 
vous en donne quittance entière. 

Je n'ai point encore pu satisfaire l'impatience que j'ai de 
voir M. de Saint- Didier, ne sachant où il est logé et ayant 
beaucoup plus d'affaires depuis sept ou huit jours que vous 
ne m'en avez vues. 

J'attends aussi M. d'Aviti ', et je crois que je le ramènerai 
sur les deux sujets dont j'ai à lui parler. 

Je vous conjure de nouveau de ne rien oublier pour bien 
assister le sieur d'Alliez en toutes les affaires dont il s'est 
chargé , quand il sera de retour. Il s'est déjà fort loué de 
vous à Paris par toutes les lettres qu'il a écrites. 



(1) Claude d'Aviti, venu de Tournon, maître en la chambre des comptes 
de Grenoble en 1649, allié à Marie de Mûri nais, dont il n'eut qu'une fille, 
qui fut mariée à Antoine Murât de L'Estang, président au parlement. 11 
était fils de Pierre d'Aviti, auteur assez fécond, anobli en 1610, seigneur 
engagiste de la terre de Moras, et de Marguerite de L'Estang. 

(A continfier.) 

D. r Ulysse CHEVALIER. 



GRIGNAN RELIGIEUX. 403 



GRIGNAN RELIGIEUX 



(Suite. — Voir 42 e livr.) 



CHAPITRE III. 



Église Saint-Jean-Baptiste. 

Saint-Vincent, par sa situation hors du bourg et son isole- 
ment, était incommode. On songea à construire une autre église 
dans l'enceinte. 

Le dimanche 23 septembre 1414 furent choisis les hommes 
qui devaient s'occuper de la construction. Ceux-ci, le dimanche 
suivant, décidèrent de la faire aux chaseaux de Metelin, et on 
imposa à chaque habitant des corvées et des fournitures. André 
Goyrand fut chargé de diriger et visiter l'ouvrage. 

Malgré ce fervent commencement et des legs en faveur de 
l'œuvre, les syndics étaient encore réduits, le 23 janvier 1427, 
à protester devant le bailli contre les deux ouvriers qui avaient 
pris l'ouvrage, pour le retard coupable mis à la construction de 
l'église, et à les déclarer responsables de la perte de la chaux 
qui se gâtait. Encore ce fut inutile. En janvier 1428, on prétait 
les matériaux préparés, chaux, tuiles, poutres, à des particuliers. 

En novembre 1431, on charge du travail deux autres ouvriers 
et on impose une taille aux habitants. Les riches sont taxés à 
9 gros 1/2, les moyens à 6 gros 1/2 et les pauvres à 4 gros 
1/2. Mais les nouveaux ouvriers jie font pas plus que les pre- 
miers, et après la construction d'un mur, l'année suivante, par 



404 société d'archéologie et de statistique. 

un cinquième ouvrier, le principal de l'œuvre est confié, en 
1434, à un sixième, Jean Guillot, qui fut si actif, que l'ouvrage 
était fini et les comptes réglés avant la fin de 1435. 

Outre un chœur ou presbiteri a iiii tn arcs, et dessus una crota 
an iiii pans de peyra pautreria, et un grand arc après lo presbiteri 
per faire la naufde la glieysa, prévus par le devis, les mensura- 
tions constatèrent la construction de la chapella de Monsignor 
et d'un cluchier, situé vers la porte. Le tout comprenait 134 
cannes; 3 palmes et demie de muraille , payées à raison d'un 
florin per cana contant vuyt per plen. Peu cher ! dira-t-on. C'est 
vrai ; mais le devis portait : li tu/a le deu aver tôt atrait en plassa 
et sonhar de manobras, que le dit Guillot non y meta si non la man. 

Commune e't particuliers rivalisèrent de zèle pour rendre la 
nouvelle église digne du culte divin. Alix Auriol % et Jacques 
Gachon donnèrent une maison curiale à proximité, avec 20 
florins pour la réparer. Le 23 avril 1458, Mgr de Lande, évêque, 
vicaire-général de l'évêque de Die et Valence, dédia le maître- 
autel à saint Jean-Baptiste et y célébra la messe. Enfin, le 19 
mars 1463, on donna à Michel Jeannet le prix fait de blanchir 
l'intérieur, des quatre côtés, et d'y faire des raies noires et qua- 
drangulaires, tout comme on voyait à l'église de Grillon. Jean- 
net devait aussi blanchir la façade. La commune paierait 18 
florins pour tout ce travail et porterait le sable et autres fourni- 
tures sur place 1 . 

Mais Saint-Jean-Baptiste n'était pas assez vaste pour la popu- 
lation. On acheta, en 1467, un bâtiment attenant vers le nord. 
Le baron en céda l'amortissement, à condition que le desseiu 
d'en faire une chapelle à ajouter à l'église, en perçant le mur 
mitoyen, s'exécuterait. 

Bien que rien ne désavoue l'exécution de ce dessein , l'église 



(1) Mairie de Grignan, délib. municip., reg. 1 er , fol. xxx, liii, lix, 
Ixii, lxv, lxxvi-iii, lxxxxvii, et cxiii; cop. pap. du temps; Invent, de 
i789, art. 2, N.° 3; — Minutes de M« Long, reg. coté maris, fol. 4-6, 
et alibi passim. 



GRIGNAN RELIGIEUX. 405 

était encore insuffisante en 1495, année où 1* officiai diocésain , 
« renouvelant des ordonnances déjà portées par l'ordinaire en 
faveur de l'élargissement de l'église de Saint-Jean-Baptiste de 
Grignan, et informé que le baron de ce lieu, sa sœur Jeanne 
et d'autres personnes avaient décidé d'agrandir cette église, en 
abattant les vieux murs et les refaisant d'une manière et dans 

* 

des proportions plus favorables au culte divin *, donnait l'auto- 
risation do ce faire, sauf réserve à l'évêque de Valence ou à son 
délégué de la consécration qu'il pourrait s'agir d'en faire. 

Nanti de cette autorisation , le baron , qui avait pris l'agran- 
dissement à sa charge, acquit de Guigues Vincent, curé de 
Grignan , une maison située près de la porte de l'église , et que 
celui-ci avait eue de Dalmas Labaume par un échange de 1490; 
et on fit cet agrandissement, pour lequel Jeanne Adhémar, 
dame de Châteauneuf-Charbonnier, légua 10 florins le 20 juillet 
1502. 

En 1493, Saint- Jean-Baptiste n'était pas consacré, et on n'y 
enterrait ni laïques, ni prêtres. Aussi, Robert Crozat, curé de 
Sales, demandait par testament du 19 juin de ladite année à 
être enterré dans notre église, mais à condition qu'elle aurait 
été consacrée et qu'on y enterrerait, cas auquel il donnait 20 
florins pour la consécration: 

En 1495, elle n'était encore qu'église supplémentaire; mais 
Saint- Vincent , toujours paroissiale alors, lui avait cédé son 
titre antérieurement à 1513. Au reste, une destination encore 
plus distinguée attendait Saint- Jean-Baptiste, où un chapitra 
collégial était inauguré dès 1512. 

Cette fondation ne modifia d'abord en rien le service parois- 
sial, qui continua d'être fait par un curé ou vicaire perpétuel 
à charge d'âmes , nommé par le prieur de Tourretes ' et institué 



(1) Orthographe uniformément admise par tous les documents en lan- 
gues française et vulgaire des XVI-XVIII es siècles , émanés d'écrivains 
différents et nombreux. Cette observation, que confirme la prononcia- 
tion locale et que ne saurait condamner l'expression de Turretis des 
documents latins, s'harmonise d'ailleurs parfaitement avec Tétymologie » 



406 société d'archéologie et de statistique. 

par l'ordinaire. Mais la présence de nombreux ecclésiastiques , 
la complication des offices, peut-être une augmentation de po- 
pulation firent trouver l'église trop étroite. En 1520, les syndics 
et conseillers de Grignan convinrent avec le baron Louis Adhé- 
mar de lui donner le vingtain et demi pour l'aider à faire 
c l'accroissement de leglize de sainct Jehan bastiste », au mo- 
yen d'un nouveau bâtiment de dix cannes dans œuvre, de six 
cannes de large , d'une hauteur convenable et joint à l'église 
existante par le côté d'où celle-ci formait le rempart extérieur 
de la ville. La partie nouvelle devait donc se trouver hors la ville. 

De plus, afin d'assurer le bien de la paix entre les membres 
des deux corps distincts réunis dans cette église, les intéressés 
prièrent le légat d'Avignon de changer la vicairie perpétuelle 
en un office perpétuel de sacristain ; de donner celui-ci pour la 
première fois au vicaire perpétuel, Claude Vincent; de statuer 
que le sacristain serait le premier chanoine après le doyen et 
en aurait les émoluments, même en s' absentant du chœur quand 
le soin de la paroisse l'exigerait; qu'il aurait la charge de tous 
devoirs curiaux et conserverait tous droits y attachés. Une bulle 
du 24 juin 1522 fit les modifications demandées. Elle fut pro- 
mulguée à Grignan le 4 juillet 1523 et entérinée à l'évêché de 
Die le 29 avril 1528 *. 

Autre modification. L'autel avait été dédié à saint Jean-Bap- 
tiste, et tous les documents antérieurs à 1520 relatifs à l'église 
l'appellent de ce nom. Un acte officiel de cette année l'appelle 



comme nous le remarquerons dans le chapitre spécialement consacre 
aux prieuré et église de Tourretes. 
C'est par erreur qu'on a mis des Tourrettes dans le chapitre I er . 

(1) Min. cit., orig. parch. couvrant un reg. de protoc. de Pierre de 
Vieux; reg. de 1490, au 6 octobre; reg. coté vider e, fol. 248; reg. coté 
dare, fol. xxxii verso; reg. coté tange, fol. liai; reg. coté obedire, fol. 
eviii verso; — Mairie de Grignan, orig. parch. lat. coté N.° 25 (InvenL 
de 1693); délib. municip., reg. 2 e , vers la fin; — Collect. Morin-Pons, 
orig. pap. lat.; — Arch. de la Drôme, fonds de l'évêché de Die, cop. 
pap. du temps, lat. 



GRIGNAN RELIGIEUX. 407 

encore « sainct Jehan bastiste »; mais les titres relatifs au cha- 
pitre supposent et celui-ci et l'église paroissiale même sous le 
vocable de saint Jean l'Evangéliste. Bien plus, après 1520, jus* 
qu'aux titres spéciaux à la paroisse nomment unanimement 
celle-ci Saint- Jean-1'Evangéliste pu Saint-Jean tout court; si 
bien que des mémoires- rédigés plus tard ne supposent pas 
qu'elle ait eu d'autre nom. Ce changement, en ce qui touche à 
l'église paroissiale, ne fut apparemment que l'effet d'une confu- 
sion , qui ne nous paraît pas un titre suffisant à prescription 
définitive contre Saint-Jean-Baptiste. Aussi continuerons-nous 
à donner ce nom à cette église. 

L'agrandissement projeté en 1520 n'était pas réalisé en 1525. 
On dégagea le baron de sa promesse à cet égard; puis, le 29 
octobre 1526, le parlement général, réuni devant le seigneur et 
le prieur dans la grande galerie du château , renouvela la déci- 
sion d'agrandissement. Le même jour, dans l'après-midi, con- 
formément au rendez- vous donné, le seigneur, le prieur, le 
conseil étroit et d'autres personnes se réunirent dans l'église et 
arrêtèrent que celle-ci serait « agrandie en largeur, à l'instar 
et à la forme de la chapelle du magnifique seigneur, pour de 
celle-ci tirer sur la même largeur à la longueur de huit cannes 
et en dehors de la ville, où se feraient le chœur et le sanctuaire »; 
qu'on se pourvoirait de maçons au plus bas prix. Le baron 
promit 200 florins et le prieur autant. Delauche et Du Gros 
s'engagèrent à fournir les pierres à 3 florins le cent. 

C'est tout ce que nous savons du projet. Peut-être le baron 
vit-il dès lors la possibilité d'élever au chapitre une église dis- 
tincte et cessa-t-il d'appuyer l'agrandissement de Saint-Jean- 
Baptiste. Toujours est-il qu'une bulle de Paul V, du 28 septem- 
bre 1539, ordonna l'agrandissement du chapitre et son transfert 
à la nouvelle église dédiée à Saint-Sauveur. Saint-Jean devait 
rester paroisse et conserver les ornements et objets nécessaires 
au culte paroissial, qui y serait exercé par un vicaire amovible, 
placé et entretenu par le sacristain» Le chapitre quitta Saint- 
Jean le 1 er janvier 1543. 

Ce nouvel ordre de choses était légitime , mais peu favorable 



408 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET I» STATISTIQUE. 

à l'église paroissiale. Dès que le chapitre y avait été établi, on 
avait commencé à y enterrer chanoines, prêtres et personnes 
de toute qualité ; des fondations et legs y avaient introduit une 
certaine richesse; le chapitre y développait la grandeur des 
cérémonies. Mais le départ de celui-ci faisait évanouir la plu* 
part de ces avantages. 

Aussi les habitants s'inquiétèrent-ils de leur avenir paroissial. 
Le 8 janvier 1543, ils se réunirent en assemblée générale, et on 
y exposa « que Monseignor a mandat son esglise seu colliege 
depuis huit jours en en say a leglise de Saint Salveur et a layssat 
la paroisse et a dit que regarden comment sera servida lad. 
église paroissiale *. On conclut « que era de coustume devant 
le colliege de las Messes et Yespres », et a que faut retenir le 
service que y est ». 

Une difficulté surgit. Le chapitre avait réglé avec le baron 
divers articles relatifs au transfert. Le service paroissial en 
faisait partie. Un double des articles relatifs au service fut 
envoyé aux syndics communaux , qui , ne voulant pas prendre 
sur eux la responsabilité de l'acceptation ou du refus, convo- 
quèrent, le 17 novembre 1544, un parlement général, auquel le 
syndic Bertet lut lesdits articles. On conclut que les syndics 
demanderaient au baron des modifications, surtout contre 
l'union du prieuré de Tourretes au chapitre. Le baron refusa. 
L'affaire fut portée devant le parlement d'Aix, qui enjoignit 
aux Grignanais de consentir à cette union, ce qu'ils firent le 9 
septembre 1545. 

Dès lors, les habitants songèrent d'autant mieux à entretenir 
leur église qu'ils savaient le baron et le chapitre moins dans 
le cas de les seconder. Un parlement, du' 6 mai 1546, vota une 
taille moyennant laquelle, le 7 août suivant, les syndics purent 
donner « a priffet et a fere seu rabilher a Jean Delouche mas- 
son de Grignan présent pour lui et les siens stipulant cest assa- 
bilher lauzido de sancta barba ques ung pillier entre la doas 
grossas campanas ben jozentement lequel Jehan Delouche sera 
tengut dy mettre de bonas peyres grosses de talha et de bon 
mortier ben jouszentent ». 



GRIGNAN RELIGIEUX. 409 

Après bien des dépenses et des peines , la paroisse avait une 
église aussi convenable que bien placée. Mais, hélas ! une guerre 
à la fois civile et religieuse allait bientôt la mettre en ruines et 
troubler affreusement le culte divin. 

Dès 1562, Grignan avait dans son sein quelques protestants. 
Le 21 mai de ladite année, ils requirent le vicaire de leur per- 
mettre de s'assembler à l'église Saint-Jean , « pour prescher et 
faire les prières à l'honneur de Dieu, » sans « rien bouger de la 
dite esglise *. Ils motivaient leur demande sur les « grands 
ventz » auxquels était sujet le lieu où ils s'étaient réunis précé- 
demment, et sur sa situation hors de la ville. On leur répondit 
d'une manière dilatoire, où transpire la crainte qu'inspirait leur 
audace. Leur parti y fit quelques progrès. Le 2 août suivant, 
dans un conseil général, était « propousé parlant M c Jehan 
Marquis si y a personne qui ne veilhe vivre selon levangile 
quil laye a éclairer et de ratifier la proumesse envoyée à Mon- 
teur de Montbrun par le conseil extroict dont les assistans ont 
déclare vouloir vivre suyvant levangile et vouloir ratifier lad. 
proumesse ». Enfin on concluait « que quant a la noriture et 
entretenement du ministre et de luy bailher ung estât a este 
remys au conseil extroict »;'de « se retirer por raison des arren- 
temens des bénéfices a ceulx quil appartient »; et que « le gait 
ja accommence sera continue ». 

Ainsi Grignan, sans avoir, paraît- il, subi de siège ni de 
mauvais coup, était en 1562 dans une terrible agitation. Plu- 
sieurs de ses habitants furent même victimes des troupes qui 
guerroyaient dans le voisinage; car, le 28 décembre de cette 
année, le conseil étroit était chargé de délibérer sur l'indemnité 
« a ceulx qui perdirent leur bestail le jor du camp de Valreas 
en portant la monition ». 

Trois semaines plus tard , le château de Grignan avait la visite 
du fameux Montbrun, qui , le 21 janvier 1563 , dans « la grand 
cuysine » dudit château , chargeait Jean Laurens de recouvrer 
ce que lui devait son rentier de Ferrassières. 

Quant au susdit ministre protestant que Grignan avait en 
1562, il se nommait Valéry Crespin. Nous le connaissons par 



410 société d'archéologie et de statistique. 

deux actes de la même date du 16 octobre 1563. L'un est, une 
procuration donnée à sa femme, Hélène de Berengier, et à son 
neveu, Philippe Grespin, imprimeur à Genève, pour recouvrer 
et aliéner ses biens. L'autre est son testament , par lequel il lègue 
5 sous à chacun de ses neveux Philippe .et Augustin Grespin, et 
fait son héritière universelle « demayselle Helleine de Berengier 
sa femme bien aimée et les siens ». Cet excellent mari était alors 
encore en santé et ministre à Grignan*, où il avait sa maison 
d'habitation. 

De 1562 à 1568, catholiques et protestants vécurent cote à côte, 
dans un accord discordant, ayant une part égale dans l'admi- 
nistration communale et craignant également les années qui 
parcouraient et ensanglantaient les alentours. Quant à l'église 
Saint-Jean, encore conservée par les catholiques en octobre 
1563, elle se trouvait réduite en temple protestant avant le 7 
mai 1566, grâce à la tolérance du comte de Grignan et surtout 
> la terreur causée par les chefs huguenots qui rôdaient à droite 
et à gauche. Encore temple protestant le 14 mars 1568, elle fut, 
sans doute peu après des mesures prises le 21 du même mois 
pour la défense de la ville, victime d'une dévastation telle, que 
le 25 avril suivant les pierres en gisaient sur le sol , et que le 
16 mai de la même année le comte en demandait les cloches 
rompues, que ceux a de la Religion » consentirent à lui donner 
à condition qu'il en ferait « tenir quicte la ville ». Constatons 
toutefois avec bonheur que, suivant un acte dudit jour, personne 
n'avait « este murtry ny saingné », grâce aux précautions prises 
par le capitaine Conssardus, nommé « por garder la ville ». 

Malgré la gravité du dégât, les habitants eurent longtemps 
l'intention de réparer cette église. En cédant pour Saint-Sauveur 
divers objets religieux, notamment en 1624 le métal d'une 
cloche rompue, pesant 12 quintaux et 71 livres, ils se réser- 
vèrent de les reprendre dès la reconstruction * ; mais le manque 



(1) Mairie do Grignan, délib. municip., rcg. 2* passim, et 3 e fol. cix 
verso, cxlvi, et seqq.; Invent, de 1789, coté 8, art. 2; Mém. de 1739, 



GRIGNAN RELIGIEUX. 411 

de ressources et le temps ont fini par faire abandonner complè- 
tement le projet. 

L'église Saint-Jean-Baptiste était à Côte froide , sur le rempart 
septentrional, à gauche de la rue allant de l'audience (aujour- 
d'hui école des garçons) au portail de la font et débouchant dans 
la direction do Taulignan. On a trouvé en 1874 dans la partie 
basse d'une maison qui Ta remplacée un poinçon repoussoir en 
fer, formant, dans un cercle ovale d'environ m 15 de diamètre, 
l'empreinte de J H S surmontée d'une croix. C'est certainement 
un des rarissimes objets restant de cette église. 

Avant de clore ce chapitre, nous devons parler de deux cha- 
pelles fondées dans l'intérieur de l'église Saint-Jean-Baptiste , 
l'une en l'honneur de saint Sébastien , l'autre en celui de saint 
Claude. 

La seconde moitié du XV e siècle fut exceptionnellement 
éprouvée par les maladies contagieuses et la peste. On recourait 
à saint Sébastien , protecteur des peuples contre ces fléaux dont 
les médecins terrestres étaient impuissants à arrêter les ravages. 

La confiance en saint Sébastien, si heureusement et si souvent 
justifiée, porta le baron Giraud Adhémar à lui fonder dans 
l'église Saint-Jean-Baptiste une chapelle, qu'il dota de divers 
immeubles situés au quartier de Sarçon et dont il se réserva le 
patronage. 

Peu après cette fondation, le 7 février 1476 , Pierre Armand, 
recteur de la chapelle, donnait à emphytéose perpétuelle à 
Pierre Durand diverses maisons et terres dépendant de son 
bénéfice et situées audit Sarçon , et ce moyennant 3 florins de 
censé annuelle, la 15 e partie de tous grains et raisins et la 10° 
partie des foins. 

Nombreux furent les bienfaiteurs de la chapelle Saint-Sé- 



fol. 23, do 1710, f. 22-3; — Min. cit., rcg. coté vivere f. ciii, mando 
cix, antt lxvi, etc.; — Bulletin de la Soc. arch, de la Drame, vin, 369; 
— Arch. de la Drôme, fonds de l'évêché de Die, visites épisc. de 1602, 
1616 et 1664. 



412 société d'archéologie et de statistique. 

bastien. Citons seulement Pierre Audran, en 1480; Guillaume 
Albert, en 1483; Jacques de Faye, en 1490; Pierre Paulet, en 
1496 ; mais surtout le baron Gaucher, qui lui fit en 1487 et con- 
firma par son testament du 18 août 1506^ des dons considé- 
rables, qui lui en firent plus tard attribuer la fondation primi- 
tive. 

Unie au chapitre collégial dès la création de celui-ci, sur le 
désir du baron et de l'autorité de l'évêque de Die et Valence , 
cette chapelle, avec tous ses biens, fut définitivement incorporée 
à la mense capitulaire par la bulle de 1539. 

Détruite en 1568 , comme l'église Saint-Jean, dont elle faisait 
partie , elle ne parait pas avoir été réédifiée. Mais on sauva du 
naufrage une partie de ses biens et les fondations continuèrent 
à être acquittées par le chapitre. Ainsi, le livre des fotidations du 
chapitre constatait en 1760 à l'actif de cette chapelle une pen- 
sion annuelle de 3 livres 6 sols, servie par les héritiers de 
Vincent Dubouc, pour une maison proche des ruines de l'église 
Saint- Jean, donnée à Dubouc le 1 1 octobre 1559 , et une autre 
pension de 12 sols, reconnue le 13 novembre 1684 par François 
Boutin , pour le creux près la porte de la Visitation. Le chapitre 
disait encore au XVIII e siècle 10 messes basses par an pour 
satisfaire aux fondations de Gaucher Adhémar en "faveur de 
ladite chapelle * . 

Le fondateur de la chapelle Saint-Claude, érigée dans l'église 
Saint- Jean-Baptiste , fut un homme riche et recommandable de 
Grignan, nommé Jean Morel. 

Le motif de cette fondation est analogue à celui de la fon- 
dation de Saint-Sébastien. Il se trouve dans la dévotion des 
peuples au glorieux évêque de Besançon et dans la protection 
accordée par lui à ceux qui l'invoquaient contre les fléaux. 

Jean Morel, en fondant cette chapelle, par ses testaments des 



(1) Min. cit., protoc. de Pierre de Vieux de 1476, etc.; — Collect. 
Morin-Pons, cop. pap. lat.; — Mémoire de M. de Castillon sur les fon- 
dai, du chapitre (manuscrit) fol. 121-2 et 217-30. 



GRIGNAN RELIGIEUX. 413 

17 octobre 1515 et 6 août 1528, reçus par le notaire Barthélémy 
Reynaud, la dota de biens considérables, consistant en prés, 
terres, vignes, censés, pensions, soit en grains soit en argent, 
montant à plus do cent livres. Le juspatronat devait appartenir 
à ses héritiers. 

Déjà établie dès le 29 décembre 1529, elle avait pour recteur 
Jean Julien, qui à ce titre recevait une reconnaissance de Jean 
Drome et , le lendemain , arrentait à Pierre Solein les fruits et 
usufruits des biens de sa chapellenie. L'acte de cet arrentement 
compte parmi les biens de celte chapelle une maison située près 
de l'église Saint- Jean, un fonds appelé dou Vergie et un autre 
fonds au Rouset. D'autres actes d' arrentement desdits biens et 
usufruits, passés par le même recteur Julien, l'un à Antoine de 
Vifz, le 15novembre 1537, un autre à Claude Darbon, le 12février 
1540, spécifient un jardin et divers ustensiles. Ces actes nous 
apprennent en outre que le revenu net de la chapellenie était de 
9 florins, après déduction des charges. Celles-ci consistaient 
dans le service divin de la chapelle, qui était apparemment 
quotidien , et dans une messe mensuelle à dire dans une Gha- 
pelle dédiée à saint Michel et érigée dans la grange du fon- 
dateur Jean Morel. 

Une petite difficulté surgit presque dès la fondation de cette 
chapelle Saint-Claude. Les immeubles donnés par Morel se 
mouvant du fief du baron , ce don , qui les amortissait , avait 
besoin de la permission seigneuriale. Le recteur et Jean Ma- 
réchal, avec Jean Sourdet, patrons, furent requis cle vendre ces 
immeubles ou d'en payer de dix en dix ans les lods et d'en re- 
cevoir l'investiture à la forme du droit. Le recteur accepta la 
seconde proposition. Mais, plus tard, désireux d'amortir ces 
immeubles, recteur et patrons s'entendirent avec le baron, et,, 
le 2 novembre 1536, il fut convenu de substituer aux lods et 
investiture une paie annuelle et perpétuelle de 10 gros. 

Notre chapelle périt en 1568 avec l'église. Mais ses biens ou 
échappèrent au pillage, du moins en partie, ou furent restitués. 
Sur la fin du XVI e siècle et pendant le XVII e , ses adminis- 
trateurs en vendaient ou appensionnaient les maison et fonds. 



414 société d'archéologie et de statistique. 

Le 1 er octobre 1654, Mgr de Cosnac, en visite pastorale, cons- 
tatait que c la chapelle Saint-Claude », fondée dans l'église 
Saint-Jean, avait pour recteur le siour Lombard et valait 50 
livres de rente ; et que son service avait été , sans doute ensuite 
des guerres et pertes , réglé c à une messe par sepmaine par le 
feu sieur Tieulhon vicaire gênerai »'. 

En 1687, les biens, d'un revenu de 50 livres, étaient à la 
jouissance de Louis Delubac, recteur chargé du service; et en 
1728 on taxait sur la base de 65 livres 8 sols de revenu et de 6 
livres de charges Louis Gachon , qui avait encore le bénéfice 
en 1765. 

Ensuite d'un rapport de 1790 , la Nation s'adjugea les biens 
suivants de la chapelle Saint-Claude, alors possédée par Joseph 
Roudil, prieur-curé de Saint-Ferréol : 1° un fonds de terre et 
pré au Rouset, contenant 5 éminées 3 cosses et estimé, après 
déduction des deniers royaux, 950 livres ; 2° les pensions dues 
par 8 personnes et montant ensemble à 38 livres *. 

C'est donc le gouffre de la Révolution qui a absorbé les biens 
laissés à Saint-Claude par les guerres du XVI e siècle a . 

Passons à Saint-Sauveur. 

(A continuer.) 

L'abbé FILLET. 



(1) Min. cit., reg. coté ave, vers la fin; autem, fol. ii verso et iii verso; 
protoc. de B. Reynaud de 1536, au 2 novembre; reg. coté fove, fol. 21 ; 
— Arch. de la Drômc, visites paslor. de Die de IGGi , fol. 32 verso, et 
• État des paroisses de l'évêché de Die » en 1687, fol. 113 ; — Arch. de 
M. Léopold Faure, vélin orig. de 1790. 

(2) On lit dans divers ouvrages qui touchent au sujet du présent cha- 
pitre plusieurs dates et quelques détails avec lesquels l'étude attentive 
do tous les documents relatifs à l'église Saint- Jean-Baptiste de Grignan 
et à ses chapelles intérieures nous oblige à être en opposition. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 4l5 



NUMISMATIQUE 

DU PARLEMENT 



<DE G%EV^O e BLE. 



JEAN TRUCHON. 



C'était l'époque où les discordes civiles et religieuses 
déchiraient le pays. Aux grandes figures de l'Hospital.et 
de Mole , le Dauphiné put opposer celles de Jean Truchon , 
Ennemond Rabot et Artus Prunier de Saint- André.... Le 
premier de ces illustres magistrats peut seul revendiquer le 
droit d'entrer dans le cadre que je me suis imposé. 

Les renseignements que l'on possède sur la vie de ce 
personnage sont très -limités. Je tenterai néanmoins de 
réunir quelques notes recueillies çà et là dans les auteurs : 
il me semble qu'elles ne peuvent manquer d'intérêt. 

Si nous en croyons M. de Rivoire La Bâtie 1 , qui, dans le 
peu qu'il en rapporte, n'a fait que reproduire ce qu'en ont 
dit Chorier* et Guy Allard 3 , Jean Truchon, de Montfort- 

V 

(i) Armoriai du Dauphiné, 

(2) Histoire générale du Dauphiné, t. 1, liv. xi, p. 853. 

(3) Dictionnaire historique, etc., du Dauphiné, v° parlement du daxj?hiw*. 



416 société d'archéologie et de statistique. 

TAmaury, en Beauce (Seine-et-Oise) , fut pourvu, en 1549, 
de la charge de premier président du Parlement de Dau- 
phiné. De leur côté, les Tablettes de Thémis 1 fixent ses 
lettres de provisions à Tannée 1 556. Une pièce des Archives 
de Grenoble 2 rectifie ces erreurs dp date, en nous apprenant 
qu'il était auparavant second président au Parlement de 
Savoie, et que ce fut par lettres du 27 juin 1 554 qu'il fut 



(1) Sans nom d'auteur, Paris, veuve Lamesle, 1755 , 2* part., p. 45. 

(2) Inventaire sommaire des Archives départementales antérieures à 
1790, par Pilot de Thorey, p. 11, Fonds de la Chambre des Comptes, 
B. Voici un extrait de ces lettres de provisions : 

« Henry, par la Grâce de dieu, Roy de france, daulphin de Viennois, 
Comte de Vallantinois et dioys, A tous ceux qui ces présentes verront, 
salut. Sauoir faisons que nous, ayant esgard et considérations aux bons, 
agréables et Recommandables seruices que notre ame et féal conseiller et 
second président en notre cour de parlement de Savoye, séant a Cham- 
bery, M' Jehan Truchon, nous a par cy deuant faictz, Tant audit Estât de 
second président qu'en plusieurs charges et commissions quil a heues pour 
notre scruice, Esquelz II sest bien et vertueusement conduict et gouuerne 
Et diçelles acquicte , Et a la grande deuotion et affection quil a de continuer 
notre dict seruice, A Icelluy, pour ces causes et au I très bonnes considéra- 
tions a ce nous mouuantz, Avons donne et octroyé, donnons et octroyons 
par ces présentes Loffice de premier président en notre cour de daulphine, 
séant a grenoble, que naguieres soloit tenir et exercer notre ame et féal 
conseiller et premier président en Icelluy, M' Claude Bellieure, dernier 
paisible possesseur dicelluy, apresent vaccant par La démission quil en a 
ce Jourdhuy faicte en noz mains par son procureur, souffisamment fonde 
de lettres de procuration quant a ce, pour ledict office auoir, tenir et 
doresnauant exercer par Ledict Truchon aux honneurs, auctorites, prero- 
gatiues, preheminences, franchises, Libertés, pension, droictz, profictz et 
esmolumentz accoustumes et qui y appartiennent, Telz et semblables que 
Les auoit et prenoit ledict Bellieure, Et aux gaiges anciens de huict cens 
Liures tournois. Et oultre ce quatre cens Liures tournois que nous lui 

auons ordonne et ordonnons ^augmentation audict office, tant 

quil nous plairra. 

En tesmoing de ce, nous auons signe ces présentes de notre 

main Et a Icelles faict mectre notre scel. Donne a Marchais, le vingtseptiesme 
jour de Juing, Lan de grâce mil v c cinquante quatre et de notre Règne le 
huictiesme. » 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 417 

nommé premier président, en remplacement et sur la 
résignation de Claude Bel lièvre, mais que néanmoins sa 
réception n'eut lieu que le 4 mars i555. 

On le voit, de? son début à Grenoble, jouer un rôle dans 
le fameux Procès des Tçilles. Au milieu des dissensions 
intestines" causées par l'impôt des tailles et que le souverain 
avait, plusieurs fois déjà, tenté d'apaiser, la Noblesse, le 
Clergé et le Tiers- État avaient eu l'air d'entrer en accommo- 
dement (i554). Mais ce dernier, s'apercevant qu'il était 
joué par les deux autres partis, s'indigna « et les plaintes de 
la trahison dont il était victime, dit M. Ch. Laurens 1 , 
éclatèrent au milieu de l'assemblée des États de 1 555. On 
fit droit à sa requête, des arbitres furent désignés : Antoine 
de Clermont, lieutenant du roi dans la province; Jean 
Truchon, premier président du Parlement; » mais l'arrêt 
de 1 556 ne satisfit personne. 

Quelques années plus tard, c'est à Valence que nous le 
retrouvons; et cette fois, ce n'est plus en arbitre qu'il est 
appelé, mais en juge. Des troubles avaient éclaté dans cette 
ville au sujet de la religion. 

Bertrand Simiane de Gordes, lieutenant général pour le 
roi en Dauphiné, venait d'être nommé à ce poste élevé et 
difficile en remplacement de Maugiron, dont le zèle trop 

ardent n'avait pas tardé à compromettre l'influence 

Gordes trouva sur le premier siège du Parlement un homme 
aux conseils éclairés et sages, qui lui prêta, en plus d'une 
circonstance, un puissant concours. « C'était, suivant un 
mémoire de M. Gautier 2 , le premier président Truchon , 
qui, au rapport iie Chorier 3 , était savant dans les lettres 

(1) Le Procès des Tailles, Grenoble, Maisonville, 1867, p. 25. 

(2) Bull, de VAcad. delph., 3- série, t. vi, p. 3. 

(3) Hist. d'Artus Prunier de Saint-André. 

Tome XL — 1877. 28 



J 



41 S SOCIETE D' ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

et dans l'art du gouvernement, juge incorruptible et 
politique infatigable dans l'action. » — « Il y eut toujours, 
dit cet historien, une grande correspondance entre Gordcs 
et le président Truchon, et leur union conserva longtemps 
celle de la province 1 . » 

Je le disais tout à l'heure : sous le prétexte de* religion, 
des désordres avaient éclaté à Valence , et des arrestations 
avaient été opérées. Chorier raconte longuement ce qui se 
passa dans cette circonstance. Le récit de ces tristes événe- 
ments, qui n'ont pas peu contribué à faire au président 
Truchon une réputation de sévérité, pour ne pas dire plus, 
aussi injuste qu'imméritée, demande à être cité tout entier. 
Cette page, du reste, empruntée à notre historien national, 
sera plus éloquente que le résumé que j'en pourrais faire. 

« Le châtiment *des prisonniers sembloit juste, dit 
Chorier % les Catholiques le demandoient pour leur sûreté, 
et on le croyoit nécessaire aux autres pour l'exemple. 
Truchon, premier Président, et les Conseillers Laurent 
Rabot, Jean Du vache, Fabri, André Ponat, Âimar Rivail, 
Dugua, Laubepine et Rostaing furent députez avec Jean 
Borel-Ponsonas , second Ad vocat General , par le Parlement , 
pour Ëiire leur procez. De Stratis et les deux Ministres 
Soûlas et Lancelot furent condamnez à perdre la teste, 
Marquet et Giraud à estre pendus, d'autres au fouet, et 
d'autres à faire amende honorable. De Stratis fut convaincu 
d'avoir fait entrer par des échelles appliquées aux murailles 
de la Ville ceux qui venoient au Presche; et sa maison 
contigiie favorisoit ce sacrilège : violer les murailles des 
Villes, c'en est vn dans l'ancienne Jurisprudence. Sa teste 
et celles des deux autres demeurèrent longtemps exposées 

(i) Hist. g en. du Dauphiné, t. n, p. 602. 
(2) Jd., id. t p. 544 et suiv. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 4 1 9 

au devant de l'Eglise qu'ils a voient profanée, et les membres 
de leurs corps écartelez le furent en divers lieux.' Les 
Ministres furent conduits au supplice ayant vn bâillon dans 
la bouche , et leur éloge escrit au devant de Testomach , en 
ces deux mots, séditieux et rebelles. Aux crimes publics, 
la peine "doit plus durer que le criminel. Marquet fut exécuté, 
et le mesme arrest qui le condamne à mort, ordonna aussi 
que sa maison seroit rasée , et que cette inscription y seroit 
laissée, pour estre vn enseignement public : Ici estoit la 
maison de François Marquet, Secrétaire des séditieux 
et rebelles qui furent exécute^ le xxv. May M.DLX. Il 
fut en mesme temps résolu dans vne assemblée particulière 
que les leçons de l'Vniversité cesseroient jusques à la teste 
de Saint Luc. Mais François Joubert, qui m'apprend ces 
particularitez par des mémoires écrits de sa main , ni quel- 
ques autres,, ne furent pas de cette opinion. Elle n'estoit 
fondée que sur ce que plusieurs des écoliers ayant été fré- 
quents aux Presches de Soûlas et de Lancelot, il y avoit 
lieu d'appréhender le penchant où ils estoient. Aussi les 
Commissaires, qui furent consultez là-dessus, trouvèrent à 
propos que seulement à l'advenir on obligeât ceux qui 
viendroient estudier en cette Vniversité, à promettre de 
vivre dans la Religion Catholique, et conformément aux 
Ordonnances Royaux, Us jugèrent cette précaution capable 
de dissiper toute crainte, et qu'il n'en falloit pas d'autre. 
Us firent aussi châtier dans Romans quelques vns des plus 
séditieux. Il y en eut de condamnez à la mort, d'autres aux 
galères , et d'autres au fouet. Ceux qui moururent furent 
Roberté, et Mathieu Rebours; celui-là parce qu'il avoit 
logé le Ministre dans sa maison ; et l'autre parce qu'il avoit 
gardé l'entrée de l' Église de Saint Romain, qu'ils avoient 
vsurpée, armé d'vne arbaleste et d' vne épée, et tous deux 
étoient des plus séditieux. On en avoit arresté jusques à 



420 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

soixante, mais la peur leur tint lieu de châtiment : ils furent 
mis en liberté, après avoir passé dans la prison quelques 
mauvais jours. L'Aubépine et Poncenas ne survécurent pas 
long-temps à cette exécution; et ceux qui les haïssoient 
publièrent que leur prompte mort estoit vn des coups de 
la vengeance divine. Les superstitieux se figurent qu'elle 
prend part à tout ce qui les touche; et que les maux qu'on 
leur fait souffrir, l'irritent et l'arment toujours. La bonté du 
Roi et la prudence de ceux qui gouvernoient mirent fin à 
ces poursuites par vne déclaration donnée à Amboise , qui 

abolit et le crime et la peine Le choix de la Religion 

n'étant plus imputé à crime, il n'y eut que l'exercice public 
qui en fut défendu. Et au reste, ce ne fut plus vne rébellion 
de croire ce qu'on voudroit. Cette liberté de conscience fut 
vne matière de nouveaux troubles : car plusieurs Gentils- 
hommes que la peur seulement tenoit attachez à la Religion 

de leurs pères , se révoltèrent contre elle Montbrun 

fut le plus violent de tous 

» Le Parlement ayant ordonné qu'il seroit pris au corps, 
et à Marin Bouvier, Prévost des Mareschaux de France en 
Dauphiné, d'exécuter son arrest, il se trouva assez fort pour 

résister, s'il étoit attaqué ce qui fit résoudre Truchon 

de le pousser, et de ne l'épargner pas. Mais , il estoit plus 
aisé d'ordonner à Bouvier de le prendre, qu'à Bouvier de le 

faire Bouvier et ses gens furent tous faits prisonniers et 

conduits au Château de Montbrun » 

Le lieutenant général Clermont ayant, sur ces entre- 
faites, été remplacé par La Motte-Gondrin , « on fut contraint 
d'obeïr à ce nouveau Lieutenant de Roi, et le Parlement ne 
tarda pas à le reconnoître. Leur désunion auroit été leur 
foiblesse. Aussi d'abord il fit agir son authorité pour appuyer 
et fortifier celle du Parlement , à qui le mépris de Montbrun 
avoit donné vne rude secousse. Il lui envoya faire.commari- 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 42 I 

dément de relascher Bouvier, et de comparaître en mesme 
temps en personne devant cette Cour, qu'il avoit offensée 
pour se justifier. S'il n'obeïssoit, il le menaça de l'y con- 
traindre par la force des armes, et de le traiter comme 
séditieux. 

» Mais Montbrun fait vne diversion pour gagner du 
temps, et finit par se montrer à la tête des troupes qu'il 
avoit levées. Abandonné de ses soldats, il s'enfuit de la 
province , et se réfugie à Genève. » 

Les autres provinces du royaume n'étaient pas plus 
tranquilles que celle du Valentinpis. Pour en apprendre les 
causes et le moyen d'en prévenir les effets, le roi avait 
assigné dans Moulins, au mois de janvier i566, une assemblée 
des notables, Charles IX y arriva dès la fin de décembre. 
Truchon était un personnage trop considérable et ses avis 
avaient trop d'importance et de poids pour que le souverain 
ne le consultât pas en certaines occasions. Par son ordre, 
. le premier président du Parlement de Grenoble se rendit 
auprès de lui avec un conseiller. Ce fut à cette assemblée , 
où assistèrent la reine-mère, le duc d'Anjou, depuis Henri 
III, le chancelier de l'Hospital, Christophe deThou, Pierre 
Seguier, Jean Dassis et plusieurs autres premiers présidents, 
que Charles IX rendit la célèbre Ordonnance dite de 
Moulins 1 . 

Le 28 décembre de la même année,, nous constatons de 
nouveau la présence de Truchon à Romans, où, « trouvant 
la ville tranquille, il invite les consuls à convoquer une 
assemblée des notables composée de quarante membres de 
l'une et l'autre Religions, pour s'occuper des affaires de la 
communauté et prêter main-forte à la justice* .». 

(1) Pierre de PEstoïle, Journal de Henri III, t. 1. 

(2) Bull, de la Soc. dïarch. de la Drame, 1875. D. r Ulysse Chevalier : 



422 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Reprenons maintenant le récit de Chorier. 

La guerre civile sévissait derechef dans toute son horreur 
(i568) « .... Mais Truchon et les principaux du Parlement, 
qui considéraient que dans les guerres civiles la victoire 
d'vn parti est toujours funeste, negotioient secrètement avec 
les Huguenots, par le ministère d'Arces et de la Chasserie. 

Ils s'en ouvrirent à Gordes, qui ne le desapprouva pas 

Le même jour (23 mars), la paix avoit été concilie entre le 

Roi et le Prince de Condé, chef du parti Huguenot ; ce 

qui apporta peu de jours après bien du changement aux 
affaires.... Gordes receut l'edit de paix, et le fit publier dans 

son camp et à Moras Gordes commença l'exécution de 

cet edit par la délivrance du ministre Alexandre, qui tint 
lieu de la rançon à laquelle Baratier, fait prisonnier quel- 
ques jours auparavant, avoit été mis. Le peuple de Grenoble 
qui s'étoit promis de repaître ses yeux du cruel spectacle de 
la mort de ce Ministre, en fut indigné contre Gordes. Tru- 
chon et Belieure étoient les plus confidents ; il se conduisoit 
par leurs conseils presque en toutes choses, aussi eurent-ils 
part au blâme qu'on lui donnoit. Robert, avocat de la Ville, 
fut assez hardi pour déclarer dans la Chambre du Conseil 
du Parlement qu'on les avoit pour suspects, et Maugiron 
publioit que, tant que Gordes seroit en Dauphiné, les 

Huguenots seroient favorisez Mais Gordes, qui n'a voit 

pour objet que le bien de la Province, se mocquoit de ces 
discours et faisoit son devoir » 

Enfin, la paix est partout publiée, malgré l'opposition des 
Huguenots. « Montelimar, où fu t laissé le Capitaine Basemont, 
neveu de Truchon, Chabueil et Estoille ouvrirent leurs portes 



Annales de la ville de Romans pendant lis guerres de religion, de 1549 à 
1599, p. 2*4. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 423 

à Gordes, et il n'y eut point de place du parti Huguenot qui 
en apparence ne reconnût son devoir-, mais, en effet, il y 

restoit la même désobéissance et la même obstination 

Vienne vengeoit les Catholiques de ces Villes par sa haine 
contre les Huguenots, l/edit de paix ouvroit la porte de 
toutes indifféremment à tous les habitants, de quelque Reli- 
gion qu'ils fussent. Elle fut constante à fermer les siennes 
aux Huguenots. Saint -Marc favorisoit ce zèle, ou cette 
passion, mais Truchon, Suze, d'Alivet, et plusieurs autres 
la condamnoient , et Gôrdes ne Tappuibit pas *. • » 

Truchon fut sévère sans doute vis-à-vis des réformés; 
mais ses convictions et son devoir excusent cette sévérité, à 
laquelle une plume suspecte de partialité a voulu trouver 
des motifs que nul esprit indépendant et équitable ne saurait 
accepter. Théodore de Bèze s'exprime ainsi sur son compte : 

« Truchon, premier Président de Grenoble, esclaue de 
la maison de Guise, et faict de leur main, sentant les forces 
approcher pour leur faueur, vint à Valence (i56o) accom- 
pagné de ceux du Parlement qu'il iugea plus propres pour 
complaire à ses maistres, à sauoir les Conseillers Rinard 
(Rivail ?), Ponce (Portât ?), Laubepin, Du Vache, Rostain 
et Belieure, auec du Bourrel dit Ponsenas aduocat du Roy, 
pour faire prisonniers. Passant par Romans, par l'aide et 
instigation de Vinay, furent pris soixante des principaux et 
mis es prisons de Iaquemard... a . 

»... Pendant que le Président Truchon poursuiuoit ceux 
de Valence, Monluc Euesque du lieu fut meu de quelque 
pitié et compassion de ces citoyens , etc. 3 . 



# (i) Hist. gén. du Dauph., t. n, p. 622 et suiv. 

(1) Hiitoire ecclésiastique des Églises reformées au royaume de France, 
etc., Anvers, J° Remy, i58o, t. 1, 1. m, p. 35o. 

(2) ld., id. t p. 35 1. 



424 société d'archéologie et de statistique. 

« 

» Le 16 de novembre m.d.lx, furent assemblés les 

Estats à Grenoble extraordinairement et contre la coustume : 
csquels harangua le Président Truchon , afin de paracheuer 
la ruine des Eglises qu'ils appelloient la pacification du pays. 
Et fut sonné le tabourin tost après pour aller contre la 
ville de Pragela... 1 . » 

Nous allons voir que cette sévérité n'était pas de la com- 
plaisance, ainsi que le célèbre protestant a bien voulu le dire 
sous l'impression d'événements dans lesquels il n'était pas 
tout à fait désintéressé, et que la loyauté fut toujours Le 
guide des jugements de Truchon. 

La date néfaste du 24 août 1572 se présente ici avec ses 
horribles souvenirs. Le massacre de Paris devait s'étendre à 
tous les Huguenots du royaume. Des ordres furent en con- 
séquence envoyés dans les provinces; mais, comme l'a fait 
observer M. Brun-Durand a , « si quelques Parlements, tels 
que ceux de Paris, de Toulouse et de Provence, affichèrent 
en mainte occasion un fanatisme impitoyable, celui de Gre- 
noble, non moins catholique et bien qu'ayant subi plus 
d'une fois des violences qui lui eussent pu donner soif de 
représailles, ne se départit jamais de modération, de mesure 
et même de sagesse, quelque grands que fussent alors et le 
trouble des consciences et l'irritation des esprits » . 

Comme les autres représentants du roi dansées pro- 
vinces, de Gordes, lieutenant général au Gouvernement du 
Dauphiné, avait reçu de la Cour des instructions à ce sujet-, 
mai§ « il voulut, dit Chorier, faire entrer le Parlement dans 
vne participation publique de sa conduitte pour se mettre à 



(1) Hist. eccles. des Eglises reformées, p. 372. % 

(2) Chambre de VEdit de Grenoble. V. le Bulletin de la Société dép. 
d'archéologie et de statistique de la Drame, 1873, p. 280, et p. 2 du 
tirage à part. 



i de la société dép** dargèologie et de statistique de ia i 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 425 

couvert de toute plainte du côté de la Cour, Il y vint le III. 
jour du mois de Septembre, et mit en délibération s'il devoit 
permettre dans son Gouvernement, contre les Huguenots, • 
ce qui l'avoit été dans les autres. — La Cour semble le 
désirer, dit-il, mais avec tant de retenue que si ce grand 
exemple n'est pas approuvé, il lui sera libre de 3esa vouer 
ses désirs, et ceux qui les auront exécutes. » — Et il ajouta 
encore quelques arguments bien propres à faire répudier 
toute participation à un pareil massacre. Chorier ajoute : 
« Truchon, homme de lettres, étoit, comme tous les sçavants, 
ennemi de la violence. Il appuïa l'opinion de Gordes, et fit 
voir par son discours que c'étoit l'interest du Roi que l'on 
épargnât ses sujets, quand mêmes ce ne seroit pas celui de 
la Cour. — Dans les partis les plus, criminels, dit-il, il y 
a de l'innocence, et des innocents. Ceux qui inspirent la 
rébellion sont les vrays coulpables de ce crime ; pour les 
autres, c'est plutôt foiblesse que révolte. Aussi V objet de 
la souveraineté offensée est la ruine du parti seulement, et 
non la mort de tous les partisans. La politique ordonne 
Vvn, et l'humanité défend l'autre. Quelques Testes à bas 
sont des sacrifices à la Iustice, et des appuis aux Thrônes 
Chancellants ; mais, avec tout vn peuple égorgé par le fer 
de son Prince, tombe nécessairement son Empire, et sa 
gloire. Non; ie ne croiray iamais, ajoûta-t-il, qu'un Roi 
aussi sage que le nostre approuve ces carnages. La passion 
de quelques vns, que la vengeance, ou l'avarice font agir a 
été la substance de la chose ; l'authorité Roy aile n'en est 
que la couleur. Sans doute le Roi n'y a pas eu de part, 
quoique Charles ait témoigné. Ce n'a été que le prompt 
mouvement d'vn homme tout de feu, et non la volonté du 
Roi père de son peuple. Il nous importe défaire cette dis- 
tinction pour le bien du Corps de V Estât, et pour l'honneur 
de son Chef. Conservons lui ses sujets, qui sont ce qu'il y 



426 société d'archéologie et de statistique. 

a de plus précieux dans son Roïal héritage ; et ne prestons 
pas nos mains aux souhaits de tant de Princes ennemis, 
' qui n'ont pu le dissiper par les leurs. On ne s'apperçoit pas 
qu'en exterminant nous-mêmes notre Nation, nous gagnons 
des Batailles contre nous, pour eux. Nous ouvrirons-nous 
les veines pour favoriser leurs desseins, et nous procure- 
rons-nous les maux qu'ils n'ont pu nous faire? L'effet de 
cette colère si peu iudicieuse, sera que nous les aurons 
irrite^ contre nous par notre foiblesse ; et qu'il semblera 
que sortants de nos interests, nous serons entrer dans ceux 
de leur ambition démesurée l . » 

Et ce fut à qui, dans le Parlement, conformerait ses 
sentiments à ceux de son chef. 

Et de Gordes, répondant à ceux qui lui avaient transmis 
Tordre du massacre : — « J'ai communiqué votre lettre à 
MM. du Parlement, leur écrit-il; or, j'y ai trouvé beaucoup 
de" juges, mais point de bourreaux. — Et cette réponse, 
d'une ponctualité contestable peut-être, mais en tous cas 
résumé succinct et fidèle des déclarations du premier prési- 
dent Jean Truchon et de quelques conseillers, interprètes 
de la compagnie, restera Péternel honneur de ce Parlement 
de Grenoble, qui, d'accord, il faut le dire, avec la plupart 
des évêques dauphinois, refusa "non-seulement d'obtempérer 
aux ordres impitoyables de la Cour, mais fut jusqu'à désa- 
vouer et blâmer certains magistrats intermédiaires quï, 
s'inspirant de ces mêmes ordres, sévirent en cette néfaste 
journée contre les protestants de leur ressort \ » 

L'année suivante, le duc d'Anjou assiégeait La Rochelle, 



(i) Hist. gén. du Dauph., t. II, p. 647. 

(2) Bull, de la Soc. dép. d'arch. et de stat. de la Drame , 1873 ; Estai 
hûtorique sur la Chambre de VEdit de Grenoble, p. 280, et p. 2 du tirage 
à part. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 427 

et cette ville était sur le point de se rendre, quand il fut 
contraint d'abandonner cette entreprise pour aller ceindre 
la couronne de Pologne, à laquelle il avait été appelé par 
les soins et l'habileté de Monlftc, évêque de Valence. « On 
avoit premièrement jette les yeux sur Truchon pour Penvoïer 
en Pologne, ditChorier, mais il s'étoit excusé de ce grand 
voïage sur des vertiges auxquels il étoit devenu sujet, et qui 
sembloieht participer de la nature du mal caduc : De sorte 
qu'à son refus, Monluc fut emploie à cette négociation \ » 
L'année 1574 arriva, et, avec elle, la mort de Charles IX. 
Le duc d'Anjou, roi de Pologne, est appelé à lui succéder, 
et, suivant l'expression de l'un de ses historiens, Henri se 
dérobe « à la couronne de Jagellon qu'il trouvait trop légère, 
pour venir se faire écraser sous celle de saint Louis. » Il 
rentre en France par le Pont-de- Beau voisin et il a la morti- 
fication de se voir enlever ses bagages par Montbrun. Aussi, 
l'année suivante, quand l'audacieux chef des sectaires en 
Dauphiné, entraîné par son impétuosité, se laissa envelopper 
dans un combat livré à de Gordes dans les environs de Die, 
et que son cheval s'abattant sur lui l'eût ainsi livré au parti 
catholique, le roi n'a point oublié l'injure que lui a faite un 
sujet rebelle, et, le 9 juillet 1575, il écrit à de Gordes de 
faire juger son prisonnier par le Parlement de Grenoble, 
afin que justice soit faite dudit Montbrun, « lequel, ajoute - 
t-il, ayant esté prins les armes en mains combatant contre 
mon service mérite destre puny et chastié comme criminel 
de leze Majesté, ainsi quon esté plusieurs autres ses sem- 
blables En quoy je veulx quil soit usé de toute diligence 

pour les occasions que vous dira notre dit porteur. J'ay 
advisé d'en escrire aux gens tenant ma cour de parlement 



(1) Hiêt. gén. du Dauph., t. 11 , p. 654. 



428 SOCIÉTÉ D ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

de Grenoble et particulièrement au président Truchon et a 
mes gens pour les admonester d'en faire prompte justice, 
etc. '. » 

Et justice fut faite. Mais*peut-on rendre le président 
Truchon responsable des conséquences d'un arrêt que la 
cour de Parlement rendit tel que tous les conseils de guerre 
l'eussent fait à sa place ?... La loi était formelle ; et, parce 
que le roi, n'écoutant que son ressentiment et voulant la 
mort de celui qui l'avait cruellement offensé, en aurait ré- 
clamé la stricte application, était-ce une raison pour que les 
magistrats ne jugeassent pas dans ce sens, quand la loi et 
leur conscience leur dictaient une pareille solution ? Leur 
inflexible attachement à la légalité ne pouvait -il donc se 
rencontrer avec les sentiments personnels et rancuneux du 
souverain, de même qu'ils n'avaient pas hésité à s'en séparer 
en 1572 ? Le refus du massacre des protestants, lors de la 
Saint- Barthélémy, s f erait à lui seul une preuve que la cour 
de Parlement ne se laissa pas plus dominer par la volonté 
royale dans l'arrêt de mort de Montbrun, qu'elle ne se 
soumit à son désir pour les tueries du mois d'août. En 1572, 
elle avait refusé de s'associer au meurtre d'hommes innocents, 
pour la plupart, et qu'il lui répugnait de surprendre sans 
défense; en 1575, elle jugea un coupable pris les armes à la 
main et combattant son roi... 

On a dit que ce fut le manque d'indépendance qui dirigea 
le Parlement. Celui-ci, pourtant, — cela résulte d'une 
lettre publiée par la Petite' Revue des Bibliophiles dauphi- 
nois*, — était porté à l'indulgence ou tout au moins à une 
sévérité mitigée par la politique de ne pas exciter les protes- 



(1) Petite Revue des Bibliophiles dauphinois, p. 11, 

(2) P. 70. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 429 

tantsà venger. leur chef. Mais, je l'ai déjà fait observer^ la 
loi était formelle et inexorable, et la conscience des juges fut 
forcée de se ranger du côté de la vindicte royale. 

Un écrivain de mérite, notre compatriote, M. E. Badon, a 
publié en i838, sous le titre de Mont brun ou les Huguenots 
en Dauphiné, un roman qui eut quelque succès ^mais c'était 
un roman, et, pour le besoin de la mise en scène, il se crut 
obligé de peindre Truchon comme le représentaient les 
Protestants de cette époque. Il le reconnaît, du reste, loya- 
lement dans une note insérée à la page 36o des Pièces justi- 
ficatives placées à la fin du second volume. 

Mentionnons encore les lignes suivantes, afin de ne rien 
oublier des faits qui se rapportent à Truchon. 

« Les Estats de la Province eurent cette année (ii>75) vn 
honneur qu'ils n'avoient pas encore eu , et qu'ils n'ont point 
eu dépuis. Ils avoient été convoquez à Romans au XVI du 
mois de Janvier : le Roi y présida, et en fit lui-même l'ouver- 
ture, accompagné du Duc d'Alençon, son frère, du Roi de 
Navarre, qui fut son successeur, du Chancellier René de 
Birague, et de Gordes. Jean Truchon, Guillaume Déportes, 
l'vn premier, et l'autre second Président du Parlement, 
François Flehard, premier Président de la Chambre des 
Comptes, Arthus, premier seigneur de Saint André, qui 
avoit exercé avec honneur la charge deThresorier General, 
Sebastien de Lionne, Contrôleur General des Finances, y 
assistèrent comme Commissaires Députez exprés par le Roy 
pour ses interests l . » 

Pour ne rien omettre de ce qui appuie mon opinion rela- 
tivement à la dignité du caractère et à l'indépendance de l'es- 
prit de l'homme dont j'essaye d'esquisser la biographie, pour 



(1) Hist. gén. du Dauph., t. n, p. 665. 



430 SOCIÉTÉ d' ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

être, en un mot, aussi complet qu'il m'est possible.de l'être, 
je dois encore rappeler ici que le premier président Truchon 
fut l'un des garants de l'emprunt que le baron de Gordes 
contracta à Lyon pour subvenir à la défense du pays, après 
un nouveau soulèvement des Protestants \ Ce fut lui qui 
fit accorder à Gordes le projet d'une négociation avec les 
religionnaires, quelque temps avant la paix conclue à Long- 
jumeau entre le prince de Condé et le roi *. Ce fut encore 
lui qui soutint Gordes, lorsque celui-ci reçut à Lyon, à la 
cour du prince Dauphin d'Auvergne, devenu gouverneur 
du Dauphiné, un accueil blessant, quand il n'aurait dû 
obtenir que des louanges, et qui l'empêcha de se démettre 
d'un commandement qu'il devait conserver dans l'intérêt et 
pour la sécurité de la province 3 . 

Le premier président Truchon prenait ainsi, en toutes 
occasions, pendant cette époque troublée, une part si notable 
à la direction des affaires publiques, qu'il dut laisser une 
trace profonde au Parlement et dans toute l'étendue de son 
ressort. 

Voilà à peu près à quoi se borne ce que Ton sait de Jean 
Truchon. La vie du magistrat, en ces temps difficiles, quoi- 
qu'elle fût parfois une vie de combat, n'excluait pas Ja 
dignité et l'indépendance personnelle de l'homme : le prési- 
dent Achille de Harlay en est un exemple célèbre. Aussi, 
malgré les assertions de quelques écrivains, je ne puis, 
devant la conduite du premier président, lors de la Saint- 
Barthélémy, devant surtout les nobles paroles que j'ai rap- 
portées d'après Chorier, croire un instant qu'il n'ait pas 
suivi, pour le jugement de Montbrun, l'impulsion seule de sa 
conscience et de ses convictions politiques appuyées sur la loi. 



(i) J. Taulier, Notice historique sur le baron de Gordes, p. 43. 
(a) Id., id., p. 5q. 
(3) Id., id., p. 109. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 43 1 

Cette rigidité de principes ne l'empêchait pas d'être bien- 
veillant et plein de tolérance pour des idées qui n'étaient pas 
les siennes, mais qu'il savait respecter, quand elles ne sor- 
taient pas de la ligne permise. Qu'on veuille bien se rappeler 
ce qui se passa lorsque Soffrey de Calignon, — qui, un jour, 
devait être Chancelier de Navarre, mais qui alors n'était 
encore qu'un jeune homme et venait de se ranger sous la 
bannière de la Réforme , — se présenta au Parlement pour 
être reçu avocat. « Mais, dit Vide], autant qu'il se persuadoit 
d'y trouver de la facilité, à raison de l'estime publique qu'on 
faisoit de son sçavoir et de son éloquence, autant y rencon- 
trat-il d'obstacle, à cause de sa nouvelle Religion, qui estant 
alors plus odieuse qu'elle n'a esté depuis, et attirant davan- 
tage l'aversion du monde, rendoit beaucoup moins favorable 
la cause des personnes qui l'avoient embrassée ; sur quoy 
Truchon, premier Président, qui tout zélé catholique qu'il 
estoit, et d'ailleurs personnage de haute vertu et de grande 
érudition , n'estoit point d'avis qu'il fust refifusé, n'ignorant 
pas combien il valloit , car Calignon s'estoit souvent approché 
de luy et, par les fréquentes preuves qu'il luy avoit données 
de son sçavoir, avoit beaucoup de part en son estime. Aussi 
ne feignit-il point de dire qu'il en voyoit très peu de sa force, 
et en qui se rencontrassent tant de dons pour une profession 
si noble, et qui veut de plus grands avantages naturels et 
acquis que ne s imaginent lapluspart de ceux qui s'y trouent 
aujourd'hui et qui y apportent toute autre intention que 
d'y acquérir de V honneur. Il dit aux Officiers du Parlement, 
comme par un présage de ce qui advint quelques années 
après : Souvene%-vous , Messieurs, que vous reff usés pour 
advocat celuy qu'un jour vous serés contraints de recevoir 
pour compagnon; et sçacheç que ce jeune homme est pour 
aller bien avant dans la fortune. 

» Cependant Calignon se retira, consolé de ce refus par 



432 société d'archéologie et de statistique. 

cette satisfaction qu'il ne venoit que de son malheur, et que 
Tinjustice en avoit esté publiquement reconnue par un juge 
illustre et qu'on ne pouvoit raisonnablement contredire. 
Ayant appris le favorable témoignage qu'il lui avoit pieu 
rendre de luy, et l'en estant allé remercier, il en receut de 
nouveau ces parolles obligeantes : Mon amy, ne perdes point 
courage, et ne doutés nullement que la fortune ne vous 
reserve quelque chose de mieux que ce que vous navés peu 
obtenir ; ses reffus sont bien souvent la cause de notre 
bonheur ; et , ne faisant pas ce que nous prétendons, ce 
nest point par mauvaise volonté, mais par dessein de 
mieux faire. » 

Et Videl ajoute ici un détail, qui vient fort à propos rem- 
plir une lacune dans la biographie que j'essaie de tracer. 

« Le Président, dit-il, avoit esté luy mesme un exemple 
de cette vérité. Ayant fait heureusement ses estudes à Paris 
et prétendant à une profession du Décret en l'Université, 
dont il avoit esté jugé très capable, il n'y put parvenir, à 
cause d'une cabale contraire que l'envie luy avoit suscitée; 
là dessus, il fut choisi pour élever les Princes de la maison 
de Lorraine, employ qui vérifioit assés la grandeur de sa 
capacité , et comme il s'en fut acquitté avec grand honneur, 
ces Princes, qui estoient alors tout puissants en France et 
qui meditoient les grandes choses que dépuis ils tâchèrent 
d'exécuter, voulant reconnoitre son affection , et en mesme 
temps l'establir comme tous leurs autres confidents et servi- 
teurs, dans les plus importantes charges du Royaume, luy 
avoient fait donner celle de premier Président en Dauphiné, 
où il parut d'une intégrité singulière; de quoy, entre plu- 
sieurs exemples, on a remarqué celuy-ci. Un gentilhomme 
de bonne maison ayant pris avantage de sa qualité pour 
maltraitter un homme des champs , et , bien loin d'en rece- 
voir sa justification, voulant mesme luy oster la vie et le 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 433 

poursuivant l'épée à la main, cet homme, après l'avoir 
supplyé et conjuré de ne point passer outre et ne pas le ré- 
duire à la nécessité de se deffendre, se voyant dans l'extrême 
péril et dans l'impossibilité de plus reculer, tira de sa cein- 
ture une serpe, qui estoit sa seule arme, et le tua. Les 
parents du mort, qui estoient tout puissants par leurs 
alliances et leurs amis, sollicitèrent avec grande instance la 
condamnation du paysan, de la personne et des biens du- 
quel ils s'estoient saisis par avance. Ce violent procédé ne 
pouvant estre souffert par Truchon, il s'y opposa coura- 
geusement, et, quelque pressantes sollicitations, qu'on lui 
fist au contraire, il protesta qu'il quitteroit plustot sa charge 
que de consentir à cette injustice ; si bien que le paysan fut 
remis dans ses biens et garanti de l'oppression dont il estoit 



menacé \ » 



Ces faits ne viennent-ils point à l'appui de mon opinion 
sur l'indépendance et l'équité du magistrat et ne suffisent-ils 
pas à faire tomber les accusations imméritées que l'esprit de 
parti et la passion cherchèrent et cherchent encore à faire 
peser sur sa tête ? 

La prudence fut toujours sa boussole en toutes choses, 
et, en cela, Truchon était d'accord avec sa devise : prudens 
simplicitas. — « Ecce ego mitto vos sicut opes in medio 
luporum, Estote ergo prudentes sicut serpentes, et sim- 
plices sicut columbœ a . » — Comme un autre apôtre , 
Truchon avait reçu la mission de conduire les hommes, et. 
il s'était toujours rappelé quelle devait être la règle de sa 
conduite : il avait voulu l'avoir constamment sous les yeux, 
comme il l'avait sans cesse dans l'esprit et dans le cœur, et, 



(i) La Vie de Souffrey de Calignon, Chancellier de Navarre , publiée par 
M. le C. 10 Douglas, d'après le ms. original de Videl. Grenoble, Allier, 
1874, pp. 10 et ii. 

(1) Évangile selon saint Mathieu, ch. X, v. 16. 

1 Tome XI. — 1877. 29 



434 société d'archéologie et de statistique. 

condensant le verset de Févangéliste , il en avait extrait sa 
devise, prudens simplicitas; puis, de l'âme de cette devise, 
il avait tiré le corps de ses armes : une colombe et deux 
serpents enlacés, j'allais presque dire un caducée, emblème 
de la concorde. 

Truchon mourut en 1578. Tombé malade au mois d'oc- 
tobre , Jean de Bellièvre fut nommé pour lui succéder le 
23 novembre suivant; c'est donc à la fin du premier de ces 
deux mois ou au commencement du second qu'il décéda ; 
mais je n'ai pu retrouver la date exacte de cet événement. 

Le 19 août de cette même année, il avait acheté les mou- 
lins qu'Annet de Maugiron , seigneur de Leyssins et de 
Meyrieu , et bailli du Viennois , possédait à Meyrieu ; et 
divers actes de vente ou d'acquisition > cités dans V Armoriai 
du Dauphiné, nous apprennent qu'en dUtre de cette der- 
nière localité, il possédait encore la seigneurie du Pont-de- 
Beauvoisin , de Saint-I<aurent-du-Pont et des Bordes. 

Voici , pour l'acte de vente des deux premières de ces 
seigneuries, les preuves que j'en ai trouvées dans le Registre 
des aliénations f aides en Daulphine par messeigneurs les 
Commissaires depputes par le Roy, En Lan m if Ivitj, 
f" 33, verso, et 34, recto (Arch. dép. de l'Isère, B. 3oy3). 

*« Ledict Jour xvj 6 de may i558 au lieu que dessus ' Les- 
dicts sieurs président flehard a visiteur gênerai susdict et 
arthus prunier 3 trésorier troys desdicts sieurs commissaires 



(0 Au logis du président Truchon. 

(2) Jean Fléard, fils d'autre Jean Fléard, premier président de la Cham- 
bre des Comptes en 1544, fut nommé à la même charge en i554. Ayant 
lui-même résigné ses fonctions en 1564, il eut pour successeur son frère, 
François Fléard, qui, quelques années après, embrassa la vie ecclésiastique, 
devint chanoine de l'église collégiale de Saint-André de Grenoble et évêque 
de cette ville, en 1575. 

(3) Arthus Prunier est le même qui fut gouverneur d'Orange pour 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 435 

ont vendu cède Remis et transporte et par ces présentes 
vendent cèdent Remettent et transportent a faculté touteffoys 
de Rachapt perpétuel A monsieur messire Jehan truchon 
cheuallier conseiller du Roy premier Président en sa court 
de parlement de Daulphine présent acquérant et auec moy 
notaire et secrétaire du Roy soubsigne stipullant et acceptant 
pour Luy Les siens successeurs et ayant cause Assavoir La 
chastellenye terre et segnorie du pont de beauuoysin ainsi 
quelle.sestend et comporte y comprins Le péage dudit Lieu, 
avec la Justice et Jurisdiction haulte moienne et basse mère 
mixte Impere hommes Rentes cens seruis et toutes aultres 
choses qui en deppendent excepte le greffe de la Judicature 
dudict Lieu en bonne forme pour le pris de huict mil troys 
cens soixante huict Liures cinq solz six deniers payes etc. 
constitues etc. deuestiens etc. promectans et Juransetc. faict 
au Lieu que dessus en présence de sieur Jehan bot marchand 
dembrun messire Jehan chartes frize? et sieur ansapleny 
et pierre amitj tesmoings. » 

« Ledict Jour Lesdicts sieurs commissaires ont vendu 
audict sieur président truchon La chastellenye terre et se- 
gnorie de Sainct Laurens du pont ainsi quelle sestend et 
comporte y comprins Le péage dudict Lieu, ensemble les 
homes, cens, seruis, Rentes et aultres droictz et debuoirs 
segnoriaulx auec Justice et Jurisdiction haulte moyenne et 
basse, mère et mixte Impere excepte Le greffe de La Judi- 
cature dudict Lieu pour le pris de Quatre mille deux cens 



François I** et qui avait épousé Jeanne de La Colombière, fille de François 
de La Colombière, seigneur de Peyrins, trésorier général unique de cette 
province, duquel il eut la charge. (Note sur une médaille de François de 
La Colombière, Trésorier et Receveur Général du Dauphiné, de la Savoie 
et du Piémont, et Seigneur de Peyrins, en ib^S, par G. Vallier, publiée par 
M. le comte Douglas (Vie et Poésies de Soffrey de Calignon, Chancelier 
du Roi de Navarre. Grenoble, Allier, 1874 p. 414; et p. 9 du tirage à part 
de cette notice, en 1872.) 



436 société d'archéologie et de statistique. 

trente Hures deux solz six deniers etc. payes comme dessus 
const. etc. deuest. etc. prometans etc. Jurans etc. faict au 
Lieu et presens que dessus. » 

Truchon , ne laissant pas de postérité * , avait constitué 
pour son héritier son neveu Macé de Basemon , qu'il avait 
amené de la Beauce avec lui, et celui-ci, devenant la tige 
de sa famille en Dauphiné, conserva les armes et la devise 
de son oncle et les transmit à ses descendants. 

Là doit se borner cette notice sur le président Truchon , 
et j'aurai utilisé toutes les notes que je possède, quand 
j'aurai cité pour mémoire, — Dieu me garde de la repro- 
duire ! — l'épitaphe que le conseiller et poète Cornu dédia à 
sa mémoire, et. qui débute ainsi : 

l'estois né pour mourir, ie suis mort pour revivre, 
Testais yssu du ciel pour le ciel.acquerir, 
le vivois en tourment , mais pour estre délivre 
De malheur de ça bas, il me falloit mourir, etc. 2 . 

Le Président Truchon était obligé aux lettres de tout 
l'honneur qu'il avait eu pendant sa vie. « Il s'en souvint, dit 
Chorier, que je me plais à citer encore en cette circonstance, 
il s'en souvint en mourant. Estant tombé dans vne maladie 
mortelle 3 , vers la fin du mois d'Octobre de cette année 



(i) Le président, pourtant, avait eu un fils; mais il paraît qu'il le perdit 

de bonne heure « Jean Truchon, nous apprend M. Berriat-Saint-Prix, au 

sujet de la réception de Cujas comme conseiller au parlement de Grenoble, 
en 1573 (Histoire de Cujas, en note, pp. 402 et 571), Jean Truchon, 
premier président, alors absent, témoigna bientôt encore plus de vénéra- 
tion pour notre professeur ; ayant un jour reçu une lettre de Cujas, il la 
baisa lorsqu'il en reconnut l'écriture. // lui envoya aussi son fils pour 
assister à ses leçons. » (Voy. Lett. de Cujas, 19 nov. i5y3, à Jean Truchon 
(Joann. Truchius), au d. n. 4552, et au d. t. 8, p. 1249.) 

(2) Les Œvvres poétiques de Pierre de Cornu, dauphinois. Lyon, 
Hvgvetan, i583, p. 197. 

(3) Il n'est peut-être pas fort important de savoir quelle était la demeure 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 487 

(1578), il fit son Testament, et lega au Collège de Grenoble 
quatre cens écus d'or. Leur destination fut, que de cette 
sommeil s'en acheptât vne rente perpétuelle qui fut à l'avenir 
emploïée à Tentretenement d'vn Professeur qui enseigneroit 
la Rhétorique. Il en recommanda le soin au Procureur 
gênerai du Parlement, et aux Consuls de la Ville qui étoient 
alors, et qui seroient dans la suitte des temps. François 
Faure étoit alors dans la Charge de Procureur gênerai, et 
Vrbain Fleard dans celle de premier Consul. Ses héritiers, 
qui furent Adrien de Basemon Abbé d'Aiguebelle, et Marc 



du président Truchon ; néanmoins, à un point de vue qui peut intéresser 
l'histoire locale, je crois devoir insérer ici une note qui m'est fournie 
par les Archives de la Cour du Parlement {Livre vert, f* xlviij). 

« Le vnz* jour daousf mil cinq cens soixante cinq, messire Jean Truchon, 
premier président en la cour de ceant, a Remonstre en la chambre du 
conseil La difficulté en laquelle 11 estoit constitue de trouuer maison en 
ceste ville, pour y pouuoir louger selon la dignité du lieu quil tient, et 
comme II auoyt pieca (a) quelque dessain de saccommoder en 1 nos tel de la 
gouuernerie (£), suyuant les permissions a luy outroyees, premièrement 
par feu monseigneur de Guyse (c), depuis par monsieur le Prince de la 
Roche sur Yon (d), héritiers (e) généraux pour le Roy en ce pays de 
Daulphine, et du consentement du seigneur de Gordes, héritier gênerai 
pour ledit sieur Roy audit pays, en l'absence dudit seigneur Prince. Le 
quel dessain, neantmoins, Il nauoyt Jamais voulu mettre a effect, que 
premièrement II ne fust bien asseure que ce seroit au gré et avecq le bon 
plaisir de messieurs de la cour, en gênerai et en particulier. Et a requis 
ladite cour, en présence des gens du Roy, lui en vouloir fere déclaration. 

» Sur quoy, après auoir ouy les dicts gens du Roy, dict a este que, pour 
les raisons? Remonstrees par ledict sieur président, la cour trouue bon et 
ha agréable qu'il saccommode audit hostel de la gouuernerie. Et ce, soubz 
le bon plaisir du Roy, de mondit sieur le Prince, et sans conséquence. 
» C. Déportes. Bellieure. » 

(a) Depuis longtemps (v. long.). 

(b) L'hôtel du Gouverneur, la mairie actuelle. . 

(c) François de Lorraine, duc de Guise, gouverneur du Dauphiné, 
1 547-1 562. 

(d) Charles de Bourbon, gouverneur du Dauphiné, i5Ô2-i588. 

(e) C'est-à-dire, héritiers fiduciaires. 



438 société d'archéologie et de statistique. 

de Basemon second Président "de la Chambre des Comptes, 
satisfirent exactement à sa volonté. Guigues Collisieux Huis- 
sier des Estats vendit cette pension par Acte du xxn de Dé- 
cembre, et receut la somme léguée qu'il imposa sur tous ses 
biens l . » 

Ici trouve naturellement sa place le médaillon qui est 
l'objet de cette notice, une de ces pièces coulées et ciselées 
qui portent le nom d'artistiques. 

IO • TRVCHON • I • PRISES • DELPHIN- (Johannes 
Truchon, primus prœses delphinatus*). Buste barbu à 
gauche, coiffé du mortier et revêtu du costume présidentiel. 
Le champ est occupé par de riches entrelacs ou arabesques. 

i$. Écusson aux armes de Truchon : d'azur à deux ser- 
pents d'or adossés, tortillés et entrelacés en triple sautoir, 
au chef cousu de gueules , chargé d'une colombe d'argent 
membrée d'or. A gauche de Técusson, le mot PRVD-ENS 
disposé en deux parts sur deux rubans, ou phylactères, 
assez espacés et posés sur un champ occupé par un semis 

de feuilles de ?; à droite, même disposition pour le 

mot SIMPLI-CITAS, complétant ainsi la devise Prudens 
simplicitas adoptée par le président; le tout au milieu 
d'un large encadrement circulaire , orné de magnifiques 
rinceaux. Le contour de Técusson est dessiné par un cordon 



(i) Hist. gén. du Dauph., t. n, p. 685. 

(2) Je dois foire remarquer ici que, dans une notice sur ce beau médaillon 
que j'ai naguère insérée dans un livre publié par M. te comte Douglas 
( Vie et Poésies de Soffrey de Calignon , Chancelier du Roi de Navarre. 
Grenoble, Allier, 1874, p. 427 à 435), une faute typographique s'est 
glissée dans la description qui l'accompagne. On a, en effet, oublié l'im- 
pression du chiffre I (primus) de la légende de l'avers, que je m'empresse 
de rétablir dans la deuxième édition, considérablement augmentée, que je 
donne 'de cette notice. 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 439 

qui, au bas, affecte la forme d'un entrelacs et, vers le haut, 
celle d'une sorte de chaîne ou torsade par laquelle il serait 
suspendu. 

PLOMB. Diam. iiômil. 

Ma collection. 

Cette médaille est inédite. Elle est en plomb et paraît 
avoir été dorée, car on aperçoit encore des traces de dorure 
sur lerevers de la pièce. Cest peut-être la seule qui existe, 
la seule même qui ait été faite. Est-il besoin d'en faire re- 
marquer la beauté, la manière large et savante avec laquelle 
la tête du président Truchon est traitée , le fini des détails, 
la richesse de l'ornementation ? Cette pièce, malheureuse- 
ment, a souffert en quelques endroits, et je ne serais pas 
éloigné de penser que c'est au sortir du moule que plusieurs 
de ses parties ont été si déplorablement endommagées et 
que, par suite, plusieurs autres ont dû être retouchées au 
burin. « La matière, m'écrivait en 1866 mon honorable 
confrère et ami, M. Arnold Morel-Fatio, de Lausanne, qui 
a bien voulu me le céder, la matière de ce médaillon est si 
impressionnable, que cela a fait tort à sa conservation. On 
pourrait trouver à redire à ce dernier chapitre, si la médaille 
n'était pas unique. En attendant mieux, il faut s'estimer 
très-heureux d'avoir déniché ce bijou. » 

Dans quelles circonstances et à quelle époque cette mé- 
daille fut-elle moulée ? Quel en est l'auteur et par qui fut- 
elle commandée ? Y en a-t-il eu plusieurs exemplaires et en 
quels métaux ? Toutes questions qui demanderaient autant 
de réponses, et auxquelles il m'est impossible de satisfaire. 
J'ai donc dû me borner à décrire cette magnifique pièce et à 
l'accompagner d'une notice sur le personnage qu'elle repré- 
sente. 



440 SOCIÉTÉ D ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 



SUPPLÉMENT. 



M. H. Morin-Pons, de Lyon$ me communique au der- 
nier moment une Notice historique sur les terres et sei- 
gneuries de la Borde et de Montdidier (1489- 1780), par 
la B. ne A. de Girard- Vezenobre (Clermont (Oise), Toupet, 
1877, in-8°, 24 p.). Je m'empresse d'en faire quelques 
extraits pour ma propre notice, à laquelle ils apportent de 
nouveaux renseignements sur la famille du président Tru- 
chon et sur les seigneuries dont il fut possesseur. Quant aux 
dates, elles sont complètement erronées , puisqu'on indique 
la mort de Truchon comme ayant eu lieu peu après la vente 
du 4 septembre 1 56o , — tandis qu'il n'est décédé que dix- 
huit ans plus tard, — et que l'on fait agir ses héritiers par 
acte du 2 décembre 1570, alors que nous avons vu le pré- 
sident, en Dauphiné, jouer un si beau rôle à l'occasion de 
la Saint- Barthélémy. Ces réserves faites, je cite. 

« Le 4 septembre i56o, François d'Agoult, baron de 
Sault, de Forcalquier, etc., etc., vendit les terres et sei- 
gneuries de la Borde et de Montdidier à messire Jehan 
Truchon , chevalier, conseiller du roi et premier président 
au Parlement de Dauphiné. Cette vente relate les bâtiments, 
dépendances, pâturages, terres, îles, bois, taillis, censives, 
lods et ventes, saisines, amendes, droits de bac et de pê- 
cherie sur la Seine du fief de la Borde, jouissant de la 
moyenne et basse justice, et ceux du fief de Montdidier, 
situé sur l'autre côté de la Seine , le premier relevant du fief 
de la Bretesche y et le second de celui de Maisons-sur-Seinc 
^près du Pecq et de Saint-Germain -en -Laye\ Le tout au 
prix de 1 5, 000 livres tournois. 

» Le premier président Truchon survécut de fort peu à 
cette acquisition 



NUMISMATIQUE DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 44 1 

» Le 2 décembre 1570 intervint un acte d'échange d'après 
lequel Louis Dodieu , seigneur de Velly, etc., céda les rentes 
féodales de Velly, en échange des fiefe de la Borde et de 
Montdidier, appartenant par indivis à honorable femme 
Martine Truchon, sœur du défunt président, veuve d'ho- 
norable homme Pierre de Bazemont , demeurant à Merey, 
près de Montfort-l'Amaury, et à ses enfants (p. loet 1 1). 

» Truchon, ajoute Fauteur de cette notice (p. 20), famille 
originaire de Montfort-l'Amaury, qui doit son origine au 
célèbre Jean Truchon, pourvu en 1549 de la charge de 
premier président au parlement de Dauphiné, où il 
acquit les terres considérables du Pont - de - Beauvoisin , 
Meyrieu, Saint- Laurent-du-Pont, etc. C'est sans doute à 
ses relations dauphinoises qu'il faut attribuer l'acquisition 
qu'il fit au comte de Sault des terres de la Borde et de 
Montdidier, voisines de son pays d'origine. 

» D'abord conseiller au parlement de Chambéry, il avait 
amené avec lui, à Grenoble, Macé de Bazemont, l'un de 
ses neveux, et mourut sans alliance. » 

Je néglige quelques inexactitudes pour n'en relever qu'une, 
plus grave que les autres. L'auteur prétend que Truchon 
mourut sans alliance. C'est là une assertion que je ne puis 
admettre , après ce que j'ai dit à l'occasion de la présence de 
sonjils parmi les élèves de Cujas et de sa mort prématurée 

à moins pourtant que ce fils ne fût un enfant du côté 

gauche !... 

« Son frère, Nicolas Truchon, était curé de Jouarre en 
1 58 1, et sa sœur, honorable femme Martine Truchon, avait 
épousé honorable homme Pierre de Bazemont, demeurant 
à Merey, près de Montfort-l'Amaury. 

» Il avait adopté pour armes : 

» D'azur à 2 serpents adossés, tortillés et enlacés en 
triple sautoir d'or ; au chef cousu de gueules , chargé d'une 



44* SOCIÉTÉ D ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

colombe d'argent , membrée d'or. Devise : Simplicités, 
prudentia, dont l'historien Chorier a fait prudens simpli- 
citas. » 

Chorier n'est plus là pour se défendre ; mais ma médaille 
répondra pour lui. 

J'emprunterai encore à M."* de Girard -Vezenobre le 
tableau suivant qu'elle donne de la famille de Bazemont, 
héritière de Jean Truchon, mais dont la branche aînée 
seule, devenue dauphinoise, a sa place dans l'armoriai de 
notre province. 

« i° Macé de Bazemont, qui suivit à Grenoble son onde, 
le premier président Truchon, et devint lui-même président 
de la Chambre des Comptes de Dauphiné; sa postérité, qui 
possédait dans cette dernière province les seigneuries de 
Fiançayes et de Saint - Egrève , a produit des magistrats 
distingués et s'est éteinte, il y a plus d'un siècle ; 

» 2° Louis de Bazemont, seigneur de Saint- Jullin-de- 
Chenevières, secrétaire du duc d'Anjou, en 1570; 

» 3° Laurent de Bazemont ; 

» 4 Denis de Bazemont ; 

» 5° Nicolas de Bazemont, marchand à Montfort-1'A- 
maury ; 

» 6° Guillaume de Bazemont, marchand à Merey ; 

» 7 Michelle de Bazemont, femme de maistre Nicole 
Dieudonné, élu pour le roi en l'élection de Montfort- 
l'Amaury. » 

Enfin , et pour terminer, je citerai quelques notes qui me 
sont fournies par une lettre de M. A. de Dion, de Montfort- 
l'Amaury, membre de l'Institut des Provinces, bien connu 
par les très-intéressantes publications qu'il a consacrées à 
l'histoire de son pays. Je ne chercherai pas à les coordonner 
avec ce qui précède; il est trop tard pour songer à le faire. 
Je les donnerai telles qu'elles me sont* adressées et comme un 



NUMISMATIQUE. DU PARLEMENT DE GRENOBLE. 443 

complément à la biographie de la famille de Truchon , qui , 
paraît-il, aurait eu une branche collatérale du même nom 
que lui. 

« En i5o4, Julien Truchon possédait à Montfort-1'A- 
maury la maison de la Fleur de lys, rue Parisis, et Jean 
Truchon, — le père de notre président peut-être, — par- 
tageait avec Simon Brossart une maison et plusieurs jardins 
dans la même ville. (Relevé des cens de Montfort en 1 504). 

» Françoise Truchon, morte le 16 octobre i63i, veuve 
de Samuel de Bresson, maître d'hôtel du roi, mort le 22 
janvier 162 3. 

» Sur sa tombe, un écu d'azur à deux serpents d'argent 
en pal entrelacés en redorte ; le chef de gueules chargé d'un 
oiseau d'argent \ (Bibliothèque de l'Arsenal. Recueil ms. 
des épitaphes de Paris, t. vu, p.* 200*, communication de 
M. Maquet.) 

» Montfort-PAmaury n'est pas en Beauce, ajoute M. de 
Dion, n'en déplaise à Chorier; on le met quelquefois en 
Mantois, quelquefois en Hurepoix. Il serait plus exact de 
dire Montfort en Iveline. Basemont est encore moins en 
Beau,ce, se trouvant dans le canton de Meuîan. Mais ces 
deux localités étaient du diocèse dç Chartres. » 

Il en a été de la famille de Truchon comme de bien d'au- 
tres : la vie des familles, à l'image de celle de l'homme, a 

ses hauts et ses bas « La famille de Truchon, m'écrit en 

terminant mon honorable confrère, a duré à Montfort, mais 
dans une position fort modeste. Le dernier, mort vers i83o, 
avait, hors la ville, une baraque où il fabriquait des cerceaux •, 
elle a été remplacée par une maison de campagne, que l'on 
nomme tantôt la Baraque, tantôt la Truchonière. » 

G. VALLIER. 



(1) Les différences de blason, que l'on peut constater ici, seraient-elles 
l'indice d'une branche cadette ? 



444 SOCIÉTÉ D ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 



NOTES 



SUR LES 



PUBLICATIONS PÉRIODIQUES REÇUES EN 1877 

utiles à consulter pour l'histoire du Dauphiné. 



L'éôhangc des publications des Sociétés savantes n'a pas uni- 
quement pour but d'entretenir des relations amicales entre elles, 
il sert aussi à leur indiquer les sujets dignes d'attention et les 
renseignements utiles à l'histoire locale. 

Ainsi le Bulletin delà Société des études littéraires, scientifiques 
et artistiques du Lot, tome m, renferme une excellente biogra- 
phie de François Roaldès, célèbre professeur en droit, né à 
Marcillac en 1519, par M. Baudcl. 

Cujas, dont Roaldès avait été un moment l'élève, l'appela 
auprès de lui en 1571 pour lire en l'université de Valence, — 
où l'afiluence des docteurs de Piso, de Bologne et de Padoue et 
l'immense renommée de Cujas attiraient les étudiants d'Italie, 
d'Allemagne et de toutes les provinces de Franco. De Thou, 
l'historien , vint de Paris suivre les leçons de Roaldès. 

Celui-ci demeura deux ans dans notre ville et retourna dans 
le Quercy, en 1574 , où iL mourut 5 ans après, à l'âge de 70 ans. 

On sait que Jules Olivier cite deux fragments d'un manuscrit 
de Roaldès sur les antiquités de Valence, conservé à la Biblio- 
thèque nationale , fonds Lancelot. 

* De son côté, la Société littéraire, scientifique et artistique d'Apt, 
dans ses Mémoires, en parlant de Félicien Bocon de La Mer- 



PUBLICATIONS REÇUES EN 1877. 445 

lière, évoque d'Apt de 1752 à 1778, fournit quelques renseigne- 
ments sur la famille du prélat. 

Charles Bocon était châtelain de Châteauneuf-de-Galaur<T 
en 1624. Or, la maison bourgeoise connue sous le nom de La 
M erlière se trouve dans cette commune , à quelques pas à Test 
du village. Un autre Bocon exerça l'office de procureur à Saint- 
Marcellin. 

L'évêque d'Apt naquit en 1715 à La Merlière et, selon d'au- 
tres, en 1714 à Vienne. Son père, François Bocon, était trésorier 
de France. 

D'abord chanoine de Saint- André à Grenoble, il fut nommé 
évoque le 6 janvier 1752 et sacré le 6 juin suivant à Paris. Une 
maladie chronique l'obligea, en 1778, à se démettre do ses fonc- 
tions et il se retira d'abord à Saint -Marcellin et ensuite au 
séminaire des Missions étrangères à Paris, où il mourut en 
1789. 

La Société de statistique, sciences, lettres et arts des Deux-Sèurcs 
a commencé dans son Bulletin là publication d'une série de 
travaux sur les usages,* contes, légendes et traditions populaires 
du pays poitevin, et la Société des sciences , lettres et arts de Pau 
a recueilli les légendes et récits populaires du pays basque. 

Il y a là une mine féconde à la portée de chaque membre de 
la Société et qu'il faut se hâter d'explorer. 

A son tour, la Société agricole, scientifique et littéraire des 
Pyrénées-Orientales étudie la peinture et les peintres roussillon- 
nais, sujet que notre Bulletin a peu abordé encore, bien que 
fort intéressant et peu connu. 

Enfin, la Société des lettres, sciences et arts des Alpes-Maritimes 
a recueilli les principaux proverbes et locutions proverbiales en 
romano- provençal du Piémont; — ce qui pourrait être fait 
aussi dans la Drôme par régions anciennes : allobrogique , vo- 
con tienne et ségalaunicnne. 

Les publications périodiques faites par des savants non réunis 
en association fournissent aussi leur contingent de notes. 
Les Chroniques de Languedoc, — Revue du Midi, sous la direc- 



446 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

tion de M. de La Pijardière, archiviste de l'Hérault, nous don- 
nent, par exemple, un mémoire généalogique et historique sur 
la famille Joubert , que la tradition dit parente de saint Ber- 
nard. Jean I de Joubert quitte La Ferté-sur-Aube et s'arrête à 
Serrières en 1334. Raymond, son fils, laisse Jean II, seigneur 
de Vernas en Vivarais, père de Jean III , auteur de la branche 
cadette établie à Montpellier. 

Ce Jean III aurait été bailli de la ville de Valence, où il 
arriva vers 1480. Son portrait nous apprend qu'il épousa en 
1456 Alix Alinie. Jean IV, né de leur mariage, remplit les 
fonctions de juge-mage dans notre ville et s'y maria avec Cathe- 
rine de Gênas, en 1516. Son testament lui donne le titre de 
chevalier du Saint-Sépulcre-de-Jérusalem , d'écuyer et de cito- 
yen de Valence *. 

François, son fils aîné , outre les mêmes qualifications, porte 
encore celle de conseiller et maître des requêtes ordinaire de 
l'hôtel du roi de Navarre. Il testa en 1545 et sa veuve le 30 
décembre 1583. 

Laurent Joubert, son fils, médecin et conseiller ordinaire des 
rois de France (Henri III) et de Navarre (Henri IV), naquit le 
6 décembre 1529 à Valence, et, s'étant uni à Montpellier avec 
Louise de Guichardi, le 14 septembre 1561, se fixa dans cette 
ville et y devint chancelier et juge de l'université de médecine. 
Bachelier en 1551, il alla, suivant l'usage, étudier la pratique 
à Aubenas, puis à Montbrison et à l'étranger. Revenu à Mont- 
pellier, il y enseigna la médecine et mourut en 1582 à Lombers. 
Parmi ses enfants, Isaac fut conseiller au présidial de Mont- 
pellier, Laurent, capitaine - châtelain do Frontignan, Pierre, 
seigneur de Montalègre. 

Laurent Joubert avait ou 19 frères ou sœurs, au nombre 
desquels M. Rochas place François, juge- mage à Valence, 
auteur de Mémoires manuscrits sur les troubles do son temps, 



(1) M. Rochas, dans la Biographie du Dauphinc, dit qu'il était simple mar- 
chand. 



PUBLICATIONS REÇUES EN 1877. 447 

souvent cités par Chorior. M. do Carrière ne parle pas de lui. 

Indépendamment de l'intérêt qu'offrirait la découverte de ces 
Mémoires, une étude sur la vie de Laurent et de François Jou- 
bert reste encore à. faire après le travail purement généalogique 
des Chroniques du Languedoc, 

Il est sans doute inutile d'énumércr tous les articles sur la 
province insérés dans la Revue du Dauphiné et du Vivarais, pu- 
bliée par M. Savigné, à Vienne. Tous les lecteurs du Bulletin 
connaissent les huit belles et intéressantes livraisons qui ont 
paru jusqu'à ce jour. 

A. LACROIX. 



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448 société d'archéologie et de statistique. 



PEINTRES ET POÈTES 



MM. LAMAN, COMBE ET CHALVET 



I 



M. LAMAN (Frédéric) 

L'artiste qu'une mort imprévue a récemment enlevé aux arts 
n'appartenait pas à la Société d'archéologie de la Drôme ; mais 
son talent de paysagiste et les services rendus à la science par 
une description manuscrite do tous les monuments- de Rome, 
lui assurent des droits à la reconnaissance des hommes studieux 
et des archéologues. 

Né à Vincennes, en 1824, M. Laman appartenait à Valence, 
où son père, étant colonel d'artillerie, avait épousé M lIe Accarie, 
où lui-même s'était établi depuis quelque temps et où résident 
ses amis et ses proches. 

Dès l'âge de ! 1 ans, son aptitude pour le dessin l'avait fait 
remarquer au collège de notre ville, et si d'autres études absor- 
bèrent son temps au collège Henri IV etàrEcoledeSaint-Cyr, 
dès 1842, il ne cessa de consacrer ses rares heures de liberté dans 
la carrière des armcs.au culte de la peinture et du dessin. 
Ainsi on le voit à Rennes fréquenter l'atelier de M. Robiquct 
et à Rome des ateliers de renom. 

A la vérité , l'observateur attentif tire quelque profit de ces 
visites rapides, mais chaque artiste reçoit do son génie parti- 
culier les inspirations et les secours nécessaires pour se créer 



. PEINTRES ET POÈTES. 449 

son genre et se tracer sa voie. M. Laman dut à lui seul ses 
progrès dans la peinture à l'huile et dans l'aquarelle. 

Nous ne le suivrons pas comme militaire , s'élevant de grade 
en grade jusqu'à celui de chef de bataillon d'infanterie, prenant 
part aux campagnes d'Italie et de Rome et contribuant par sa 
bravoure à la gloire acquise par le 36 e de ligne à la bataille de 
Wœrth. Une infirmité contractée pendant les rudes campagnes 
de 1870-1871 l'ayant contraint de renoncer, en 1872, à une 
carrière riche d'avenir, il se livra dès lors tout entier au culte 
des beaux-arts. Chaque jour il travaillait de 7 à 8 heures , et si 
la Providence avait accordé à son bon vouloir et à ses talents le 
nombre de jours nécessaire pour achever son œuvré , il aurait 
tout à la fois illustré son nom et fait connaître les sites pitto- 
resques des environs de Valence. 

Ses cartons renferment de nombreux et excellents dessins au 
crayon et à l'encre de chine et des ébauches de peinture ; mais 
ses œuvres terminées , les principales du moins, sont : la Chute 
du Staubach et la Vallée de Lauterbrunnen, en Suisse, une Vue de 
Coblentz, la Vallée de la Blèone (Basses- Alpes), la Ferme de Saint- 
Rufet une Vue des Baumes, près Valence, ainsi que de nombreux 
tableaux plus petits représentant quelque coin inexploré de 
notre région , assez pauvre en sites réellement pittoresques. 

Il avait exposé à Turin et à Lons-le- Saunier en 1876 et tra- 
vaillait pour l'exposition universelle de Paris en 1878 quand 

la mort est venue le frapper. 

Sa famille ayant offert au musée de la ville un de ses tableaux, 
que la commission choisira elle-même, chacun pourra juger 
du mérite de l'artiste, aussi modeste qu'habile. 

Quant au manuscrit sur Rome' dont nous avons parlé, il ren- 
ferme sous le titre de Souvenirs de 1859 à 1866 une collection de 
vues photographiques, de plans à l'encre de chine et de notices 
historiques sur chaque monument de la ville éternelle. 

On voit par ces quelques renseignements toute l'étendue do 
la perte que notre ville a faite le 8 septembre 1877, et l'expli- 
cation des hautes et nombreuses sympathies si justement mé- 
ritées par le chef de bataillon en retraite , commandant du 1 1 0° 
Tome XI. — 1877. . 30 



450 société d'archéologie et de statistique. 

régiment do l'armée territoriale et officier de la Légion d'hon- 
neur, par l'ami, l'homme du monde bienveillant, courtois et 
poli et surtout par l'artiste dévoué à la gloire des beaux-arts et 
à celle de la France et du Dauphiné. 

Quelques passages de l'ordre du jour adressé au 36 e régiment 
de ligne par le colonel , au moment où M. le chef de bataillon 
Laman prit sa retraite, feront suffisamment connaître le soldat. 

t Le 36 e perd en M. Laman un officier supérieur très-méri- 
tant sous tous les rapports Il emporte avec lui dans la 

retraite la haute estime de ses chefs, l'affection de ses égaux et 
le respect de ses inférieurs. Bien pénétré de ses devoirs, il a 
toujours su les remplir avec un zèle intelligent et avec modestie. 

» Dans l'exercice de son autorité , il s'est montré impartial , 
ferme au degré exigé par la discipline et bienveillant quand 
même 

» Les sentiments élevés qu'il professait, sa bonne éducation , 
son instruction cultivée faisaient de lui parmi nous un élément 
agréable de société et que Ton rencontrait avec plaisir. » 

Pendant 29 ans il servit son Pays avec distinction , et dans 
sa retraite il le servait encore en cultivant les beaux-arts. 

(A suivre.) 

A. LACROIX. 



BIBLIOGRAPHIE ANCIENNE. 4SI 



BIBLIOGRAPHE ANCIENNE 



Il existe un roman en deux parties, imprimé en 1628 à Gre- 
noble, chez P. Charvys, et intitulé : Les Myrtes renaissans d'Iphis 
et le repentir de Livie, par D. M. (petit in-8°). 

L'ouvrage est dédié à François de Bonne de Créqui , lieute- 
nant général en Dauphiné, et il expose les « plaintes d'un 
gentilhomme dauphinois, qui se couvre du nom d'Iphis pour 
pallier ses premières amours et desmentir ses jeunesses ». 

Quel est ce gentilhomme, dont l'anagramme est lame est 
Dieu ? 

Un autre ouvrage dauphinois peut être signalé à ce propos : 
c'est L'Astronomie iournaliere ou miroir des astres, où il est succin- 
tement traitté tant de la forme et situation des planètes que du 
lever et coucher des estoiles fixes et de leurs differens effets durant 
le cours de l'année, suivant les remarques qui en ont este faites par 
divers auteurs, ensemble quelques pronostics pour tous les jours de 
Vannée. Grenoble, Fremon, 1669. In-12. François de Vinay, 
l'auteur, l'a dédié à Sébastien de Lionije. 

On a du même écrivain : Le compartiment historique ef céleste 
divisé en trois parties. Grenoble, P." Fremon, 1672. In-12. 
Dédié à M. Ponat de Garcin, seigneur de Combes. 

Guy Allard a mentionné ce Vinay, fils de Léonard , receveur 
du taillon, en 1641 ; seulement il appelle Astrologie journalière 
le premier ouvrage. 

Quant aux Myrtes renaissans , nous n'en avons trouvé l'indi- 
cation nulle part. 

A. L. 



452 société d'archéologie et de statistique. 



NÉCROLOGIE. 



M. CHAUFFEUR (Auguste) 

Le 25 août dernier, une mort prématurée frappait l'un de nos 
collègues les plus dévoués et les plus bienveillants. M. Chauffeur 
appartenait à une famille valentinoise élevée par le travail et 
l'intelligence au premier rang de la bourgeoisie. De très-bonne 
heure l'étude de l'architecture et des arts obtint ses préférences 
et il devint habile dans tout te qui se rattache à l'art de bâtir. 
Parmi les monuments qui rappelleront sa mémoire, le bâtiment 
des archives départementales , à la préfecture de la Drôme , est 
l'un sans doute des plus remarquables. 

Instruit, zélé, affable, obligeant, notre regretté collègue a 
rendu de véritables services à la science archéologique comme 
architecte-voyer de la ville , en recueillant et en envoyant au 
musée toutes les inscriptions trouvées dans la démolition des 
remparts et la reconstruction des maisons du Boulevard de l'Est, 
et dont M. Allmer nous a révélé le sens et l'importance. 

A ce titre, il à acquis de véritables droits à la reconnaissance 
de la Société. 



SÉANCE DU 17 JUILLET 1877. 453 



SÉANCE DU 17 JUILLET 1877 



PRÉSIDENCE DE M. DE GALLIER. 



La Société de la Diana demande l'échange de ses publications 
avec les nôtres et la proposition est acceptée. 

M. Desjardins, membre du comité des Sociétés savantes, 
désirerait savoir la position exacte de Notre-Dame de Gavilans 
dans la Drômc, pour les notes géographiques d'un cartulaire 
du XII e siècle. Cette chapelle n'est pas mentionnée dans les 
archives du département étudiées jusqu'à ce jour. 

M. le Président charge M. Poinçot de veiller à l'exécution des 
photographies de nos monuments historiques. 

Sur la présentation de plusieurs membres , 

M. de Maulde, sous-préfet de Tournon ; 

M. Millet , bibliophile, à Orange ; 

M. Baboin, ancien député, à Alivet sur Renage; 

M. Chômer, manufacturier à Renage, 
sont proclamés membres correspondants. 

Une courte revue des publications reçues est faite ensuite par 
M. le Secrétaire. 

De son côté, M. Poinçot, trésorier, rend compte do la situation 
financière. 

M. l'abbé Jassoud, desservant à Saint- Christophe-lo-Laris, 
signale aux bibliophiles les « Figures de la sainte Bible accom- 
pagnées de briefs discours contenant la plus grande partie des his- 
toires sacrées du vieil et nouveau testament. Paris, Jean Leclerc, 
1614. Petit in-fol. de 3 à 400 pages, dont une moitié de texte et 
l'autre moitié en gravures sur bois. 

Ce livre , malheureusement incomplet vers la fin , se trouve 



454 société d'archéologie et de statistique. 

à Hauterives, chez M. Pierre Cotte, facteur rural, qui le vendrait 
volontiers. 

M. l'abbé Jassoud signale en outre au quartier de Cham- 
pagnier, près le Laris, à la maison Robert, non loin de l'an- 
cienne route de Romans au Grand-Serre, un écusson bien 
conservé sur une porte du XV siècle. Il faudrait en avoir le 
dessin fidèle pour en donner une description héraldique. 

Le môme membre décrit l'église de Saint-Andéol sur Cla- 
veyson, qu'il croit être du XII e siècle, incendiée pendant les 
guerres du XVI e , d'après la tradition. Son portail gothique du 
XV e siècle est d'une grande beauté. Le maître-autel en bois 
doré mérite également l'attention , ainsi qu'un médaillon repré- 
sentant une Pieta (la Sain te- Vierge tenant le corps de son fils 
descendu de la croix) et un tableau représentant saint Andéol, 
martyr. 

L'église de Charrières près Châteauneuf-de-Galauro offre un 
portail semblable à celui de Saint-Andéol. Elle fut donnée aux 
Cordeliers sous Louis XI et dépendait auparavant du prieuré do 
Menthe sur Moras, de l'ordro de Cluny. Les fresques anciennes 
ont été restaurées maladroitement par un artiste de village; 
elles rappelaient quelques épisodes de la vie de saint François 
d'Assise. 

La tour octogone de Ratières est le seul reste d'un ancien 
château ; elle est construite en mollasse et en moyen appareil 
et mesure 45 mètres environ de circonférence. 11 y avait à l'in- 
térieur au moins trois étages. M. l'abbé Jassoud la reporte au 
XIII e siècle. La tradition veut qu'un archevêque de Vienne ait 
été enseveli dans la chapelle voisine, dont il reste quelques 
débris. 

Les églises do Ratières et de Saint- Avit, reconstruites de nos 
jours, ont encore certains vestiges du XII e siècle. 

Enfin, on trouve dans la chapelle de la Sain te- Vierge de 
l'église d'Onay, canton de Romans, une tapisserie du XVIP 
siècle représentant l'histoire du patriarche Joseph. 

Après quelques observations sur la communication de notre 
zélé collègue, la séance est levée. 



CHRONIQUE. 455 



• • 



TT 



CHRONIQUE, 



M. le Ministre de l'instruction publique, par un arrêté du 19 
juillet dernier, a bien voulu accorder à la Société une subven- 
tion de 400 francs, pour encourager ses travaux. 

La Revue des Société^ savantes, livraison du 3° trimestre 1876, 
examine notre BullçtinpmY Tannée 1874 au point de vue archéo- 
logique et apprécie les travaux de |£. Dupré de Loire sur la 
Citadelle de Valence, de M. Henri Vaschalde sur les Pierres mys- 
térieuses et merveilleuses du Vivarais et du .DauphirU, et de 
M. Gustave Yallier sur les Médailles dauphinoises. 

Commç il y a peu d'archéologie dans le premier article , 
M. Clément de Ris se borne à esquisser l'histoire de la citadelle. 
Le deuxième lui présente une explication superflue des termes 
dolmen, menhir, etc., et « des abstractions métaphysiques tout à 
fait étrangères à l'archéologie » et d' une a j ustesse fort contestable » 
d'ailleurs , comme le symbole du dieu-liberté dans la pierre de 
V équilibre. Quant au troisième, il donne lieu à quelques criti- 
ques de détail. Ainsi la médaille du cabinet de Berlin repré- 
sentant Anne de Bretagne, au lieu d'être l'œuvre d'un artiste 
allemand, paraît sortir des mains d'un graveur français. D'autre 

• 

part, la médaille do 1537 accuse plutôt une exécution impar- 
faite et malhabile qu'une intention de peindre la tristesse do 
François I er . «Il faut se défier de l'imagination en archéologie. 
Sauf cette légère tache , le travail de M. Vallier est excellent. » 

On nous a signalé à Saint-Martdn-d' Août un quartier appelé la 
Pierre qui branle; seulement il n'y a plus de pierre. Des fouilles 
faites en cet endroit amèneront sans doute quelque découverte. 



456 société d'archéologie et de statistique. 

Celles de Caranda , dans l'Aisne, ont été décrites et dessinées 
par M. Moreau; nous en avons reçu la deuxième et dernière 
partie. L'exécution en est fort belle. 

Ici nous laisserons la parole à un jeune et savant archéo- 
logue , M. Florian Vallentin. 

« On trouve fréquemment dans la forêt de Chambaran , sur- 
tout sur le versant qui regarde la Côte- Saint- André et sa belle 
plaine, des pierres d'un aspect singulier, sur lesquelles l'attention 
des amateurs de couteaux, hachettes et instruments de l'âge pré- 
historique doit être appelée. Ce sont des cailloux coupés par le 
milieu et avec des entailles sur les bords , qui permettent d'y 
placer les cinq doigts de la main droite. Le grand nombre de 
ces pierres exclut l'idée d'un accident ou d'un caprice de la 
nature, et il n'est pas douteux que les entailles n'aient été faites 
à dessein par l'homme. M. Abel Gueyffler, archéologue et bi- 
bliophile distingué, en a recueilli dans sa riche collection, à 
Bressieux, plusieurs centaines, et j'en ai ramassé moi-même 
quelques-unes. Toutes ces pierres ont le même aspect, et si 
leurs dimensions varient, on peut y .adapter la main droite à 
toutes. 

» Quel était l'usage de ces cailloux ? A quelle époque ont-ils 
été taillés ? En connaît-on de semblables en d'autres régions ? 

» Voilà trois questions auxquelles les membres de la Société 
sont instamment priés de répondre, v» 

« L'ancien château do Vinay, célèbre dans les fastes dauphi- 
nois, a été démoli l'année dernière, et M. Brun a fait élever à 
la même place une belle et élégante construction , sous l'habile, 
direction de M. Romiguière, architecte à Saint-Marcellin. 

» Voici quelques détails sur les objets trouvés dans ces vieilles 
ruines : 

» 1* Des constructions du X e ou du XI e siècle. 

» 2° Des tombes en tuf, où était taillée la place du corps, do 
l'époque mérovingienne, d'après les poteries, mais sans aucune 
monnaie. 

» 3° Une citerne, au bas de l'une des tours , qui mesurait 6 



CHRONIQUE. 457 

mètres de haut, 5 mètres de diamètre au milieu, 2 mètres à la 
base et 1 mètre 30 cent, au goulot et affectait la forme d'une 
amphore pouvant contenir 180 hectolitres. Elle était construite 
en tuf et revêtue à l'extérieur d'une couche de ciment romain 
de 15 à 25 centimètres d'épaisseur. Il est regrettable que les 
exigences de la nouvelle construction aient fait sacrifier ce mo- 
nument de l'époque gallo-romaine. 

» J'ajouterai que le château de Vinay occupait une position 
exceptionnelle , dominant à la fois la vallée de l'Osier et celle 
de l'Isère, très-resserrée en cet endroit", et qu'un poste militaire 
y avait sa place marquée par la nature. Les Romains no man- 
quèrent pas d'y établir un fort , qui défendait le passage, et le 
moyen-âge suivit les mêmes errements, comme partout ail- 
leurs. 

» Faudrait-il pour cela voir à Vinay la célèbre et ancienne 
ville de Ventia ? Toutes les probabilités jusqu'à ce jour sont plus 
favorables à Saint-Nazaire, clef du Royans, ou à l'Ecancière, 
coteau voisin du port d'Ouvey, en face de Saint-Paul-lès-Ro- 
mans. » . 

M. Savigné, imprimeur à Vienne, ayant publié dernièrement 
une nouvelle édition des poésies fugitives do Charles Reynaud, 
a reçu de l'un de nos collègues, M. Jules Saint-Rémy, le sonnet 
suivant : 

Bravo ! maître, bravo ! la tâche est accomplie. 
Vous pouvez, le cœur plein d'une noble fierté, 
Montrer l'œuvre élevée au chantre de Julie , . 
Qui jette tant d'éclat sur sa belle cité. 

Reynaud , poète ardent, plein de mélancolie , 
Que d'un cœur tout ému nous avons feuilleté, 
N'avait jamais rêvé toilette si jolie 
Pour passer d'âge en âge à l'immortalité. 



458 SOCIÉTÉ D' ARCHÉOLOGUE ET DE STATISTIQUE. 

Des frères Elzévir vous marchez sur la trace. 
Vous venez d'élever, comme autrefois Horace, 
Un monument superbe et plus dur que l'airain. 

Votre nom , désormais à l'abri des ténèbres, 
Peut se ranger sans peur parmi les plus célèbres, 
A coté des Jouaust et des Louis Perrin. 



Ouvrages reçu» pendant le trimestre. 

Notice analytique sur le cartulaire d'Aimon de Chissé. Visites 
pastorales et ordinations des évêques de Grenoble de la maison de 
Chissé. 

Nécrologe et cartulaire des Dominicains de Grenoble. 

Ordonnances des rois de France et autres princes souverains 
relatives au Dauphiné. 

Cartulaire de l'abbaye de Notre-Dame de Léoncel, ordre de 
Cîteaux. 

Choix de documents historiques inédits sur le Dauphiné. 

Inventaire des archives des Dauphins de Viennois en 1340. 

Répertoire des sources historiques du moyen-dge. — Bio-biblio- 
graphie. 1 er fascicule A-G. 

Ces huitpuvrages sont dus à M. l'abbé Chevalier, correspon- 
dant du Ministère de l'instruction publique, à Romans. 

L'éloge do ces diverses publications n'est plus à faire ; chaque 
érudit les a feuilletées souvent déjà. 

Excursions archéologiques dans les Alpes dauphinoises. 

Essai sur les divinités indigètes du Vocontium, d'après les monu- 
ments épigraphiques , par M Florian Vallentin. 



CHRONIQUE. 459 

C'est là un heureux et remarquable début dans la carrière 
archéologique. 

Une inscription en langue d'oc du XV siècle à Largentière. 

Privilèges d'Aubenas, découverts et publiés pour la première fois. 

Établissement de V imprimerie dans le Vivarais, illustré de mar- 
ques typographiques. 

Ces trois brochures, dues à M. Henry Vaschalde, notre collè- 
gue, prouvent l'érudition et l'activité de l'auteur. 

Les artistes de la Drame au salon de 1876, par M. Zenon Fière, 
spirituelle et intéressante étude qui a paru déjà dans notre 
Bulletin et qui sera suivie, nous l'espérons, d'une autre sur 
les œuvres artistiques dauphinoises à l'exposition universelle 
de 1878. 

La vie de province au XVIII e siècle : les femmes, les mœurs, les 
usages, par M. Anatole de Gallier. Tirage à part d'un travail aussi' 
élégamment écrit que plein de recherches variées et d'un intérêt 
palpitant. 

Maritima avaticorum ou recherches sur une ville morte située 
dans la commune de Saint-Mitre (Bouches~du-Rhâne). 

Raolin ou aperçu historique sur la république de Marseille au 
XIIP siècle. 

Deux opuscules curieux de M. Alfred Saurel. 

La pensée d'un octogénaire sur la politique du jour, par M. lo 
comte Monier de la Sizoranne. 

Jeanne d'Arc, poésie par M. Ernest Perrossier. 

Le souffle patriotique anime ces deux compositions. , 



Sociétés savantes qui ont envoyé leurs publi- 
cations en 1877. 

Aisne. — Société académique des sciences, arts, belles-lettres, 
etc., à Saint-Quentin. 1 vol. • 

Alpes -Maritimes. — Société des lettres, sciences et arts, à 
Nice. 1 vol. 



460 société d'archéologie et de statistique. 

Ârdèche. — Société des sciences naturelles et historiques , à 
Privas. 1 livr. 

Bouches-du-Rlidne. — Académie des sciences, belles-lettres et 
arts, à Marseille. 1 vol. 

Calvados. — Société française d'archéologie pour la conser- 
vation des monuments historiques, à Caen (Congres archéo- 
logique). 1 vol. 

Charente-Inférieure. — Commission des arts et monuments, à 
Saintes. 1 vol., 6 broch. 

Société d'agriculture, belles-lettres, sciences et arts de Roche- 
fort. 1 vol. 

Çôte-d'Or. — Académie des sciences, arts et belles-lettres, à 
Dijon. 2 vol. 

Deux-Sèvres. — Société de statistique, sciences, lettres et arts. 
1 livr. 

Dordogne. — Société historique, et archéologique du Périgord. 
4 livr. 

Finistère. — Société académique de Brest. 1 vol. 

Gard. — Société scientifique et littéraire, à Alais. 2 livr. 

Académie du Gard , à Nîmes. 1 vol. 

Haute-Garonne. — Société d'histoire naturelle , à Toulouse. 
6 livr. 

Hérault. — Société pour l'étude des langues romanes. 7 livr. 

Indre-et-Loire. — Société d'agriculture, sciences, arts et belles- 
lettres, à Tours. 9 liv. 

Loire-Inférieure. — Société académique de Nantes. 2 livr. 

Lot. — Société des études littéraires, scientifiques et artis- 
tiques, à Cahors. 12 livr. 

Manche. — Société nationale académique de Cherbourg. 1 vol. 

Marne. —- Société d'agriculture, commerce, sciences et arts, 
Châlons-sur-Marne. 1 vol. 

Nord. — Société archéologique de l'arrondissement d'Avesnes. 
1 vol. 

Pas-de-Calais. — Société des antiquaires de la Morinie, à 
Saint-Omer. 1 vol., 4 livr. 

Pyrénées (Basses). — Société des sciences, lettres et arts de 
Pau. 1 vol. 



CHRONIQUE. 461 

Pyrénées-Orientales. — Société agricole, scientifique et litté- 
raire, à Perpignan. 2 vol. et 1 livr. 

Saône (Haute). — Société d'agriculture, sciences et arts, à 
Vesoul. 2 vol. 

Savoie (Haute). — Société florimontane d'Annecy. 

Seine. — Académie nationale agricole', manufacturière et 
commerciale, à Paris. 10 livr. 

Somme. — Société des antiquaires de Picardie, à Amiens. 
1 vol. et 4 livr. 

Tarn- et- Garonne. — Société archéologique, à Montauban. 
3 livr. 

Vaucluse. — Société littéraire, scientifique et artistique d'Apt. 
1 livr. 

"REVUES. 

Les chroniques du Languedoc, Revue du Midi, à Montpollier. 
10 livr. 
Revue du Dauphiné et du Vivarais, à Vienne. 8 livr. 
Revue des documents historiques, par M. Charavay. 1 livr. 



462 société d'archéologie et de- statistique. 



EAPPOET DE M. POINÇOT 

TRÉSORIER 

sur la situation financière de la Société oVarcbéologie, 

en date du 17 juillet 1877. 



o«- 



Conformément à nos statuts, là situation financière à ce jour 
se résume ainsi : 

Les Recettes opérées en 1876 s'élèvent à 3419 fr. 45. 

1° Sur cette somme il y a 236 fr. provenant de cotisations 
arriérées de 1874 et 1875. Celles qui restent en souffrance seront 
probablement payées cette année. 

2° Los cotisations do. 1876 ont produit pour 102 
membres titulaires 2040 » 

Et pour 73 membres correspondants 438 » 

3° La vente de livraisons du Bulletin, de YAllodia- 
lité dans la Drame et de L'Arrondissement de Montélimar 
a donné 215 » 

4° Enfin, M. le Ministre de l'instruction publique 
a bien voulu nous allouer 400 » 

5° L'intérêt de la somme déposée à la Trésorerie 
générale a été do . . , 326 45 

Total 3419 45 

Cette somme ajoutée au reliquat constaté Tannée 
dernière au 31 mars 1876 et arrivant à 5304 52 

donne un total général de 8723 97 



Les Dépenses ont été à peu près les mêmes que précédemment, 
sauf toutefois l'allocation votée pour la publication du 4 e volume 
de L'Arrondissement de Montélimar, allant à 450 fr.